‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme]Chapitre 358 sur 404 · TD CL DAT · texte numérisé non relu

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» qui fit longtemps partie du Conseil colonial,

|» est un phénomène ethnologique également | » triste et inexplicable (1). » Que le fait soit

triste, c'est ce dont conviendra sans peine tout ami de l'humanité; mais il n’est que trop expliqué par ce que raconte le docteur lui-même de l'usage atroce de mêler de l’arsenic aux pains que l’on distribue de temps en temps aux indigènes, et par les expéditions militaires organisées pour les détruire en masse. Une seule de ces expéditions coûta 32000 livres sterling (800.000 francs), et donna la mort à plus de 40.000 indigènes, Ce qui amène le Rév. ministre à conclure avec onction : € Il semble que, dans les desseins » de la divine Providence, le wigwam indien de » l'Amérique du Nord et le misérable ajoupa de » la Nouvelle-Hollande doivent être balayés par » la marée montante de la colonisation euro- » péenne, et que les restes d’une race autrefois » pleine d’espérances sont destinés à disparaître » graduellement de la terre de leurs ancêtres. } N'en déplaise au révérend ministre du Saint

vangile, il me semble, à moi, qu'un peuple chrétien a autre chose à faire que d'exterminer des populations qui, à l'arrivée des Anglais, montrèrent, on l’a reconnu, « les dispositions les plus amicales. }

A la place de l'élément indigène,exterminé sans pitié ou refoulé dans les déserts sans eaux, où il ne peut pas vivre, l'élément anglo-saxon s’est largement développé en Australie, En 1800, je l'ai dit, les Anglais étaient environ un millier ; en 1820, ils étaient déjà 40.000 ; en 1550.

800.000 ; en 1870, 1.600.000 ; en 1890, ils sont 2.400.000 pour l'Australie seule, sans compter la Tasmanie et la Nouvelle-Zélande. Si l4 pro:

gression continue, et elle continuera, c'est par dizaines de miilions qu'il faudra compter la population future des colonies anglaises de l’Australasie, et l'on assure que le pays peut facilement les nourrir,

L'Australie a commencé par être la terre de l'or : en quatre-vingts ans, plus de sept milliards

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LES ÉGLISES DE L'AUSTRALASIE, 1800-1890. 367 Cu

Çonniques sont en train d'imposer à la vieille Europe : séparation de |’ glise et de l’État, instruction gratuite, obligatoire et laïque. Je reconnais volontiers que ce système a moins

ont été extraits des entrailles de la terre. Aujourd’hui la fièvre de l'or est tombée, et, depuis une quarantaine d'années, les colons s'adonnent à l'élevage du bétail; c'est par là que débute

ordinairement la mise en culture d'un pays, A d'inconvénients dans un Pays sans histoire et cette beure, on compte, en Australie, 60.000.000 sans traditions. Ici, la séparation n’est pas un de moutons, 7.000.000 de bœufs, plusieurs mil- ivorce, puisque l'Église et l’État n'ont jamais lions de porcs et de chevaux. Mais déjà l’agricul- | été unis ; aussi, elle s'opère ordinairement à ture commence à réclamer Pour elle ces milliers l'amiable, sans haines et sans déchirements ; d'hectares abandonnés au Pacage des troupeaux, | sous ce régime imparfait, si l'Église est privée et partout où l’on a voulu s’en donner la peine, | du concours de l’ tat, au moins elle n’est pas ce sol, encore vierge, s’est couvert de moissons, | violentée et jouit de la liberté commune, ce qui qui promettent de récompenser largement le | Jui permet de développer en paix ses œuvres travail du cultivateur. et de faire chaque jour de nouveaux progrès,

L'avenir de ce nouveau Continent paraît donc | Voici ce que disait dernièrement sur ce sujet, à

assuré, et peut-être est-il destiné à jouer un rôle | un voyageur français, un Australien protestant prépondérant dans les complications de l'avenir, | et libre-penseur :

On se rappelle le Passage mélancolique de Ma- € Je viens de vis caulay, dans lequel il représente le catholicisme florissant dans l'Australie et la Nouvelle-Zélande, alors que l’ancien monde aura succombé sous les vices, et qu’un voyageur, parti de Melbourne ou de Nelson, s'arrêtera sous une arche à demi brisée du pont de Londres, pour dessiner les ruines de la cathédrale de Saint-Paul. Si la vieille Europe continue à faire divorce avec le christianisme, qui l’a faite ce qu'elle est, il pourra bien se faire que la prophétie de l'historien protestant se réalise avant qu'il soit longtemps. Qui pourrait dire jusqu'où nous fera descendre l’apostasie des nations Européennes, gangrenées par le luxe et l'amour des jouissances, en face de la barbarie sociale qui monte comme une marée

iter l'Europe et l'Amérique, En Angleterre, j'ai trouvé un peu de liberté, mais gâtée par un formalisme excessif. En France, j’1 lu son nom inscrit sur vos monuments, mais rien de plus ; vous autres, Fran- Çais, vous n’avez jamais rien compris à la liberté ! En Amérique, il y a bien la liberté, mais avec excès ; là-bas, la vie et la propriété ne sont pas suffisamment sauvegardées, et chacun doit avoir son revolver et s'en servir au besoin, pour se faire respecter. Le vrai » pays de la liberté, c’est l'Australie ().» Hya certainement du vrai dans cette appréciation, légèrement empreinte de chauvinisme. D'après le voyageur en question, M. Michel, catholique fervent, la supériorité de l’Au: en vient de irrésistible, et menace de tout emporter sous ses | ce qu'il ne conçoit pas la liberté sans le respect flots destructeurs ? de DIEU et de la famille. En Australie et à la En présence de ce nouveau monde qui surgit Nouvelle-Zélande, si l'État ne reconnaît aucun à l'horizon de l’histoire, il est bien permis de se | culte chrétien, il les respecte tous ; le blasphème demander avec anxiété ce qu'il sera, et s’il vau- | et Je travail du dimanche sont rigoureusement dra mieux que l'ancien, qui s’affaisse dans la punis par la loi; les mœurs sont très efficadécrépitude et dans l'abaissement des caractères, cement protégées par de sages règlements de C'est ce que l'avenir seul nous dira ; mais il faut police, et le père de famille jouit de l’absolue reconnaître que les apparences présentes sont | liberté de disposer de ses biens et d'élever sa assez peu encourageantes : en Australie, comme | famille comme il l'entend : grâce à ce respect de dans la jeune Amérique, la soif de l'or, une | DIEU et des droits de la famille, la séparation spéculation effrénée, un égoïsme sans nom, | de l'Eglise et de l'Etat perd une grande partie l’agiotage élevé à l'état d'institution sociale, voilà de ses inconvénients. les traits saillants qui frappent tout d’abord, et Il en reste pourtant un certain nombre : l'école très vivement, l'observateur de ces jeunes sociétés, étant non confessionnelle, catholiques et pronées d'hier, et affichant déjà tous les vices de testants sont également lésés, puisqu'ils doivent, l'ancien monde, Les malheureux indigènes, tra- après avoir payé l'impôt pour les écoles publi qués comme des bêtes fauves et jetés en pâture ques, s'imposer de lourds sacrifices pour entreaux chiens des colons (1), protestent par leur tenir leurs propres écoles, s'ils veulent que leurs destruction systématique contre ces prétendus | enfants soient élevés dans la foi de leurs parents.

Progrès de la civilisation, dont nous sommes si | Il y a ià, pour un peuple qui se dit et qui se croit fiers,

libéral, une injustice flagrante, En réalité, les

À. fond, ces peuples seront ce que les fera | libres-penseurs sont les seuls à bénéñcier de ce l'Église, la grande institutrice des nations mo- système : ils s'arrogent ainsi le aroit, qu'ils dernes aussi bien que des anciennes, Malheureu- refusent à toute ccnfession religieuse, de puiser jementen Australie comme à la Nouvelle-Zélande. dans le budget commun pour soutenir leurs le système employé est celui que Îes loges ma- écoles, leurs orphelinats et leurs hôpitaux, 1. Atrocité historique, qui s’est malheureusement réalisée DIRE PTS

d'une fois en Autrale, U Voir Le Zour du Monde en 330 tours, par Michel,

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Au moins les catholiques, et ceux des protestants qui tiennent encore à donner une éducation confessionnelle à leurs enfants, en sont quittes pour payer deux fois. L'État veut bien ne les gêner en rien dans leurs œuvres de charité et d'éducation, C'est un avantage très appréciable, quand on voit ce qui se passe ailleurs.

Au point de vue politique, l'Australie forme cinq colonies distinctes et indépendantes les unes des autres : La Nouvelle-Galles du Sud, capitale Sydney ; Victoria, capitale Melbourne ; le Queensland, capitale Brisbane ; l'Australie occidentale, capitale Perth ; l'Australie septentrionale, capitale Palmerston, On peut y joindre la Tasmanie, capitale Hobart-Town, et la Nouvelle - Zélande, capitale Auckland. Ces sept colonies s’administrent elles-mêmes par des parlements et des conseils exécutifs librement élus, sous la présidence du gouverneur envoyé par la Grande-Bretagne. C'est de l'autonomie et de la décentralisation bien entendue, et ce système libéral permet à nos voisins, sans entretenir au loin des armées dispendieuses, de faire rayonner leur influence dans les cinq parties du monde,

L'Australie, ayant commencé par être une colonie pénitentiaire, comptait, à la fin du dernier siècle, un certain nombre de déportés irlandais, qui soupiraient naturellement après le ministère d’un prêtre catholique, seule consolation à leur lointain exil. Dès 1798, deux prétres furent envoyés d'Irlande pour assister leurs malheureux compatriotes, qui avaient d'autant plus besoin de secours spirituels que, frappés par la justice des hommes, ils n'avaient plus rien à attendre que de la miséricorde de DIEU qui pardonne toujours a repentir. L'intérêt politique bien entendu eut dû favoriser cette mission toute de charité et de réhabilitation sociale, mais l'intolérance protestante ne l’entendait pas ainsi, et les deux missionnaires furent forcés presqu’aussitôt de se rembarquer.

Vingt ans après, on fit une seconde tentative, qui n'eut pas d'abord un meilleur résultat. Il y avait déjà en Australie quelques milliers de colons libres, à côté des condamnés à la déportation ; dans ce nombre, il se trouvait des catholiques. Le Rév. Flinn fut envoyé par le Saint- Siège, avec le titre d’archiprêtre, et débarqua à Sydney, dans le courant de 1818, Il fut accueilli avec enthousiasme par le petit troupeau catho-

lique, mais les autorités coloniales, sous prétexte |

qu'il n'avait pas de permis de résidence, ce qu'aucune loi n’exigeait, le jetèrent én prison, quelques mois après son arrivée, le privant de communication avec les fidèles, et l’embar-

quèrent de force sur le premier bâtiment qui fit |

voile pour l'Angleterre. Pour comprendre cet acte, absolument illégal et inhumain, il faut se rappeler ce que j'ai dit ailleurs de la recrudescence de fanatisme qui se manifesta à cette époque dans toutes les colonies britanniques.

L’archiprêtre, e‘ ‘,vé subitement, avait été forcé de laisser le Saint-Sacrement dans la maison d'un catholique de Sydney, qui servait de lieu de réunion aux fidèles.

Deux ans après, quand la Grande-Bretagne se décida enfin à autoriser le passage de deux prêtres catholiques en Australie, ils trouvèrent parfaitement conservées les saintes espèces, qui avaient été déposées dans le tabernacle deux ans auparavant. Pendant ce long espace de temps, les catholiques de Sydney et des environs avaient monté une garde d'honneur devant le divin

Prisonnier de l’'Eucharistie, et DIEU avait fait

un miracle pour récompenser la foi et la piété de cè bon peuple.

La mission d'Australie était commencée, mais les débuts furent longs et pénibles. La mauvaise volonté de l'administration coloniale et la dureté draconienne du régime auquel étaient soumis les transportés à Botany-Bay, paralysaient tous les efforts du zèle. A cette époque, la Nouvelle- Hollande (Australie et Tasmanie réunies) relevait au spirituel du vicariat apostolique de Maurice, qui manquait également d'hommes et de ressources pour cultiver un champ situé presqu'aux antipodes, En 1832, un Bénédictin anglais, le R. P. Ullathorne, mort plus tard évêque de Birmingham (Angleterre), fut envoyé en Australie, avec le titre et les pouvoirs de vicaire-général de l’évêque de Maurice. Il trouva, dans toute l'Australie et la Tasmanie réunies, trois prêtres, une église inachevée, deux misérables chapelles et quatre écoles, pour 20.000 catholiques ; et, ce qui est plus triste encore, une population complètement démoralisée par la rigueur excessive des châtiments auxquels les déportés étaient alors soumis, Il faut lire dans les Annales de la Propagation de la Foi (x) la description de ce bagne, véritable image de l'enfer : comme unique moyen de moraliser ces masses de déportés, le fouet, le gibet ou la hache ; une promiscuité dégoûtante entre les plus vils scélérats et ceux qui, n'ayant succombé que par faiblesse, auraient pu se relever par le repentir ; aucun secours religieux pour adoucir ces révoltes et ces désespoirs, aucune consolation d’en haut à ces hommes qui avaient tout perdu sur la terre et qui n’avaient d'espoir que dans l'éternelle miséricorde du Souverain Juge. Grâce à ce système de répression impitoyable,

| l'Australie et la Tasmanie étaient devenues, de

l’aveu même des écrivains anglais, € un cloaque moral, » Le docteur Lang, une des autorités de la colonie à cette époque, rapporte que les premières classes de la société elles-mêmes donnaient l'exemple d’une immoralité profonde, et il ajoute : « Leur profession même de chris- » tianisme fait plus de mal que de bien à la , cause de la religion (2). »

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