LV. — MISSIONS DU CONGO. Yi
FT missions du Congo, reprises par la Congrégation du Saint-Esprit après un siècle d'interruption, embrassent les deux bassins du Zaïre et du Cunène, et s'étendent, sur une longueur de six cents lieues, du fleuve Zaïre (Congo) au fleuve Orange, du nord au sud, et, de l'ouest à l’est, des côtes de l'Océan aux déserts du centre de l'Afrique. On évaiue communément la
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Ce vaste pays, qui est demeuré le centre de l'influence portugaise sur la côte occidentale de l'Afrique, fut évangélisé en grande partie, pendant trois sièclés, nar les religieux capucins. Il est certain qu'à cette époque, le Congo compta plus d'un million de chrétiens, mais, depuis la ruine des missions portugaises et l'expulsion des dérniers enfants de saint François, la colenie est tombée dans une situation religieuse vraiment lamentable. L'évêché de Saint-Paul de Loanda (ancien..évêché d'Angola) compte aux dernières statistiques (1880) x million de catholiques, desservis par une vingtaine de prêtres, qui se partagent frenfe ou guarante paroisses.
Mais cette statistique offre peu de vraisemblance, puisque, pour la population civile de la colonie d'Angola, les chiffres officiels varient de deux à neuf millions. Un missionnaire du Saint- Esprit, bien à portée de connaître la situation et
«résidant sur les lieux, évaluait, il y a quelques
années, la population catholique de la colonie à 250.000 âmes ; mais la plupart ne sont catholiques que de nom, n'ayant pas même reçu le baptême.
Quand les premiers missionnaires de la Congrégation du Saint-Esprit arrivèrent au Congo, en 1866, ils retrouvèrent deux ou #rois de ces chrétientés encore subsistantes, mais dans quel état ! A Saint-Antoine-de-Sogno, à Kinganga, à San-Salvador, les pauvres noirs, abandonnés à eux-mêmes, avaient conservé, come ils l'avaient pu, quelques vestiges du christianisme, deux ou trois chapelles en ruines, dans lesquelles ils se réunissaient de temps en temps pour prier et chanter des cantiques ; sur l'autel, on voyait encore le crucifix, les statues de la Sainte Vierge et de saint Antoine de Padoue ; quelques vases sacrés dépareillés, un encensoir, deux ou trois clochettes : voilà tout ce qu'il leur restait de l'ancienne splendeur de l'Eglise du Congo. Moins intelligents, ou moins fsrmes dans la foi que les ancieis chrétiens du Japon, ils n’ont pas su garder la formule du baptême, dont ils ont à peu près complètement abandonné l'usage, en sorte qu'ils ne sont plus même chrétiens ; ce qui ne les empêche pas de célébrer de temps en temps une parodie de messe, qui consiste surtout à changer le missel de place et à faire le plus de bruit possible, en agitant toutes les sonnettes qu'ils ont pu se procurer. Des superstitions grossières .déshonorent naturellement ces vestiges informes du christianisme. Les gens de l'Eglise, ainsi appelés parce que leurs ancêtres faisaient partie autrefois de la maison des Pères, sont renommés par tout le pays pour faire tomber la pluie en temps de sécheresse, et pour jeter des sorts à ceux à qui ils veulent nuire. Les roitelets prétendus chrétiens sont adonnés, aussi bien que leurs sujets, à la polygamie, à l’ivrognerie et à tous les vices ordinaires de la vie sauvage. Il faut noter pourtant, à la louange de ces pauvres chré-
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Voilà le triste état dans lequel les Pères du Saint-Esprit trouvèrent la mission du Congo, quand ils arrivèrent dans le pays en 1866. Vu l'étendue immense de la contrée confiée à leurs soins, le nouvelle mission fut partagée dès le début en deux districts : l'un au nord, du Zaïre au Cu: nène, comprenant le Congo proprement dit ; l'autre au sud, du Cunène au fleuve Orange, erbrassant la partie méridionale de la celonie portugaise et la Cimbébasie. Deux vice-préfets apostoliques et six missionnaires, trois dans chaque district, furent chargés d'explorer ce vaste territoire, La mission du nord établit son centre d'action à Ambriz, celle du sud, à Mossamédès : ces deux stations, étant situées sur la côte, se trouvaient par là même en rapports faciles avec l'Europe,
Mais le gouvernement portugais suscita, au début, des difficultés à l'établissement des missionnaires français dans la colonie. Pour les résoudre pacifiquement, les Pères du Saint-Esprit ouvrirent, d'abord à Santarem, puis à Braga (Portugal), un noviciat pour recruter des vocations parmi les Portugais, puisque l'administration ne supporte qu'avec peine la présence de missionnaires étrangers sur son territoire, Un décret de la Propagande, en autorisant, au siècle dernier, les missionnaires à s'établir dans les endroits dépourvus de prêtres, leur avait défendu d'approcher des paroisses déjà occupées par les prêtres du diocèse, dans un rayon de cinq lieues. Par un accord à l'amiable entre l'évêque de Saint-Paul et les Pères du Saint- Esprit, cet espace un peu exagéré fut restreint à trois lieues. Il fut convenu que les missionnaires auraient le droit de s'établir dans tout le reste du territoire portugais, en acceptant d’ailleurs le droit de patronage, avec ses avantages et ses charges.
Les choses ainsi réglées à la satisfaction de tous, les Pères du Saint-Esprit se mirent courageusement à l’œuvre pour défricher l'immense territoire qui leur était assigné par le Vicaire de JÉSUS-CHRIST,
En 1873, ils fondèrent la station de Landana, qui devint bientôt le poste le plus important dans le district du nord. Dès 1879, la mission de Landana comprenait quatre établissements distincts :
1° La paroisse Saint-Jacques, résidence du vicepréfet apostolique et du procureur de la mission, avec une école libre pour les enfants de famille, Cette école comptait alors 120 élèves, parmi lesquels les deux fils du roi de Loango, les deux neveux du chef indigène de Landana, le fils du roi chrétien de Saint-Antoine de-Sogno, le fils du prince de Malembé ;
2° Un potit séminaire, 6 éièves, pour ia for- : mation du clergé indigène, avec un noviciat de |
LES MISSIONS DE L'AFRIQUE OCCIDENTALE, 1800-1890, 297 TS EE RE oO EC RME 2 AIS AE CR ES
Frères et une école d’instituteurs et de catéchistes ;
3° L'orphelinat de Sainte-Marie, pour les métis de ia çolonie abandonnés par leurs pères européens, 1: enfants ;
4° L'orphelinat de Saint-Joseph, pour les noirs rachetés de l'esclavage, plus de 100 enfants.
En 1880, M. de Brazza, au cours de ses voyages d'exploration, vint visiter la mission de Landana et témoigna hautement sa satisfaction pour les progrès obtenus en si peu de temps.
D'autres stations s’ouvrirent successivement à Loango, à M'boma, à Saint-Antoine-de-Sogno, à Kibanga, à Boffa, à Stanley-Pool. Le besoin de multiplier les postes catholiques devenait pressant, car, depuis que les explorations de MM. Stanley et de Brazza ont ouvert la contrée à l'Europe, les ministres protestants se sont précipités sur ces régions encore neuves et, avec leurs immenses ressources, ils ont multiplié leurs établissements au Congo. Heureusement, comme nous le verrons plus loin, que les Révérends ministres du Saint. Evangile ont fait, selon leur habitude, plus de bruit que de besogne. Néanmoins il était temps de se hâter, pour ne pas se laisser prévenir et dépasser par eux.
En 1884, la Conférence de Berlin se réunit pour dirimer les contestations qui menaçaient de s’élever entre les diverses puissances européennes au sujet du Congo, À la demande du Souverain- Pontife, le représentant de la France fit insérer une clause formelle, qui assurait aux missionnaires du Congo la protection des gouvernements européens et la liberté de conscience de leurs néophytes,
À la suite des résolutions arrêtées à la Conférence de Berlin, le Saint-Siège, toujours désireux de répondre aux désirs raisonnables des puissances et de ménager les droits de chaque nationalité, partagea la mission du Congo en plusieurs juridictions distinctes :
19 et 2° Le vicariat apostolique du Congo fran: çais, qui fut partagé en 1890 en deux vicariats distincts : le Congo inférieur et le Congo supérieur, ou l'Oubanghi ; ces deux missions appartiennent aux PP. du Saint-Esprit :
3° et 4° Le vicariat apostolique du Congo belge, at x missionnaires de Scheutz.lès- Bruxelles, d'où fut détachée, en 1892, la mission du Kouango, qui fut confiée aux PP. Jésuites belges.
5° La préfecture apostolique du Congo inférieur, aux PP. du Saint-Esprit,
6° Le vicariat apostolique du Congo supérieur où Tanganika, aux Missionnaires d'Alger.
Avec l'évêché de Saint-Paul da Loanda, cela fait sept juridictions distinctes dans l’ancienne mission du Congo. Quant au Congo sud, ou Cimbébasie, nous le retrouverons plus bas.
Lot Ra Mu sh Lure Lier est 1 ÉVÉCHÉ DE SAINT-PAUL DE LOANDA,
Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai dit de la
298 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIX"w SIÈCLE.
situation désolante de ce diocèse. En 1838, en expulsant les derniers missionnaires capucins, on avait détruit l’église et l’hospice de Loanda. Depuis, ce malheureux diocèse se relève lentement de ses ruines. Déjà, en 1880, le docteur Livingstone constatait l'influence: heureuse que l'évêque exerçait dans le pays. Le gouvernement portugais a enfin compris que la conservation de son influence coloniale est intimement liée au relèvement du catholicisme dans ses colonies africaines.
Le diocèse de Saint-Paul comprend, en droit,
toute la colonie portugaise d'Angola ; mais, en ||
fait, la plus grande partie de ce vaste territoire est abandonnée, faute de prêtres, aux missionnaires du Saint-Esprit.