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RIQUE CENTRALE

Après le supplice de son conseiller intime, Mouañga fit mettre À mort un groupe de jeunes pages chrétiens, dont le P. Lourdel retrace le martyre dans une page émue :

€ Me voici à la résidence royale : tout est calme, rmais c'est le calme de la mort. Je me dirige vers les cours intérieures, dans lesquelles,

ma grande surprise, on me laisse pénétrer sans la moindre difficulté. Mon étonnement est à son comble, quand je vois nos chrétiens de la cour, libres, aller tranquillement de côté et d'autre, Comme si rien d’extraordinaire ne s'était passé, Tout ce qu'on m'a raconté est-il donc une fable’ ou suis-je le jouet d’un rêve ? Hélas ! non. Le bon DIEU a seulement voulu me réserver la triste consolation de voir de mes propres yeux enchaînet mes chers enfants et de leur dire, du regard, un suprême adieu: à

» Charles Louanga, chef du groupe des pages, est appelé le premier avec ses compagnons, chrétiens comme lui. Ils sont accueillis par des huées, que domine la voix tonnante du roi. I] leur fait les reproches les plus amers sur leur religion, puis il dit : € Que ceux qui prient se rangent de ce côté. } i

» Aussitôt Charles Louanga et Kizito, jeune catéchumène d’une fermeté de caractère tout à fait rare à son âge, se dirigent vers l'endroit désigné. Tous ceux de la troupe qui sont chré: tiens suivent leur exemple, Circonstance tou: chante ! Charles et Kizito étaient convenus, pour s’encourager mutuellement et ne pas faiblir au moment décisif, de se tenir { ar la main.

» À un signe du roi, les bourreaux se jettent sur ces courageux confesseurs de la foi, les enlacent dans leurs grosses cordes, et les traînent brutalement en dehors de la cour. L’héroïqué troupe s'arrête à quelques pas de moi. On a lié ensemble les jeunes gens de dix-huit à vingt-cinq ans. Les enfants forment un autre faisceau. Ils sont tellement serrés qu’ils ne peuvent marcher qu’à grand’peine, à petits pas, et en s2 heurtant les uns aux autres. Je vois le petit Kizito rire d'une position si bizarre, le visagé aussi serein que s’il eût joué avec ses camarades. Kizito est . fils d'un des plus grands seigneurs du royaume. rlusieurs de ses frères ont depuis longtemps embrassé le christianisme et se sont fait remarquer par leur courage et leur ferveur ; Kizito est digne de ses aînés, Depuis longtemps il m'importunait pour recevoir le baptême, mé disant que Mouanga ne tarderait pas à le tuer. Je me rappelle, une fois, avoir été obligé, pour me débarrasser de ses importunités, de le prendre entre mes bras et de le faire passer par la fenêtre, Enfin, le voyant si ardent, si bien disposé, je lui avais promis dernièrement de le baptiser dans un mois. Mais le bon DIEU avait décidé que cette Ame

aol he d'élite serait régénérée dans son propre sang, }

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840 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXMmEe SIÈCLE.

Le P. Lourdel ne put assister au martyre de ses héroïques enfants; mais des témoins oculaires ont fait le récit de leur mort, dont les détails rap-

ellent les pages les plus suaves des annales de a primitive Église.

Le chef des pages chrétiens, Charles Louanga,

fut séparé de ses compagnons. Pour faire montre

de zèle, le bourreau avait prié le roi de le lui livrer, |

romettant de le torturer de la bonne manière. I] e brûüla donc lentement, en commençant par les pieds. En attisant le feu, il lui disait :

LE KR. P, LOURDE, des Missionnaires d'Alger, supérieur de la mission de Ouganda.

€ — Allons, que DIEU vienne et te retire du brasier ! »

Le martyr lui répondit : € Pauvre insensé! tu ne sais pas ce que tu dis. En ce moment, c'est comme une eau rafraîchissante que tu verses sur mon corps ; mais, pour toi, le DIEU que tu insultes te plongera un jour dans lé véritable feu. »

On conduisit les autres pages, au nombre de trente-quatre, sur une colline qui s'élève en face de la station catholique de Sainte-Marie de Rubaga. Dans le nombre, il y avait trois jeunes enfants encore simples catéchumènes qui excitaient la pitié des bourreaux. Jamais encore, dans l’'Ouganda, on n'avait vu torturer des

enfants d'un: âge aussi tendre. Les bourreaux leur dirent :

& — Déclarez simplement que vous ne prierez plus, et on vous accordera votre grâce. } € — Non, répondirent les enfants ; nous ne

cesserons de prier, tant que nous vivrons. }

On les mit à l'écart, espérant que la vue du supplice de leurs camarades les amènerait à apostasier. Une grande quantité de roseaux avaient été coupés d'avance; on en fit de, gros fagots, au milieu desquels on enferma chacun des patients. Un des trois enfants qu'on voulait épargner, voyant qu’on ne le liait pas comme les autres, se mit à pleurer en disant : \

€ — Où donc est mon fagot à moi?

Tous en ont; moi aussi, je veux le mien.)

Pour l’apaiser, les bourreaux le lièrent dans un fagot, mais ils le mirent à l'écart, ainsi que les deux autres.

Les fagots terminés, on les plaça les uns à côté des autres, les pieds des victimes tournés dans le même sens, Parmi ces trente et un martyrs, se trouvait le propre fils du bourreau en chef. Le malheureux père, pour épargner à son enfant les tortures du feu, ordonna de lui asséner d’abord un fort coup de bâton sur la nuque. Le petit cadavre fut remis ensuite dans son fagot, et replacé auprès des corps de ses camarades,

Après cette première exécution, on mit enfin le feu aux fagots, en commençant par les pieds, afin de faire souffrir plus longtemps les patients, et aussi dans l'espoir qu'aux premières atteintes de la flamme, quelques-uns demanderaient grâce. Mais les martyrs n'ouvrirent la bouche que pour réciter des prières. Au bout d'une demi-heure, tout était fini, et l'Eglise naissante de l'Ouganda comptait trente et un martyrs de plus.

Les trois jeunes enfants qu’on avait voulu épargner contemplaient les restes fumants de leurs petits camarades, et attendaient avec impatience que leur tour fût arrivé, € Ne vous tourmentez pas, leur criaient les bourreaux ; nous vous réservons pour terminer la fête, si toutefois vous persistez dans votre entêtement, car si vous renoncez à votre religion, vous serez épargnés. »

Les jeunes pages se montrèrent inébranlables, et les bourreaux prirent sur eux de les reconduire en prison. DIEU voulait se réserver ces trois témoins oculaires de l’héroïque holocauste des trente et un pages de Mouanga.

Au premier bruit de ces tragiques événements, Mer Tivinhac, qui se trouvait alors à Notre-

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LES MISSIONS DE L'AFRIQUE CENTRALE, . 1800-1890, 341 D ee ee UN

Rubaga, pour essayer de fléchir le roi. Mais il ne put tien obtenir.

€ Durant le mois que j'ai passé à Sainte-Marie

de Rübaga, écrivait le prélat, au mois de juillet 1886, un grand nombre de néophytes n'ont pas craint de s’exposer au danger de la mort pour venir me voir, et j'ai pu donner la confirmation À quatre-vingt-dix-sept des mieux préparés. Il m'est arrivé de me lever quatre et cinq fois dans la même nuit pour recevoir quelqu'un de ces chers visiteurs, Je ne saurais dire combien j'ai été touché des merveilleux effets que la grâce a produits dans ces chrétiens d'un Jour. Ils voient la cruelle mort qui les menace, avec ce courage calme que donne une foi inébranlable, « Les bourreaux, di- » sent-ils, tuent le corps, mais ils » ne peuvént tuer l'âme : ils font » souffrir durant quelques mo- > ments, mais l’âme leur échappe » et s'en va chez le bon DIEU, » qui la rend éternellement heu- » reuse, }

» Bon nombre nous demandent si se cacher n’est pas une sorte d’apostasie, et s’il ne serait pas mieux d'aller se déclarer chrétien devant le roi, Au dire des habitants, le nombre des victimes dépasse la centaine, La force d'âme qu'ils ont montrée au milieu des plus cruels supplices, a fait croire aux païens, comme aux premiers siècles du christianisme, que nous avons un philtre mystérieux, qui rend les tortures douces et fait mépriser la mort.»

Comme toujours, le sang des martyrs allait devenir une semence de nouveaux chrétiens.

Dix-huit mois après ces lugubres événements, un missionnaire

fervent nommé Hoñotat, avait toute sa confiance, |

et Mouanga lui avait soumis un grand nombre de

MGR LIVINHAC, supérieur général de la Société des Missionnaïies d'Alger, premier vicaire apostolique du Victoria-Nyanza,

districts de son royaume. Honorat avait usé dé son influence pour placer beaucoup de chrétiens à la tête des villages.

Mais cette Eglise naissante n’était pas au bout de ses épreuves, Après la persécution des païens, elle allait éprouver la persécution des disciples de Mahomet.

Le soulèvement de Bushiri au Zanguebar, les

| il Fr.

succès des Mahdistes au Soudan avaient surexcité l’orgueil des esclavagistes arabes résidant dans la région des Grands Lacs. En 1889, une intrigue de palais renversa le roi Mouanga, pour mettre À sa place son frère Karéma. Les négriers arabes saisirent l'occasion pour s'emparer du nouveau roi, le forcer à renvoyer tous ses conseillers chré: tiens et à se faire circoncire. En même temps, ils se ruèrent sur les missions catholiques et protestantes ; après un pillage complet et une captivité pieiné d'angoisses, tous les mission: naifes européens, sans dictinction de confession

religieuse, furent jetés dans une barque, et lancés, sans vivres et presque sans vêtements, sur le lac.

A la suite d’une navigation accidentée, d’un naufrage dans lequel ils faillirent périr, ils débarquèrent enfin dans le sud du lac, à ja station florissante de Notre-Dame de Kamoga. Sous la direction des esclavagistes, l'Ouganda devenait un Etat musulman, fermé désormais à la propagande évangélique.

Mais DIEU veillait sur les destinées de cette Eglise, si jeune et déjà si éprouvée.

Le roi Mouanga s'était réfugié auprès des mis-

sionnaires établis dans le sud. Les cruautés de Karéma et des Arabes le firent bientôt regretter de. ses anciens sujets. Le nouveau roi avait fait brûler tous les princes et princesses de sang royal ; il s'était conduit d’une manière si atroce qu’il était devenu un objet d'horreur pour tout ce qui n'était pas musulman. Un parti puissant se forma bientôt dans l'Ouganda pour rappeler Mouanga.

* Malheureusement, l’ancien roi ne pouvait mettre en ligne que trois cents fusils, et les esclavagistes, dont la cause était intimement unie à celle de l’usurpatzur, disposaient de quinze cents hommes et de munitions en abondance.

Craignant, dans des conditions si disproportionnées, d'engager la lutte sur le continent, Mouanga se retira dans une île appelée Sésé, tout près de la côte, et à dix kilomètres environ de son ?rcienne capitale. I1 y fut bientôt rejoint par plusieurs centaines de chrétiens. De là, il envoya trois barques sous la conduite d’un de ces néophytes, pour prier les missionnaires, demeurant au sud, de lui apporter le secours moral de leur présence, ajoutant que, si on refusait sa demande, il renoncerait à la lutte, et se retirerait définitivement à la mission.

Après avoir consulté tous ses missionnaires, le vicaire apostolique lui envoya les PP. Lourdel et Denoit, qui arrivèrent à Sésé le 14 septembre 1889. Ils furent reçus avec un enthousiasme incroyable par leurs anciens chrétiens ; pendant plusieurs semaines, les Pères furent occupés, jour et nuit, à entendre les confessions et à préparer de nombreux catéchumènes au baptême,

DIEU bénit visiblement les armes des chrétiens. Ils défirent complètement un convoi formé de deux bateaux à voiles, chargés de munitions, avec 150 hommes de renfort, envoyés par les Arabes pour ravitailler Karéma et ruiner à jamais la cause de Mouanga. Ce fut un nouveau Lépante. Chose incroyable et qui tient du prodige, la petite troupe chrétienne n'avait que quelques pirogues pour monter à l’abordage de deux gros vaisseaux, et, malgré une grêle de balles, elle ne perdit que deux hommes, alors que cent cinquante musulmans périrent dans cette rencontre.

Enfin, le roi Mouanga était remonté sur le trône, et la tentative de faire de l'Ouganda un grand Etat musuiman, avait compiètement avorté.

Le roi écrivit à la fin de 1889 au cardinal Lavigerie, pour lui demander l'envoi de nombreux missionnaires, afin d'amener son peuple à la foi chrétienne. Il n'était pas déraisonnable d'espérer que, d'ici à quelques années, il y aurait eu, aux bords du Victoria Nyanza, un grand Etat

\chrétien de plusieurs millions d'âmes, d'où la foi

rayonnerait au loin dans les profondeurs de l'Afrique équatoriale.

La haine sectaire des protestants, s’unissant aux musulmans contre les catholiques, a fait avorter, au moins en partie, ces magnifiques espérances.

Exaspérés du succès des catholiques, qui comptaient déjà près de 50.000 néophytes, alors que les protestants n'étaient encore qu’une poiguée, voyant le roi Mouanga se préparer au baptême et l'Ouganda sur le point de deverir un grand royaume catholique, les Révérends ministres du saint Evangile, selon leur habitude invariable, ont suscité les défiances et les haines entre leurs ouailles et les nôtres. Au lieu de grouper leurs néophytes avec les nôtres, pour se défendre contre les Arabes esclavagistes, qui sont le vrai danger de l'Afrique centrale, ils ont fait cause commune avec les fils de Mahomet, pour écraser les catholiques, leurs frères chrétiens. C'est l'application pratique du mot satanique de Luther écrivant aux princes de l'Allemagne : « Plutôt Turcs que papistes ! »

Au commencement de 1892, le lieutenant Lutgard, agissant au nom de la Compagnie East- African, voulut imposer aux sujets de Mouanga le protectorat de l'Angleterre. Les catholiques, d'accord avec le: , ayant refusé de s’y prêter, la ruine de la mission catholique fut décidée et poursuivie avec une raideur et un sans-gêne tout britanniques. Six postes desservis par 17 missionnaires furent détruits, 30 chapelles incendiées, les catholiques qui tentèrent de se défendre écrasés par les mitrailleuses Maxim, que la société anti-esclavagiste avait fait remettre au lieutenant Lutgard pour un autre dessein que de mitrailler des chrétiens ; finalement près de 50.000 néophytes furent chassés du pays, leurs maisons brûlées, leurs bestiaux enlevés, et plusieurs milliers de femmes et d'enfants furent réduits en servitude et vendus en grand nombre aux Arabes esclavagistes.

Après ces beaux exploits, la Société East- African, devenue maîtresse de Mouanga, partagea le pays en trois parties : les protestants prirent pour eux les 4/7 ; ils donnèrent à leurs alliés musulmans les 2/7, et voulurent bien abandonner aux catholiques 1/7, au Buddhu, pays inculte et malsain, avec défense de s'établir ailleurs et surtout de venir à la capitale sans permission des autorités ; c'est ainsi que ces messieurs entendent la liberté de conscience et l'égalité confessionnelle.

Néanmoins, sur les réclamations de la France, une commission fut nommée pour examiner ces

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faits vraiment monstrueux ; Sans désavouer son agent, ce que l'Angleterre ne fait jamais, la commission rendit aux catholiques une partie de leurs droits.

uant à l'avenir, je me refuse absolument à désespérer du sort de cette belle Eglise de l'Ouganda, qui, en dix ans, a déjà donné au CHRIST des centaines de martyrs. Elle triomphera de: iniquités de l'hérésie, comme elle a triomphé des fureurs du paganisme. Aujourd’hui les catholiques sont écrasés par une poignée de sectaires ; on les a dépouill/s de tous leurs droits politiques, en les parquant comme des lépreux dans un coin du pays : on les a mis au-dessous des païens et des musulmans ; On s'est emparé du roi pour gouverner sous son nom et faire asseoir l'hérésie sur le trône. Ce sont là les procédés ordinaires de l'hérésie : ils ne lui réussiront pas mieux là qu'ailleurs. Laissez passer un demisiècle : vous verrez l'opinion revenue au catholicisme et l'hérésie, déshonorée par ses violences, perdra toute autorité sur les Âmes.

Pour éviter le retour de ces compétitions et de ces défiances politiques qui font tant de mal à l'œuvre des missions, le Saint-Siège a divisé le vicariat unique de l'Ouganda en trois vicariats, de

manière à séparer les sphères de l'influence de chacun,

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