Voir le numéro du 7 janvier
elle continua personnellement à donner sa confiance aux missionnaires catholiques, leur maintint, malgré tout ce qu'on put dire, l'éducation de ses enfants, le prince Ratahiry et sa sœur, et refusa le baptême des méthodistes, Trois jours avant sa mort, l'infortunée princesse, toujours gardée à vue par le parti protestant, se fit baptiser en secret par l'ancien consul de France, M. Laborde, admis auprès d’elle en qualité de médecin (27 mars 1868). Elle allait échanger la couronne d'épines qu'elle avait portée sur le trône contre le diadème des bienheureux.
La France se préoccupait à bon droit de cet envahissement de Madagascar par les méthodistes anglais. Au mois d'août 1868, un commissaire impérial, M. Garnier, fut envoyé pour renouveler, avec la nouvelle reine Ranavalona IT, le traité conclu en 1863 avec Radama I. Les prédicants firent en vain tous leurs efforts pou: prévenir ce coup. Le premier ministre dut s'exé-
cuter et reconnaître les droits de la France sur
Madagascar. L'article 3, qui assurait aux catholiques la liberté religieuse, était conçu en ces termes :
€ Les sujets français, dans les États de Sa Majesté la reine de Madagascar, auront la faculté de pratiquer librement et d'enseigner leur religion ; ils pourront construire des établissements destinés à l'exercice de leur culte, ainsi que des écoles et des hôpitaux. Ces établissements religieux appartiendront à la reine de Madagascar (1), mais ils ne pourront jamais être détournés de leur destination. Les Français jouiront, dans la pratique et l'enseignement de leur religion, de la protection de la reine et de ses fonctionnaires, comme les sujets de la nation la plus favorisée. Nul Malgache ne pourra être inquiété au sujet de la religion qu’il embrassera, pourvu qu’il se conforme aux lois du pays. »
On voit qu'en somme les garanties obtenues étaient assez faibles. Les malheurs de la France en 1870 les réduisirent à peu près à rien. Les Hovas, instruits soigneusement de nos défaites et poussés par les prédicants anglais, s’imaginèrent qu'il n'y avait plus à se gêner avec notre pays. Dès lors commença contre les catholiques et leurs prêtres une série de persécutions bureaucratiques et de taquineries administratives. Les missionnaires catholiques n'ayant pas le droit de posséder à Madagascar, on leur opposa des chicanes sans fin, chaque fois que le progrès continu des conversions les amenait à ouvrir un nouveau poste. Par contre, les protestants, soutenus par le premier ministre et l'or des Sociétés bibliques, couvrirent l'île de temples et d'écoles ; la présence au prêche et à l’école hérétique fut déclarée obligatoire pour tous Îles non-catholiques, et dans beaucoup de centres éloignés des missionnaires,