PATAGONIE
sauvages qui peuplent les vastes solitudes
de la Patagonie et les rivages glacés du détroit de Magellan, les îles Falkland et de la Terre de Feu, n'avaient pas encore reçu la bonne nouvelle de l'Evangile. Dans ce vaste territoire, “qui ne mesure pas moins de quatorze degrés de latitude sur quatre de longitude (350 lieues sur 100), l'Eglise catholique ne comptait pas un seul poste, des rives du Rio-Négro à la pointe méridionale du continent américain,
Un prêtre de Turin, qui vient de mourir en odeur de sainteté, et que l'Eglise placera peutêtre un jour sur ses autels, dom Bosco, le fondateur des Salésiens de Turin, résolut, i: y a vingttrois ans, d'envoyer quelques-uns de ses enfants au secours de ce peuple abandonné. Il se rendit à Rome, conféra de son projet avec le cardinal préfet de la Propagande, qui l'approuva complètement, et, l'expédition une fois résolue, le rer novembre 1875 le saint prêtre présentait au Souverain-Pontife la nouvelle troupe apostolique, composée de dix Salésiens, ayant à leur tête un prêtre, docteur en théologie, le R. P. Cagliero, qui, dans son enfance, avait été guéri miraculeusement d'une maladie mortelle par dom Bosco luimême.
Pie IX reçut avec sa bonté ordinaire les enfants du saint prêtre. Après les avoir affectueusement bénis, il leur dit :
€ Profitez, mes chers enfants, de l'expérience de vos prédécesseurs (1). Je ne vous conseille pas de vous rendre directement au milieu des sauvages. Etablissez-vous d’abord sur les confins de leur territoire pour instruire et conserver dans la foi ceux qui sont dejà baptisés ; occupez-vous surtout d'ouvrir de nombreuses écoles pour attirer leurs enfants. En prenant soin des enfants, vous vous ouvrirez une voie plus facile pour vous approcher des parents. »
Fidèles à ces recommandations du Vicaire de JÉSUS-CHRIST, les nouveaux apôtres de la Patagonie s’établirent d'abord, d'après les conseils de l'archevêque de Buenos-Ayres, dans la ville de Carmen, située presque à l'embouchure du Rio- Négro, fleuve qui sépare la République Argentine
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demment dans les déserts de la Patagonie avaient été massacrés par les sauvages ou réduits en esclavage,
du territoire des Patagons. Je dois dire qu'ils furent admirablement reçus et loyalement secondés par les autorités religieuses et civiles de Buenos-Ayres. Depuis longtemps les Patagons étaient, par leur caractère indompté et leurs continuelles déprédations, la terreur des frontières. À chaque instant, ils faisa‘ent des incursions subites dans les Pampas, massacraient les habitants isolés qu’ils rencontraient sur leur route, enlevaient des milliers de chevaux, et retournaient se cacher au fond de leurs solitudes, entraînant avec eux les femmes et les enfants, qu'ils réduisaient en esclavage pour la garde de leurs troupeaux. Dernièrement encore, en 1879, le gouvernement argentin a dû faire une expédition sanglante, pour venger le meurtre d’un certain nombre de ses nationaux mis à mort par les Patagons. Dans ces circonstances, on comprend que l'arrivée des missionnaires venant appeler les Patagons à la civilisation fut accueillie avec enthousiasme. Dans ces cas-là, le plus sectaire comprend à merveille ses intérêts et favorise la propagande de l’apôtre, ou du moins il se garde bien de l’entraver.
Débarqués à Buenos-Ayres à la fin de 1876, les missionnaires Salésiens consacrèrent les premières années de leur séjour dans la République Argentine à créer pour leur œuvre une base solide d'opération, en fondant des établissements d'éducation destinés aux enfants des sauvages ; ils ouvrirent même deux séminaires, pour recueillir les enfants jugés capables de recevoir une culture plus soignée, et de former les prémices d’un clergé indigène. Ayant fait venir, pour les aider dans leur œuvre, les Sœurs de Marie-Auxiliatrice, ils purent établir des orphelinats et des hôpitaux et y recueillir les malades et les abandonnés. Enfin, ils commencèrent, sur plusieurs points des frontières, à prêcher des missions parmi les Indiens déjà convertis ou au moins à moitié civilisés. Ces premières missions eurent un grand succès.
Plusieurs centaines d'adultes et d'enfants purent être instruits et baptisés. Trois ans furent employés à ce travail de préparation (1876-1879).
Les missionnaires, s'étant mis au courant de la langue et des mœurs des populations qu'ils venaient évangéliser, résolurent alors de pénétrer dans la Patagonie proprement dite, Une première expédition par mer échoua, à cause d’une horrible tempête, qui repoussa leur bateau jusqu’au port d'embarquement. L'année suivante (1880), les missionnaires se mirent en route à travers la Pampa. De grandes consolations et des fatigues inouïes les y attendaient. Bien souvent ils n’eurent à manger qu'un peu de viande de cheval séchée au soleil ; mais la plupart des caciques les reçurent avec empressement et leur permirent de faire entendre pour la première fois le nom du Sauveur JÉSUS aux enfants de la solitude. Dans cette expédition apostolique, les missionnaires purent donner je baptême à près de cng cents personnes
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La mission de Patagonie, ainsi heureusement inaugurée, n’a fait que se développer dans les dix dernières années, On ne peut guère reprocher aux Patagons qu'un esprit d'indépendance, poussé, il est vrai, jusqu'à la susceptibilité la plus ombrageuse, et le vol des chevaux, vol qu'ils considèrent narvement comme la compen sation légitime de l’envahissement de leur pays. Grand, bien fait, l'allure martiale et décidée, le Patagon a peu de vices ; il a conservé Ja notion assez juste du grand Esprit, qui a créé le monde et qui le gouverne par sa providence ; il vit
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généralement en paix avec ses congénères, traite avec humanité ses esclaves, et semble porter une vénération spéciale aux missionnaires : il sait parfaitement. les distinguer des aventuriers qui ne viennent que pour l’exploiter,
Il connaît d’ailleurs assez bien la situation générale du pays, pour comprendre qu'il ne peut résister au flot envahisseur de la civilisation, et que l'heure est venue pour lui d'entrer dans la grande famille du peuple chrétien, Malheureusement, depuis que le pays est ouvert, les ministres protestants, qui s'étaient jusqu'ici soigneu-
PATAGONIE, — PROCESSION A CARMEN ; d’après une photographie,
sement tenus à l'écart, sont accourus, et, comme ils sont parfaitement outillés, ils ont déjà fait parmi ce peuple nouveau de nombreux prosélytes. De son côté, le Saint-Siège, pour aider aux progrès de la mission, a érigé, en 1883, un vicariat apostolique de la Patagonie septentrionale et une préfecture apostolique de la Patagonie méridionale.
Le vicariat de la Patagonie septentrionale sétend de la frontière du territoire, le Rio-Négro, aux régions encore inexplorées de la Patagonie centrale ; il confine, à l'est, à l'Océan Atlantique, à l'ouest, aux Cordillères des Andes et au | Chili. Tout ie pays est sous je protectorat de la République Argentine, Le nombre des catho-
liques est de 40.000 ; il y a 5.000 protestants et environ 15.000 païens dans les régions déjà explorées.
19 Personnel : 1 vicaire apostolique, 20 missionnaires prêtres, 18 clercs, 8 catéchistes.
34 Sœurs de Marie Auxiliatrice.
2° Œuvres : 8 paroisses avec églises, 9 stations avec résidences et chapelles, 45 postes À visiter.
3 Séminaires. — 4 écoles supérieures, 52 internes et 200 externes.
8 écoles primaires, garçons, sous la direction des missionnaires, 15 écoles du gouvernement argentin. Total, 800 élèves.
6 écoles primaires, filles, sous la direction des Sœurs, 520 élèves,
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262 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE.
20 écoles du gouvernement, 200 élèves.
2 congrégations de jeunes filles, sous la direction des Sœurs.
1 hôpital à Carmen,
La préfecture apostolique dé la Patagonie méridionale s'étend du fleuve Santa-Cruz au nord, à l'extrémité sud de l'Amérique, et de l'Océan Atlantique à l'est, aux montagnes des Andes à l'ouest. Les îles Falkland ou Malouines, la Terre de Feu et les îles nombreuses qui s'étendent à l’entrée et à la sortie du détroit de Magellan, dépendent de la mission.
Une partie du pays est sous le protectorat de
a pu voir, il y a quelques années, un spécimen au jardin d’acclimatation du bois de Boulogne (Paris). Ils ont reçu à coups de flèches les premiers missionnaires qui se sont présentés pour leur apporter la bonne nouvelle
19 Personnel : 1 préfet apostolique, 10 missionnaires Salésiens, 9 catéchistes, 12 religieuses de Marie-Auxiliatrice.