‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 32 sur 175 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

elle le défendait avec un héroïque amour : « Sache bien, disait-elle

souvent à son maître, sache bien que ton esclave est chrétienne. »

» Hélas! il ne l'oubliait pas, Chaque jour, frémissant de n'avoir pas encore brisé ce faible roseau qui se redressait toujours sous l'effort de sa main, il recourait à de nouvelles ruses, flattait par de plus éblouissantes promesses , s'abaissait aux supplications pour se relever vaincu, mais furieux, et dans son dépit essayait de nouvelles tortures, aussi impuissanles que ces prières méprisées et ses vaines menaces. Des larmes et des sanglots, c'est tout ce qu'il arrachaïit À Ja pauvre enfant, En vain, le Turc lui disait-il : « Captive d'un musulman, tu embrasseras la religion de ton maître, ou tu vas périr de sa main. — Prends ma vie, répondait-elle, mais laisse-moi mon Dieu; la jeune fille qui a tout perdu en ce monde ne consentira pas à se fermer le ciel. »

» Et la grâce comptait un triomphe de plus 6 ique fois que l’oppresseur assaillait sa victime. Comme ces vierges timides des premiers siècles, à qui il fut si souvent donné de dompter dans l'arène des lions rugissants, de les voir enchatnés à leurs pieds par le charme divin d'une angélique vertu, la chrétienne d'Alep imposait au Turc dans sa Propre maison, devenue pour elle un amphithéâtre ; et le soldat albanais, indigné de céder la victoire à une fille, à une enfant, se retirait étonné et confus de sa défaite.

» Un jour, et ce fut le 18 janvier 1843, la porte de la maison où notre captive gémissait depuis deux ans était restée entr'ouverte : ne doutant pas que le moment de sa délivrance ne fût venu, elle franchit sans être aperçue le seuil de sa prison , et courut se réfugier au hasard dans l’habitation voisine. Par bonheur, c'était celle d’un Arménien catholique. A la vue de cette enfant qui entrait chez lui tout effarée , il la reçut dans ses bras, lui demanda qui elle était, d’où elle venait, ce qu’elle voulait de lui; mais elle, tremblante et comme poursuivie par des ennemis invisibles, ne sut répondre que par ce cri déchirant : « Sauvez-moi! achetezmoi ! »

» Le bon Arménien pensa qu'il fallait la recueillir pour le moment, et étant parvenu à la tranquiliser, il l'interrogea de nouveau et avec plus de succès. Elle lui raconta tous ses malheurs dans le plus grand détail ; puis elle ajouta : « Vous ne me rendrez Pas au meurtrier de ma famille; car cette fois il tiendrait sa menace , et pour prix de ma fidélité à votre Dieu,

je serais ou égorgée dans sa maison, ou vendue aux nègres du Sennaar, »

» Il n'en fallut pas davantage pour intéresser l’arménien au sort de l'orpheline, D'abord il la tint cachée pendant plrsieurs jours; mais, craignant de s’exposer à quelque avanie si d'autres que lui révélaient son secret, il jugea prudent d'informer lui-même l'autorité musulmane de tout ce qui s'était passé,

» Sur sa déposition, le gouverneur égyptien fit amener à son tribunal la fugitiv> et le soldat albanais ; il questionna la jeune fille sur son pays, sur ses parents et sa religion: à quoi elle répondit avec bear”: 1p d'assurance qu’elle était chrétienne, netive d'Alep , qu'elle avait été enlevée de force dans le désert par des soldats albanais, et qu'à défaut de ses parents elle reconnaissait le curé arménien pour son père. « Fais-toi mahométane, lai dirent les Turcs assis pr la juger, et tu partageras notre fortune et nos plaisirs. — Je suis reine par ma foi, répondit-elle ; tous vos biens ne valent pas ma couronne ; je souflirais la mort avant d'y renoncer. »

» Tant de courage confondit dans une même admiration le tribunal et l'audioire, les musulmans comme les chrétiens. Parmi les spectateur: se trouvait un jeune Cb-Idéen catholique, qui avait suivi ces débats avec le plus vif intérêt; charmée dés vertus de la jeune fille, ravi de s réponses, et s’estimant heureux, s’il pouvait lui faire oublier ses longs malheurs, il la demanda pour ë, use ; son offre fut agréée, et le curé de Terre-Sainte, Don Léonard de Spino, mineur observantin, a cumblé ses vœux en bénissant, il y a peu de jours, ;s noces fortunées. Toute la population catholique du Caire a pris part à sa joie, et mon cœur de père, trop souvent abreuvé d'amertume , s’est reposé avec une indicible consolation sur ces deux enfants, si dignes l’un de l’autre par la générosité de leur foi et l'innocence de leur vie. »

RS nn uen enguete—

Courage admirable d'u’ ‘-"ne fille à Erbella.

Lettre du P. Riccadonna, de la C nv... de Jèsus, au P. Pladchet, de la même Société.

« Vous me demandez si, dans mes courses apostoliques, je n'ai pas recr.illi quelques traits propres à vous édifier. En voici un qui répondra pent-ètre à vos désirs.

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