CHAPITRE II
si près, des intérêts de leurs âmes. Malheureusement, j'ai bien de 1; peine à me faire comprendre ; l'esprit de ce peuple grossier s'élève difficilement aux choses spirituelles, et sa langue est si imparfaite qu’elle manque même de termes pour les exprimer. L'existence d'un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre, esi la seule notion religieuse que j'aie pu encore inculquer à un petit nombre de sauvages.
» Je termine là ma longue lettre , me réservant de la reprendre lorsqu'il se présentera une occasion de vous l'envoyer... »
Histoire édifiante d’un jeune néophyte Coréen.
Fragment extrait d’une Notice sur l'état du christianisme dans la Corée, envoyée par Mgr l'évêque de Capse, vicaire apostolique de la Corée, à M. le rédacteur des Annales.
« Macao, le i4 décembre 1832,
» ... L'Evaugile a été annoncé pour la première fois en Corée vers la fin du seizième siècle. Lorsque Taï-Ko-Saman ; empereur du Japon, porta la guerre dans cette contrée , la plupart des généraux et des soldats de son armée étaient chrétiens. Ces fervents néophytes, après avoir soumis les Coréens par leur valeur et la force de leurs armes, entreprirent de les soumettre au joug de l'Evangile par leurs instructions. Le charité , la vie pure et édifiante des chefs et des soldats , firent une grande impres-
\ sion sur l'esprit des Coréens, et donnèrent du poids aux paroles des missionnaires ; un bon nombre se convertirent, mais la lumière de l'Evangile ne brilla qu'un moment dans ces contrées et s'éteignit. Les féroces empereurs, Xogun-Sama et To-Xogun-Sama , qui régnèrent après Taï-Ko-
: Sama, firent un massacre général de leurs sujets chrétiens, qui étaient au nombre de deux millions ; il est vraisemblable que les Coréens qui professaient la même religion furent compris dans’ cette proscription. L'histoire ecclésiastique a conservé le nom de quelques Coréens martyrisés pendant cette affreuse persécution, qui ruina sans ressource le christianisme dans le Japon et les provinces vuisines. Les mémoires du temps parlent entre autres d'un jeune néophyte dont l'exemple prouva, sans
réplique, que Dieu ferait un miracle plutôt que d'abandonner un infidèle Pendan qui suit les lumières de sa conscience , et cherche la vérité avec un cœur Notre-£ droit et docile. dans m
» Ce jeune homme était né quelque temps avant que les Japonais eus- à la sui
sent fait la guerre à sa patrie. Dès son jeune âge, il éprouva un désir des lép:
extrême de parvenir au vrai bonheur, c'est-à-dire à un bonheur qui n’eût l'exemp pas de fin. Il se retira dans une solitude pour méditer plus à son aise sur soink er cette félicité qu’il cherchait. Il n'avait pour habitation qu'une caverne, | les den, qu'il partageait avec un tigre qui l’occupait avant lui. Ce féroce animal cessa de respecta son hôte ; il lui céda même la caverne quelque temps après et se ses force retira ailleurs. Le jeune solitaire, dans l’unique vue de conserver son qui l'av, inoncence, s’exerçait à toutes sortes de mortifications ; il s’abstenait de apprécie tout ce qui n'était pas absolument nécessaire pour prolonger sa vie. Une ral des s nuit qu'il était occupé des moyens d'acquérir ce bonheur dont il n'avait pas grand h la moindre connaissance , un horame d’un aspect majestueux et divin lui et accom apparut et lui dit : « Prends courage ; dans un an tu passeras la mer , nant tou:
et après bien des travaux et des fatigues tu obtiendras l'objet de tes désirs. » bler de L'année n'était pas encore expirée, lorsque les Japonais entrèrent en
Ù j : : . pensa tar Corée sous la conduite de Tuscamidono, roi de Fingo: Le jeune solitaire jour, sell fut fait prisonnier ; le vaissoau qui le transportait au Japon fit naufrage même ch près de l'île de Zeuxima; il se sauva à la côte ; ceux qui le conduisaient prisons «
périrent probablement dans les flots. Quoi qu'il en soit, il recouvra sa : être brül liberté. Séduit par la vie austère des bonzes , il crut avoir trouvé ce qu'il cherchait depuis tant d'années. Il se retira dans une des plus célèbres pagodes de Méaco ; il ne fut pas longtemps sans s'apercevoir de son erreur ; ces religieux idolâtres n'étaient rien moins que des hommes parfaits. Cette méprise lui causa un si grand chagrin qu'il en tomba maïade ; pendant sa maladie, il lui sembla voir la pagode tout enfeu. Peu après, un enfant d'une beauté ravissante lui apparut et le consola : « Ne crains pas, lui dit-il, tu es à la veille d'obtenir ce bonheur tant désiré. » Il n’était pas encore guéri, qu’il abandonna une maison qui lui rappelait de si tristes souvenirs. Le jour même, il rencontra un chrétien, à qui il racor a ses peines et ses aventures ; celui-ci l’amena sur-la-champ au collége des J6suites ; on l'instruisit des mystères de la religion. Comme son cœur était déjà préparé à recevoir la divine semence, il crut sans hésiter, et goûta sans peine la sainte morale de l'Evangile. 11 demanda aussitôt le baptème ; on ne pensa pas devoir le soumettre à une plus longue épreuve ; la grâce du sacrement produisit dans une âme si bien disposée des effets admirables.
supplice :