CHAPITRE VI
él nous redevenons plus pauvres que jamais. Pour tant d'églises, avec tant et de si effroyables charges, comment ferons-nous?... mais vous êtes là.
» J'ai revu Boufarick, où j'ai célébré le saint sacrifice parmi des fleurs ; c'étaient de si gracieux jours! J'y ai confirmé plus que jamais dans son zèle apostolique l'excellent prêtre que la Providence m'a envoyé par le cœur de Monseigneur de Grenoble, J'ai donné à Douéra un prêtre, et désigné l'emplacement d’une église couverte de chaume, et que nous bâtirions en pierres, elle aussi, mais comment? et puis, tout ne se peut faire à la fois. Partout des malades, des orphelins ; partout aussi les divines consolations de la religion.
» J'ai lu à mon peuple mon mandement pour le jubilé qui s'ouvre dimanche, 29 novembre et 4° dimanche de l'Avent, dans ma cathédrale. Si je peux vous envoyer une copie de ce mandement, écrit comme cette trop longue lettre, sans avoir le temps de relire une seule ligne, je le ferai. En attendant, et pour celle-ci, excusez une précipitation à laquelle seule je dois de vous pouvoir écrire d’une façon quelconque. Le 3 décembre , à la casbah, il y aura assemblée de l'Association pour la propagation de la foi. À la dernière fête de l'OŒuvre, j'étais à Saint-Jean de Lyon! Lyon, pour quinous ne cesserons de prier, pour qui priera l'univers reconnaissant, à qui nous enverrons l'obole de notre misère en échange de ses prières et de son or! Lyon, vers laquelle vœux, bénédictions les plus tendres, les plus filiales , les plus paternelles , s’en vont avec le cœur! »
Extrait d'une lettre du même prélat à MM. les membres du conseil central, à Lyon.
« Alger, 24 mars 1841.
» Dimanche dernier, j'ai consacré la première église bâtie par nous depuis la conquête , et probablement la première depuis de longs siècles : c'est la belle église de Sainte-Perpétue-Sainte-Félicité, de Delhy-Ibrahim, Nef, sanctuaire, clocher, tout rappelle , avec la patrie, les plus chers, les plus délicieux souvenirs. Le temps était magnifique , et difficilement on se représenterait en Europe une cérémonie pareille, au milieu des champs de Staouéli, illustrés par la mort du jeune et brave Amédée de Bourmont, en face de l'Atlas, près des abîmes des mers, et par le soleil
magique de l'Algérie. J'ai déposé dans le sépulcre de l'autel des ossements de sainte Perpétue et de sainte Félicité. Il me semblait qu'ils tressaillaient entre mes mains tremblantes , et que, du milieu de cette foule profondément recueillie , se dressait, appuyée contre l'autel nouveau , l'échelle d'or dont parlait Perpétue dans les actes de son martyre. J'ai ordonné que tous les ans, le 7 mars, jour de leur fête, ces actes seraient lus dans l'assemblée des fidèles , et serviraient à perpétuité de texte à l'instruction. {
» Non loin de Delhy-Ibrahim , nous avons béni une église ou chapelle provisoire à Douéra, entre le camp, l'hôpital et le village. Un prêtre y est placé , entretenu par vous ; il y opère un bien remarquable. L'église, louée par vous aussi, est dédiée sous l'invocation de saint Antoine. Nous en préparons une à Hussein-Dey, qui sera placée sous l'invocation de saint Eugène de Carthage; elle doit être ouverte le jour de la Compassion de la sainte Vierge. Je bénirai une nouvelle chapelle à Mustapha-supérieur, et placerai, au-dessus du minaret relevé de la casbah , la statue de Marie que les enfants de Lyon ont offerte à Alger devenue chrétienne, avec une croix magnifique en fer doré , offrande généreuse d’un habile ouvrier, encore plus distingué par sa piété que par son talent. Le dinfanche suivant, je bénirai la chapelle de Saint-Pierre-aux-Liens , dans les voûtes du Fort-Neuf, au milieu des ateliers des condamnés militaires. Au mois de mai, je poserai la première pierre de l’église de Saint-Ferdinand, à Bouffarick; en attendant nous nous servons de l’aiabulance. Lors de mon prochain voyage dans l'Ouest, nous bénirons à Cherchell une mosquée, el nous y installerons un prêtre. À Oran , je poserai encore une première pierre, celle de l’église de Saint-Louis. J'installerai à Mostaganeru, presque parmi les combattants de Mazagran, le curé que je puis enfin donner à cette chrétienté, séparée de toutes les autres par des barrières difficiles à franchir. Au retour, après la première communion et la confirmation à Alger, la bénédictien de la cloche de Saint-Charles à Blida, je reprendrai le chemin des provinces de l'Est, pour y presser les travaux des églises, établir à Constantine et à Philippeville une nouvelle communauté de Sœurs de la Doctrine chrétienne, et édifier dans l'enfoncement de la vallée du Rummel , sous les murs de l'antique Cirtha, le monument élevé aux bienheureux Jacques et Marien, sar la place même de leur glorieux et illustre supplice. L'inscription, relevée par un officier fort distingué du génie , appartiendra aux Annales, comme un des plus beaux et des plus remarquables vestiges de la foi dans ces contrées éloignées. Je l'ai vue
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