‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 140 sur 175 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

couronne du mar! yre; les gens du village , réunis autour de moi, racontèrent de nouveau les particularités qu'ils avaient apprises et celles dont ils avaient été les témoins. Dans le lieu: où avait reposé la tête du Père, nous remarquâmes comme beaucoup de taches de sang sur le pavé de la maison. Les naturels nous dirent qu'ils avaient toujours vu ces taches, qu'elles avaient été longtemps d'un beau rouge, que la pluie les avait effacées peu à peu, mais que personne n'avait osé y toucher. Je n'ai rien appris de nouveau sur les derniers instants du P. Chanel, sinon qu'en voulant parer le fatal coup de casse-tête, il avait eu un bras cassé, et qu'au moment de sa mort toutes les Personnes entendirent au-dessus de la case un bruit semblable à un coup de canon.

» Monseigneur a dit la messe, quelques jours après, sur le théâtre mème du crime; par son ordre, on a creusé le sol à l'endroit où ‘sit la tête du Père ; il était encore rouge de sang. Je passai la nuit à visiter les habitants du village où s'était tramée la mort de notre heureux confrère , et à les fortifier dans leurs nouvelles dispositions. J'al'ai aussi voir l'assassin ; il me dit de prier Monseigneur d'avoir pitié de lui et de tout son peuple, de laisser un prêtre pour les instruire ; il me témoigna un grand repentir de son crime, qu’il n'avait coxmis, disait-il, qu'à regret et pour obéir au roi.

» Pendant notre séjour à Fuéana, le roi Sam-Kélétony fut baptisé avec sa femme et sa petite fille. Toute la population ayant demandé avec larmes qu'on lui accordât la même faveur, nous nous mimes aussitôt en devoir d'achever leur instruction, avec l'aide des catéchistes d'Ouvéa ; et après Gix jours de préparation, Monseigneur donna le baptême et la confirmation à cent quatorze insulaires. La-messe fut célébrée dans la maison de ces rois à qui l'on servait naguère, pour déjeuner, jusqu'à quatorze hommes rôtis ; elle avait bien besoin d'être purifiée pa” l’immolation du Diea qui est venu abolir les sacrifices humains. »

Lettre du F. Joseph Luxÿ au P. Convers, : .riste.

+ Wallis, 8 nursmhre 1849,

» Depuis bien longtemps j'attends de vus nouvelles, mais toujours en vain. Souveni je me dis à moi-même : « Le P. Uunvert viendra. »et je suis toujours trompé. Que sont devenrs ces fervents amis qui , tant de

fois , iorsque j'étais en France , me disaient : « Nous nous reverrons sous peu... ? » Ce peu dure beaucoup. Que craignent-ils ? est-ce .e voyage de la mer? si l'on y est un peu malade, on se porte mieux après. Ont-ils peur d’être tués et mangés ? ils ne seraient pas les premiers : mais être tué, c'est peu de chose : mangé, c'est moins encore : et d’ailleurs, ne serait-ce pas tant mieux pour eux ? ils partageraient la récompense de notre bon P. Chane!. Pour moi, je ne dois pas vous le cacher, au moment de la persécution , quand l'ordre était donné de nous faire mourir, j'aurais voulu que cet ordre s'accomplit pour moi comme pour le P. Chanel; avec lui, maintenant, je jouirais de la présence de Dieu.

» Aujourd’hui encore, si quelques-uns de mes compatriotes veulent venir me remplacer à Ouvéa , j'irai avec plaisir dans une autre île aussi dangereuse que celle où nous avons eu le bonheur de faire adorer notre grand Dieu. Avant notre arrivée, Wallis, au dire de tout le monde , était celle de toutes les tles voisines qui offrait le plus de périls. On peut en citer de bien tristes preuves. Un jour, les insulaires massacrèrent un capitaine et tout sen équipage, composé de trente à trente-deux personnes ; le navire fut pillé et coulé à fond, pour ne laisser aucune trace du crime. Un autre jour, ils égorgèrent douze à quinze matelots d’une goëlette qui avait essayé de débarquer ; et combien d'atrocités semblables ces insulaires n’ont-ils pas encore commises !

» Voyez quelle heureuse révolution s'est faite ! Wallis est à présent

un séjour aussi éc” «ue fréquenté. Ses habitants ont abandonné leurs vieilles habitudes went plus, ils ne volent plus , ils sont doux et affables , et en ce it même six navires sont à l’ancre tout près de

cette côte jadis inhospitalière, Il est consolant pour nous d'entendre ces bons sauvages nous attribuer ce changement qui les étonne comme nous. Vous pouvez juger de | attachement qu’ils ont pour nos Pères par celui qu'ils me témoignent , à moi qui ne suis qu'un misérable Frère et qui ne cesse de les grondur. Dernièrement, je leur annonçai que j'allais partir, que l’Epicopo , notre grand chef à nous , avait envoyé son naviro exprès pour m'emmener, qu’il me voulait près de lui. Ils en furent tous désolés. Depuis lors ils se tiennent toujours auprès de moi et me pressent de mille questions. « Qui nous guérira quand nous serons malades? qui pansera nos plaies ? me disaient-ils l’autre jour. — Ce sera le Frère qui viendra me remplacer. — Oh! mais il ne sera pas si bon que toi. — Il sera bien

meilleur, et puis il n'aura pas beaucoup de peine à l’êire , puisque je suis,

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