‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 159 sur 175 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

moi-même, lors de ma dernière course, après avoir retrouvé à Announah, à vingt lieues environ de Censtantine, une église chrétienne encore debout ; oui, encore là, avec sa croix incrustée au-dessus de la clef de voûte du portail , avec sa croix et l'ancre couchée au pied , comme une figure calme et forte de sa miraculeuse durée. C'est au milieu d'un désert, parmi des monceaux de colonnes brisé-- et de ruines magnifiques ; mais ce n'est pas le moment de vous en entretenir: je n’accomplirais pas, en vous écrivant à la hâte, une description promise et sommencée depuis mor retour de France.

» Vous pourrez juger par ces rapides aperçus que nos espérances se sont réalisées et au delà; car nous étions bien loin encore de ce providentiel progrès , lors de mes dernières lettres sur la province d'Alger. Au mois de septembre, je présidai à Constantine une réunion de tous les muphtis, cadis et employés supérieurs des mosquées. C'était dans une des salles du palais d'Achmel-Bey. Nos signatures s’unirent, ncs cachets se mélèrent, et c'était une réunion dans un but religieux 1... Depuis ce voyage, j'ai reçu cinq jeunes Arabes, appartenant à d'excellentes familles. Je les ai placés au petit séminaire de Saint-Augustin, formant le berceau d'un collège arabe, qui facilement y sera établi, si nos ressources nous le permettent, Comme le petite séminaire, comme les orphelins , il serait confié aux prêtres auxiliaires de Sainte-Croix.

» C'est à un saint prêtre du diocèse de Nancy que nous devons, en grande partie , les Sœurs de la Doctrine chrétienne qui nous arrivent. Nous leur avons acheté et leur préparons un humble asile à Constantine et à Philippeville. Près de cette dernière colonie , DOUs venons de trouver une ancienne chapelle que nous dédierons à la fille de Dieu très-sainte, filiæ Dei sanctissimæ, comme le porte l'inscription que nous y avons recueillie. Huit Sœurs trinitaires nous sont venues de Valence, et sont parties ces jours derniers pour Oran.

» J'ai fait préparer à Biscara, chez le scheik El-Arab , un appareil très-précieux pour nos Voyages ; c'est une tente en poils de chameau fort serrés, munie de pieux en fer et d'un autel portatif. Elle sera divisée par un rideau de velours ou de soie pour le côté où l'on dressera l'autel, et de toile grossière pour celui qui servira de tente épiscopale. Comme le devant se relève avec grâce et laisse voir l’intérieur , les soldats, les

pauvres Français dispersés à la suite de l'armée , les tribus nomades elles-mêmes pourront assister , sous le pavillon du ciel, à la célébration des saints mystères. Une bonne mule de montagnes sera chargée de la

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tente dans nos courses , et ainsi souffrirons-nous moins de la privation qui nous était la plus sensible en voyage, celle de la sainte messe.

» Depuis mes dernières lettres, nous avons eu à Alger même les exercices du jubilé. Ils ont été couronnés par les solennités les plus touchantes, et par des jours fervents comme les jours anciens. Hélas ! pourquoi d'autres jours leur succèdent-ils ! À cette occasion , j'ai établi l'archiconfrérin du Saint-Cœur de Marie pour la conversion des pécheurs, et voué dans mon cœur, pour Bai-el-Oued , la chapelle de Notre-Dame des Martyrs et des Victoires.

» Encore des excuses, messieurs , pour une lettre écrite avec autant de précipitation , mais encors aussi les plus ardents et les plus tendres vœux. Soyez-nous toujours la main et le cœur de Dieu, et nous vous serons inviolablement unis dans l'amour de Notre-Seigneur pour des mes qui lui ont coûté si cher, pour lesquelles il a donné son sang, et vors vos saintes aumônes, »

Echange de six cents prisonniers.

Extrait d'une lettre de Mgr l’évêque d'Alger, au conseil central de Lyon, en date du 24 mai 1841.

« .…. Le 19 mai, à midi, après toutes sortes de négociations et d'angoisses qui duraient depuis plus de sept mois, j'ai reçu du kalifa, d'Abd-el-Kader en personne, tous les prisonniers français, en échange des prisonniers arabes que je lui conduisais.

» Dieu a permis que, par le plus étrange concours du monde , je ne fusse escorté d'aucune force armée, pas même d’un seul soldat! et je suis allé à une lieué et demie de nos avant-postes, uniquement accompagné de mes deux vicaires généraux , au milieu de douze cents cavaliers arabes, armés jusqu'aux dents; j'ai eu une conférence de trois heures avec le chef des Arabes.

» Pendant ce temps-là , on se battait à quelques lieues , le canon grondait dans la direction du col de Teniath ; je n'avais que ma crôsse et ma croix pour toute défense. Quelle scène - 6 mon Dieu ! six cents malheureux prisonniers chantaient les cantiques de la délivrance, le jour même

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