CHAPITRE IV
au Kentucky, d’une santé très-faible et déjà fort épuisé par la fatigue et les travaux de son ministère » 8e transporta avec deux frères lais, de son ordre, dans cette ville si généralement aflligée ; animé d'un zèle vraiment sacerdotal, il se lança avec un courage qu'on à cru tenir du prodige au milieu des mourants et des morts Visita sans distinction tous ceux qui étaient en souffrance , catholiques où non catholiques. Partout il était bien venu, parce que partout il répandait en abondance les consolations spirituelles que les mondains ne sauraient donner, sans négliger les services du corps, qui, rendus à Propos, sauvaient souvent les malades de la mort. Plusieurs protestants, qui avaient en vain demandé leur ministre y prêtèrent l'oreille avec plaisir aux instructions qu'il leur faisait , goûtèrent les vérités qu'il leur annonçait, et finirent par embrasser notre sainte religion.
» Les deux frères lais semblèrent aussi se multiplier pour administrer des remèdes aux malades, et surtout pour les ensevelir après leur mort. Quatre-vingt personnes au moins succombèrent pendant les ravages du choléra et furent emportées dens moins de quinze jours. Les habitants qui ont survécu à ce fléau destrncteur, malgré leurs pertes et leurs dépenses qui ont été considérables , m'ont demandé avec instance la permission d'acheter un lot de terre dans la ville, d'y bâtir une église, et de remettre le tout en la Possession des révérends Pères dominicains , comme un juste tribut de leur vive reconnaissance Pour les importants services qu'ils en ont reçus pendant le choléra. Les protestants s'offrent de coatribuer généreusement à ce double mouvement de piété et de gratitude. Ainsi, dès ce monde même , Dieu se plaît à récompenser au centuple ses zélés serviteurs ; quoique les cinq Pères dominicains qui ont montré tant de zèle pendant le temps qu'a duré l'épidémie aient été extrêmement fatigués et épuisés , cependant pas un n'en est mort , et aujourd'hui, grâce à Dieu , ils jouissent d'une parfaite santé.
» Enfin moi-même, après avoir Parcouru pendant plus de deux mois les difffrentes paroisses où le choléra s'élait répandu , après avoir administré les secours de notre sainte religion , et procuré aux personnes qui en étaient afligées les consolations annexées à notre ministère, au moment même où l'épidémie semblait s'être retirée du pays, où j'allais jouir du fruit de mes victoires , j'en fus saisi d'une manière si violente que pendant trois jours l'opinion de plusieurs médecins fut que j'en devais mourir. Hélas ! je regrette que leurs coujectures ne se soient Pas vérifiées ; car
la mort m'aurait délivré d’un fardeau devenu presque intolérable, à cause
de mon âge avancé et des infirmités qui l’accompagnent ; et j'ai tout lieu de craindre qu'il me sera presque impossible d'être mieux préparé que je l’étais alors pour ce passage si redoutable en lui-même, et qui le devient cent fois plus quand on a à rendre compte d’une administration aussi longue et aussi étendue que la mienne. Mais que la sainte volonté de Dieu soit faite , et non la mienne !.. :
Fragment d'une lettre de M. Odin, missionnaire apostolique, à M. le rédacteur des Annales.
« Rome, 5 mars 1834,
A L'époque lagabre du choléra a été pour l'Eglise d'Amérique une époque de nombreuses conquêtes. Si les ravages affreux exercés par ce mal terrible ont fait gémir amèrement les ministres du Seigneur, combien de consolations n’ont-ils pas aussi éprouvées à la vue de tant de pauvres pécheurs qui sont rentrés pendant ce temps de deuil dans les sentiers de Ja vertu. Fidèles à leurs devoirs dans ces moments où le Seigneur châtie ses enfants par des calamités publiques, ils ont secouru les infortunées victimes de ce fléau dévastateur avec tout le zèle dont ils étaient capables, et leurs efforts n’ont point été infructueux. Un nombre considérable de protestants ou d'infidèles ont aussi ouvert les yeux à la lumière, et ont trouvé, da..; les secours dont notre sainte Eglise entoure le lit de mort, ce calme et cette paix qui sont un avant-goût de la fécilité des élus. Mais le beau spectacle qu’ont donné les Filles de la Charité de Saint-Vincent de Paul, est trop attendrissant pour ne pas intéresser les bons catholiques. Ces héroïnes chrétiennes, avec un -courage plus qu'humain , se sont portées ou plutôt ont volé aux lieux où la maladie établissait ses scènes de désolation et de mort. Jour et nuit elles étaient auprès des infortunées victimes , et avec une charité et une tendresse que la religion seule inspire , elles soulageaient et consolaient ces pauvres membres souffrants de leur céieste Epoux. Dans ces temps de terreur, la nature et l'amitié semblaient souvent perdre leur droits : l'ami oubliait son ami, et les liens du sang étaient à peine assez forts pour retenir, auprès des malheureuses victimes , même des parents. Dans ce triste délaissement , les malades trouvaient, en ces dignes filles, des mères et des sœurs qui s’empressaient d’alléger leurs tourments et leurs peines. Lorsque le mal se fut ralenti, les journaux retentirent des éloges de ces bonnes Sœurs ; leur
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