INSULE DES BALKANS
Mgr Sokolski, son bérat impérial. I1 y eut alors un ébranlement général dans Ja nation, et l'on put croire un moment que tout le peuple bulgare allait rentrer en masse dans l’union.
La Russie comprit le danger qu'allait faire courir à sa politique le retour au catholicisme de la nation bulgare. D'accord avec l'Angleterre, toujours prête à contrecarrer en Orient l’action du catholicisme et l'influence de la France, le gouvernement russe mit tout en œuvre pour arrêter le mouvement et il n'y réussit que trop
M. EUGÈNE Boré, Supérieur général de la Congrégation de la Mission et de la Compagnie des Filles de la Charité.
bien. Que 2 passa-t-il entre les agents du Czar et le nouvel eêque? On ne l'a jamais su positivement, Mais, deux mois après son retour de Rome, Mgr Sokolski disparaissait, emportant ses bulles d'évêque et son bérat impérial de chef civil de la communauté,
Quelques jours après, on apprenait avec stu- Peur qu'on l'avait vu sortir de nuit de l'ambassade russe et s'erbarjuer pour Odessa. On sut depuis qu'on l'avais dirigé sur Kiew, où il demeura jusqu’à sa mort, interné dans un monastère, sans qu'il fût possible aux Bulgares de communiquer
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avec lui. Il est permis de croire que le vieillard fut victime de sa confiance dans les Russes, plutôt qu'apostat, Ce qui tend à !« démontrer, c'est son internement rigoureux ans l'intérieur de la Russie, S'il eût formellement abjuré l'union, le gouvernement moscovite n'eût pas manqué de le renvoyer à ses ouailles et de publier sa victoire.
La disparition de Mgr Sokolski, exploitée par la Russie et par les schismatiques, remettait tout en question, Un instant, on put croire que c'en était fait de l'union bulgare, Ses adhérents, qui
s'élevaient déjà à plus de 60.000, descendirent
MGR RAPHAËL POPOFF, Évêque-administrateur des Bulgares-Unis.
à 4.500. Découragée de la perte de son chef et ne voulant à aucun prix retomber sous le joug des Grecs, la masse de la nation finit par se faire reconnaître par le Sultan comme communauté
l’occasion, convoitée depuis longtemps, de mettre la main sur la nationalité bulgare,
Au moment où tout semblait humainement perdu pour l'union bulgare, l'action providentielle commença à se manifester, Jusqu’alors, comme je l'ai dit, le mouvement était plus politique que religieux. DIEU, qui voulait sans doute épurer ces vues humaines, permit qu'il échouât Pour se reconstituer sur de meilleures bases.
Au nombre des rares membres du clergé demeurés fidèles à l'union, se trouvait un jeune diacre, Raphaël Popoff, qui avait accompagné
à Rome Mgr Sokolski, La vue du centre de la catholicité avait fait sur son âme une impression profonde, Ordonné prêtre par Mgr Brunoni, il fut envoyé à Andrinople, où il s'employa de toutes ses forces à raffermir les convictions, un instant ébranlées, de ses compatriotes. Il réussit À conserver un petit noyau de fidèles à Andrinople et dans une dizaine de villages aux environs. C'est pourquoi, malgré sa jeunesse, Pie IX se décida à l'élever à l’épiscopat, avec le titre d'évêque-administrateur des Bulyares unis, Pour prévenir le retour de la catastrophe précédente, le jeune prélat fut placé, avec son peuple, sous la juridiction du vicaire patriarcal de Constantinople (1865).
J'ai dit plus haut comment, pour venir au secours de cette Eglise en détresse, Pie IX avait demandé au R. P. d'Alzon quelques-uns de ses religieux en Bulgarie. Unis aux RR. PP, Résurrectionistes, les Augustins de l’Assomption se mirent avec zèle à ouvrir des séminaires, des collèges et des écoles pour tirer la nation bulgare de l'ignorance avilissante dans laquelle elle croupissait, pendant que le R. P. Galabert, leur supérieur, était placé auprès du nouvel évêque, Mgr Popoff, pour lui servir de théologien, prévenir une nouvelle défection et être, selon le mot aimable de Pie IX, l'Ange gardien du jeune prélat,
De leur côté, les Lazaristes de la Macédoine
ouvraient, à Salonique et à Monastir, des écoles pour les Uniates. Enfin le vicaire patriarcal de Constantinople envoyait à la Propagande quel-
indépendante, sous le titre d'exarchat bulgare, Le Patriarche schismatique de Constantinople essaya
en vain de s’y opposer,en EXcommuniant l'exarque |
dans un synode général de tous les Patriarches, celui de Jérusalem excepté, L'exarque brava les foudres du Phanar, soutenu par l'or et l'in politique de la Russie, qui, mieux aviste q France, s’est bien gardée de laisser échag;e:
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ques jeunes Bulgares choisis parmi ceux qui donnaient le plus d'espérance de pouvoir un jour être élevés au sacerdoce.
Pendant qu'on s'occupait ainsi de répandre l'instruction parmi les Bulgares, tenus jusqu'alors, même le clergé, dans une ignorance effroyabie, le nouvel é‘éque, Mgr Raphaël Popoff, reconnu officiellement par la Porte, commençait la visite
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pastorale de son troupeau. Partout il fut reçu avec enthousiasme par les rares villages demeurés fidèles à l'union. Ils avaient eu bien du mérite à persévérer, en dépit c'es vexations et des intrigues des schismatiques, qui s’en allaient répétant partout que Rome avait abandonné les Bulgares, et qu'il n’y avait de salut nour eux qu'en se jetant dans les bras de la Russie.
À la fin de cette première visite (1867), le chiffre des Bulgares unis était déjà remonté à 9.000. Le mouvement de retour vers Rome a continué depuis, lentement mais sûrement. Aucune raison politique, aucun avantage matériel n’attire aujourd'hui les Bulgares à l’union, tout au contraire. [len résulte que ceux qui se convertissent sont amenés par la grâce, et qu'ils sont décidés à tout souffrir pour rester les enfants dociles de l'Eglise romaine.
Mgr Raphaël Popoff, étant mort en 1874, eut pour successeur un évêque bulgare récemment converti, Mgr Nil Isvoroff. Immédiatement plus de douze cents familles de Koukouche, son ancien siège épiscopal, se déclarèrent pour l'union, et le mouvement s’étendit de proche en proche aux villages voisins.
Rome comprit bientôt qu'un seul avènement ne pouvait plus suffire à la tâche. En 1883, la Propagande décida l'érection de deux nouveaux vicariats apostoliques pour les Bulgares, l’un à Andrinople pour la Thrace, l’autre à Salonique pour la Macédoine. Mgr Nil Isvoroff dut fixer sa résidence à Constantinople, avec le titre d'archevêque-administrateur des Bulgares. Mer Petkoff, ancien élève de Ja Propagande, fut le premier vicaire apostolique de la Thrace, et Mgr Mladénof fut choisi pour la Macédoine. Les deux nouveaux vicaires apostoliques furent reconnus en cette qualité par la Porte.
Le vicariat apostolique de la Thrace comptait en 1880 :
Un vicaire apostolique, 13 prêtres indigènes, 7 Pères Résurrectionistes, dont 3 de rite latin et 4 de rite bulgare : 7 religieux de l’'Assomption, dont 5 de rite latin et 2 de ïite bulgare : au total, 27 missionnaires, 17 Statiuns, 15 églises ou chapelles, 2,900 catholiques.
Un séminaire à Andrinople, sous la direction des Pères de la Résurrection: 1 gymnase partagé en sept classes et une école industrielle, 81 pensionnaires et 10 externes ; 7 écoles élémentaires pour les enfants bulgares des deux sexes. Les
Augustins ont, dans la même ville d'Andrinople, 1 alumnat qui compte 35 élèves, dont 18 bulgares. Ils ont une autre école à Philippopolis.
Les Sœurs de Charité et les Oblates de l’Assomption ont dans la Mission plusieurs écoles et orphelinats,
Enfin, il y a dans le vicariat apostolique de Thrace 1 monastère d'hommes de tite bulgare, 10 religieux, et 1 monastère de femmes de même rite, 35 religieuses.
Le vicariat apostolique de la Macédoine comptait en 1889 :
Un vicaire apostolique, 18 prêtres indigènes assistés de quelques Lazaristes, 35 stations, 22 églises, 31 chapelles, 25.000 catholiques,
LE KR. P, GALABERT,
Fondateur des Missions des Augustins de l’Assomption en Orient.
Un séminaire à Salonique sous la direction des Lazaristes, 50 élèves : 22 écoles élémentaires, 1.200 garçons, 100 filles.
En dehors de ces deux vicariats, il y a une centaine de Bulgares unis à Constantinople et dans les environs : ce qui porte à 28.000 le chiffre des Uniates. Puisse ce petit troupeau être les prémices de la nation bulgare tout entière !
t}| IV. — BULGARES LATINS, VICARIAT APOSTOLIQUE DE SOFIAETPHILIPPOPOLIS,
L est certain qu'au cours du XIIIe et du XIVe siècle, les Franciscains prêchèrent avec beaucoup de succès au milieu des Bulgares répandus
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dans la Macédoine et la Thrace, puisqu'on voit qu'il existait à cette époque une cwstodie de Bulgarie,
Malheureusement, comme il s'agissait de dénationaliser les Bulgares en les amenant au rite latin, cet apostolat des fils de saint François fut stérilisé en grande partie par les défiances politiques, car, pour l'Oriental, le rit est le signe distinctif de la nationalité ; passer au rit latin, c'était donc pour eux abjurer la patrie et se faire naturaliser francs.
C'est pourquoi, malgré l’ardeur de leur zèle, les Franciscains EL n'obtinrent que THRACE, — ÉGLISE CATHÉDRALE DE MGR PETKOFF, A ANDRINOPLE, des onversions D'après le croquis d’un missionnaire. isolées, et ils échouërent sur la masse de la nation bulgare, De là, entre les enfants du même sol, des haines nationales, des persécutions atroces contre les Bulgares latins, regardés par leurs compatriotes comme des apostats et des traitres à la patrie. Dans la première moitié du dernier siècle, la mission franciscaine des Bulgares fut presque anéantie, La province de Sofia, en particulier,eut tant à souffrir, qu'on n'y trou- : :— res mt BE vait plus,en 1760, = ; que 17 catholiques, Dans la tüission de Philippopolis, les ’our relever ce malheureux