CHAPITRE Ii
mérique près de Rio où les vents nous poussèrent quand nous eûmes passé la ligne, l'Afrique au cap de Bonne-Espérance, et l'Asie où je suis et où je dois mourir, Mais, loin de trouver quele monde soit grand, il m'a paru plus petit que mon imagination ne me le représentait. Le temps ne m'a pas duré, je me suis beaucoup livré à la lecture et à l'observation de mille objets nouveaux pour moi. Presque tout le jour, assis sur l'arrière du vaisseau, tantôt je lisais, tantôt je méditais, tantit je contemplais mon navire labourant les vagues qui effaçaient le sillon ,<et je chantais le cantique sur les vanités humaines; leur gloire fuit et s'efface en moins de temps que ‘a trace du vaisseau qui fend les mers. Je trouvais un nlaisir incroyable à répéter les psau mes de David au milieu du vaste Océan, Ce qui m'afiligeait, c'était de me voir privé des saints mystères pour si longtemps ; Vous ne sauriez croire combien la diète donne appétit. Oh! que j'enviais votre bonheur ! que j'aurais voulu, je ne dis pas célébrer la messe, mais être transporté dans une église pendant un quart d'heure !
» Mon plus grand plaisir était l'astronomie ; c'était un bien vaste champ et une étude qui a quelque chose de bien enchanteur au milieu des mers. Chaque nuit, lorsque je n'entendais plus rien que le murmure des brisants qui expiraient, je contemplais une scène nouvelle. Changeant continuellement d'horizon, j'ai pu voir le ciel en entier, même cette partie de l'hémisphère austral qui est toujours cachée pour la France, et ces étoiles des plus belles du ciel, qu'on n'y Voit jamais, comme Canopus, le Centaure, la Croix, etc... De tous les spectacles qu’on a sur mer, le plus majestueux , quoique très-effrayant, est celui d’une trombe ; ce phénomène , l'effet de la compression des nuages par la contrariéié des vents , s'aperçoit de fort loin sous la forme d’un cône dont la pointe est en bas, et qui par attraction fait élever de la mer une pyramide d’eau correspondante qui circule en montant en forme de spirale. Quelquefois il ne paraît que cette pyramide dont la pointe se perd dans un nuage extrêmement noir. La décomposition qu'elle fait des rayons solaires produit des couleurs éblouissantes, Les typhons sont encore plus terribles; par bonheur nous sommes arrivés avant l'époque où ils sont très-communs dans la mer de Chine. Un navire français vient de périr dans la rade de Macao
par un tel fléau.
» Non-seulement le physicien, mais encore le naturaliste, peut jouir d'une admirable variété, même en pleine mer, Nous avons vu des poissons d'une infinité d'espèces : tels sont les marsouins toujours bondis-