‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 167 sur 175 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

une croix, une véritable .… oix chrétienne + Une croix incrustée parmi des touffes de lauriers-roses chargées de fleurs embanmées ; du pied de la croix où il enfonce ses racines sauvages, un figuier immense se détache et forme une gracieuse coupole ; l'Oued-el-Bou-Rowni (le Ruisseau du Père des Chrétiens) «nle auprès , sous une voûte de feuillage et de fleurs.

» Mais déjà un de nos Spahis roule avec effort la pierre sur laquelle s'appuiera l'autel; un second fait ‘U avec sa carabine et allume la mèche qui doit éclairer nos rustiques flar* saux ; un autre est descendu et puiss dans les burettes iclatantes l'onde pure du Bou-Roumi. Des ramenñyux fleuris s'enfoncent dans nos cierges improvisés dans les anfractuosités du rocher; d’autres gracieux rameaux effeuillés forment le tapis épiscopal ; des stalactites descendent comme de magiques guirlandes. J'ai revêtu mes plus beaux ornements pontificaux , j'attache ma crosse à une ronce qui descend du roc, parmi les pampres de vignes et les fleurs , symbole singulièrement expressif ! j'offre l'auguste sacrifice, je renouvelle ma première communion! J'avais prié Pour Ceux qui succombèrent dans ces lieux mémorabies, pour d'anciens et infortunés esclaves chrétiens qui avaient creusé la mine de cuivre voisine * POUr Ceux à qui je devais un pareil jour,

pour l’Airique, pour vous » Pour vous mille fois bénis que vous êtes de fous les biens que vous ne cessez de nous faire !

» On raconte que lorsque pour la première fois, et encore tout couverts du sang des ennemis » DOS bataillons , descendant la pente raide du Téniath , arrivèrent à ce plateau , un long et solennel cri de joie s'éleva du milieu de leurs rangs confus ; ils saluaient cette croix LES » Nous remontons à cheval, et durant vingt heures à peine inter. rompues par quelques instants de sommeil sur le tapis d'une tente hospitalière, par un soleil dévorant, épuisés de soif et de fatigue , nous che- Vauchions à l'aventure , Partout accueillis comme des amis , Partout bénis nous-mêmes comme des marabouts ; tantôt retrouvant, au milieu d’an Vasle marché et sous la tente où il rendait la justice, un des principaux acteurs de l’ancien échange de prisonniers ; tantôt traversant d'immenses solitudes , aux bords du Chéliff, sur les pentes des Montagnes de Miliana , jusqu'à ce qu'enfin rous aYONS pu ÿ camper nous-mêmes un instant. Il était temps d'arriver, les ardeurs du soleil nous brûlaient le visuge et

les mains; un de nos chevaux était mort de fatigue, d’autres refusaient de marcher.

» J'allais à Miliana recueillir les restes d'un brave officier,

mon vieil

ami, j'allais dire mon frère, 4 sur les mêmes rives que moi et mort si loin , asphyxié sous une imprücente voûte de lauriers-roses , empoisonné par ces cruelles fleurs, si gracieuses et si perfides ; ainsi les plaisirs ! J'allais y visiter nos guerriers malades, y baptiser des enfants, préparer uno église pour l'arrivée prochaine du nouveau curé de Saint-Adéodat de Miliana.

» Atant de repartir, le {4 août au matin, dès les premières clartés de l'urore , j'étais à genoux, au pièd de la cime du mont Zacchar, le géant de ces contrées. Le sol était jonché , par les mains des soldats , de fleurs humides de rosée. Dans la redoute voisine , devant laquelle l'autel se dressait par enchantement, la musique militaire se faisait entendre à travers les créneaux noircis par la poudre; le général Réveu, son état-major, la garnison , gravissaient la colline ; j'offrais encore les sacrés mystères, et encore et toujours pour ceux qui moururent en nous frayant la voie : quel ministère !

» Une heure après , et par des chemins nouveaux , nous redescendions de ces régions élevées. Encore quarante-huit heures, et nous rentrions dans Alger, d'où après avoir chanté la glorieuse assomption de Marie, nous repartions sans plus de délai le 45 à huit heures du soir, pour continuer nos courses pastorales dans la province de l'Ouest.

» Je visitais d'abord Cherchell, l'ancienne Julia-Cæsarea, dont je porte le titre épiscopal ; sa jolie mosquée a trois nefs ; j'ai parcouru son hôpital immense, supporté par quatre-vingt-dix-neuf colonnes romaines de granit, dont quelques-unes, les chapiteaux surtout, sont de la plus grande beauté. Ses ciny cent, habitants civils et sa garnison célèbrent à l’envi la piété et le zèle de leur excellent curé.

» Après Cherchell ce fut Ténès , l'ancienne Cartennu, puis Orléansville, assise à peine sur d’autres ruines ; Mostaganem et Mazagran , qui tous les jours prennent un accroissement considérable et prospèrent ; les campagnes y sont fertiles ! Il y a à Mostaganem environ deux mille habitants civils et un corps d'armée. Dans ces derniers temps seulement , cent petits Arabes in extremis y ont été baptisés : saintes ct joyeuses prémices!

» Arzew (Arsenaria des Romains), célèbre maintenant par son commerce de grains et ses salines , n'avait pu jusqu'ici que de loin en loin être visitée ; désormais , et sous !: patronage de saint Jacques apôtre , sa petite chapelle sera régulièrement desservie par un des Pères auxiliaires d'Oran. Non loin coule à travers les sables une rivière aux douloureux souvenirs, la Macta.

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