‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme]Chapitre 40 sur 404 · ALLEMAGNE DU NORD · texte numérisé non relu

ALLEMAGNE DU NORD

apostolique des deux a coupable léthargie. On était si bien habitué, depuis Joseph IT, à voir l'Église plier devant l'Etat, que aussi bien qu'en Allemagne, fut profonde, Les catholiques apprirent à se compter et à se grouper autour de leurs pasteurs, pour la défense du droit sacré de la conscience. Les protestants, habitués à voir dans le prince le chef de leur Eglise, comprirent qu'il y avait dans le catholicisme un principe de résistance qui n'existait pas chez eux. Ce fut comme un renouvellement du mystère de la Pentecôte : les lâches s'enhardirent, les tièdes se ranimèrent dans la ferveur, de nombreuses conversions de protestants vinrent réjouir et consoler le cœur de l'Église

Le mouvement de retour datait de plus loin, Si les légèretés de la noblesse française, émigrée à Coblentz, scandalisèrent à bon droit la gravité des mœurs allemandes, par contre, l’attitude du clergé français édifia, comme en Angleterre, les populations protestantes, et ramena beaucoup d'esprits distingués à cette Église romaine, si calomniée et si méconnue de l’hérésie, Trois grands poètes demeurés protestants, Gœthe, Schiller et Novalis, célébrèrent en Strophes émues les splendeurs du catholicisme. Au bout de trois cents ans de révolte, les

esprits et les cœurs revenaient à la vicille Eglise, La décomposition du protestantisme aidait puissamment à ce mouvement de retour, Après avoir commencé par vouloir trouver tout dans la Bible, l'esprit d'examen, arrachant une à une toutes les pages du livre sacré, aboutissait au rationalisme pur.

Révoltés des négations radicales de Strauss, de Fichte et d'Hégel, voyant autour d'eux le Protestantisme se dissoudre pour aboutir à l'incrédulité ou à un mysticisme sans doctrine, le piétisme, beaucoup de grands esprits et de nobles cœurs comprirent qu'il n’y avait de salut pour l'Allemagne que dans le retour au catholicisme.

Ce mouvement de conversions continue toujours dans l'Allemagne protestante, Sans avoir l'importance de celui qui se manifeste en Angle. terre, il varie chaque année de douze à quinze cents conversions,

La Révolution de 1848 ébranla l'Allemagne, comme tout le reste de l’Europe, I] y eut des émeutes sanglantes à Berlin et dans les principales ville ; mais à l'heure où les princes chancelaient sur leur trône, l'Eglise catholique ouvrait, en 1849 à Wurtzbourg (Bavière), le preinier concile tenu en Allemagne depuis la Réforme. À partir de ce moment, la rénovation catholique s'accentua. Les Ordres religieux, Jésuites, Dominicains, Franciscains, les Congrégations enseignantes et hospitalières, reparurent

j Sur cette terre d'où l'hérésie les avait si long-

temps écartés, — (est à cette date (1849) que

se fonda, sous les auspices de Pie 1X, l'association du Pius Verein, pour la défense des intérêts catholiques. Chaque année, au mois de sep:

tembre, l'association se réunit dans quelqu'une des villes épiscopales de l'Allemagne. Partout, même dans les centres réputés les plus hostiles, la vie catholique se manifeste avec éclat.

On comprend que cette renaissance catholique est de nature à déplaire aux gouvernements protestants, Appuyés sur la franc-maçonnerie qui, en Allemagne comme dans le reste du monde, est l'adversaire implacable de l'Église, ils luttent de toutes leurs forces pour entraver la liberté des catholiques. Mais peuple et clergé ne sont plus ce troupeau timide, habitué à courber la tête devant toutes les prétentions de la bureaucratie.

En 1854, le grand-duc de Bade ayant fait emprisonner l'archevêque de Fribourg, Mgr Hermann de Vicari, parce qu'il réclamait, selon son droit, la surveillance des écoles catholiques, la libre administration des biens de l'Église et l'abolition du flacet, il y eut une telle protestation de l'opinion publique, que le prince fut forcé de reculer et d'entrer en arrangements avec Rome,

Mais c'est surtout dans ces derniers temps que s’est affirmée en Allemagne la force du parti catholique, En 1872, au lendemain du Concile, la lutte entre les pouvoirs civils et l'Eglise se généralisa et prit les proportions d'une véritable guerre religieuse. Après avoir triomphé de l'Autriche, à Sadowa, et de la France, à Sedan, le prince de Bismarck crut qu'il aurait aussi facilement raison de l'Eglise romaine, et il entama le culturkampf (la lutte de la civilisation).

Les circonstances ne pouvaient être plus favorables, À la suite des définitions du Concile du Vatican, une poignée de mauvais catholiques s'étaient bruyamment séparés de l'Église, Ces sectaires, qui prenaient le nom de veux cat/oligues, avaient pour chef le fameux Dœllinger et une vingtaine de professeurs, imbus des idées joséphistes, qui dominent encore dans toutes les universités d'Allemagne. Naturellement les gouvernements s'empressèrent d'encourager de toutes leurs forces ce mouvement schismatique. [ls poussèrent aux défections et, partout où la chose fut possible, livrèrent aux vieux les églises et les biens-fonds de la communauté, affectant de les reconnaître comme les vrais représentants du catholicisme. Malgré le tapage qu'on fit autour du schisme naissant, l’entreprise échoua piteusement.

Le gouvernement prussien ne se découragea pas de ce premier insuccès. Il prépara toute une série de lois pour confisquer la liberté des catholiques, et selon la tactique ordinaire aux ennemis de l'Église, il commença par s'attaquer aux Ordres religieux.

Ceux-ci s'étaient merveilleusement multipliés en Prusse et dans le reste de l'Allemagne pro-

testante, pendant le cours du X1X° siècle. Voici la statistique officielle de cet accroissement, empruntée à l'exposé des motifs de la loi qui supprime, en Prusse, tous les Ordres religieux d'hommes et de femmes, à l'exception des Cuugrégations hospitalières (Loi du 10 mai 1875),

D'après cet exposé, il y avait dans le royaume de Prusse :

En 1809, 15 couvents d'hommes, 32 monastères de femmes.

En 1865, 35 couvents d'hommes, 157 monastères de femmes.

En 1872, 115 couvents d'hommes, 836 monastères de femmes.

A cette dernière époque, à la veille de la dispersion, le nombre des religieux s'élevait en Prusse à 1.874 et celui des religieuses à 7.703.

Ne sont pas compris dans ces chiffres les religieux et les religieuses de la province ecclésiastique du Haut-Rhin : Wurtemberg, Hesse, duché de Bade et principautés indépendantes.

[l'est probable qu'ils étaient à peu près aussi nombreux.

Comme toujours, les premiers coups étaient tombés sur les Jésuites. Ils avaient eu, dès le mois de juin 1872, les honneurs d'une loi spéciale d'expulsion ; mais, par une escobarderie qui fait sourire, un décret du Conseil d État déclare affiliés à la Compagnie de Jésus les Rédemptoristes, les Lazaristes, les missionnaires du Sacré-Cœur et ceux du Saint-Esprit, En vertu de cette décision burlesque, tous les membres de ces quatre Congrégations furent chassés de Prusse, et leurs établissements furent fermés dans le courant de 1873.

Le terrain ainsi déblayé et les troupes auxiliaires de la sainte Église licenciées, on s'aitaqua au clergé séculier. C'est la marche ordinaire. Par les trop fameuses lois de mai 1873, le parlement prussien mit brutalement la main sur toutes les libertés de l'Église. On y traitait de quatre objets : l'éducation des jeunes clercs, les nominations ecclésiastiques, les censures épiscopales et le changement de confession religieuse,

Dans l'éducation des clercs, le gouvernement se faisait la part du lion : obligation pour tous les ecclésiastiques de fréquenter pendant trois ans une université d'État et de passer un examen devant des commissaires civils: défense de créer de nouveaux séminaires épiscopaux ; les anciens séminaires pourront subsister sous le contrôle + l'État, mais il leur est interdit de recevoi. vuveaux élèves,

Po Aninations ecclésiastiques, les évéques proposent les candidats, mais c'est le gouverneur de la province, protestant, juif ou francmaçon, qui les institue et les dépose. Ne peuvent être nommés à un poste que les sujets allemands agréés par l'État, après examen passé devant les commissaires civils.

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Quant aux censures épiscopales, il est défendu aux évêques de publier les peines canoniques qu'ils infligent ; appel peut toujours être fait de ces censures auprès de la Cour des affaires ecclésiastiques. L'Etat devient ainsi juge suprême en matière de discipline et même de dogme

quelquefois,

La loi relative au changement de confession religieuse avait pour but de faciliter le schisme des vieux-catholiques. Une amende dérisoire

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