‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme]Chapitre 318 sur 404 · DE L’AFRIQUE · texte numérisé non relu

DE L’AFRIQUE

deux mois avant sa mort, signa le décret qui érigeait le vicariat apostolique de l'Afrique centrale. Le vicariat comprenait alors le Soudan et le Sahara réunis, embrassant tout le centre de l'Afrique, d'un Océan à l’autre, un monde : 60 degrés de longitude, sur une profondeur moyenne de 20 degrés de latitude. En 1868, la préfecture apostolique du Sahara fut détachée de cet immense vicariat, qui prit le nom restreint de vicariat du Soudan, Tel quel, il a pour limites : au nord, la Tripolitaine et l'Egypte ; à l'est, la Mer Rouge, l'Abyssinie et le pays des Gallas ; au sud, les vicariats du Nyanza et du Congo belge ; à l’ouest, le Congo français, la préfecture du Caméroun et celle du Sahara, La superficie totale dépasse encore celle de l'Europe entière, La partie septentrionale appartenait naguère à l'Egypte ; aujourd’hui elle forme le centre de l'empire du Mahdi, De grands Etats musulmans, le Kordofan, le Darfour, le Bornou, des tribus nomades d’Arabes pillards, des peuplades nègres, livrées au plus hideux fétichisme et quelquesunes à l’anthr:)ophagie, peuplent le reste du pays. On éval . la population totale du Soudan de quatre-vingt-dix à cent millions d'habitants, en partie musulmans fanatiques, en partie païens. Depuis la ruine de la mission par les bandes du Mahdi, le catholicisme n’est plus guère représenté que par quelques fidèles, réfugiés à Souakim, et une centaine d'enfants noirs, élevés dans les Instituts du Caire : en sorte que la mission du Soudan est tout à la fois la plus vaste, la plus peuplée et l’une des plus Pauvres et des plus: désolées du monde catholique,

On peut distinguer trois périodes dans l’histoire de cette mission si éprouvée :

De 1846 à 186r, la période de formation, pendant laquelle la mission est administrée par des missionnaires autrichiens, assistés de quelques Pères de la Compagnie de Jésus,

De 1861 à 1872, la mission passe aux Franciscains, d'abord sous la direction d'un préfet apostolique, puis sous celle du vicaire apostolique des Latins d'Egypte.

De 1872 à nos inurs, la mission est confiée aux

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prêtres du Séminaire africain de Vérone assistés de quelques religieux de Saint-Camille de Lellis.

Un chanoine de Malte, Mgr Anneti Casolani, et le P, Ryllo, Jésuite polonais, recteur du collège de la Propagande, s'offrirent les premiers pour la mission de l'Afrique centrale.

Au printemps de 1847, Mgr Casolani, premier vicaire apostolique du Soudan, débarqua en Egypte,en compagnie du P.Ryllo,son pro-vicaire, et de trois autres missionnaires, Le P. Ryllo partit aussitôt pour Khartoum, où il arriva après un long et pénible voyage de douze mois,employé à franchir et à remonter les cataractes. C'était le commencement d’une longue série d'épreuves qui durent depuis un demi-siècle et qui n'ont pas encore permis à la mission du Soudan de se constituer, Quelques mois à peine après avoir fondé la station de Khartoum, le P. Ryllo mourait, Jaissant à M. Knoblecher, missionnaire autrichien, son titre de pro-vicaire et la direction de la mission. g

La généreuse munificence de S. M. François- Joseph, empereur d'Autriche, qui s'était déclaré, dès les premiers jours, le protecteur de la mission, permit d'ouvrir rapidement quatre stations :

Scellal, sur les cataractes, Khartoum, au confluent du Nil Blanc et du Nil Bleu, Sainte-Croix et Gondokoro, sur le Nil Blanc.

Un Anglais protestant, sir James Hamilton, décrit en ces termes les débuts de la mission :

{ Si jamais cette mission est couronnée de succès, la conquête spirituelle des vastes régions du centre du continent sera placée au nombre des plus beaux triomphes des temps modernes.

La mission catholique de l'Afrique centrale est un des établissements les plus intéressants du Soudan. Des artisans de toute profession, pionniers de la religion et de la civilisation, sont attachés à la maison de Khartoum, de sorte que les élèves pourront apprendre une multitude d'arts utiles et les porter ensuite au milieu de leurs compatriotes. Le supérieur, le docteur Ignace Knoblecher,successeur du P. Ryllo, visite tous les ans les trois établissements fondés sur le Nil Blanc. Si, comme j'en ai la confiance, sa patience et sa sagesse égalent son zèle et celui de ses collaborateurs, ils parviendront à surmonter les difficultés immenses que rencontre leur entreprise (1). »

Quelles noble voyageur?

étaient ces difficultés signalées par le D'abord l'éloignement du monde civilisé, des voyages de cinq à six cents lieues à faire en remontant le Nil ou en traversant le désert, par-dessus tout l'insalubrité du climat, qui en quinze ans emporta les cinq sixièmes des missionnaires ; ce qui donna à un ministre protestant l’occasion d'écrire ces lignes, véritablement

odieuses sous une plume évangélique ou simple- |

ment chrétienne : € Ils prêchaient trop Marie et pas assez JÉSUS. Ce fut la cause de leur échec. A la fleur de âge

1. Sir James Hamilton, Ze Sinaï, d’'Hedjaz et le Soudan,ch.14.

leur Âve, ils trouvèrent un tombeau

au lieu d’un théâtre de succès. » Réflexion qui arracha à Marshall ce cri d'indignation : € Ce ministre ne comprenait donc pas que des martyres sont un triomphe et non un échec! Ses coreligionnaires, il est vrai, ne s'exposent pas à des échecs semblables (1). »

Mais la difficulté la plus grave, l'épreuve la plus amère au cœur des apôtres du CHRIST, ce fut, il faut bien le dire, la conduite des officiers égyptiens et des traitants européens, négriers de profession, aventuriers sans principes, épaves de la civilisation, vivant dans la débauche et la plus abjecte crapule. Ils étaient les ennemis naturels des missionnaires, témoins gênants, qui auraient pu révéler leurs turpitudes au monde civilisé,

€ Quand, à force de patience, écrit un des premiers missionnaires, nous étions parvenus à civiliser un noir, les négriers le trouvaient bon à prendre. Le peu de néophytes que nous avons faits chez les Baris ne sont plus ici; ils ont été fusillés ou sont esclaves à Khartoum, }

Aucune avanie ne fut épargnée aux missionnaires pour les forcer à déguerpir, A Khartoum, le supérieur ayant invité, un jour de Pâques, la colonie européenne à assister à une messe solennelle, la plupart se rendirent à l'église; mais, pendant que le célébrant, à l'autel, chantait la préface, ils se glissèrent, les uns à la file des autres, dans la sacristie, où ils s’enivrèrent avec le vin des Pères, en sorte qu’à la fin de l'office, il ne restait plus dans la chapelle que le consul d'Autriche. Le voyageur français qui rapporte cette aimable plaisanterie, se moque agréablement de la déconvenue du pauvre missionnaire ; mais les Anglais, gens d'ordinaire bien élevés, se montrent plus sévères. Sir Hamiiton, signalant, lui aussi, l'impiété des trafiquants de Khartoum, dit qu'il admire € la patience avec laquelle le vicaire général et ses collègues à Khartoum supportent les violences et les grossièretés qu'ils auraient eu le moyen de réprimer, s'ils avaient voulu se plaindre, }

Les musulmans et les noirs païens auraient pu donner une leçon à ces prétendus civilisés. « Chez les Turcs comme chez les Arabes, écrit encore Hamilton, Abouna Soliman, nom sous lequel est connu le docteur Ignace Knoblecher, jouit de la plus haute considération ; partout j'ai entendu parler de lui avec respect. Du reste, tous ceux des missionnaires qui sont restés assez longtemps dans ie pays pour être connus, ont laissé, chez les païens mêmes, un souvenir vénér” et le chant funèbre de l’un d’eux, qui mourut ldernier vers les sources du Nil, Don Angelo Vinco, gentilhomme véronais, a été composé par les nègres et continue à être chanté dans leurs

assemblées, »

Cependant, M. Kircher, successeur de Don

ET ————— 1. Rév. Henri Sterne, cité par Marshall, Les Missions chré- | tiennes, 1°" volume.

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Knoblecher, se préoccupait d'assurer l'avenir de la mission, De 1446 à 1861, dans un espace de quinze ans, guarante-etux missionnaires avaient succombé à l'insalubrité du climat où s'étaient vus forcés de rentrer er Europe, Seul, un Ordre rel.gieux pouvait suffire à un si lourd apostolat, La Propagande, entrant dans les vues du prélat, confia en 1861 la mission de l'Afrique centrale aux RR. PP, Franciscains, Ce fut la seconde période de l’histoire de la mission, période marquée par l'abandon des postes de Gondokoro et de Sainte-Croix, dont les violences toujours

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impunies des négriers rendaient décidément le séjour impossible aux religieux.

€ Comment, écrit M. Berlioux, aurait pu se développer l’œuvre chrétienne, au milieu d’un pays où la Croix était bientôt suivie par la bannière des négriers? Après avoir ent .du des paroles de vertu et de paix, l'indigène voyait arriver la corruption et les briganda es ; en sortant de l'église, il devait fuir devant les chasseurs d'hommes (1), »

D'autre part, les Franciscains ne furent pas plus épargnés par la mort que ne l'avaient été

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