CHAPITRE Vi
» Je revois Oran , la seconde ville chrétienne du diocèse ; car il ya, sans compter Mers-el-Kébir, Miserguin , le Figuier, etc., près de neuf mille catholiques ; l'établissement des Sœurs trinitaires d'Orar fleurit de plus en plus et rend les plus précieux services ; il y a un ap, j'en avais consacré la belle chapelle, L'église paroissiale, ancien sanctuaire d’un couvent de religieuses espagnoles Lati par Charles-Quint, dont les nobles armoiries le désorent et sont, après tant de vicissitudes, aussi bien conservées qu'aux premiers jours, pouvait contenir cent personnes au plus. Elle va être livrée au génie militaire, qui poursuit avec activité la construction d'un des plus remarquables hôpitaux de l'Algérie (il est destiné à quatorze cents malades), et deviendra chapelle de l'hôpital ; à sa place, nous obtenons une belle mosquée des musulmans au-dessons du quartier Napoléon.
» J'ai comblé les vœux des habitants de Mers-el-Kébir (Portus Magnus).
Ils sont déjà quatre cents vivant à terre, et environ trois cents demeurant dans des barques. L'hiver dernier, et pour exaucer, selon que nous le pouvions , leurs désirs sans cesse renvuvelés , la messe avait été célébrée sur un trois-mâts, dans Ja belle rade qui est abritée par le fort ; tous les bâtiments s'étaier: rapprochés ; sur le pont, sur les mâls, sur les vergues, C'était une multitude d'heureur fidèles qui s'unissaient aux sacrés mystères avec des transports de joie. Aussi comme ils ont äté consolés quand, dans quarente-huit heures, et grâce à leur élan unanime, chapelle, presbytère, école, antel » (out a été prêt ; les bâtiments étaient pavoisés , le temps était superbe ; j'arrivais dans une barque avec pavillon à l'avant et à l'arrière ; elle bondissait sur Ja mer argentée; sur le pont des vaisseaux de l'Etat, les tambours battaient, les clairons sonnaient ; à terre, la cloche était incessamment agitée ; tous avaient revêtu des habits de fête ; un vieux marin, sa boutonnière ornée de la croix d'honneur, faisait l'office de sacristain; le maire, ancien marin aussi , présidait à tout avec un goût et un zèle admirables.
» 15 septembre.
» En parlant d'une de mes dernières journées de visite Pastorale, je l'appelais une des plus belles de mon épiscopat. Comment dirai-je donc de celle d'hier à Staouéli , à Saint-Ferdinand ? Autour des religieux , tous étaient accourus avec empressement , le maréchal gouverneur-général à leur tête. J'ai donc posé celle première pierre ! Nos mains , Unies comme son épée, leur charrue et ma croix , l'ont donc assise cette vieille pierre
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carrée, façgonnée par un ciseau romain, sur son lit de fer et de bronze ; j'ai répandu sur elle l’eau sacrée, avec mes prières les plus ardentes et mes larmes de bonheur ; puis, j'ai laissé mon âme ettendrie s’exhaler, s'épancher uns l'âme de mes frères. J'ai offert la Victime du salut, j'ai béni ces champs fameux.
» Tout à coup, les religieux se forment en couronne, ils sont prosternés devant l'autel de fleurs : tous ensemble nous redisons avec transport : Laudute Dominum... quoniam cbnfirmata est super nos misericordia ejus. Nous regardions au loin le tombeau de la Chrétienne (kaber el Roumia), pieux témoin de tant de scènes merveilleuses, et auquel nous demandions s'il en avait jamais vu de plus extraordinaire. Derrière lui se dessinaient les ruines de l'héroïque Tipasa, la tour blanchissante de Sidi-Ferruch ; nous nous laissions aller à ce calme, à cette joie indéfinissable du cœur, sous le charme de Dieu ; et voici qu'un des Frères, un des quatorze qui étaient là prosternés tout à l'heure, racontait qu'en 1830, soldat du 26° de ligne , il avait combattu dans ce même champ de Staouéli, qu'il avait de ses mains intrépides travaillé à cette même redoute au mileu de laquelle il recevait avant l'aurore, aujourd'hui, dans le vieux blockaus qui en défendait l’enceinte , la communion des mains du P. François-Régis. Dans cette redoute dormiront ceux que le Seigneur appellera à lui du sein du cloître civilisateur de Staouéli.….
» À deux heures, nous traversions ies palmiers nains, les jujubiers sauvages, les épais buissons qui couvrent au loin le sol : nous avions franchi le ravin de Saint-Ferdinand. Quelle surprise ! quelle métamorphose ! quel joli village avec ses cactus , ses vieux figuiers , ses plantations nouvelles, ses maisons aussi commodes qu'élégantes et admirablement disposées, son camp et surtout son castel couvert d’ardoises et entouré de jardins pittoresques, mais bien plus encore avec sa colonne si gracieusement située , et sa belle croix en fer, ouvrage sorti le matin même de l'atelier des condamnés !
» En résumé, j'ai cinquante mille diocésains catholiques ; dans dix mois j'en aurai soixante mille, tous habitants civils, et quatre-vingt mille militaires. D'après de précieux renseignements , on évalue à cinq ou six millions la population totale du reste ; à mon Dieu, que d'âmes! J'ai bientôt plus de cinquante églises ou chapelles ; j'ai un commencement de grand séminaire, une école de jeunes clercs, quatre-vingt-seize orphelins ou orphelines chez les Sœurs de Saini-Vincent de Paul et ailleurs , trois sociétés de Dames de charité, comptant près de quatre cents