‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme]Chapitre 290 sur 404 · MIN /HE · texte numérisé non relu

MIN /HE

l'Afrique méridionale demeura

à peu près fermée aux mission-

naires catholiques. Les calvinis-

tes hollandais, maîtres du Cap

de Bonne-Espérance, avaient

porté des lois dracoriennes pour

rêtres catholiques l'entrée de la

colonie, Quand les Anglais s'emparèrent du Cap,

à la fin du dernier siècle, ils continuèrent pen-

dant longtemps à appliquer aux missionnaires

ces lois odieuses, En 1806, trois prêtres hollandais

ayant réussi à pénétrer dans le pays, le gouver-

neur, sir David Blair, les fit déporter, sans autre

forme de procès, à Maurice. Jusqu'en 18237, la

mission du Cap demeura donc sans pasteurs,

sous la juridiction nominative du vicaire apostolique de l’île Maurice.

Même après qu'il eut consenti, d'assez mauvaise grâce, à l'érection du vicariat apostolique, le gouvernement du Cap maintint toute une série de dispositions restrictives contre les catholiques et leurs prêtres : ceux-ci, en particulier, étaient légalement incapables d’hériter ou de posséder des biens-fonds dans la colonie. C'est seulement en 1868 que ces derniers restes d'une législation tyrannique et surannée furent abolis, sur la proposition même du gouverneur de la colonie et à l'unanimité des votes du parlement.

De cette situation douloureuse du catholicisme dans le Sud, il s’ensuivit que, pendant près d’un siècle, les ministres protestants purent s’installer en maîtres dans toute la contrée. Ce fut un malheur irréparable pour l'Afrique méridionale, Si l’apostolat catholique est en retard sur ses rivaux dans cette partie du continent noir, cela vient des obstacles sérieux que lui a créés dans tout le pays la propagande protestante.

€ Nos missionnaires sont partout, écrivait le docteur Philip (1), et partout ils répandent les semences de la civilisation, de l’ordre social et du bonheur. »

Qu'ils soient partout, c'est un fait trop facile à

1. Rév. John Philip, Recherches sur l'Afrique du sud, Préface.

WE

+ HAICTID 5e

QC M/NC :

csssjessellsesele Dr AC

CD CTTAU

ANA Y x [He HAE

constater ; mais qu'ils répandent les semences de la civilisation et du bonheur, c'est ce qu'il faudrait voir. De nombreux témoignages de voyageurs protestants et sérieux permettent un peu d'en rabattre.

Lichtenstein, qui célèbre avec conviction les exploits apostoliques du R. Van den Kemp, appelé € la pierre fondamentale des missions de l'Afrique du Sud, » reconnaît néanmoins que ses collègues dans l’apostolat, « les ministres anglais et hollandais, étaient, en général, des vagabonds oisifs du des fanatiques absurdes. » Voici maintenant comment il s'exprime au sujet de leurs prosélytes : € Ils pouvaient chanter et prier, et parler de l’Agneau rédempteur; mais aucun d'eux n’en valait mieux, malgré ces beaux dehors. C'était seulement ‘une manière commode de se procurer de la nourriture ; ce qui attirait les plus méprisables et les plus paresseux, car quiconque se présentait était indistinctement reçu dans les établissements des missionnaires (1), }»

Ce témoignage est loin d’être isolé : tous les voyageurs protestants du commencement du siècle parlent de même. D'après Burshell : € les soi-disant néophytes écoutent les missionnaires aussi longtemps que leurs avantages temporels le demandent (2); » et Thompson écrit de son côté : € On n'a fait que peu ou point de conversions (3). »

En 1835, le parlement, tout protestant, du Cap s'émut de la situation des missions et provoqua une enquête sérieuse sur elles,

€ — Croyez-vous, demandèrent les députés au capitaine Aïitchison, qui avait longtemps résidé au milieu des noirs, que les missionnaires eient amélioré la condition des Cafres ? »

€ — Pas le moins du monde, répondit:il ; en réalité, les Cafres des environs de Chumie (la

1. Lichtenstein, Voyage à trazers l'Afrique méridionale, 1 vol. chap. 17.

2. William Burshell, esq. Voyage dans l’intérieur de l'Afrique austra/+, 2 vol,, ch, 5,

3. Georges Thompson, Foyage dans l'Afrique du sud, 2 voi, chap. 0.

Sr ro bi Ue IT

»mences de lil faudrait

voyageurs | peu d’en

viction les en Kemp, nissions de ins que ses res anglais vagabonds oici maint de leurs t prier, et ais aucun ces beaux : commode qui attirait paresseux, ndistincte- »s mission-

:: tous les ement du hell : & les ssionnaires 2mporels le it de son le conver-

nt, du Cap : provoqua

s députés longtemps ssionnaires D

ndit-il ; en ‘humie (la

dionale, 1 vol.

r de l'Afrique

{ sud, 2 VO,

grande station de: missionnaires) sont ceux qui se conduisent le plus mal de toute la tribu (1), »

Cette situation déplorable des missions protes. tantes dans le sud de l'Afrique ne s’est nullement améliorée depuis, En 1848, Sir Bunbury, savant voyageur protestant, écrivait :

€ Le réforme et la civilisation des peuples cafres sont une tâche que les missionnaires seuls ne peuvent évidemment accomplir (2). »

De son côté, Anderson, l'ami et pendant ere années l'associé des missionnaires du

ac Ngami, résume en ces termes son impression sur les néophytes :

€ Tant qu'ils reçoivent la nourriture et les vêtements, ils sont assez disposés à se grouper autour du missionnaire ; mais, Gès l'instant que les dons sont retirés, leur attachement simulé pour sa personne et pour sa doctrine disparaît, et ils ne se font aucun scrupule de l'accabler d’'iniures (3). »

Enfin le colone! Napier, dont j'ai déjà cité l'opinion au sujet des missions de l'Afrique occidentale, va nous dire ce qu'il pense de celles du sud : 4 Les Hottentots du Cap sont plus débuuchés et plus dissolus que jamais, et plusieurs Révérends, il faut bien l'avouer, leur ont donné l'exemple d’une moralité peu sévère (4), »

C'est l’accomplissement de l’oracle de l'Evangile : € Si un aveugle s'ingère à conduire un autre aveugle, tous deux tomberont dans le fossé (5),» Non seulement les noirs ne se sont pas améliorés à la prédication de ces faux docteurs, mais ils sont devenus plus vicieux, 2t leur éloignement du christianisme, qu'on leur a rendu méprisable et odieux, fait qu'ils sont devenus à peu près inabordables à la parole des vrais apôtres de JÉSUS-CHRIST,

« Le terrain que nous avons à défri.

cher, écrivait Mgr Allard, vicaire apostolique de Natal (6), est un peu dur, Les Cafres qui résident dans la colonie de Natal sont, depuis de longues années, en contact avec les Européens, et ces rapports ne peuvent que leur être très funestes. Les missionnaires protestants ont établi depuis longtemps des stations parmi les indigènes et levr ont parlé de la religion chrétienne : ils n’ont pas su leur

1, Enquête parlementaire, juillet 1835.

2. Bunbury, Journal d'un séjour au Cap de Bonne-Espérance, chap. 2,

Page 1