‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme]Chapitre 253 sur 404 · TT · texte numérisé non relu

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274 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE.

Quint s'était emparé des forts de Tunis, avait délivré d'un seul coup près de 200.000 captifs, et assuré, pour une période de quarante ans (1535-1574), la liberté du culte catholique à Tunis. Après la reprise de la ville par Sélim Ii, les princes chrétiens avaient conclu avec le Dey de Tunis des traités pour la délivrance de leurs nationaux, et les consuls de chaque nation, installés dans la ville, en surveillaient l'exécution, Pour la France en particulier, un premier traité, passé en 1604 entre Henri IV et le Dey de Tunis, avait été renouvelé sous Louis XIV (1685), sous Louis XV (1770), sous Louis XVI (1782) et sous le premier consul Bonaparte (1802). Evidemment les beaux jours de la piraterie étaient passés. En 1890, il y avait encore 2.000 esclaves chrétiens en Tunisie ; en 1812, il n’en restait plus que 500; en 1815, les Trinitaires abandonnaiïent la mission, .où leur œuvre rédemptrice était achevée ; enfin, en 1816, une ordonnance du Dey abolissait solennellement l'esclavage à Tunis.

Depuis cette époque, mais surtout à partir de la conquête de l'Algérie par les Français, les Deys de Tunis ont toujours montré de la bienveillance à la mission franciscaine, qui a grandi lentement, avec le développement des relations commerciales et l'accroissement de la population chrétienne dans le pays.

En 1834, il y avait déjà en Tunisie 7.670 catholiques , partagés entre huit stations. On comptait aussi 300 grecs schismatiques, 100 protestants et 1.000.000 de musulmans.

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En 1855, les Frères des Ecoles chrétiennes furent appelés à leur tour. Avec leurs succès habituels, ils compterent bientôt dans leurs écoles environ 500 élèves appartenant à toutes les dénominations religieuses : catholiques, juifs et musulmans.

Dès 1843, vu les progrès de la mission, Grégoire XVI avait érigé la préfecture en vicariat apostolique. Pour la première fois depuis 1076, la mission de Tunis voyait à sa tête un évêque catholique.

Cependant la France ne pouvait se désintéresser d'un pays où elle avait laissé tant de grands souvenirs, et que son voisinage de l'Algérie appelait nécessairement à tomber tôt ou tard sous notre influence. Déj* en 1842, le gouvernement de Louis-Philippe s'était fait céder l'emplacement présumé du Jieu où mourut saint Louis, pour y élever un oratoire desservi par un prêtre français aux frais de la France. Grâce à nos perpétuels changements de dynasti:s, cette chapelle était tombée, sous l'Empire, dans un état d'abandon

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aux Missionnaires d'Alger. C'était ouvrir la porte en Tunisie à l'influence française.

À peine installés, les Pères Blancs s'empressèrent d'établir auprès de la chapelle de Saint-Louis une école indigène (1877). Deux ans plus tard, ils fondaient à Tunis le collège de Saint- Charles ; en 1882, ils ouvrirent à Carthage un grand séminaire, qui compta aussitôt une vingtaine d'élèves.

Pendant ce temps, de graves événements politiques s'étaient déroulés en Tunisie, Menacée dans sa légitime influence par les convoitises de l'Italie, la France avait forcé le Dey de Tunis à accepter notre protectorat. Après une lutte de quelques mois contre les Kroumirs, la France était maîtresse de la Tunisie, Il ne lui restait qu’à organiser le pays.

La présence de nos compatriotes à Tunis appelait naturellement l'établissement d'une mission française, En 1884, le Saint-Siège rétablissait l'antique métropole de Carthage, en plaçant à sa tête Mgr Lavigerie, et voulut, par une dérogation spéciale aux règles du droit, que le prélat conservât à la fois les deux sièges d'Alger et de Carthage. Comme complément naturel de cette mesure, le vicariat apostolique était supprimé l’année suivante.

En abandonnant l'administration de la mission de Tunis, les RK. PP. Franciscains la laissaient dans une situation prospère : 13 stations, 9 églises, plusieurs chapelles, 3 hôpitaux, des écoles de Frères et de Sœurs fréquentées par plus d’un millier d'enfants, et 18.000 catholiques, témoignaient suffisamment que DIEU avait largement béni, au cours de ce siècle, le travail des fils de saint François.

Cette situation n'a fait que grandir sous la direction Ce l'éminent Cardinal, dont un publiciste italien écrivit qu’à lui seul il valait une armée pour le développement de l'influence française en Tunisie. Bien que le gouvernement se soit complètement désintéressé de l’organisation ecclésiastique de la Tunisie, le prélat a su faire face à tout,

Voici la situation religieuse de l’archidiocèse de Carthage en 1890 :

1° Personnel : 1 archevêque, 1 évêque auxiliaire, 53 missionnaires, dont 23 prêtres séculiers et un indigène.

Communautés religieuses, hommes : Capucins, 11 prétres, 3 Frères lais. Missionnaires d'Alger, 19 prêtres, 17 profès, 4 Frères, Frères des Ecoles chrétiennes, 18. Frères de la Bienheureuse Vierge Marie, Au total, environ 100 religieux.

Femmes : Carmélites, Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition. Sœurs de Notre-Dame de Sion. Sœurs des Missions d'Alger. Sœurs de Bon-Secours. Sœurs Missionnaires de Marie. Petites Sœurs des Pauvres. Au total, environ 200 religieuses,

2° Œuvres : Cathédrale de Carthage, consacrée au mois de mai 1890, Pro-cathédrale de Tunis. 22 églises paroissiales, 26 chapelles de communautés. 1 séminaire à Carthage (Missionnaires d'Alger), 54 élèves, 1 collège à Tunis (Missionnaires d'Alger), 250 élèves. 4 écoles commerciales (Frères des Ecoles chrétiennes), 580 élèves. 15 écoles de

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dispensaires tenus par les Sœurs. La Tunisie a près de 2 000.000 d'habitants ainsi répartis : catholiques, 35.000 ;

juifs, 45.000 ; protestants et grecs schismatiques, 1,500 ; le reste musulmans.

Statistique comparée de la mission de T. unis,

En 1800 : 1 préfet apostolique, 3 missionnaires, 3 églises ou chapelles, o école, 2.000 catholiques.

En 1896: 1 archevêque, 53 missionnaires, 50 églises ou chapelles, 20 écoles, 35.000 catholiques.

$C IL. — MISSIONS D'ÉGYPTE. bp

"EGYPTE, la vieille terre des Pharaons, fut,

ɰ aux premiers siècles de l'ère chrétienne, le

jardin de l’Eglise. Elle était célèbre au loin par le génie de ses docteurs, sortis de la fameuse école d'Alexandrie, et par les merveilleuses austérités des moines de la Thébaïde. Origène, Clément, Athanase, Cyrille, Paul, le fondateur de la vie érémitique, Antoine, Pacôme, que de noms glorieux dans les annales de l'Eglise d'Egypte! Mais, à la fin du ve siècle, sa gloire s'éclipse tout à coup. Avec Dioscore, l’hérésie monophysite s'asseoit sur le siège patriarcal d'Alexandrie, et les trois cents évêques de la vallée du Nil suivent docilement l'exemple de leur patriarche ; l’hérésie d'Eutychès, sortie d'un monastère de Constanti. nople, pénètre rapidement jusqu'au fond des Laures les plus reculées de la Thébaïde ; les pieux solitaires s'y attachent avec une obstination fanatique et dès lors le schisme entre Rome et Alexandrie est consommé pour des siècles, Bientôt l'invasion musulmane vient mettre une barrière de plus entre l'Occident et l'Egypte, C'est en l'an 641 que les disciples du Prophète, appelés par les Cophtes eux-mêmes, en haine du

catholicisme, envahirent le pays. Moins fanatiques

qu'en Tunisie, ils respectèrent généralement la

situation religieuse des chrétiens devenus leurs

sujets, tout en les tenant soigneusement asservis

à leur dure et capricieuse domination. Comme

l'écrivait, en 1856, Mgr Guasco, délégat aposto-

lique du Saint-Siège, «les chrétiens d'Egypte

peuvent être comparés aux enfant: d'Israël vivant

sous la domination des Pharaons, jusqu’à ce que

l'Europe, prédomiriant en Egypte par ses conseils

ou par ses armes, comme Moïse avec sa verge,

réussisse à les affranchir de la servitude (1). »

Le XIXe siècle aura vu se lever sur l'Egypte l'aurore de la délivrance, et c’est encore à l'influence catholique et française que les chrétiens d'Egypte devront l’aliègement du joug séculaire qui pèse sur eux.

La fameuse expédition d'Egypte, à la fin du dernier siècle, si elle échoua au point de vue militaire, produisit, sous d’autres rapports, des résultats sérieux. En faisant connaître et estimer au loin le nom de la France, elle posa en ce pays li base de notre influence, Au contact des idées européennes, l'Egynte avait tressailli Bon oré |

1, Annales d2 ia Propagation d& la foi, février 1856.

LES MISSIONS DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE, 1800-1890. 275 D NE eee nenene manne eo AS nie Bd dite ER

mal gré, ses gouvernants allaient être entraînés dans le grand courant de la civilisation occidentale. Le célèbre Méhémet-Ali contribua beaucoup à accélérer le mouvement. Né dans les derniers rangs de la société (il était rameur dans sa jeunesse), il s'éleva graduellement par son propre mérite au premier. Devenu vice-roi d'Egypte, il se rendit à peu près indépendant de Constantinople, conquit la Syrie en s'appuyant sur les sympathies de la France, et, si la jalousie de l’Angleterre,encouragée par notre proprefaiblesse, n'était venue, en 1840, l'arrêter au milieu de ses conq''êtes et lui arracher la Syrie, on eût peutêtre vu notre ancien protégé, l’ancien batelier du Bosphore, entrer en triomphateur à Constantinople et s'asseoir sur le trône des Sultans,

Forcé de se renfermer dans sa vice-royauté d'Egypte, Méhémiet-Ali travailla toute sa vie à faire de ce pays le plus avancé dans la civilisation des Etats musulmans, et il y réussit, Il s’entoura de nos compatriotes, envoya la jeunesse étudier dans nos écoles, et témoigna toujours la plus vive sympathie aux missionnaires catholiques et à leurs œrivres.

€ Depuis Méhémet-Ali, écrivait en 1864 l'abbé Soubiranne, nous avons obtenu la tolérance extérieure pour les cultes chrétiens : d'Alexandrie à Thèbes, nos cérémonies peuvent s'exercer publiquement, et lorsque, dans les funérailles des catholiques, le prêtre marche à travers les rues, la croix en tête, les passants s'arrêtent avec respect(1). »

Sous la vice-royauté d’Ismaïl-Pacha, l'influence catholique et française grandit encore : celle-ci, à l’occasion du percement de l’'isthme de Suez, celle-là, par la multiplication du nombre des ouvriers et de leurs œuvres, en particulier des œuvres d'éducation.

Depuis quinze ans les Jésuites ont ouvert au Caire et à Alexandrie deux grands collèges, dans lesquels l’enseignement classique est donné à 270 élèves. Les prêtres des Missions Africaines de Lyon ont un troisième collège à Tantah, dans le Delta. Les Frères des Ecoles chrétiennes sont au premier rang pour l'enseignement primaire, supérieur et commercial, Dans leurs trois maisons du Caire, d'Alexandrie et de Ramileh, ils enseignent le français, l'italien, le grec moderne et l'anglais, à plus de 1.600 élèves, qui vont, au sortir de l'école, peupler toutes les administrations, Leurs succès sont si bien établis, que Saïd-Pacha leur accordait de lui-même une somme de 30.000 francs pour agrandir leur maison du Caire, devenue insuffisante à recevoir les 000 élèves qui se pressent aux leçons de ces maîtres si modestes et si estimés ; et le Moniteur ÆEgyptien écrivait, en 1879, que cette maison du Caire est le premier établissement d'éducation de toute l'Egypte.

Les congrégations de Sœurs ne rendent pas

° H LA team ES ne de moindres services pour l'éducation, autrefois

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