‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme]Chapitre 287 sur 404 · Napier, Excursion dans l'Afrique méridionale · texte numérisé non relu

Napier, Excursion dans l'Afrique méridionale

A EE ae RAR AE

près d’un siècle, avant que le catholicisme pût venir leur disputer le terrain ?

Le docteur Livingstone, plus célèbre comme voyageur que comme missionnaire, va nous l’apprendre, avec la noble franchise qui caractérise tous ses écrits, faisant un heureux contraste avec l'enthousiasme factice qui distingue ordinairement les publications protestantes au sujet des missions :

{ La variété, dit-il, des sectes chrétiennes qui se sont répandues dans l'Afrique du sud, sous l'influence de la Société des missionnaires de Londres, est telle, que les néophytes de n'importe quelle dénomination religieuse sont accueillis avec empressement par les sectes rivales. ÿ

Et cet honnête hom:1e ajoute avec tristesse : € Quelle place peuvent trouver les vertus chrétiennes dans de pareils trafics ? (1) »

Cet état de choses a créé à la mission catholique de la Cimbébasie une situation très difficile. Dès 1866, le P. Duparquet, de la Congrégation du Saint-Esprit, avait fait un premier voyage d'exploration dans le pays, et avait formé deux établissements, l’un à Mossamédès et l'autre à Huilla, tous deux sous le protectorat portugais. Nommé, en 1879, préfet apostolique de la nouvelle mission de Cimbébasie, il chercha naturellement à s'établir sur le territoire de sa mission ; mais alors commencèrent les intrigues des protestants et les difficultés sérieuses.

Dès 1879, le P. Duparquet avait fondé une première station à Omaruru, dans le Damara ; un révérend ministre protesta aussitôt par lettre contre l'arrivée des missionnaires catholiques dans un territoire qu’il s'était habitué à considérer comme sien, et leur intima l'ordre d’aller chercher fortune ailleurs. Le Père répondit avec énergie et dignité à cette singulière prétention ; mais le révérend ministre ne se tint pas pour battu ; bien qu'il eût reconnu, d'assez mauvaise grâce, le droit des prêtres catholiques à prêcher l'Evangile en tous lieux, il intrigua si bien auprès du roi indigène, que, j’année suivante, la mission d'Omaruru fut forcée de se dissoudre.

A cette occasion, le journal protestant Le Temps porte une accusation bien grave contre ce ministre, nommé Dichl. A l'occasion d’une conférence qui eut lieu entre le roi du pays et le commissaire du gouvernement impérial allemand, le chef indigène aurait dit :

€ J'ai été accusé d’avoir versé le sang des missionnaires catholiques. Ils sont venus ici et je leur ai conseillé de rester ; mais vu l'opposition manifestée par vous, les missionnaires allemands, ils sont partis; vous, M. Dichl, vous avez pris quelques-uns de mes gens, vous êtes allé à leur résidence, à Omaruru, et vous avez brisé la porte avec une hache, Ces missionnaires ont été chassés par vous et sont allés dans l’Ovampo, et c’est là qu'ils ont été tués. C'est vous qui les avez chassés,

1, Voyages de Livingsione, ch, x1x.

LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE, mn mb on a en re pe

ce n'est pas moi. } — «€ M. Dichl, ajoute Ze Temps, n'a pas répondu à cette grave accusation. I doit au monde civilisé des explications positives, s’il est en mesure d'en fournir (1). »

C'est avec répugnance que je rappelle une si grave accusation, portée contre un ministre du saint Evangile par ses propres coreligionnaires : mais j'espère qu'il suffit de faire connaître de pareils actes d’intolérance de la part des partisans fanatiques de la liberté absolue de conscience, pour en rendre le retour à jamais impossible. Observons que, par un sentiment de charité chrétienne, les missionnaires catholiques, dans leurs correspondances publiques, avaient tu ce regrettable incident.

es missionnaires chassés d'Omaruru s'étaient réfugiés, avec quelques-uns de leurs néophytes, les uns à Humbé, au bord du Cunène, les autres dans l'Orampo, où le roi Kipandéka les avait reçus avec joie. Ils s'établirent à Oukonangama, sa capitale ; mais cette station fut encore détruite, au bout d’un an. En 1884, le roi fut empoisonné, à cause, dit-on, de son amitié pour les biancs. À cette occasion, vingt Européens furent massacrés, dont un Père et un Frère du Saint-Esprit, et la station fut pillée et détruite.

Un autre poste, fondé chez les Amboellas, aux bord du Zambèze, réussit mieux et put s'établir solidement ; mais l’insalubrité du climat emporta plusieurs missionnaires.

Ces difficultés n’ont pas permis à la mission de prendre beaucoup d’accroissement. Au mois de juillet 1879, la Sacrée Congrégation avait érigé la mission de Cimbébasie en préfecture apostolique, qui fut confiée aux Pères du Saint-Esprit. Un décret du mois d'août 1892 partagea cette unique mission en deux préfectures apostoliques | distinctes, la Cimbébasie supérieure, aux Pères

du Saint-Esprit, et la Cimbébasie inférieure, aux Oblats de Marie Immaculée.

Page 1