VICARIAT APOSTOLIQUE DU VICTORIA NYANZA
Les Missionnaires d'Alger ne perdirent pas de temps pour répondre aux désirs du Souverain Pontife. Dès le mois de juin 1878, une double expédition, composée de dix missionnaires, cinq pour chaque mission, s'organisait à Zanzibar pour se rendre au Victoria Nyanza et au Tanganika. Le 19 juin 1878, la caravans apostolique partait de Bagamoyo, sous la direction des PP. Livinhac et Pascal, supérieurs des deux nouvelles missions. Voici quels étaient, à cette heure solennelle du départ, les sentiments de ces jeunes apôtres :
€ Nous voilà donc en route pour notre mission. Une vie nouvelle commence : c’est l’apostolat, tel que l'ont connu les premiers apôtres. Malgré notre insuffisance et notre indignité, nous sommes les premiers qui, depuis l’origine du christianisme, allons représenter Notre-Seigneur et son glise dans ce monde sauvage, barbare et encore inconnu. Devant nous, cent et peut-être deux cents millions d'âmes nous tendent invisiblement les bras, comme ces infidèles de la Macédoine que saint Paul vit en songe. Quelle mission sublime mais redoutable ! et combien il faut que nous recourions à la grâce de DIEU pour qu'elle supplée à notre faiblesse ! C'est le sujet de nos méditations et de nos entretiens ; nous offrons à DIEU, par avance, pour le succès de la grande œuvre qu'il nous confie, toutes nos peines, toutes nos épreuves, notre vie même, s'il croit bon de nous la demander.
ÿ Une autre pensée se mêle dans nos cœurs
aux pensées de la foi. Nous songeons à la France,
notre patrie, et à tous ceux :que nous y avons connus et aimés. Combien d’entre nous qui ne la reverront pas! C'est pour elle aussi que : nous allons travailler. Nous sommes les premiers Français qui, envoyés par nôtre évêque, Français comme nous, allons porter la langue et l'influence de la France dans les profondeurs africaines, D'autres nous suivront un jour, et cette route pacifique que rous allons tracer, où peut-être nous laisserons nos tombes, sera poursuivie par des explorateurs français (1). »
Les voyageurs apostoliques avaient raison d'entretenir en eux ces nobles sentiments, pour se préparer aux fatigues et aux souffrances qui les attendaient. C'était un voyage de trois cents lieues à entreprendre, au milieu des solitudes à peine explorées de l’Afrique orientale, en traînant derrière eux une caravane de quatre cent cinquante noirs, enrôlés pour porter les bagages et les marchandises destinées à servir d'échanges, dans ces régions reculées où la monnaie n’a pas cours. Qu'on se représente ce qu'eurent à souffrir, dans un voyage d’une année, les missionnaires, obligés, à chaque halte, de lutter contre la mauvaise volonté et l'indiscipline de leurs porteurs, de se garder des embûches des tribus pillardes, qui se cachent dans les forêts pour tomber à limproviste sur les trainards et leur enlever leur charge ; de disputer, presque chaque soir, en arrivant au coucher, avec les exigences des roitelets indigènes du pays, réclamant leur #wngo; les longues étapes faites, chaque jour, à pied, à travers des chemins impossibles ; les fièvres pernicieuses des marais africains, qu'il fallait traverser quelquefois en ayant de l’eau jusqu'à la ceinture ; pendant le jour, les ardeurs dévorantes d’un soleil de feu ; l'humidité glaciale des nuits, passées en plein air ou sous la tente : ce fut certainement par une faveur signalée de la Providence que les missionnaires purent atteindre le but de leur voyage, à l'exception du P. Pascal, supérieur de la mission du Tanganika, qui fut emporté par les fièvres, le 19 août 1878, trois mois après son départ de Bagamoyo (2).
Dans les expéditions subséquentes, Mgr Lavigerie, instruit par l'expérience, adjcignit aux missionnaires des auxiliaires laïques, recrutés la plupart parmi les anciens zouaves pontificaux. Habitués à l’obéissance et au commandement militaires, ce sont eux qui sont chargés de diriger les caravanes et de traiter avec les noirs ; ils sont comme une résurrection de l’ancienne chevalerie et des Ordres militaires, mis au service de l’apostolat, et peut-être sont-ils destinés à faire un jour leurs preuves contre les négriers arabes, qui sont le fléau de l'Afrique équatoriale. Déjà, dans la mission du Tanganika, le commandant Joubert a vaillamment assuré la sécurité de la station de
2. Les Missionnaires d’Alger ont raconté tout au long les épreuves de ce premier voyage, dans l'ouvrage intéressant qui a
pour titre : À l'assaut des pays nègres,
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