Raffanel, Voyage au Sahara et au Sénégal
sion tend à s'établir, tous les jours plus profonde, entre les chrétiens et les musulmans. La condes-
mm d'Afrique, plus nous demsurons convaincus que le seul moyen de la modifier avec avantage, c’est de les initier aux préceptes de la religion chrétienne ; il n'en est pas de plus efficace. Au lieu de cela, nous avons vu, au Sénégal, l'admiristration elle-même encourager les défections au drapeau de la foi nationale, ‘en vue de je ne sais quel résultat chimérique, Nous avons ainsi abaissé le catholicisme et relevé le mahométisme, au grand détriment de nos intérêts, y
Déjà plusieurs projets de chemins de fer pour réunir nos deux grandes colonies, à travers le Sahara, sont à l'étude ; l’un de Tuggurt au lac Tchad, l’autre d'Oran à Saint-Louis, en passant par Tombouctou. Mais avant d'engager des millions dans ces entreprises colossales, il faut que notre ascendant moral sur les populations soit solidement établi ; Or, cet ascendant, nos fatales complaisances envers l'Islam l'ont bien compromis,
€ Ceux qui se préoccupent de l'avenir, écrit Carrère, remarquent avec inquiétude qu'une divi
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MGR DURET. de la Congrégation du Saint-Esprit et du Saint-Cœur de Marie, vicaire apostolique de la Sénégambie,
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cendance que l'administration de l'Algérie et du Sénégal témoigne pour le mahoinétisme, loin d'amener des rapports pacifiques, ne sert qu'à perpétuer la haine que tout bon inusulman se croit en droit de doter À celui qui ne partage pas ses croyances. }
En 1864, El-Hadji-Omar, après avoir fait |
deux fois à nos frais le pèlerinage de la Mécque, usa au retour de l'influence que lui donnait son titre de adji, ou pèlerin, sur les populations fanatiques du Foutah sénégalais, pour £s tailler, à nos dépens, un empire sur la rive gauche du fleuve. À sa mort, son fils Ahmadou hérita de son influence, et, depuis trente ans, il est notre ennemi acharné. Dès 1860, il souleva contre nous le Cayor. La France, épuisée par la guerre de 1870, lui abandonna, par le traité de 1871, cette province, ne se réservant sur elle qu'un protectorat illusoire. Ce n'était pas encore assez pour son ambition. En 1873, il soulève de nouveau le Cayor, ravage les royaumes de Sine et de Saloum, nos alliés, et force des milliers de noirs, nos protégés, à se réfugier dans la colonie, Ce ne fut qu'au bout de deux ans que le lieutenantcolonel Béghin parvint à trinmpher de la révolte, par la défaite d'Ahmadou. En 1881, autre expédition pour pacifier le Foutah. En 1883, troisième expédition dans le Cayor, de nouveau soulevé contre nous aux prédications fanatiques des marabouts. C’est une lutte de chaque jour entre l'influence de l'Islam et la nôtre. € Le seul moyen d'obtenir au Sénégal des résultats sérieux, écrivait un voyageur très peu chrétien (1), c'est de fermer purement et simplement toutes les écoles musulmanes, vrais foyers de fanatisme contre nous, }
Au milieu des erreurs et des fautes de la politique humaine, le catholicisme fait son œuvre sans bruit, mais non sans succès. Ce n'est guère qu’en 1860 que commence sérieusement la mission de Sénégambie,
En 1863, elle est érigée en vicariat apostolique et reçoit son premier évêque, Mgr Kobès. Trois grandes œuvres résument son épiscopat : la création de Saint-Joseph de N'gazobil, la fondation d’une cmmunauté de Sœurs indigènes sous le nom du Saint-Cœur de Marie, et la formation d’un clergé indigène.
Le prélat avait compris que c’est seulement par l'enfance qu'on pourra régénérer les populations de l'Afrique. En 1862, il ouvrit à Saint- Joseph de N'gazobil un vaste établissement, qui comprend un grand et un petit séminaire, un orphelinat agricole et des écoles industrielles, dans lesquelles on enseigne aux enfants rachetés de l'esclavage, l'imprimerie, la reliure, la menuiserie, la charpenterie, la cordonnerie, la fabrication de l'huile de palme, etc. Cette maison, admirablement tenue, fait l'admi:ation des officiers français et de tous les visiteurs.
LE Dournaux-Dupercé, Bulletin de la Société de géographie, juillet 1871.
283 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE,
Neuf prêtres indigènes, dont auatre encore survivants, sont déjà sortis du séminaire de Saint- Joseph ; d'autres séminaristes s'y préparent actuellement à recevoir l'onction sacerdotale, pour porter à leurs compatriotes les lumières de la foi et celles de la civilisation,
En 1870, Mgr Kobès compléta son œuvre, en ouvrant un noviciat de Sœurs indigènes. Elles sont actuellement une trentaine dans la mission, où elles rendent d'immenses services pour. la formation chrétienne des jeunes filles et le rélèvement de la femme noire, trop souvent traitée comme une bête de somme et soigneusement maintenue dans l'ignorance la plus grossière.
L'histoire de la mission de Sénégambie offrant peu d'incidents notables, il me reste à faire connaître Ja situation religieuse du vicariat et de la préfecture en 1890.
La mission du Sénégal et de la Sénegambie s'étend du Sahara au Rio-Nunez et de l’Atlantique au Soudan, sur un territoire qui a deux fois l'étendue de la France. Les missions voisines sont : la préfecture du Sahara, au nord, le vicariat apostolique du Soudan, à l'est, et celui de Sierra-Léone, au sud. Sur la côte de l'Atlantique,
| le Portugal a une petite enclave, qui relève
ecclésiastiquement de l'évêché du Cap-Vert. Les limites de la mission, au nord et à l’est, sont encore assez indécises, à cause de leur immense prolongement et de l'absence de tout poste chrétien dans ces régions recuiées,
La préfecture du Sénégal comprend deux villes: Saint-Louis, 3.000 catholiques. sur 22.000 habitants, et Gorée, 2.500 catholiques su: 3.000 habitants, ce qui donne 5.500 catholiques pour toute la préfecture, sur une population totale de 1.300.000 habitants que compte la colonie.
Le vicariat apostolique de la Sénégambie a la plus grande partie de son territoire sous le protectorat français, à l'exception de la petite colonie de la Gamb:+, capitale Bathurst, qui a 18.000 habitants, sur lesquels 2.000 catholiques. La station de Sainte-Marie de Gambie, fondée en 1859, a rois missionnaires, une église, des écoles tenues par les Frères irlandais du Saint-Esprit, et des Sœurs de l’Immaculée-Conception de Castres, Bien que la religion officielle soit l'anglicanisme, l'administration anglaise s’est toujours montrée bienveillante et très respectueuse des droits de la minorité catholique,
Le reste du vicariat comprend une dizaine d'Etats indigènes plus ou moins indépendants, sous le protectorat de la France, Les principaux sont : le Cayor, le Foutah, le Baol, le Sine, le Saloum. Le mahométisme domine dans la plupart de ces royaumes ; les autres sont plus ou moins adonnés au fétichisme. La population totale, en dehors de la colonie proprement dite, au Sénégal, s'élève à deux millions, sur lesquels on compte environ 7.300 catholiques. Total, pour les deux missions réunies du Sénégal et de la Sénégambie, 12.800 catholiques sur 3.200.000 âmes.
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