VICARIAT APOSTOLIQUE DES GALLAS
La mission des Gallas, fondée en 1846, comprend la province abyssine du Choa, au sud de l'Éthiopie, et le territoire des Gallas. Dans le Choa, c'est la secte des 7, rois Naissances, la moins
hostile au catholicisme, qui domine. Les Gallas, convertis plus ou moins au christianisme dans le cours du XVe siècle, sont restés à peu près païens de mœurs et de Croyances, Bien au-dessus de DIEU, dont ils ne s'occupent pas, ils placent le grand saint Georges, leur patron, Du reste, absence presque totale de culte et de sacrements, Ils ont conservé les noms des grandes fêtes de l'Eglise, Noël, Pâques, la Pentecôte, mais sans savoir le premier mot des mystères dont ces fêtes sont la commémoraison : des réjouissances grossières, la danse et l'ivresse, voilà pour eux la seule manière de célébrer ces augustes anniversaires, Une profonde indifférence religieuse paraît être la note caractéristique de ce peuple intéres sant, brave, chevaleresque:même à sa manière ; mais lorsqu'une fois il a été sérieusement instruit des dogmes du christianisme, il est beaucoup plus constant et plus ferme dans la foi que l’Abyssin, dont la légèreté et les perpétuelles révolutions politiques ont fait, depuis trois siècles, le désespoir de l’apostolat.
L'apôtre des Gallas, Son Éminence le cardinal Massaja, a fourni parmi eux une longue et diffcile carrière apostolique (1846-1881). Peu de missionnaires ont eu une Vic aussi accidentée
que ce prélat. Le Choa, étant un des trois grands
Etats qui se partagent l'Éthiopie, a ressenti natu-
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rellement le contre-coup de toutes les épreuves qui ont désolé la mission voisine d'Abyssinie. Éntré dans le pays en 1846, en compagnie de trois Capucins italiens, Mgr Massaja fut expulsé, pour la première fois, dès l’année sûivante et forcé de se réfugier sur les côtes de la mer Rouge, où il rencontra Mgr de Jacobis, exilé comme lui, et à qui il conféra la consécration épiscopale. Rentré en 1849, il fut fait prisonnier à deux reprises, puis chassé de nouveau du pays. A son retour, en 1852, il manqua d'être massacré par les Arabes. Il parvint enfin à s'établir dans la province de Godru, où il fonda quatre chrétientés.
L'avènement de ‘:+::doros, l'ennemi juré du catholicisme, le forçg: 1. s'éloigner de cette contrée, trop voisine des Erats du Négus. Il se réfugia alors à Lagamara, où il bâtit deux églises et ouvrit un séminaire pour la formation d’un clergé indigène. Ce fut un des moments les plus tranquilles de sa vie si tourmentée. Il se fit bientôt autour du prélat un mouvement accentué de retour au catholicisme, mouvement qui s'étendit à toute la contrée,
€ Mes confrères, écrivait en 1856 Mgr Massaja, ne sont pas moins heureux que moi. Le P. Felicissimo voit, aux jours de fête et de dimanche, le peuple se rassemble: au son du tambour royal
our assister à la messe et aux instructions : les néophytes baptisés se comptent par centaines et le nombre des catéchumènes dépasse toute prévision.
» Abba-Hajla (r) bâtit une église pour ses nouveaux convertis. Le P. César, avec un prêtre indigène, est parti pour le Kaffa, où le roi l’a reçu avec les plus grands honneurs. Partout se manifeste le plus vif élan pour notre sainte religion, partout on trouve d'anciennes populations dont la foi semble se réveiller. »
En 1859, Mgr Massaja, laissant à Lagamara son coadjuteur, Mgr Coccino, passa au Kaffa, dont le roi le reçut parfaitement d’abord. Malheureusement il prit bientôt ombrage des succès des missionnaires, et, pour paralyser leur zèle, ce sauvage eut une idée vraiment ingénieuse : ce fut de leur faire épouser des princesses de la famille royale. On voit d'ici comment furent accueillies ces ouvertures matrimoniales. Brutalement expulsé du Kaffa en 1861, Mgr Massaja fut abandonné en plein désert par ses guides, et il dut la vie à l'hospitalité d’un chef arabe. Rentré au Choa, il fut arrêté de nouveau par les soldats de Théodoros, qui venait d'envahir le pays, pour réduire le roi Ménélick au rôle de vassal. Comprenant que, tant que le Négus serait tout-puissant, il n'y aurait rien à faire, le prélat passa en Europe pour traiter des affaires de sa mission (1863).
En quitant le Choa, Mgr Massaja emmenait avec lui plusieurs jeunes Gallas qu'il confia aux Capucins de Marseille ; un collège-séminaire fut même ouvert dans cette ville, pour l'éducation des
1, Prêtre abyssin récemment converti par Mgr Massaja,
Gallas se destinant au sacerdoce. Ce collège ne subsista qu'une dizaine d'années ; le climat de la France était trop contraire aux enfants de l'Éthiopie ; plusieurs moururent et les survivants furent renvoyés dans leur patrie.
C'est à l'époque du voyage de Mgr Massaja que la Propagande transféra la mission des Gallas, des Capucins italiens aux Capucins de la province de France, Mgr Massaja restant toujours à la tête de la mission (1863). Pendant les loisirs forcés que lui faisait l'exil, le prélat fit imprimer À Paris une grammaire et un dictionnaire de la langue galla, dialecte encore ignoré de tous les linguistes,
Âù Choa, la persécution continuait toujours.
Le coadjuteur, après avoir vu renverser les établissements de Lagamara (1865), se réfugia dans le Godru. Au Kaffa, les missionnaires étaient plus tranquilles, et, chaque année, ils avaient la joie d'enregistrer un certain nombre de conversions.
La mort de Théodoros rouvrit à Mgr Massaja les portes du Choa. Ménélik, redevenu libre de manifester ses véritables sentiments, accueillit avec joie l'évêque catholique, et l'installa dans une terre du domaine royal; le coadjuteur retourna à Lagamara, et la mission jouit enfin de quelques années de tranquillité.
Cette paix dura jusqu’au jour où Atti-Joannès, débarrassé de la guerre avec l'Égypte, envahit le Choa et ramena Ménélik au rang de vassal (1877). Avec sa suprématie politique, le Négus lui imposa la proscription des missionnaires. Au mois de juin 1870, Mgr Massaja, appelé auprès de Joannès avec ses confrères, sous le fallacieux prétexte d'une mission diplomatique à remplir, fut renvoyé en Europe ; ce devait être sa dernière expulsion. Épuisé de fatigues et d'épreuves, le vénérable vieillard remit la direction de la mission des Gallas à son nouveau coadjuteur, Mgr Taurin Cahagne. Pour lui, retiré dans une pauvre cellule de Capucin, il ne songea plus qu’à se préparer à la mort,en écrivant, à la demande de Léon XIII, l'histoire de ses érente-cing années d’apostolat. C’est làquevinrent le chercher la pourpre romaine, récompense bien méritée de ses longues souffrances, et l'admiration sympathique du monde savant.
€ Mgr Massaja, écrivait le Rassagna national, est une des gloires les plus pures et les mieux incontestées de l'Italie. »
Le célèbre explorateur Mateucci rend compte en ces termes de l'entrevue qu'il eut, au Caire, avec le prélat :
« Le Père gardien nous annonça à Monseigneur, qui recevait des visiteurs ; il les quitta et vint à nous. Nous étions en proie à la plus vive émotion. La vie exceptionnelle de cet homme lustre était gravée dans notre mémoire, et quand sortit de sa chambre ce vieillard à longue
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LES MISSIONS DE L'AFRIQUE ORIENTALE, 1800-1890 327 meme SRE SN à
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ns, ancien vicaire apostolique des Gallas,
s'éclipse pour ne parler que des autres, Il est très
328 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXMme SIÈCLE.
Le gouvernement italien lui-même voulut s'associer à cet hommage universel rendu au prélat catholique : il lui adressa un brevet de sénateur avec la grand'croix de la couronne d'Italie, Le cardinal déclina noblement ces honneurs, et, renvoyant au ministre des cultes ses brevets, il lui déclara nettement que lui, missionnaire de la Propagande, il ne pouvait accepter les faveurs d’un gouvernement spoliateur, qui :’apprêtait à éteindre ce grand foyer de civilisation en confisquant ses revenus. :
Un seul Capucin, le P. Ferdinand, avait pu échapper à la proscription et rester au Choa pour diriger les douze prêtres indigènes chargés d'administrer la mission. Le roi Ménélik, toujours bienveillant, avait consenti à fermer les yeux et à laisser aux catholiques l'usage de leurs églises ; mais l'évêque cophte, placé au Choa pour le surveiller, le dénonça à Joannès, qui ordonna à son vassal de confisquer tous les établissements des catholiques. Il y eut donc, en 1882, recrudescence dans la persécution, le P. Ferdinand fut expulsé et toutes les chapelles fermées.
sv.
Dès 1881, le nouveau vicaire apostolique, Mgr Taurin, était de retour sur les côtes de la Mer Rouge. Ne pouvant our le moment rentrer au Choa, il fonda plusi” : établissements sur la côte : une procure à xerbérah, procure qui fut depuis transférée à Zeilah, et une station à Obock, sous la protection du drapeau français. Après avoir installé deux missionnaires dans la ville toute musulmane d'Harrar, dont le fanatisme des habitants ne laisse aucune prise à l’apostolat, mais qui est environnée de tribus Gallas, sur lesquelles on peut agir, le vicaire apostolique se rendit très secrètement auprès de Ménélik, pour voir ce qu’on pouvait espérer de sa bonne volonté Le roi, toujours étroitement surveillé, reçut l'évêque avec bienveillance et lui permit volontiers de s'établir au milieu des tribus Gallas, en attendant l'heure où l’Abyssinie pourrait de nouveau être ouverte aux missionnaires ; en conséquence, en 1884, une nouvelle station fut ouverte chez les Anias.
Mais la persécution recommença bientôt sur un autre point de la mission.
En 1885, les musulmans d'Harrar, fanatisés par les victoires du Madhi au Soudan, forcèrent tous les Gallas des environs, païens et catholiques, d’embrasser, au moins extérieurement, le mahométisme. En 1886, une mission scientifique italienne, composée de neuf membres, fut traîtreusement attirée dans une embuscade et massacrée par ordre de l’émir. Pendant plusieurs mois, les missionnaires d'Harrar demeurèrent entre la vie et la mort. Enfin, après avoir confisqué leur résidence et leur cinq églises, l'émir daigna leur octroyer la permission de se retirer à la côte. L'évêque, un prêtre, un Frère et treize enfants, appartenant à la mission, se réfugièrent à Obock.
Mais au mois de décembre de cette même |
année 1885, Ménélik, agissant au nom de son suzerain Joannès, vint mettre le siège devant la ville d'Harrar, dont il s'empara, au t ‘ut de deux mois. Le gouverneur abyssin, placé : ans la ville, permit aussitôt à l’évêque d'y revenir et de reprendre en paix l’évangélisation des Gallas.
La mort de Joannès a dû rouvrir aux missionnaires les portes du Choa. Les bunnes dispositions de Ménélik ne sont pas douteuses, car, dernièrement encore, à l’occasion des noces d’or du Souverain Pontife, il a tenu à joindre son hommage à celui de tous les princes chrétiens. La paix semble donc assurée, au moins pour quelque temps, à la mission si longtemps éprouvée des Gallas. Maïs reste toujours une grave difficulté, l'insécurité des communications avec l'intérieur. L'occupation par l'Italie de plusieurs points de la côte, les récentes annexions des Anglais et des Allemands au Zanguebar, ont surexcité à l'excès le fanatisme des Arabes, qui gardent plus soigneusement que jamais toutes les routes de l'intérieur, afin d'empêcher les Européens de pénétrer dans le pays. Deux missionnaires capucins viennent tout récemment encore d’être les victimes de leur farouche intolérance. Partis de Zeilah, le 21 décembre 1889, pour se rendre chez les Gallas, le P. Ambroise, du diocèse de Poitiers, et le Frère Etienne, du diocèse de Valence, ont été massacrés, dans la nuit du 28 décembre, par un parti de Somalis. Puisse le sang de ces deux apôtres.être ic Jernier versé !
Voici quelle était, au 1er janvier 1890, la situation religieuse :
Le vicariat comprend le Choa et les nombreuses tribus Gallas répandues sur les pentes méridionales du grand plateau d’Ethiopie. Il a pour limites : au nord, le vicariat d’Abyssinie ; à l'ouest, celui du Soudan ; au sud, celui du Zanguebar ; à l’est, la côte des Somalis. La population totale est de 15.000.000 d'habitants, en partie musulmans, en partie païens, à l'exception du Choa, qui appartient au schisme de Dioscore, Les catholiques sont environ 5.000.
Personnel : 1 vicaire agostolique, 7 missionnaires capucins, 6 prêtres indigènes,
Œuvres : 4 résidences et 4 missions, 6 églises ou chapelles. 25 séminaristes étudiant sous la direction des PP. Capucins, dans les trois résidences d'Obock, d'Harrar et de Zeilab. ;
2 écoles élémentaires : 23 enfants.
1 hôpital à Obock.
Statistique comparée des missions d "Éthiopie.
En 1840: 1 préfet apostolique et 3 missionnaires récemment arrivés en Abyssinie.
En 1890 : 2 vicaires apostoliques, 17 missionnaires, 45 prêtres indigènes, 18 églises ou chapelles, 10 écoles, 35-000 catholiques.
Tableau des missions de l Afrique orientale en 1806:
6 missions, 3 vicaires apostoliques, 3 préfets, 57 missionnaires, 16 églises ou chapelles, 26 écoles, 39.590 cathotiques.
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cine HE centre de l'Afrique, le conti- E nent mystérieux, dont l’intérieur demeura inconnu aux Romains, a longtemps attendu le soleil de la: civilisation. Que è de problèmes soulevaient, il y NP PT EP a trente ans encore, ces régions ignorées de "Europe, et dont seul l’infime négrier connaissait les chemins ! € Jusque vers le milieu du siècle, écrivait récemment l'explorateur Banning, l'Afrique intérieure presque tout entière restait à reconnaître, Pour mesurer l'effort accompli en une quarantaine d'années, les contemporains n’ont qu'à £e reporter en souvenir À la carte d'Afrique, qu'ils ont étudiée dans leur jeunesse (1). » J'ai précisément suus les yeux, en ce moment, une de ces cartes remontant À 1858 ; de vastes espaces laissés en blanc, avec la dési. gnation : Pays inconnus, voilà, en dehors des côtes soigneusement explorées depuis trois cents ans, l'aspect général qu’elle présente. Aujourd’hui, grâce aux voyages de Speke, de Baker, de Burton, de Livingstone, de Stanley, de Brazza, de Cameron et de vingt autres explorateurs, le continent noir n'a presque plus de secrets pour nous, et l'Europe chrétienne, réunie à Bruxelles et à Berlin, s’est partigé ce vaste monde qu'il s’agit d'ouvrir au Christianisme, au commerce et à la civilisation,
L'Eglise catholique n'avait pas attendu la réunion des diplomates européens pour se préoccuper des intérêts spirituels de cette contrée. Dès la première moitié du siècle, elle avait créé le vicariat apostolique de l'Afrique centrale, devenu depuis le vicariat du Soudan ; et quand les voyages de Stanley eurent révélé à l'Europe la région des Grands Lacs, la Propagande confia l'évangélisation de ce pays aux Missionnaires d'Alger. Les missions du centre de l'Afrique peuvent donc se ramener à deux groupes : le vicariat du Soudan et les missions des Grands Lacs.