‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme]Chapitre 382 sur 404 · Sir Bennett, Voyage d'un naturaliste, vol, I, ch · texte numérisé non relu

Sir Bennett, Voyage d'un naturaliste, vol, I, ch

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d'un auteur protestant, le commodore Wilkes : « L'intolérance dés méthodistes, dit-il, avait » froissé les indigènes, et l’on ne peut douter » que l'on ne doive à cette impression la rapide > désertion qui se manifesta dans les rangs de » leurs fidèles, à l'arrivée des missionnaires » catholiques. »

Ce fut en 1836 que les PP, Laval et Caret, partis des îles Gambier, débarquèrent à la pointe sud-est de Tahiti. Ils traversèrent l'ile aux acclamations enthousiastes des indigènes, qui voyaient en eux des libérateurs, et furent parfaitement accueillis d’abord par la reine Pomaré IV et les principaux chefs ; mais les prédicants, sous la direction du fameux Pritchard, qui était le véritable roi du pays, arrachèrent, quelques jours après, à la reine un décret d'expulsion,

Voici ce qu'écrivait à ce sujet l'historien américain Melville : ( Toujours traités d'une manière » humiliante, les prêtres catholiques ont aussi » rencontré la violence ; on les a contraints de » s'embarquer sans vivres, sans provisions, sur » une petite goélette marchande, qui les déposa, » à tout hasard, dans l’île de Wallis, habitée par » des sauvages, et située À 2,000 milles (670 > lieues) de Tahiti, Que les missionnaires anglais > résidant à Tahiti aient autorisé le bannissement > de ces prêtres, c’est un fait avoué par eux, » Le commandant Laplace, qui rapporte le même fait, ajoute que, pendant la route, les missionnaires eurent à souffrir les traitements les plus indignes de la part du capitaine.

La France ne pouvait rester insensible aux outrages infligés à ses nationaux par une poignée de prédicants, plus dignes du titre de marchands que de celui de missionnaires, A plusieurs reprises, le commandant Dupetit-Thouars et l'amiral Dumont-d'Urville, alors en croisière dans les mers australes, vinrent exiger de la reine Pomaré les réparations auxquelles nous avions droit, Mais à peine les navires avaient.ils quitté le port de Papéiti, que la lutte recommençait contre les missionnaires catholiques. Pour en finir d’une seule fois et assurer à jamais sa domination sur les îles de la Société, le Rév. Pritchard prit le parti d'offrir à l'Angleterre le protectorat de l'archipel. Le Foreing-Office l'avait déjà refusé en 1825, mais le Révérend consul, comptant sur la jalousie nationale des Anglais contre la France, espérait être plus heureux cette fois. Dans cette intention, il partit pour Londres dans le courant de 1840.

Mais il se produisit alors un coup de théâtre sur lequel personne ne comptait, et qui fit bien voir les véritables dispositions des indigènes, et le vif désir qu’ils éprouvaient d'être débarrassés de la tyrannie des méthodistes, A peine le Rév. Pritchard parti pour l'Europe, les chefs se réuni. rent en assemblée générale, et d'eux-mêmes, sans aucune provocation étrangère, ils offrirent le protectorat de leur pays à la France.

Le gouvernement français, qui venait de |

LE CATHOLICISME DANS LES ILES DE L'OCÉANIE, 1800-1890, 391 RSR A a

s'établir aux îles Marquises, désirait avoir dans le sud une station de ravitaillement pour ses balciniérs, en même temps qu'un point stratégique pour sa marine militaire ; il saisit avec emptessement l’occasion qui lui était offerte de s'établir dans l'archipel de la Société. Le com. mandant Dupetit-Thouars, nommé sur ces entrefaites contre-amiral et commandant en chef de la station navale des mers du Sud, reçut du gouvernement français ordre de se rendre sans retard à Tahiti,et au mois d'août 1842, de l’assentiment des chefs indigènes, la reine Pomaré signait très librement l'act= par lequel elle acceptait, sa vie durant, le protectorat de la France à Tahiti.

Cet acte fut accueilli d’abord par la sympathie universelle. Les indigènes l'avaient d'eux-mêmes sollicité ; les résidents français et américains le réclamaient depuis longtemps ; les résidents anglais eux-mêmes, alors au nombre de vingtneuf, y applaudirent ; dans une lettre de remerciements et de félicitations qu'ils adressèrent à l'amiral, ils déclarèrent ç qu'ils étaient heureux » de voir enfin mettre un terme aux désordres » et aux abus qui, jusqu'alors, avaient régné à » Tahiti. » Enfin, les missionnaires protestants, faisant contre fortune bon cœur, écrivirént à l'amiral que, € ministres d'un DIEU de paix, ils » regardaient comme un. devoir impérieux » d'exhorter les peuples de ces îles à une obéis- » sance tranquille:et constante envers le pouvoir » actuel, dans la pensée que c'est ce qui convient » le mieux aux intérêts des indigènes. »

Tout était donc pour le mieux, quand la jalousie des Anglais d'Australie ct le retour du Rév. Pritchard vinrent tout remettre en question. Pritchard refusa de reconnaître, comme consul, le protectorat français, et, sur ses instigations, la reine Pomaré écrivit à sa bonne sœur la reine d'Angleterre, pour réclamer sa protection contre le gouvernement français, qui voulait, disait-elle, lui enlever ses Etats, la faire prisonnière, et l'envoyer mourir en France, € Les ministres d’un DIEU de paix } ne rougirent pas de prêcher contre nous la révolte et de raconter, du haut de leurs chaires, que la Trance était un tout petit pays, à peine plus grand que Tahiti, et qu’elle n'avait qu'une frégate, qui reparaissait toujours la même, mais peinte de nouvelles couleurs, pour qu'on ne pût la reconnaître,

Sous ces excitations perfides, la révolte éclata contre nous sur plusieurs points à la fois, et le Rév. Pritchard, ayant commis la faute d'amener son pavillon consulaire pour protester contre l'occupation de la France, fut arrêté, comme un simple résident, sur l'ordre du commandant Bruat, et renvoyé en Angleterre.

En Europe, l'excitation des esprits était extrême, Le premier ministre d'Angleterre employa les expressions les plus violentes et les moins parlementaires, en dénonçant à la Chambre des Communes l'attentat commis contre Prit-

chard : ( Un outrage grossier, accompagné d’une injustice grossière, a été commis contre l’Angleterre dans la personne d’un de ses agents. >» Un instant, on put croire qu'à l’occasion du Rév. Pritchard, la guerre allait éclater entre les deux pays. La modération, peut-être exagérée, de M. Guizot prévint :a catastrophe. IL maintint énergiquement le droit de la France au protectorat des îles de la Société, mais il désavoua l'arrestation du KR. Pritchard, auquel on accorda une indemnité de 26.000 fr. Comme M. Guizot s'était péremptoirement refusé à le laisser rentrer à Tahiti, il fut nommé consul d'Angleterre à Samoa, où il essaya de recommencer ses intrigues politico-religieuses. Disons toutefois qu'il revint plus tard à des sentiments plus modérés, On a dit, sans preuves, qu’il mourut catholique, mais il est certain au moins que sa famille tout entière se convertit, et qu'aujourd'hui sa fille aînée est Ursuline en Angleterre.

Le soulèvement des Tahitiens contre le protectorat français dura jusqu’en 1846, et fit verser pas mal de sang. À ia fin, la reine Pomaré, voyant qu'elle n'avait décidément rien à attendre de l'Angleterre, se soumit sincèrement à notre autorité, et jusqu’à sa mort, arrivée en 1877, bien que toujours protestante fanatique, elle demeura l'amie de la France.

On a vu que Pomaré, ne voulant pas engager l'avenir de sa dynastie, n'avait accepté notre protectorat que sa vie durant. Son fils Pomaré V, bien que marié à une Anglaise, a consenti, sans grandes difficultés, à l'annexion pure et simple de son pays, substituée au régime de protectorat (30 décembre 1880). Deux mois plus tard, 15 février 1881, l'annexion était étendue au groupe des îles Gambier, et au mois de mars suivant, à l’île de Rapéia et aux îles sous le Vent.

Sous le rapport social, la substitution de l'influence française à celle des méthodistes anglais a été heureuse pour les îles de la Société, comme un magistrat australien a eu la bonne foi de le reconnaître, ( L'importante île de Tahiti, » écrivait-il en 1863, forme maintenant ce qu'elle » n'aurait jamais été sous l’ancien régime, une » population civilisée et prospère (1). »

Mais, sous le rapport religieux, l’Église catholique a moins gagné qu'on ne l’espérait au changement. Le catholicisme, il est vrai, s’est fortement implanté à Tahiti, qui est devenu en 1848 le centre du vicariat, mais l’indiffér :nce religieuse, développée parmi ces populations indolentes et molles par le protestantisme, a trompé en partie les espérances de l’apostolat. C’est à peine si l’on compte 6 700 catholiques sur les 30.300 habitants de l'archipel. Comme sous la domination des méthodistes, chaque village a son temple protestant et son école subventionnés par la France qui, toujours généreuse, s'est contentée, pour assurer sa domination, de remplacer les méthodistes

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