DU NORD
le cardinal Pacca ; et la raison qu'il en donne, c'est qu'on se vit débarrassé par là ç de ces prélats de familles princières qui n'avaient, le plus souvent, d'autres titres de vocation que l'ambition de leurs proches et l'esprit d’avidité, »
On se ferait difficilement l'idée de l’état de dégradation morale dans lequel ces mauvais choix épiscopaux et l'esprit joséphiste, alors universel en Allemagne, avaient fait tomber !e catholicisme, Pour ne citer que quelques noms, l'archevêque de Cologne, archiduc Maximilien, frère de Joseph IL, avait sur la discipline ecclésiastique tous les sentiments schismatiques de son frère, et les appliquait avec encore plus de raideur que lui ; l'archevêque de Trèves, Clément de Saxe, était imbu des idées de Fébro-: nius, qui avait été son auxiliaire, en qualité d'évêque de Myriophyte ; un des confidents de Napoléon, le baron Dalberg, archevêque de Ratisbonne, archichancelier de l'Empire et francmaçon notoire, était un homme sans foi et sans mœurs; un peu plus tard, le comte Speigel, archevêque de Cologne, était lui aussi franc: maçon et illuminé, Que pouvait-on attendre de pareils pasteurs ?
Le congrès de Vienne ayant bouleversé toute
qu'elle fût en droit, était-elle un malheur pour l'Eglise d'Allemagne ? « Je n'ose le dire, » écrit
l'organisation politique de l'Église d'Allemagne, en soumettant la plupart des évêchés à des princes protestants, la première préoccupation du Souverain-Pontife fut de reconstituer les cadres de cette Église.
Au mois d'août 1821, un concordat fut signé avec la Prusse : il établissait pour la Prusse rhénane l'archevêché de Cologne, avec trois évêchés suffragants, Trèves, Munster et Paderborn ; pour la Prusse orientale, le siège métropolitain de Gnesen et Posen, avec un seul suffragant, Culm ; deux sièges épiscopaux, Breslau et Warmie, relevaient directement du Pape.
Total pour tout le royaume de Prusse, huit sièges épiscopaux,
Sur la question matérielle, le gouvernement prussien se montra large, [1 voulut qu'un traite-
ment convenable fût assigné aux évêques, à leur curie épiscopale et au clergé. C'était justice d'ailleurs, car la rente payée sur l'État était loin d'équivaloir au revenu des biens ecclésiastiques sécularisés par la Prusse. L'électio\ des évêques fut réservée aux Chapitres, mais à la condition que l'élu fût agréé du gouvernement. Malheureusement les premiers choix épiscopaux furent déplorables : l’illuminé Speigel fut placé à la tête de l'Église de Cologne, et pour les autres sièges, les Chapitres élurent des candidats plus courtisans qu'évêques.
À la même époque, août 1821, le Pape reconstitua la province ecclésiastique du Haut-Rhin. Le roi de Wurtemberg, les grands-ducs de Bade, de Hesse, de Nassau, de Mecklembourg, d'Oldenbourg, les villes libres de Francfort, de Brême et de Lubeck, avaient envoyé en commun des députés à, Rome, pour traiter de la réorganisation de l'Église catholique dans ces principautés protestantes. Le Pape institua un archevêché à Fribourg (Bade), avec quatre évêchés suffragants, Mayence (Hesse), Fulda (Hesse), Rotembourg (Wurtemberg), Limbourg (Nassau).
Le royaume de Hanovre garda ses deux évêchés, Osnabruck et Hildesheim.
Pour le royaume de Saxe, le Pape institua le vicariat apostolique dé la Saxe royale, et la préfecture de Missinie et Lusace. Voici donc quelle fut, après la réorganisation, la hiérarchie catholique dans la Prusse protestante : 3 archevéchés, 12 évêchés, 1 vicariat apostolique, 1 préfecture.
Ces cau.-s sont restés à peu près les mêmes, sauf la création du vicariat apostolique d'Anhalt, le vicariat de l'Allemagne du Nord, confié à l'évêque d'Osnabruck et la préfecture apostolique de Schleswig-Holstein,
Je ne parle pas ici, et pour cause, des deux |
évêchés de Metz et de Strasbourg, ravis en 1870 à la France par la Prusse. L'avenir a-t-il dit son dernier mot? Attendons l’accomplissement des jugements de DiEr sur notre malheureuse patrie.
L'Eglise d'Allemagne avait donc réorganisé, en 1821, sa hiérarchie, brisée par les bouleversements politiques des premières années du XIXe siècle. Malheureusement, il est plus facile de refaire des cadres que de changer, en quelques jours, l'esprit d’un clergé. Élevé depuis un demi-siècle dans les idées joséphistes et césariennes, le clergé allemand était animé à cette époque d’un esprit très fâcheux. Les deux universités catholiques de Bonn et de Fribourg, où il était formé, étaient détestables. Hermès, cha: noine de Cologne et professeur de l’université de Bonn, nia, dans ses livres et dans son enseignement, la distinction fondamentale entre la nature et la grâce, et aboutit au rationalisme. Condamné par Grégoire XVI, il se soumit, au
re sthrinye nt : nic 3 moins extéricuremeont ; mais
longtemps de grands ravages dans le clergé.
Grâce à la molle complicité de Mgr Speigel, le Chapitre de Cologne, les principaux postes du diocèse, l’univezsité de Bonn, étaient remplis d'hermésiens.
C'était bien pis encore dans l'université de Fribourg, En 1327, le doyen de la Faculté de théologie apostasia publiquement, se déclara protestant et se maria. En 1830, les professeurs de la Faculté présentèrent au grand-duc protestant de Bade une pétition pour demander le mariage des prêtres. Plusieurs associations de prêtres se formèrent pour réclamer l'abolition du célibat ecclésiastique. En Wurtemberg, on compta jusqu’à deux cents prêtres enrôlés dans ces honteuses sociétés,
Les gouvernements protestants favorisaient sous main ce triste mouvement ; les évêques se taisaient ; ce fut l'énergie et la foi du peuple catholique qui sauva alors l'Église d'Allemagne, Partout le mépris public s'attacha aux apostats, À Fribourg, un jour de Fête-Dieu, la population indignée arracha l'ostensoir des mains d'un de ces prêtres sacrilèges. Dans le Wurtemberg, plus de quarante communes s’adressèrent au roi, déclarant qu’elles aimaient mieux se passer de prêtres que d'avoir des prêtres mariés. Dans le duché de Bade, pendant plusieurs mois, les populations s’abstinrent d’assister à la messe de ces misérables ; le dimanche, on voyait de longues files de pèlerins traverser le Rhin, pour venir, dans le diocèse voisin de Strasbourg, entendre la messe d'un vrai prêtre catholique.
Une pareille attitude fit réfléchir les apostats ct les força de rentrer en eux-mêmes. Peu à peu ils revinrent au sentiment de l'honneur sacerdotal ; de meilleurs choix épiscopaux placérent sur les principaux sièges des hommes apostoliques, En vingt ans, il se fit une rénovation complète de l’Église d'Allemagne, et à l'heure actuelle, son clergé est un des plus méritants du monde catholique.
Les gouvernements protestants firent tout ce qu'ils purent pour contrarier cette résurrection religieuse. Héritiers des traditions césariennes
| de Napoléon, les princes allemands, en signant
des concordats avec le Souverain- Pontife, s'étaient réservé, x petto, d'y ajouter des articles organiques, afin de maintenir sous le joug l'Eglise du CHRIST. La lutte s’engagea bientôt en Prusse sur le terrain des wariages mixtes.
On sait combien l’Église répugne à ces mariages entre catholiques et protestants, dans lesquels la foi des enfants est presque toujours sacrifiée, et dont le résultat le plus net est d'amener la famille à une déplorable indifférence religieuse. La législation ecclésiastique à ce sujet n'a jamais varié, Avant d'accorder la dispense, l'Eglise exige des deux parties la promesse formelle d'élever dans la foi catholique tous les
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L'ÉGLISE CATHOLIQUE DANS L RÉ BE
qu'elle a de ces tristes unions, elle enjoint à ses | d'Allemagne. Le courage ministres de n'y assister qu’en qualité de témoins, | confesseurs réveilla le clergé de s
et sans les solennités ordinaires, Or ces mariages mixtes étaient aux mains du
gouvernement prussien un instrument de prosé- l'impression en Europe,
lytisme et de perversion contre les catholiques.
Inondant de ses fonctionnaires protestants les
évêchés des bords du Rhin, il les poussait, sous
main à s'introduire dans les familles catholiques, afin de protestantiser peu à peu le pays. Dans ce péril imminent pour la foi, il est triste d'avoir à reconnaître que les évêques catholiques ne surent pas d’abord faire tout leur devoir,
En 1828, l'archevêque de Cologne et ses suffragants avaient consulté le Pape sur la conduite à tenir dans ces conjonctures difficiles.
Pie VIII leur répondit par le bref du 15 mars
1830, dans lequel il leur rappelle la discipline
universelle de l’Église, et leur ordonne de l'ap-
pliquer sans relâchement, Le roi de Prusse trouva bon de supprimer la réponse du Pape, et l'archevêque Speigel trahit l'Lglise, en signant, avec le ministre des cultes, une convention dans laquelle il promettait d'agoucir la discipline. Or ces adoucissements n’allaient à rien moins qu'à ruiner toute la légisiation ecclésiastique sur la matière : plus de promesse d'élever les enfants dans la foi catholique, la chose est laissée à la conscience des parents : quant à la solennité extérieure, on ne devra la refuser que dans des cas fort rares. (Convention entre l'archevêque de Cologne et le ministre des cultes, 19 juin 1834). Les trois suffragants de Cologne, Trèves, Munster et Paderborn, donnèrent leur adhésion.
Grégoire XVI, ayant eu avis de cette convention clandestine, en parla au ministre de Prusse, qui nia d'abord. DiEU n'allait pas tarder à intervenir par des coups terribles,
À la fin de cette année 1834, l'archevêque Speigel, frappé par la mort, s'en allait rendre compte à DIEU de sa dépi--able administration. Il fut remplacé sur le sièg : de Cologne par un véritable Pontife, Mer Clément-Auguste de Droste-Vichering, frère de l'évêque de Munster.
Quelques mois après, l'évêque de Trèves fut frappé à son tour. Au moment de paraître devant DIEU, il écrivit au Pape pour rétracter son adhésion et lui dévoiler toute la fraude,
Ces deux exemples ouvrirent les yeux aux coupables, Les évêques de Munster et de Paderborn retirèrent leur signature, et le nouvel archevêque de Cologne déclara qu'il observerait la convention conclue par son predécesseur, mais selon la teneur du bref pontifical et non autrement. Pour le punir de sa courageuse résistance, le gouvernement prussien le fit jeter en prison (27 novembre 1837); il y demeura jusqu'à la mort de Frédéric-Guillaume 111 (1840). L'archevêque de Posen, Mgr Martin de Dunin, coupable du même
crime, subit la même peine,
Cette persécution fut le salut de l’Église