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Sos de la Nouvelie-Gatles du Sud, ch, 17, parie

juge Therry.

anglais par des ministres appartenant au consistoire de Genève. Sous l’Empire, les écoles publiques de Papéiti étaient confiées aux Frères de Lamennais et aux Sœurs de Saint-Joseph de Cluny. Cn vient de les laïciser, et l’on a fait venir, pour remplacer nos religieux, des instituteurs et des institutrices protestantes.

La mission s'est imposé de lourds sacrifices pour conserver aux catholiques des maîtres de leur foi, et ses efforts ont été couronnés de succès, car l’école des Frères, qui comptait avant la laïcisation 126 élèves, en avait 152 l’année suivante, Dans l’intérieur, la plupart des missionnaires ont dû ajouter aux travaux de l’apostolat celui de l’enseignement, afin de sauvegarder la foi de leurs enfants.

Du teste, dans l'archipel de la Société, comme dans presque toutes les îles de la mer du Sud, la race indigène est en pleine décroissance, sans que rien puisse enrayer ce mouvement continu de dépopulation. Comme aux îles Sandwich, c'est la race chinoise, envahissante, active, laborieuse, qui se substitue peu à peu à ces races amollies dans la paresse et dans le libertinage, Il y a déjà plus d'un millier de Chinois à Tahiti, et le peuple chinois, qui meurt de faim chez lui, est en train d'inonder de ses immigrants l'aire immense qui s'étend des côtes de l’île Bourbon aux rivages de la Californie. On sait qu’au point de vue de l’apostolat, il y a jusqu'ici peu de fond à faire sur l’'émigrant chinois, uniquement occupé d'amasser des piastres pour retourner en jouir dans son pays.

Îles Paumotous. — Entre Tahiti et les îles Gambier s'étend l'archipel des Paumotous, qui comprend une centaine d'îles basses, formées en plein Océan par des bancs de madrépores. Rien de plus curieux que le travail mystérieux de ces architectes sous-marins, qui ont élevé dans le Pacifique des archipels entiers, en même temps qu'ils entouraient les grandes îles d’une ceinture de récifs redoutés des navigateurs.

Voici maintenant venir d'autres agents : les oiseaux de mer s'établissent sur ces récifs, où ils déposent leur guano; les verts et les courants y poussent des débris de piantes, des carcasses de poissons, qui s’y fixent, s’y accumulent et ne tardent pas à former çà et là des plaques d'humus. Un jour, une noix de coco, ballottée par la vague, aborde à cette île nouvelle ; des graines légères y sont déposées par les vents ou par les oiseaux de passage. Tout cela germe, grandit au soleil des tropiques ; bientôt, à la place d'un roc aride, voici un îlot couvert de verdure, qui n'attend plus que des habitants. Les hasards de la tempête y pourvoiront.

Ainsi se sont formées et peuplées les Paumotous et la plupart, sinon toutes les îles de la mer du Sud. Naturellement la faune et la flore de ces | îles sont d’une pauvreté extrême : beaucoup de | ces îlots sont encore dépourvus d’eau douce ; peu

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LE CATHOLICISME DANS LES

d'animaux domestiques : presque pas d’autres arbres fruitiers que le cocotier ; En sorte que les habitants, groupés par petites agglomérations de 80.100 et, dans les principales îles, 150 habitants, n'ont d'autre nourriture que la pêche, et quelquefois aussi la chair humaine, 4dand la faim pousse trop vivement ces malheureux.

Les Mormons, venus d'Amérique, s'étaient installés depuis trente ans aux Paumotous, quand la Congrégation de Picpus entreprit en 1849 l'évangélisation de ces îles. La lutte fut longue et pénible, Au début, le P. Clair, un des premiers missionnaires, fut frappé d’un coup de casse-tête et jeté à la mer. Il allait périr, quand les cannibales le repêchèrent et lui sauvèrent la vie. Le P. Laval fit un certain nombre de baptêmes et bâtit des chapelles dans plusieurs îles. Des prophéties païennes avaient annoncé l’arrivée des missionnaires aux Paumotous et la conversion de ces îles. Un jour que le grandprêtre offrait le sacrifice sur le Mara (cimetière), dans l’île Kakoto, l'idole lui dit que sous peu les dieux et les ancêtres du Maraé deviendraient muets, que le Maraé lui-même serait abandonné, et que toute la population servirait un DIEU étranger, nlus puissant qu'eux tous, qui leur serait annoncé par des prêtres vivant sans femmes et portant de longues robes noires.

Malheureusement, à cause du petit nombre de missionnaires, obligés de se partager entre les nombreuses, îles du vicariat, l'archipel des Peumotous demeura à peu près abandonné après ce premier essai d’apostolat, et ne reçut plus qu'à de rares intervalles la visite des missionnaires. C'est seulement à partir de 1874 que l'évangélisation put être reprise d’une manière suivie, Alors commença sérieusement le mouvement des conversions parmi les Mormons des Paumotous. En 1888, sur douze îles, ayant une population totale de 1.897 habitants, on comptait déjà 1.661 catholiques contre seulement 237 dissidents.

Enfin on a appris, il y a quelques mois, la conversion de la dernière de ces îles, l’île Tétamagi, dont tous les habitants, au nombre de 69, ont été baptisés, Actuellement, l'archipel des Pauïmotous compte environ 2.000 catholiques, population très pauvre, aux mwurs encore rudes et farouches, mais où ne règnent plus ni le libertinage, ni le cannibalisme, et qui semble disposée

à suivre docilement les conseils des missionnaires.

le de Pâques. — L'ile de Pâques, située à l'extrémité orientale de la Polynésie, à mille lieues de toute terre habitée, fut évangélisée de 1864 à 1868, grâce au dévouement héroïque du Frère Eugène Eyraud, de la Congrégation de Picpus, qui resta seul, pendant neuf mois, dans cette île, au inilieu des indigènes les plus grossiers et les plus féroces de la Polynésie, pour les

disposer À recevoir la prédication des mission- |

naires.

ILES DE L'OCÉANIE, 1800-1890, 393 Er dt

Ce qu’il eut à souffrir pendant ces neuf mois est indescriptible. Menacé à chaque instant d'être dévoré par les cannibales, on lui vola toutes ses petites provisions et le peu que son travail parvenait à arracher À la terre.

Au bout de neuf mois, ces intraitables sauvages étaient apprivoisés, à force de douceur et de patience, Le bon Frère, épuisé de fatigues et portant déjà le germe de la phtisie qui devait l'emporter, vint se reposer quelque temps aux îles Gambier, et, en 1866, il rentrait à l'ile de Pâques, en compagnie d'un missionnaire qui, en quelques mois, instruisit et baptisa toute l'île, L'œuvre civilisatrice avait marché du même pas que le travail spirituel : € J'ai été émerveillé, » écrivait en 1867 le capitaine Dutrou-Bornier, qui devait se faire deux ans plus tard l’adversaire implacable et le destructeur de la mission, € de tout ce que le travail acharné et la patience » de deux hommes ont pu faire en si peu de » mois. Là où je ne croyais rencontrer qu'une » pauvre cabane à peine fermée, j'ai découvert » des bâtiments déjà installés, une chapelle » toute riante de fleurs, un hangar, un jardin, à >» l’entour des terrains défrichés et plantés. Je ne » puis vous dire de quoi j'ai été le plus surpris, » de l'intelligent travail du Frère Eugène, ou de » l'angélique patience du R. P. Roussel. J'ai > vu ces mêmes sauvages qui recevaient autre- » fois les étrangers à coups de pierres, réciter à, > genoux toutes nos plus belles prières, en > canaque, en français et en latin. »

Le Frère Eyrauu avait consumé ses dernières forces dans les travaux que nécessitait l’installation définitive de la mission. Le 19 août 1868, veille de sa mort, étendu sur son pauvre grabat, il demanda combien il restait encore de païens dans l'île. — € Pas un seul, » lui fut-il répondu. En effet, les derniers avaient été baptisés le 15. août précédent, A cette réponse, le pieux mourant leva les mains et les yeux vers le Ciel, et un sourire joyeux s'épanouit un instant sur ses lèvres, déjà glacées par l'approche de la mort.

Hélas ! ce qu'avait fait le dévouement d’un humble Frère, la méchanceté et la cupidité réunies allaient bientôt le détruire, Ce même capitaine Dutrou-Bornier, que nous venons d'entendre faire l'éloge chaleureux des missionnaires, s'étant associé en 1869 avec un commerçant anglais de Tahiti pour l'exploitation en commun de l'ile de Pâques, comprit bien vite que les missionnaires feraient obstacle à ses desseins, et il résolut de s'en débarrasser, au besoin par la violence. Rien ne fut épargné pour désoler leur patience et ruiner leur œuvre : on incendia la chapelle, on profana la tombe du Frère Eyraud, on ravagea sys-

tématiquement les plantations de la mission et celles des chrétiens ; à plusieurs reprises, Dutrou expédia à son associé 231 canaques pour travailler sur la plantation ; il avait abusé de l'ignorance de ces malheureux pour leur faire signer

homo anne

RS

304 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm" SIÈCLE.

des contrats d'engagement dont ils ignoraient la portée ; il séquestra plusieurs filles mineures, malgré leurs parents, pour servir à ses honteuses passions ; toujours entouré d’une baride de meuvais sujets, recrutés et armés par lui, il répondait pe des coups de fusil aux réclamations les plus égitimes des missionnaires; en un mot, il se conduisit en pirate sûr de l'impunité, en l'absence de tout contrôle européen. À la fin, la situation devint intolérable et, sur l’ordre du vicaire apostolique, les Pères durent évacuer la mission, avec ceux de leurs chrétiens qui voudraient les suivre ; tous se préséaterent pour partir, mais le navire qui devait les emporter était trop petit et, malgré leurs pleurs, 175 de ces malheureux furent forcés de rester à l'île de Pâques, à la merci de leur tyran et privés de tout secours religieux. En somme, les associés avaient fait une bonne affaire : sans avoir presque rien déboursé, ils se trouvaient en possession d’une île de 25 kilomètres de long sur 17 kilomètres de large, mesurant 11,000 hectares d'excellentes terres,

Eh bien, ce brigandage odieux ne leur a pas suffi, et ils ont eu le triste courage de salomnier les missionnaires en les accusant de chercher à exploiter les indigènes. Plaisante accusation dans la bouche de tels hommes!

Après la mort de Dutrou-Bornier, les missionnaires sont rentrés à l’île de Pâques, mais ils n'y ont plus trouvé qu'une population misérable de moins de 150 âmes, au lieu du millier d'habitants qu'ils avaient trouvé dans l'ile à leur arrivée, Voilà comment la civilisation moderne, quand elle repousse le concours de la religion, s'entend à relever les sauvages. Elle les exploite et les fait périr,

Situation religieuse du vicariat apostolique de Tahiti, au 1” janvier 1890.

Le vicariat comprend les îles de-la Société, les Gambier, les Paumotous, les îles Tubuai, l'ile de Cook et l'île de Pâques. L'archipel de la Société et celui des Gambier appartiennent à la France ; les autres îles, à l'exception de l’île de Pâques, sont sous son influence. La population totale de ces différents groupes est d'environ 30.300 habitants, dont 6700 catholiques.

Personnel : 1 vicaire apostolique, en résidence à Tahiti,

20 missionnaires prêtres et 8 Frères de la Congrégation de Picpus.

5 Frères de Lamennais.

18 Sœurs de Saint-Joseph de Cluny.

60 catéchistes et 4 Sœurs indigènes.

Œuvres : 26 résidences. — 30 missions.

47 églises, 5 chapelles.

47 écoles, 1.500 élèves.

1 hôpital à Papéiti.

Siatistique comparée ;

En 1833 : Érection du vicariat apostolique de l'Océanie orientale. :

En 1834 : Commencement de la mission aux îles Gambier.

Eu 1836 : Commencement de ia mission à Tahiti.

Er 1848 : Erection du vicariat apostolique de Tahiti,

En 1849 : Commencement de la mission aux Paumotous,

En 1864 : Commencement de la mission à l'ile de Pâques.

En 1890 : 1 vicaire apostolique, 20 missionnaires, $2 églises ou chapelles, 47 écoles, 6.700 catholiques,

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