Bulletin des Ecoles d'Orient, année
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276 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE.
si négligée des jeunes filles. A Alexandrie, les Sœurs de Saint-Vincent de Paul tiennent un pensionnat « qui, écrivait l'abbé Soubiranne, serait admiré dans nos grandes villes d'Europe. Plusieurs centaines d'enfants se réunissent chaque jour chez nos religieuses. Ismaïl-Pacha s'est chargé généreusement de payer lui-même toute l'année le blé nécessaire pour les distributions quotidiennes. Cette année (1864), il leur a donné 10.000 francs, et sa femme 2,500. » Les Sœurs du Bon-Pasteur, les Franciscaines du Caire, les Dames de Sion, les religieuses de la Mère de DIEU, appelées en 1878 par le Khédive luimême, ont couvert l'Egypte de pensionnats et d’externats qui distribuent l'instruction à des centaines de jeunes filles.
En dehors de ces grands établissements d’'éducation, nous avons encore, en Egypte, une soixantaine d'écoles paroissiales, tenues par les missionnaires et les religieuses, dans lesquelles reçoivent un solide enseignement primaire plus de 3.000 enfants appartenant à toutes les dénominations religieuses : juifs, musulmans, catholiques des différents rites et schismatiques.
Voilà pour les œuvres d'éducation ; mais là ne se borne pas le dévouement de nos congrégations religieuses. Dans les œuvres de charité, asiles, refuges, hôpitaux, dispensaires, elles ne connaissent pas de rivaux. Qui dira l'influence que la pratique constante de ces œuvres de charité nous donne en Egypte, dans le double intérêt du catholicisme et de la France? Les faits parlent plus haut que tout ce que je pourrais dire. Lors de la révolte militaire d'Arabi-Pacha (1882), il y eut de nombreux massacres à Alexandrie, au Caire, à Tantah; mais nos missionnaires et nos Sœurs furent respectés ; et si, à Alexandrie, une grande partie de nos établissements religieux furent enveloppés dans la ruine commune, on ne peut en rendre responsable le gouvernement égyptien, qui avait fait loyalement ses efforts pour les protéger. C’est surtout le dévouement de nos religieuses qui frappe vivement la population égyptienne : € Les musulmans, écrit l'abbé Soubiranne, admirent encore plus nos religieuses que nos missionnaires.) Cela se comprend : rien dans leur religion n'a pu leur donner l'idée de la Sœur de Charité !
Hélas ! cette influence prépondérante de la France en Egypte, les fautes de nos gouvernants l'ont bien compromise. Depuis longtemps l’Angleterre cherchait à nous supplanter dans ce pays. LA révolte d'Arabi-Pacha lui fournit l'occasior aus rte ; elle intervint, bombarda Alexandrie, ‘aîtit facilement les troupes d’Arabi et devint à peu près maîtresse de l'Egypte. Voilà quinze ans que dure son occupation prétendue provisoire, et rien n'indique qu’elle soit près de lâcher la proie longtemps convoitée. C'est la substitution de l'influence anglaise à la nôtre, au grand détriment du catholicisme et de ses œuvres, Déjà les protestants angiais ont ouvert
au Caire trois grandes écoles qui comptent 700 élèves ; les Américains, une école, avec 300 élèves ; les Allemands, une école, avec 150 élèves : total, près de 1.200 élèves dans les écoles protestantes du Caire, Il en est de même à Alexandrie et dans les principales villes de l'Égypte, et tous ces enfants emporteront, au sortir de l'école, la haine du catholicisme et le mépris de la France. Voilà ce que nous avons gagné à laisser prendre en Egypte la place que cinquante ans de loyaux services avait acquise à notre pays.
Mais détournons les yeux de ce triste tableau. Malgré les intrigues de nos rivaux, l'Église n'en continue pas moins son œuvre, comme l'exposé de la situation religieuse va nous l’apprendre.
IH ya en Égypte plusieurs juridictions distinctes. Outre les catholiques appartenant aux divers rites unis, qui relèvent chacun de leur patriarche, la mission de la Basse-Égypte appartenait, en 1800, à la Custodie de Terre-Sainte, et celle de la Haute-Égypte formait une préfecture apostolique, confiée, depuis 1687, aux Franciscains réformés. Par un bref du 28 mai 1839, Grégoire XVI créa la délégation apostolique d'Egypte et d'Arabie réunies, dont le titulaire fut chargé de l’administration des Latins d'Égypte, avec le titre de vicaire apostolique. En même temps, un second vicariat apostclique était érigé pour les Cophtes unis. Enfin les Missions Africaines de Lyon furent chargées, en 1877, de desservir le Delta ; elles forment une préfecture apostolique, complètement indépendante du vicariat latin. Enfin tout récemment, le 15 novembre, Sa Sainteté rétablissait l'antique patriarcat d'Alexandrie, pour les Cophtes catholiques, avec 2 sièges épiscopaux suffragants, Thèbes et Hermopolis. Il faut dire un mot de chacune de ces juridictions qui se partagent l'Égypte,