‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 54 sur 175 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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avec les prières accoutumées, Notre chôre confrère était couvert de sa souta"s ; 505 ma.ns, jointes sur ja Poiriue , tenaient son crucifix ot son chapelet ; dans cet état , il me rappolait saint François Xavier, mort dans une nhscure cabane de Sancian .

» Je dois ici rendre ce témoignage aux insulaires , qu'ils ont montré à l'égard de M. Beaury la plus vive affertion ét tout l'intérêt dont ils étaient capables, Pendant sa maladie, les notables du campon veuaient très-souvent le visiter : ils lui prodiguaient à l'envi tout ce qu'ils croyaient propre à soulager ses souffrances , en ÿ joignant toujours la recommandation de ne pas cesser dé manger, afin de ne pas mourir. Bien des fois cet avis étrange m'a étè donné à moi-même, et jé le revevais comme dicté par le bon cœur et la simplicité d'un sauvage. Quand ce triste événesnent fut connu de la peuplade , les principaux chefs vinrent m'exprimer lear peine et s'associer à ua douleur : j'en vis plusieurs verser des jarmes » et l'ar d'abatterment empreint sur loutes es figures m'exprimait assez l'affiction générale.

» Por: moi, monseigneur, conamné à l'isclement , je me suis vu jusqu'ici dans une impuissance complète de toute “:oèce de travail et d'étade; j'ai honte de moi-même quand je rep. :: :.e, regards sar un passé si vide de tout bien, sur 2es longs mois peraus tout entiers à me débattre avec la fièvre ; heureux encore lorsqu'elle me laissait, par intervalle, assez de force pour me lever sur ma patte, et réciter le chapolet où mon saint office!

» Maintenant je comm. ce à mieux aller. Depuis le mois de juillet, époque où ont cessé les pluies , les orages et les tremblements de terre, à la suite desqnels nous étions tombés malades , j'ai retrouvé un peu de force et d'appétit, j'ai même pu reprendre la célébration du saint sacrifice, consolation dont je continue à jouir à peu près tous les jours. Enivré de cette divine faveur, que Pourrais-je encore désirer dans ma solitude et mon exil ! Jésus pour père , Marie pour mère, mon bon ange pour frère et ami; oh! je trouve en eux tout mon bonheur, et je vois le temps s'écouler bien vite.

» D'ailleurs, j'ai en abondance de quoi satisfaire à tous mes besoins. Mes sauvages aiment à donner ; s'ils tuent un porc, ils le partagent avec loaies les familles du hameau, et dans cette distribution j'ai toujozrs la meilleure part aux largesses communes ; et telle est la générosité de leur âme, qu'ils éprouvent, je crois, plus de joie à me prévenir de leurs dons, que moi à les accreillir ; ceux dont j'accepte les modestes présents s’estiment des plus fortunés.

» N'allez pas croire cependant que, malgré l'intérêt qu'ils me portent, ils n’aient mis plus d’une fois ma patience à l'épreuve; un fait cité au hasard vous donnera l’idée des luttes que j'ai dû soutenir contre leur superstitieuse ignorance. Un samedi, 5 août, je vis arriver à ma loge une foule d’insulaires, et à leur tête plusieurs chefs du campon, don: l'un portait un porc rôti, ou'il déposa à mes pieds. Je demandai pourquoi l'on me faisait cette offrande. « C’est parce que nous t’aimons , » me futilrépondu. Mais sous ce compliment se cachait un autre motif que j ne tardai pas à découvrir, bien qu'ils voulussent m'en faire un mystère , certains que je m'opposerais à leur projet. Ils me déclarèrent donc, après quelques explications, qu’il fallait exhumer M. Beaury pour lui donner à boire et à manger ; que son corps, exposé dans les bois , devait servir de pâture aux oiseaux; que tel était l'usage de l'ile auquel on ne pouvait déroger; et que s’il n’était pas tombé une goutte de pluie depuis six semaines , si toute la végétation était mourante , le défunt en était cause, l'infraction aux anciennes coutumes prolongeait seule une sécheresse si extraordinaire pour la saison.

» Ces raisons et mille autres de même nature excitèrent en moi une profonde pitié. Je protestai avec une sainte indignation que je ne permettraie jamais qu'on violât la sépulture de mon confrère. Mais on me répondit que l'affaire était déjà consommée. Aussitôt je courus au lieu où il reposait. Je trouvai en effet des ouvriers à l'œuvre pour déterrer le cercueil,.et je leur commandai de recouvrir la fosse telle qu'elle était auparavant. « Il nous faut de la pluie, me répliqua-t-on; faites-en tomber, si vous voulez qu'on laisse le mort en paix. » Les pauvres gens étaient dans la persuasion que les nuages étaient à mes ordres ; deux fois déjà ils m'avaient demandé le beau temps, et le ciel était redevenu serein ; cette fois ils voulaie.. la pluie. Je leur promis que je parlerais au grand Dieu qui dispose à son gré des nuages , et cette promesse les arrêta. Ce fut, en effet, l’objet de mes prières au saint sacrifice. Le même jour la pluie tomba, mais peu abondante, et mes insulaires de m'en demander davantage. Le lendemain et les jours suivants ils en furent tellement inondés, que ceux d’entre les chefs qui l'avaient exigée du ton le plus impérieux, se trouvant dans une île voisine, surpiis et contrariés par ce déluge inattendu , criaient en l'air : « Assez, signor padre! assez! arrêtez! »

» Quand ils viennent m'adresser leurs vœux ou leurs remerciments , je réponds que ce n’est pas moi , mais le bon Dieu qui fait pleuvoir ; et prenant de là occasion de les instruire, je leur parle de ce qui les touche de

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