‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme]Chapitre 96 sur 404 · C III. — RIT ARMÉNIEN. DS · texte numérisé non relu

C III. — RIT ARMÉNIEN. DS

: 12 sièges

s par des ( À nation arménienne n’a pas contre l'Eglise des arche- latine les préventions et la haine des Grecs. nés par le Amenés à Ja foi chrétienne par saint Grégoire de des évé- l’Iliuminateur, les Arméniens se laissèrent malenvoie en heureusement entraîner, au vrre siècle, dans l’hé-

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es catholiques arméniens n’ont cessé d'être persécutés jusqu’au jour où ils Purent se constituer en communauté distincte, En 1700, un de leurs docteurs les plus célèbres, Pier-e Mékhitar, religieux du monastère patriarcal d'Edchmiadzin, ayant embrassé la foi catholique, fut dénoncé aux Turcs pour ce fait Par son patriarche et forcé de se réfugier à Venise, où, avec la protection du Souverain Pontife, il ouvrit une église et un monastère aux religieux de sa nation appelés de son nom Mékhitaristes, Cette maison devint comme une pépinière de religieux arméniens catholiques, qui partirent de là pour i

compatriotes, Mékhitar jo

en dehors desoustantinople ssez nombreux hitfre total de ur 1890 par le gmenter, car il rnières années,

ignit à son œuvre une

enlever leur foi,

primat, qui fixa sa résidence à Constantinople, et étendit sa juridiction sur tous les catholiques arméniens résidant en dehors du patriarcat de Cilicie, Grâce aux bons offices de l'ambassade de France, les Arméniens catholiques furent reconnus par la Porte comme for.

mant une communauté distincte et soustraits Pour toujours à la juridiction civile du patriarche grégorien,

Vingt ans plus tard, Pour répondre au mouvement de conversion parmi les Arméniens, Pie IX créa six nouveaux diocèses en Asie-Mineure :

Brousse, Angora, Trébizonde, Erzeroum, Karpouth et Artwin, sous la juridiction de l’archevéque primat de Constantinople,

ais cet arrangement laissait encore à désirer, car il donnait à l'Eglise arméno-catholique deux têtes indépendantes l’une de l'autre : le patriarche de Cilicie et l'archevêque primat de Constantinople. Le peuple arménien et son clergé dési. taient généralement ja réunion des deux sièges. C’est pourquoi le patriarche qui résidait À Bzom-

LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE,

mar étant venu à mourir, les évêques du patriarcat de Cilicie élurent unanimement pour lui succéder Mgr Hassoun, qui occupait déjà depuis plusieurs années le siège primatial de Constantinople (14 septembre 1 18066). Pie IX s'empressa de confirmer la réunion des’ deux sièges dans la bulle Reversurus (12 juin 1857), et, pour prévenir le retour de certains «bus, il prescrivit quelques rè-

Ti

gles fort sages pour l'élection des évêques arméniens et l'administration des biens Fe) LT Ce fut l'occasion d’une tempête effroyable, dans laauelle i'Eglise arméno-catholique parut sombrer un instant.

Il faut dire un mot du schisme et de ses causes,

Onavu plus haut avec quelle héroïque fidélité le peuple arméno-catholique supporta, au com-

SON ÉMINENCE LE CARDINAL HASSOUN, Ancien patriarche arménien.

| mencement de ce siècle, la persécution, plutôt que de renoncer à la foi, Néanmoins l'esprit particulier, l'esprit de nationalité, vit toujours chez les Arméniens, comme chez les Orientaux. Nous autres, peuples de lOccident, qui regardons Rome comme la patrie de nos âmes, nous ne pouvons qu'imparfaitement nous faire l'idée de la susceptibilité jalouse des peuples de‘l'Orient dès que les privilèges et les droits de leur nationalité sont en jeu.

Il faut ajouter que, parmi les nations orientales, le peuple arménien est certainement le plus avancé pour le développement de la civilisation, la richesse, l'éducation, et ce qu'on a coutume d'appeler les idées modernes. Il en résulte que, surtout chez les chefs laïques de la nation, la ferveur et la

foi ont bien diminué depuis un demi-siècle.

La franc - maçonnerie a fait là, comme par-

satanique, qui

l'Eglise, De là, chez les Arméniens catholiques, une tendance déplorable äséculariser le gouvernement ecclésiastique et à embiéter sur les droits des pasteurs, Ajoutez à ce ‘nauvais esprit certaines ambitions froissées, la tendance des religieux mékhitaristes vers le catholicisme libéral, les imprudences de certains évêques occidentaux, au moment du concile, pour englober les Arméniens dans l'opposition ; joignez à toutes ces causes la pression des lages, le mot d'ordre donné à Constantincple conme il avait été donné à

simplicité de la

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consiste à battre en brèche l’autorité de

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—————s dura dix ans, de 1870 à 1880,et pendant dix ans la constance des catholiques lassa Ja rage de leurs ennemis, À la fin, il fallut bien reconnaître qu'on s'était trompé st revenir sur ses pas. La Porte commençait à comprendre de quel ridicule elle se couvrait devant l'Europe, en émettant la

Berlin et à Genève, l'attitude de notre ambassadeur, M. Bourée, qui prit d’abord Parti pour les opposants À la bulle Veversurus et conseilla à la Porte de les reconnaître comme catholiques, et l'on comprendra la gravité de la crise qu'eut à traverser l'Eglise arménienne au lendemain du

préconcile, tention de décider sOuverainement dans une Dans la surexcitation générale des esprits, il

question de dog-nes et de distinguer, sans le Pape

fut facile de persuader à la Porte que la bulle | et malgré le Pape, les vrais Catholiques des faux.

Reversurusattentaitaux droits de souveraineté du Sultan, et bouleverserait toute l'économie de l'Église arménienne Ce qui contribua surtout à égarer les ministres du Sultan, ce fut l'attitude de l'ambassadeur français, qui, subissant l'action de nos catholiques li. béraux, prit parti pour les schismatiques contre Mgr Hassoun, à qui l’on ne pardonnait pas de s'être rangé, au moment du concile, dans la majorité infaillibiliste.

On vit donc 5e renouveler, à Constantinople, les scènes de Berne et de Genève, Les dissidents étaient à peine 2,000, contre plus de 100,000 arméniens fidèles. Ils avaient avez eux seulement quatre évêques, avec une cinquantaine de moines mékhitaristes défroqués, Dans plusieurs diocèses arméniens, on ne trouvait pas un seul dissident.

C'est à cette poignée de libres-penseurs et de frar,csmaçons que la Porte livra tous les biens-fonds de la communauté arméno-catholique :

églises, presbytères, maisons épiscopales, séminaires, hôpitaux, écoles, plus de Æuit mil.

lions de biens-fonds. On enleva aux catholiques jusqu’à leur nom, qu'on remplaça par celui de assounnistes, Dès le début de la crise, Mgr Hassoun avait été exilé et forcé de Partir pour Rome, La Porte, après avoir enlevé au patriarche légitime son bérat impérial, fit procéder à | Le schisme, déshonoré par ses propres violences, l'élection d'un nouveau patriarche, Comme les | s’effondrait dans l'impuissance et dans le mépris catholiques s'abstinrent en masse de prendre part public ; chaque jour des prêtres, des laïques, l’aà cette élection sacrilège, les schismatiques, au bandonnaient pour revenir à l'unité catholique. nombre de 1,130, élurent Sans Opposition un | L'intrus Kupélian sentit que la position n'était Prêtre interdit et nommément excommunié, l’in- | plus tenable et fit enfin sa soumission (1878), La trus Kupélian, qui fut reconnu par la Porte en | Porte, heureuse de sortir de la situation fausse qualité de patriarche des Arméniens catholiques, | dans laquelle elle s'était jetée, rendit à Mgr Has- Comme à Genève et à Berne, ces violences | soun son bérat, et l'Église arménienne recouvra Î à la honte des persécuteurs. La lutte | Ja paix,

RE X AZARIAN, Patriarche

arménien,

gi tm :

FR

118 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE.

Cette paix n'a pas été troublée depuis, bien qu'il y ait toujours dans les chefs laïques de lacommunauté un mauvais levain d'indépendance. Mgr Hassoun ayant été élevé par Léon XIII au cardinalat (1880), son successeur, Mgr Azarian, a été élu patriarche selon les prescriptions de la bulle Reversurus.

Parmiles Arméniens grégoriens, le mouvement de conversions, arrêté par la persécution de 1870, a repris avec assez d’entrain. À cette heure,l'Église arméno-grégorienne se meurt ; c'est un fait attesté par tous ceux qui connaissent la situation. Cette Eglise est divisée aujourd'hui entre plusieurs chefs : il y a à Edchmiazin, Arménie russe, un patriarche grégorien, qui cct entièrement sous la main du Czar, et qui se plaint amèrement de sa dépendance ; ily en a un autre à Cis, dans la Cilicie, un troisième à Constantinople. Tous ces patriarches hérétiques s’anathéinatisent réciproquement ; ils ont perdu toute considération, toute autorité sérieuse sur ies membres de leur communauté, De l’aveu de tous, c'est une Eglise de cinq à six millions d'âmes qui s’effonure.

À qui ira cette riche succession? L’Angleterre protestante, dans un but plus politique que religieux, inonde l'Arménie d’une armée de prédicants ; partout ils ouvrent des collèges, des écoles, des orphelinats, des dispensaires et des hôpitaux; ils sèment l'or à pleines mains, et promettent l’appui politique de leur gouvernement aux Arméniens qui viennent à eux. jamais ils n'en feront de bons protestants, ils le savent, mais ils en feront des libres-penseurs et des ennemis du catholicisme ; ce résultat leur suffit En présence de cette propagande effrénée du protestantisme, l'Eglise ar: 1én0-grégorienne voit son impuissance et s'y résigne.

€ — Dans vingt ans, disait-on un jour à l'un de ses évêques, votre diocèse aura passé au protestantisme. }»

& — Qu'est-ce que cela me fait? répondit en souriant le prélat ; dans vingt ans, je n’y serai plus. Après moi le déluge ! »

Tel est l'esprit de foi et de zèle de ce clergé.

Pour :utter contre la propagande protestante, le catholicisme est seul, privé de toute influence politique, avec des ressources bien restreintes. Et pourtant, telle est la force de la vérité qu'il fait chaque jour des progrès ; des populations entières lui tendent les bras et l’appellent. Trop souvent, hélas ! les évêques arméniens catholiques ne peuvent répondre à ces appels ; les ressources matérielles, les hommes surtout, font défaut pour recueillir la moisson déjà mûre,

Il est triste de voir la France, indifférente à ses traditions séculaires, laisser en Orient l’influence de la Russie et de l'Angleterre éclipser la nôtre. Livrés à eux-mêmes, les Arméniens n’hésiteraient pas à se faire nos clients ; tous ceux qui connaissent le pays l’affirment. Pourquoi faut:il qu’à l'heure d'une crise décisive pour les nations orientales, la France catholique soit aux mains

d’une poignée de francs-maçons, que l'esprit sectaire aveugle sur les vrais intérêts du pays, et qui abandonnent à nos rivaux des populations si bien disposées à venir à nous!

Mais DIEU a ses desseins de miséricorde sur les nations o‘ientales ; il ne permettra pas que l'hérésie arrache ces peuples à leurs erreurs séculaires, pour lés plonger dans un état pire que le précédent.Léon XIII a les yeux fixés sur l'Orient, et pour remédier à la pénurie d'hommes apostoliques, il a ouvert à Rome un séminaire spécial pour les Arméniens (1883). À mesure que les conversions se multiplient, il érige en Arménie de nouveaux sièges épiscopaux ; on a vu plus haut qu'il a profité de l'expulsion des Jésuites français pour leur confier une mission dans ce pays. lout fait espérer que, d'ici la fin du siècle, l'Église arméno-catholique aura triomphé des difficultés qui arrêtent encore aujourd’hui son plein développement.

Voici quelle est, au 1° janvier 1800, la hiérarchie du patriarcat arménien de Cilicie.

I diocèse patriarcal :

Constantinople, 1 patriarche, 2 évêques auxiliaires, 70 prêtres, 16 églises ou chapelles, 10 écoles, 10.000 catholiques.

3 archevéchés :

Lemberg (Autriche), 1 archevêque, 17 prêtres, 22 églises ou chapelles, ? écoles, 4.500 catholiques.

Alep (Syrie), 1 archevêque, 15 prêtres, 7 églises ou chapelles, 4 écoles, 7.500 catholiques.

Mardin (Mésopotamie), 1 archevêque, 12 prêtres, 8 églises ou chapelles, 7 écoles, 8.000 catholiques.

16 évêchés :

Adana (Anatolie), 1 évêque, 8 prêtres, 7 églises ou chapelles, 7 écoles, 2.500 catholiques.

Alexandrie (Egypte), 1 évêque, 4 prêtres, 5 églises ou chapelles. 1.200 catholiques.

Diarbékir (Mésopotamie), 1 évêque, 18 prêtres, 10 églises ou chapelles, 10 écoles, 4.000 catholiques.

Ancyre {Anatolie), 1 évêque, 32 prêtres, 4 églises ou chapelles, 1° écoles, 8.000 catholiques.

Artwin (Russie), 23 prêtres, ? é’:lises oa chapelles, 22 écoles, 12.000 catholiques,

Brousse (Anatolie), 1 évêque, 8 prêtres, 8 églises ou chapelles, 11.000 catholiques.

Césarée du Pont (Cappadoce), 1 évêque, 3 prêtres, 4 églises ou chapelles, 2 écoles, 1.500 catholiques.

| Erzeroum (Arménie), 1 évêque, 54 prêtres, 76 églises ou

chanelles, 19 écoles. 10.000 catholiques.

Ispah :; (Perse), 1 prêtre, ? églises ou chapelles, ? écoles, 500 catholiques.

Karpouth (Mésopotamie), 1 évêque, 7 prêtres, 4 églises ou chapelles, 10 écoles, 1.700 catholiques.

Marasch (Cilicie), 1 évêque, 10 prêtres, ? églises ou chapelles, 4 écoles, 6.000 catholiques

Mélytène (Arménie), 1 évêque, 7 prêtres, 10 églises ou chapelles, 8 écoles, 4.000 catholiques,

Mouclie (Arménie), 1 évêque, 6 prêtres, 5 églises ou chapelles, 2 écoles, 4.000 catholiques.

Sébaste (Arménie), 1 évêque, ? prêtres, ? églises ou chapelles, ? écoles, 2.000 catholiques.

Tokat (Cappadoce), 1 administrateur apostolique, ? prêtres, ? églises ou chapelles, ? écoles, 2.000 catholiques.

Trébizonde (Arménie), 1 évèque, 10 prêtres, 3 églises ou chapelles, 4 écoles, 5.000 catholiques.

Total pour le rite arménien, 1 patriarche, 3 archevêques,

15 évêques, 303 prêtres, 180 églises ou chapelles, 134

écoles, 104.900 catholiques,

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Ne sont pas compris dans le chiffre des prétres, les missionnaires latins qui travaillent en grand nombre dans les diocèses, sous la Juridiction des évêques arméniens ; ne sont pas compris non plus les religieux Mekhitaristes et Antonins, qui vivent en communauté, soit dans la Turquie d'Asie, soit en Europe, Outre ces religieux, qui sont environ 200, le patriarcat vient d'établir à Constantinople la maison mère des Sœurs arméniennes de l’Immaculée-Conception, qui rendent déjà d'immenses services dans les diocèses, par la tenue des écoles et les œuvres de charité,

En tenant compte des Arméniens assez nombreux qui vivent en dehors des diocèses de leur rit, dans l'Asie Mineure, l'Afrique septentrionale, l'Italie, la France et jusqu'aux Indes, il faut porter le chiffre total des Arméniens catholiques au moins à 120.000 âmes, Plusieurs auteurs sérieux le font même monter jusqu'à 150.000 ; mais, en l'absence de documents précis, je me tiens provisoirement à 120.000. Espérons que ce chiffre sera promptement dépassé, si rien ne vient contrarier le mouvement de retour qui se manifeste depuis plusieurs années.

Statistique comparée des catholiques arméniens.

En 1800 1850 1890 80,000 100,000 120.000

n IV. — RIT MARONITE. be

E toutes les communautés catholiques de

l'Orient, les Maronites forment la plus nombreuse agglomération, et aussi la plus fervente, celle où l'esprit catholique est Je plus vivant, où ie particularisme et le laïcisme, qui sont le fléau des Eglises orientales, ont le moins de force. Seule de toutes les populations levantines, la nation maronite ne s'est jamais laissé entraîner au schisme ni à l’hérésie, Lorsqu'on songe à la situation de ce petit peuple entouré de Mahométans, d’idolâtres fanatiques (les Druses), de schismatiques, d’hérétiques de toutes nuances, l'esprit est frappé d'admiration et Je cœur se dilate à la vue de cette population tout entière catholique, dont jamais le schisme n'a troublé l'unité, dont l'hérésie n’a jamais corrompu la foi, et dont la simplicité rappelle les chrétiens de ia primitive Eglise, C’est Pourquoi je m'arréterai un instant à résumer son histoire, trop peu connue en Occident,

Les Maronites tirent leur nom de deux célèbres religieux, morts tous deux en odeur de sainteté, le premier en l'an 433, et le second en 707. Le | culte des deux saints Maron a été reconnu et | autorisé par l'Eglise romaine, et le second, Jean | Maron, successivement moine antonin, évêque | de Batroun, patriarche d'Antioche et légat du | pape Sergius, peut être considéré, à bon droit, |

comme Îe créateur de la nation maronite,

L'ÉGLISE ROMAINE ET LES ÉGLISES DU RIT-UNI, 1800-1890. 119 Se

Toujours dociles et soumis aux différents maîtres de leur pays, Empereurs grecs de Byzance, Califes de Syrie, Sultans des Turcs, les Maronites ne prirent jamais les armes que pour la défense de leur nationalité et de leur foi. Mais, sur ces deux points, ils furent intraitables, À plusieurs reprises ils eurent à lutter contre les Empereurs de Constantinople, qui voulaient leur imposer l’hérésie et le schisme ; mais ils déjouèrent toutes leurs ruses et leur infligèrent plus d’une fois de sanglantes défaites.

À l’époque des Croisades, 40.000 Maronites combattirent dans les rangs des Francs pour la délivrance des Saints Lieux. Ce fut l’âge héroïque de la nation maronite, Sous la protection des Croisés, ils s'établirent dans toute la Syrie, à Chypre et jusqu'en Egypte. Le nombre des Maronites s'élevait dès lors à plus de 200.000,

C'est pourtant à cette époque que leur foi se trouva exposée au plus grand danger qu’elle ait jamais couru. Circonvenus de tout côté par leurs voisins hérétiques, Jacobites, Eutychéens, Monophysites, quelques membres de leur clergé et le patriarche lui-même se laissèrent séduire et professèrent le Monothélisme. Ce ne fut qu’un moment d’oubli dans l’histoire religieuse de ce peuple, car l'erreur ne dura que de 1175 à 1182, et encore elle fut rejetée avec horreur par la grande majorité de ja nation. Le patriarche prévaricateur fut déposé, et l’on élut à sa place un catholique, qui fut massacré à son tour par les hérétiques. Les circonstances étaient graves : le roi de Jérusalem envoya Aimeri, patriarche latin d’Antioche, au secours de ce petit peuple qui voulait rester catholique. Aimeri se rendit en 1182 dans la ville de Tripoli, procéda à une enquête solennelle sur le meurtre du patriarche, et fit rentrer les dissidents dans le devoir.

Ce fait, mal interprété, donna lieu à l'erreur de

. Guillaume de Tyr, qui raconte que, par les soins

d'Aimeri, la nation entière des Maronites était revenue de l'erreur des monothélites à la foi catholique ; mais il est certain que la masse de la nation n’a jamais défailli dans la foi, et que sa fidélité à l'Eglise romaine ne s’est jamais démentie, C'est le témoignage que le pape Benoît XIV lui rend en ces termes : «I n'y a pas à douter que » les Maronites ont toujours été et qu'ils sont » aujourd’hui entièrement catholiques, unis avec » le Saint-Siège et pleins de respect et d’obéis- » sance, soit pour leur patriarche, soit pour le » Pontife romain. »

Cette intégrité dans la foi catholique et cette soumission filiale au Vicaire de JÉSUS CHkisr ont persévéré jusqu'à nos jours. Un ministre protestant, le R. Williams, après un essai infructueux d’apos! dans le Liban, écrivait avec dépit :

€ Les Maronites sont les plus intrépides ro;4- » nistes du monde, et la nation tout entière est > si infatuée de ésgorerie (lisez de catholicisme), » qu'il n’y a rien à faire avec elle, »

DE pr D Some

Les Maronites ont chèrement payé leur fidélité à l'Eglise romaine, Retombés après les Croisades sour le joug des Turcs, ils se sont vus abandonnés aux rancunes et aux haines implacables des schismatiques qui les entouraient. C’est ainsi qu'à Chypre, où, du temps de Lusignan, ils possédaient jusqu’à soixante-deux villages prospères, les exactions de l'archevêque grec de Nicosie et les persécutions de leurs voisins, encouragées par l'insouciance du gouvernement ottoman, les ont à peu près anéantis. À l'heure actuelle, ils ne possèdent plus que cinq villages très pauvres, situés à l'extrémité de l'ile, autrefois toute catholique. Dans le Liban, groupés en corps de nation, il leur a été plus facile de se défendre contre les schismatiques ; mais ils ont à compter avec la tyrannie des Métualis et le fanatisme des Druses, leurs voisins. Plus d’une fois, des combats de villages à villages ont ensanglanté les tranquilles montagnes du Liban, et l’Europe chrétienne n’a pas enccre oublié les effroyables massacres de 1860, accomplis par les Druses avec la complicité des Turcs, et, disons-le en rougissant, avec l'appui moral de l'Angleterre protestante, qui ne saurait pardonner aux Maronites d'avoir repoussé ses prédicants et d'être les clients de la France.

Les Druses, ces intéressants protégés de l’Angleterre contre ceux qu’un journal anglais conservateur, le Sa/urday Review, appelait au lendemain des massacres ( les sauvages Maronites }, sont, au dire de tous les voyageurs, d’abominables fanatiques, des hypocrites sans honneur, toujours prêts à trafiquer de leur conscience et à embrasser la religion du plus fort. Ils se disent musulmans, pour la forme; mais il est certain qu'ils ont horreur de Mahomet, et que, dans les impurs mystères de leur culte, ils adorent une tête de veau,

C'est à ces misérables sans foi ni loi que ;

s’adressèrent les prédicants protestants, repoussés par les Maronites. Comme ils apportaient de l'or, ils furent parfaitement reçus, et firent d’abord un certain nombre de prosélytes. Il fallut bientôt en rabattre :

«Beaucoup se disent convertis écrivait, en 1862, un ministre protestant ; mais, dès qu'on rejette quelqu'une de leurs demandes, ils vous tournent le dos en disant : € Nous vous écouterons aussi » longtemps que vous nous paierez. »

Voilà les hommes à qui, en haine du catholicisme et de la France, l'Angleterre sacrifia les Maronites. Le mieux informé des journaux anglais, le 77#es, le 1er septembre 1860, en convient : € Le grand chef druse, Mohammed, l'instigateur des boucheries, comptait sur le secours des Anglais, et, nous n'avons pas besoin » de le dire, sur une récompense anglaise, »

De son côté, Mgr Mislin, dans son ouvrage sur la Terre Sainte, rapporte qu'un voyageur anglais, causant avec un cheik maronite quelque

CIN DS apres iCS Massacres, iui disait

« — L’Angleterre a pris parti pour les Druses uniquement pour contrecarrer l'influence politique de la France sur les catholiques du Liban. »

€ — A ce compte, répliqua le Maronite, chaque fois que la France travaille pour Dieu, l’Angleterre se croit obligée de travailler pour le diable. »

Le cheik avait raison : c'étaient bien de véritables démons que la trahison du gouvernement turc, de connivence avec l'Angleterre, avait déchaînés contre les Maronites : 3,000 catholiques furent massacrés à Déir-el-Kamar, 6,000 à Damas, y compris 8 missionnaires franciscains. Il y eut un total de 40,000 victimes, en comptant ceux qui moururent des souffrances endurées : 360 villages maronites anéantis, 560 églises brûlées, 42 couvents renversés, 28 écoles détruites.

Au lendemain des massacres, plus de 20,900 orphelins manquaient d'asile et de pain ; 200,000 Maronites erraient sans abri dans les ports et sur les côtes de la Méditerranée ; ils avaient tout perdu, et mouraient littéralement de faim. Les émissaires protestants accoururent alors pour s'emparer des enfants et les placer dans leurs orphelinats ; ils spéculèrent sur le désespoir et la faim pour acheter les apostasies.

En même temps le gouvernement anglais intriguait à la Porte et en Europe pour arrêter l’armée française, qui avait volé au secours de nos malheureux protégés. Lord Carnavon ne rougit pas de faire officiellement l'apologie des meurtriers ; il osa même écrire ces lignes véritablement infâmes sous une plume chrétienne :

€ Il est bien à désirer que les puissants liens de gratitude d’une part, et de bons offices de l’autre, qui attachent les Druses à l'Angleterre, ne soient pas légèrement rompus sous des prétextes moraux et politiques. » Voilà qui peint l'Angleterre protestante.

Tirons un voile sur ces iniquités et ces hontes de la politique humaine. Grâce à l'accord des cinq grandes puissances européennes, un arrangement fut conclu pour régler la situation du Liban et prévenir le retour de pareilles horreurs. Le gouverneur général du Liban est toujours un chrétien ; il a sous lui huit caïmakans (chefs de district) ; cinq sont maronites, un druse, un greccatholique et un grec-schismatique. De la sorte, les intérêts religieux de chaque communauté sont équitablement représentés et protégés, Il y a en outre trente-neuf mudirs ou chefs de canton ; ils sont choisis dans la nationalité qui domine dans la contrée, Pour l'administration de la justice chaque district a un tribunal de première instance, dont le juge appartient à la religion de la majorité : il a un adjoint du rite qui vient le second comme importance numérique, et des assesseurs pris dans les autres rites. La cour suprême est composée de six membres de rites différents,

‘ avec un président maronite,

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Tripoli (Syrie), 1

Diébail et Batroun, 30 prêtres, 50 églises ou chapelles,

vêques, 3 évêques, 285 prêtres, 209 églises ou chapelles, ? écoles, 277.000 catholiques.

Ce règlement fort équitable a permis aux Maronites de se relever et de vivre en paix au milieu de leurs voisins jaloux. A l'heure av.….elle, toute trace de la catastrophe de 1860 est effacée, Voilà le tableau que trace de la situation du

Liban un voyageur anglais et protestant, sir Keating Kelly (r) :

€ L'exercice de la religion catholique est libre et respecté ; les églises et les couvents couronnent jes montagnes; les cloches, qui résonnent et font entendre comme un chant de liberté et d'indépendance, invitent nuit et jour à la prière. Cette nation est gouvernée par ses propres chefs et par son clergé qu’elle aime ; une police rigoureuse, mais équitable, maintient l’ordre et la sécuriié dans les villages ; la propriété est respectée et transmise de père en fils ; le commerce est actif, les mœurs du peuple sont simples et pures, Il est rare de rencontrer une population dont l'apparence annonce plus de santé, avec la noblesse dans (e manières et la civilisation, que celle de ces hommes du Liban. »

C'est à la France catholique que les Maronites

sont redevables de leur sécurité. Aussi, de toutes les communautés catholiques de l'Orient, aucune ne nous est plus sincèrement attachée. M. Victor Guérin, le savant archéologue de la Terre Sainte, raconte qu'ayant un jour dressé sa tente au pied d'une des montagnes du Liban, à peine eut-il arboré, selon sa coutume, le drapeau français, qu'il vit accourir les villages voisins :

€ Nous sommes tous Français, lui dirent ces bonnes gens, et la France est Pour nous une seconde patrie. Quand elle Je voudra, nous nous lèverons comme un seul homme pour lui appartenir, »

Puisse notre cher pays se montrer toujours digne de ces ardentes sympathies !

Le concile du Liban, tenu en 1740, par ordre de Benoît XIV, a partagé la nation maronite en huit diocèses : voici le tableau de Ja hiérarchie maronite, avec la population catholique de chaque diocèse : |

1 patriarche du titre d’Antioche, qui réside dans la montagne et administre le diocèse de Djébail, L

2 évêques auxiliaires, l’un pour l'administration Spirituelle, l'autre pour l'administration civile de la cormn-

munauté, Ô archevéchés :

Alep, 1 archevêque, ? prêtres, ? églises ou chapelles, ? écoles, 5.000 catholiques.

Beyrouth, 1 archevêque, 30 prêtres, 50 églises ou chapelles, ? écoles, 50.000 catholiques,

Chypre, 1 archevêque, 120 prêtres, 20 églises ou cha-

pelles, 20 écoles, 20,000 catholiques.

Damas, 1 archevêque, 95 prêtres, 89 églises ou chapelles, ? écoles, 26,000 catholiques.

pelles, ? écoles, 40.000 catholiques, pelles, ? écoles, 36.000 catholiques,

? écoles, 60,000 catholiques.

? écoles, 30 000 catholiques, Soit au total pour le rite maronite : 1 patriarche, 6 arche.

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