MISSIONS DU ROI VOL PAKGANI
La région du Pangani a deux groupes de Missions : l'un à la côte, avec Tanga pour centre et Pangani pour annexe; l'autre aux sources du fleuve, sur le Kilima-Ndjaro, avec trois Stations, à Riléma, à Kibosho, à Rombo.
La Station de Tanga a été fondée en 1893 par Mgr de Courmont, à la demande de Goanais assez nombreux qui s'y trouvaient réunis pour leur commerce. Ils ont bâti une chapelle dédiée à saint Antoine. Quelques Noirs convertis sont venus se joindre à eux, et aujourd'hui (1901) le chiffre des Catholiques dépasse la centaine. Le 3i décembre 1898, cinq Sœurs du Précieux-Sang de Natal sont venues prêter leur concours aux missionnaires. Elles arrivèrent juste au moment d'une atroce famine, causée dans tout le pays par une sécheresse inaccou-
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tuméc, et une invasion de sauterelles. Les affamés, les malades et les mourants encombraient tous les jours les Missions, spécialement à Tanga. Les missionnaires et les Sœurs se firent quêteurs ; aucun des Indiens de Katcli, nombreux sur ces côtes et tous marchands, ne leur refusait la poignée ou le sac de riz qui ont sauvé des milliers d'existences. Les villages de la côte étant déjà presque tous gagnés à l'Islam, on s'est appliqué à développer les catéchismes et les l'coles chez les tribus de l'intérieur. L'iM'iIe des Bondés réunit 23o élèves, celle des Zigouas iti3, et ainsi des autres.
Tanga, assis au fond d'une baie fermée et délicieuse, a une autre importance pour la Mission, Tête de ligne du chemin de fer allemand, c'est le siège nécessaire de la Procure pour les Missions de l'Ousambara, du Paré et du Kilima-Ndjaro.
Une seconde chapelle a été érigée à Pangani, ville située à vs MisitioxN tiHB t>ii Kn.iKt-nu)tHo l'euibouchurc du fleuve : elle
compte de 20 à 3o Catholiques.
En remontant le Rouvou-Pangani, le voyageur côtoie d'abord un pajs fertile, peuplé, intéressant, qui s'étend sur la rive gauche, moitié en plaines, moitié en montagnes : c'est l'Ousambara. Sur le versant opposé, à Garé, se sont établi» les Trappistes, venus de Natal à rap[)el de Mgr Allgeyer, pour j' fonder une de ces colonies chrétiennes qui régénèrent tout un pays. Plus haut, en tournant tout à coup vers le Xord, nous trouvons une autre chaîne de montagnes, couverte d'un très intéressant plateau peuplé de villages : c'est le Paré. En ce moment même, une Mission s'y établit.
Tout au bout s'étend l'immense plaine dont l'aspect semi-désertique ne s'égaie que le long des cours d'eau, dans les cuvettes humides ou près des lacs. Là, s'ébattent en liberté de magnifiques troupeaux d'animaux sauvages : antilopes, zèbres, girafes, buffles, rhinocéros. Les éléphants sont plus rares. Pas de villages : seulement, une population nomade de pasteurs guerriers, les Massais, d'un type supérieur, de mœurs extrêmement curieuses, d'un intérêt puissant, y promène ses campements et ses troupeaux. Ceux-ci dépassent souvent i5oo et 2000 têtes. Les Massais n'ont ni cultures ni habitations fixes : ils ne vivent que de viande et de lait, avec, à l'occasion, un peu de farine qu'ils trouvent chez les tribus voisines. Le troupeau s'épuise-t-il? Les jeunes gens sont chargés de le remonter. A cet effet, ils sont perpétuellement en expéditions guerrières contre toutes les tribus et tous les villages où ils espèrent pouvoir trouver des bœufs. Lorsque, en 1891, Mgr de Courmont et le P. Le Roy passèrent dans leur campement, les anciens les reçurent comme « les envoyés de Dieu », et, s'avançant vers eux, ils leur remirent quelques brins d'herbe verte en disant : « Fils du Ciel, nous vous remettons en hommage la terre que votre Père a faite et que nous habitons »
Combien les voyageurs auraient aimé faire sur un type nouveau une Mission nomade au milieu de ces excellents et terribles Massais ! Ils ne le purent. Mais quelque temps plus tard, uneépizootie terrible s'abattit sur leurs troupeaux, les troupes allemandes dispersèrent quelques-uns de leurs campements, et plusieurs, qui se rappelaient « les envoyés de Dieu » passés au milieu d'eux, vinrent les trouver au Kilima-Ndjaro, où ils s'étaient établis : « Prenez nos enfants, leur dirent-ils, puisque nous ne pouvons plus les nourrir. Elevez-les : ce sont les vôtres. Pour nous, nous ne pouvons travailler, nous mourrons où nous sommes nés. »
Le P. Flick a appris la langue massaï, il a composé un dictionnaire et une grammaire. Les enfants ont grandi, ils sont Chrétiens,
tout est prêt maîntenant pour entreprendre une Mission près de cette tribu nombreuse, et si intéressante!
Cette immense plaine massai a 700 mètres d'altitude au lac Dyipé, d'où sort en partie le Rouvou-Pangani. Et tout à coup s'élève la masse énorme du Kilima-Ndjaro (Montagne des Eaux) qui porte là-haut ses deux anciens cratères, le Kima-Wenzé, noir et déchiqueté sur le bleu du ciel, et le superbe Kibo, resplendissant sous son éternel manteau de glace et déneige, à 6 100 mètres d'altitude. Le pourtour de la montagne est d'environ 270 kilomètres. Sur le versant méridional, des filets d'eau, des ruisseaux, des rivières courent partout, baignant au passage, racines, feuilles et fleurs des plantes les plus diverses que l'on puisse imaginer et qui s'étalent en zones remarquablement tranchées, sur une pente dont la base est brûlée des chaleurs équatoriales et dont le sommet disparaît sous les glaces.
Toute cette partie est habitée par une population nombreuse, d'origine bantou, les Tchagas. Intelligents, industrieux, travailleurs et guerriers, ils sont dispersés, familles par familles, dans de petits villages entourés d'une palissade vive de dracœnas et généralement arrosés par une prise d'eau. Chaque région a son chef qui, naturellement, est toujours en guerre avec le voisin.
Le nord du massif, moins arrosé et moins couvert de forêts, a, par contre, des pâturages plus tendres et est habité par les Massais.
Ce fut dans ce pays superbe qu'arrivèrent, un jour de l'année 1890, Mgr de Courmont, le P. Le Roy et le P. A. Gommenginger. Introduits chez le chef de Kiléma, ils conclurent avec lui une alliance, qui, depuis, dans les circonstances les plus périlleuses, quand tous les autres Européens étaient massacrés, a assuré leur salut. La Mission étant décidée, ils explorèrent le reste de la montagne, et, pour la première fois, le Saint-Sacrifice de la Messe fut offert sur ce merveilleux autel, à 3 800 mètres d'altitude.
Quelques mois après, le P. A. Gommenginger fondait la Mission de Kiléma; en i8()4î le P. Rliomer établissait à l'Ouest celle de
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Kibosho, chez un chef puissant, Sina, qui avait failli tuer tous les premiers missionnaires et qui maintenant les réclamait à grands cris. Enfin, en i8f)8, à t'Est, le P. Flick achevait, par la fondation de la Mission de Romho, l'investissement de celte grande forteresse.
Quant au ministère qui s'y exerce, une lettre récente d'un missionnaire nous en donnera l'idée : « Je suis réellement heureux de la part qui m'est échue. Le travail ne manque pas ; mais c'est la vie du
missiontiairc. Après la messe, une heure de catéchisme aux enfants baptisés. Après le déjeuner, visite à l'une ou à l'autre de nos 20 écoles. Elles étaient fréquentées l'an dernier par 2 700 enfants grands et petits; cette année-ci, elles le sont certainement par 3ooo. Les noms de tous ces enfants sont inscrits au registre, et lus au commencement de la classe. De cette façon, l'enfant qui fait l'école buissonnière est vite connu, et il est sommé par le crieur public d'avoir à revenir. Toutefois, grâce à la disparition (par la pendaison) de notre jeune chef Mlélia, il n'est plus besoin de recourir à ces sommations. Le chef actuel, est bien disposé à notre égard, le Père Supérieur lui ayant sauvé la vie.
a A lo heures /jo, classe de lecture et d'écriture pour 12 futurs catéchistes ; six d'entre eux sont déjà assez avancés pour pouvoir aider leurs aînés dans des écoles de i5o à 23o enfants. Le temps libre de Taprès-midi est employé soit à visiter les gens du dehors, soit à préparer Tinstruction du dimanche.
« Ici, à Ribosho, le dimanche est aussi un jour de travail. A 7 heures, messe du Père Supérieur, à laquelle assistent les Chrétiens, les païens de nos champs et près de 3oo enfants qui ne trouveraient pas de place à l'église pour la messe suivante. A 9 heures, je la dis moi-même en présence des 1200 à i3oo enfants des écoles qui ont pu venir. Après chaque messe, instruction, outre le sermon pour les Chrétiens. »
Dans chacune des trois Stations du Kilima-Ndjaro, le travail est le même. Espérons que, dans quelques années, toute la montagne sera Chrétienne.
LE ZA^GUEBAR AINGLAIS
En dehors de la zone allemande, le Vicariat apostolique du Zanguebar s'étend, sur l'Est africain anglais, de Vanga à l'embouchure du fleuve Djouba, et sur le pays somali, abandonné à l'Italie, du fleuve Djouba au cap Guardafui.
Le pays somali, — De ce pays somali, rien à dire, car aucune Mission ne s'y est encore établie. C'est que, pas plus que La Mecque, le pays somali n'est accessible à TEvangile. Musulmans fanatiques, pillards irréductibles, traîtres aux étrangers, les indigènes n'admettent chez eux ni les Européens, ni même les Arabes. Les missionnaires ont avec eux des relations amicales, mais c'est à Zanzibar, à Mombasa, à Lamou, où ils les rencontrent en grand nombre à l'époque où la mousson du nord les y amène pour le commerce. Chaque année, l'un des Pères va même à Kisimayou, à l'entrée du pays somali, fait quelques tentatives pour remonter le Djouba, se met en relations avec les groupes nombreux d'anciens esclaves noirs
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du Sud qui se sont évadés et constitués en petites républiques indépendantes sur les îles du grand fleuve. Mais rien de plus n'a été fait, et rien de plus n'est à faire, tant que d'autres populations sollicitent l'activité du missionnaire —
Quant au pays, sec et sablonneux, il est très chaud, mais il est sain. En dehors des villes de la côte, Risimayou,Barawa, Mogdishou, etc., qui furent autrefois prospères, on ne rencontre dans l'intérieur que des villages misérables, abritant une population qui vît de culture, d'élevage, de chasse et surtout de pillage....
Le Somali, du reste, n'est point un « nègre ».
Appartenant, comme le Galla, à la grande famille hamite, il a dû passer d'Asie en Afrique à une date relativement récente. Le type est d'une finesse et d'une jeunes GirEBBiFiir. mi Kiuut-Nnjtno
régularité remarquables,
surtout chez les hommes; l'intelligence est vive, l'humeur indisciplinée, le caractère inconstant, querelleur, insaisissable, capable de tout.
Tana. — Entre l'Est africain allemand et le pays somali s'étend le Zanguebar anglais, avec l'île et la ville de Zanzibar comme centre d'action.
Absorbés par un travail énorme, décimés par la mort, manquant de ressources, les premiers missionnaires durent se contenter, à Bagamoyo, de frapper à la porte du continent mystérieux et de faire, de ce côté seul, une trouée vers l'intérieur. En i885 seulement, le P. Le Roy obtint de Mgr de Courmont de s'en aller seul à Mombasa,
d'y étudier la situation, d'y acquérir les terrains nécessaires pour une future Mission, d'explorer tout le pays d'alentour. Deux ans plus tard, un autre voyage était organisé pour parcourir, sur le Salama^ un petit voilier ou boutre appartenant à la Mission, toute la côte, depuis Bagamoyo jusqu'au pays somali.
En 1889, nouveau voyage; mais cette fois, il s'agissait de s'établir à Lamou, d'atteindre le fleuve Tana et de fonder sur ses bords une Mission. Il était alors grandement question d'utiliser le Tana pour atteindre le massif du Kenya, d'où il sort, et par là tout le haut pays de l'intérieur. Cette exploration en pays inconnu, faite par Mgr de Courmont, le P. Le Roy et le Fr. Acheul, fut exceptionnellement difficile. Elle aboutit cependant à la fondation de Ndèra, chez les Pokomos, qui reçurent ensuite le P. Ch. Gommenginger.
Tout alla bien dans les premiers temps ; mais, tout à coup, une crue exceptionnelle du fleuve changea en lac immense les plaines d'alentour, emporta les constructions déjà faites et obligea les missionnaires et leurs jeunes Chrétiens à se réfugier sur des arbres pendant un mois entier. Les indigènes, habitués à ces crues et à cet exercice, avaient pris leurs précautions sans penser à avertir les Pères. Pour comble de malheur, les Somalis, poussés par les Arabes et les Souahilis musulmans, menaçaient la Station, et ce fut à grand'peine que les missionnaires, malades, purent sauver leurs Chrétiens et opérer leur retraite. Le P. Le Roy, envoyé en toute hâte à leur secours, ne put que recueillir le dernier soupir de son confrère, le P. Ch. Gommenginger (3i octobre 1890).
Ui'le Pemba. — Dans ce voyage d'exploration du Salama^ Mgr de Courmont était passé à l'île Pemba, célèbre alors par l'énorme consommation d'esclaves qu'elle faisait, pour les grandes plantations de girofliers des Arabes. Plus tard, dès que cette île, avec Zanzibar, passa sous le protectorat britannique, l'esclavage ne put continuer à s'y approvisionner, et le successeur de Mgr de Courmont, Mgr AU-
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geycr, s'est empresse d'y ctnlilirunc Mission, qiiî donne des résultais inattendus {i8()8).
Pemba « la Verte», comme disent les Arabes, s'étend au nord de Zanzibar, en face de Tanga. A l'Est, du côte de l'Oeéan, elle surgit à pic, sans offrir aucun port convenable; mais, du côté de la Grande Terre, abritée qu'elle est contre les vents et les flots, elle se découpe en une multitude d'anses et de promontoires où s'élèvent des îlots de toutes grandeurs et de toutes formes;
rien de pittoresque, de vert, de gai comme ces paysages. L'ile entière compte 4 à 5ooo Arabes et environ Soooo Noirs, esclaves libérés par l'édit de 1897. En arrivant au milieu de cette population, les missionnaires y trouvèrent un seulCatboIiquc qui, dès le lendemain de leur arrivée, les rejoignit : c'était un Noir qui déclara s'appeler Guniberl, élevé et baptisé à Bagamoyo. Volé par un Arabe dans les champs de la Mission, quelque vingt ans auparavant, il avait été transporte à Pemba. Perdu au milieu de l'Islam et du fétichisme, il avait gardé sa foi et n'avait cessé de demander à Dieu de lui amener des missionnaires. Les missionnaires fui revenaient avec la liberté.
La Station, dédiée à saint Patrice, est établie sur un pittoresque
promontoire, au milieu d'une campagne plantée de girofliers. Deux ans après sa fondation, elle comptait 87 Chrétiens et plus de 200 catéchumènes.
Mombasa, — Si, en dehors des raisons déjà indiquées, les missionnaires tardaient à s'établir sur la zone dévolue à l'Angleterre, c'est que personne ne savait ce que deviendrait le pays sous le régime nouveau et variable dans lequel il était entré. Une grande Compagnie à charte, Y Impérial British East African C**, tenait à bail toute la côte ; cette Compagnie durerait-elle ou passerait-elle ses droits au gouvernement anglais? Puis, dans l'une ou l'autre hypothèse, quel serait le point de départ pour l'intérieur, Mombasa, Malindi, Lamou?
Dès que la situation s'éclaircit, le P. Le Roy, un Frère et un jeune Chrétien arrivèrent à Mombasa. C'était le i3 octobre 1891. Cette fois, la Mission était fondée. Plusieurs mois durant, la messe du dimanche se dit dans une salle d'hôtel, chez un Goanais catholique, D. B. Pereira ; mais peu à peu le nombre des fidèles augmente, l'installation se complète; plus tard une belle maison d'habitation est bâtie, une église s'ouvre, et aujourd'hui la Mission catholique a reconquis la place que, depuis 1728, elle avait perdue.
C'est que, en efTet, Mombasa a une histoire. Bâtie sur un îlot enclavé dans la côte, la ville, dont le nom souahili est Mvita, était déjà prospère lorsque, venant du Sud, de grands navires, montés par des hommes blancs, y apparurent tout à coup : c'était Vasco de Gama qui, après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance, avait jeté l'ancre devant la ville de Mozambique, en mars 1498, et y avait trouvé des guides. Ces guides devaient le conduire à Mombasa, le faire entrer dans la passe étroite du port et amener le massacre de l'expédition. Heureusement, le grand navigateur découvrit à temps les embûches qui lui étaient préparées, leva l'ancre, passa â Malindi (Mélinde) et de la à Calicut, où il arriva le 28 mai.
Dès lors, c'est dans ces mers une lutte à outrance entre la Croix
et le Croissant, lutte pendant laquelle les armes ont pu ôtre un moment cachées, mais déposées, jamais. L'année suivante, les Portugais reviennent, et pour en finir avec les perpétuelles révoltes de Mombasa, le vice-roi, Mathias d'Albuquerque, en 1394» construit le grand fort qui domine encore la ville. Au siècle suivant, un Arabe devenu chrétien la gouverne pour le compte des Portugais, puis il se retourne tout à coup contre eux, massacre tous ceux qui les représentent, hommes, femmes, enfants, prêtres et soldats (i63o), et s'enfuit à Madagascar, dans la région du Bouéni. Le Portugal s'empara de nouveau de la cité guerrière pour en être définitivement chassé, en 1728, par les Arabes de Mascate. Entre les Arabes, les luttes continuèrent et se sont perpétuées jusqu'aujourd'hui. Voici de nouveau les Chrétiens; mais, cette fois, ils se présentent avec d'autres moyens d'action qu'aux xvi*", xvii* et xviii® siècles, et l'Islam, sur ce point de la côte africaine, doit s'avouer désormais vaincu.
Pendant que les enfants de Saint-Dominique, à l'époque de la domination portugaise, se fixaient au Mozambique, et que les Jésuites se répandaient dans la vallée du Zambèze, les Religieux de Saint- Augustin occupaient Zanzibar, Mombasa et Pata. Ils ne paraissent pas avoir étendu le cercle de leur action en dehors des garnisons qui résidaient dans ces villes, et nulle trace ne s'est retrouvée de leur passage.
Chose curieuse, cependant : à deux et trois siècles de distance, quand les missionnaires catholiques reparaissent dans ces pays, ils ne discernent plus, même parmi les ruines, une pierre des antiques chapelles; mais, plus solide que la pierre, ils retrouvent la foi vivante au cœur de quelques Goanais, enfants de ceux que baptisa dans ces mers saint François-Xavier, et ce sont ces Catholiques qui les recevront les premiers, se grouperont autour d'eux et reformeront les églises, après celle de Zanzibar, de Bagamoyo et de Mombasa, aux deux portes de l'intérieur
« Porte de l'Afrique. » Plus que Bagamoyo, Mombasa mérite
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aujourd'hui ce titre. Dès que le Gouvernement anglais a succédé à la Compagnie de TEst africain, les travaux du chemin de fer, déjà commencé, qui doit relier la côte à l'Ouganda, sont poussés avec activité, et Ton annonce en ce moment même que le rail vient d'atteindre, au Ravirondo, les bords du Victoria Nyanza (19 décembre 1901).
Solidement établie à Mombasa, la Mission catholique groupe autour d'elle un millier de fidèles, étend son action sur les tribus d'alentour, Digos et Guiriyamas, qu'elle a secourues magnifiquement dans l'horrible famine de i8f)9, et sert de Procure à toutes les Missions de l'intérieur.
Uoura, — Parmi les Noirs de l'intérieur que Mombasa attire, les missionnaires remarquèrent bientôt des groupes de grands sauvages aux oreilles chargées de verroteries, aux allures naïves, au costume rudimentaire. C'étaient des Taïtas. Le P. Le Roy se mit en relations avec eux et lorsque, plus tard, en 1892, Mgr de Courmont visita Bogoli, un de leurs chefs, dans la région de Boura, l'accord se fit tout de suite pour l'établissement d'une Mission. Quinze jeunes gens chrétiens de Bagamoyo, sous la conduite du P. Mével, vinrent élever les constructions nécessaires ; puis, leur propre village étant terminé, ils furent rejoints par leurs fiancées, et la colonie chrétienne n'eut plus qu'à se développer.
Elle n'y a pas manqué.
Bientôt, le chômage du dimanche fut accepté et proclamé loi de l'Etat par Bogoli, Nazigouè et les autres chefs voisins. Des familles entières se sont converties. Neuf districts du Boura, comprenant 3oo familles, sont instruits tous les jours par les catéchistes. Toute la tribu désire embrasser le Christianisme. Ce n'est plus qu'une affaire de temps, et tout fait espérer que dans un avenir prochain le Boura entier sera conquis à Jésus-Christ.
Ce pays taïta est du reste magnifique. A six jours de marche de Mombasa, il est aujourd'hui relié à la côte par TUganda-Railway, dont la ligne passe près de là, à Voï, et la Mission est desservie avec une
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grande facilité. C'est une petite Suisse, avec ses divers groupes de montagnes boisées, ses villages perchés de tous côtés, ses troupeaux de bœufs, ses cultures, ses ruisseaux, mais une Suisse isolée au milieu d'une plaine sans fin.
Celle-ci, manquant d'eau presque partout, est inhabitée, mais le gros gibier y abonde, et le Fr. Solanus, un des fondateurs de la Mission, y va souvent lui rendre do fructueuses visites. Seulement, il faut, pour ces sorties, avoir l'œil et le jarret du chasseur; c'est dans cette région que les lions ont dévoré, en quelques jours, malgré toutes les précautions prises contre eux, 32 travailleurs du chemin de fer anglais.
Nairobi {Kiliouy ou). — Après le massif de Taïta, la voie ferrée tourne au Nord, traverse le pays kamba et coupe l'Azi qui, après avoir reçu d'autres cours d'eau, devient cette rivière Sabaki dont te cours, au delà de Malindi, fut remonté, en 1888, par le P. Le Roy. Au delà se trouve le Kikouyou, un grand plateau adossé sur la gauche à une ligne de forêts et s'étendant vers le massif du Kenya comme une immense prairie couverte d'herbe fine, fertile, arrosée, fraiche, extrêmement saine. La population est nombreuse et pacifique.
C'est là, à 45o kilomètres de Mombasa, que se trouve Naïrobi, capitale du Kikouyou,
devenue la Station principale de l'Uganda-Railway, à nii-cbemin de la côte et du Victoria Nyanza. Aussi, village hier inconnu, Naïrobi est devenu tout de suite une ville de 10 000 âmes, qui grandira