‹ Les missions catholiques françaises au XIXe siècleChapitre 38 sur 39 · LES STATIONS · texte numérisé non relu

LES STATIONS

La partie du Vicariat comprise dans arrosée par trois cours d'eau principaux : le Uuiivdu-Kingani, le ^^'anR■ el le itiiu-

vou-Pangani, qui ont cIku'iiii tniis Stations.

Le basiiin du Itouvuu-Kingani : Tounuiingouo. Matoumbo et Mrogoro; — le \\'aint'' : Mandéiii. à -'"i tieiiCH île la t-ôte; MIioikIii, ;i K) lieues, et lu Limga. à

zorte allemande est

80 lieues environ; — le Pangani : Kilénia, Kibosho et Rombo, sur les flancs du massif du Kilima-Ndjaro. Citons en outre une Station côtière, Tanga; une autre est en préparation sur la chaîne de montagnes du Paré, et une autre près du Kenya.

Enfin, dans les régions de TOusambara, au cours moyen du Pangani, les Trappistes de Natal ont fondé, en 1899, le monastère de Garé, avec 5 Pères et 8 Frères. A quelque distance est un couvent de 6 Sœurs du Précieux-Sang.

Tounoungouo. — Cette Station est située aux frontières de rOukami, entre la vaste plaine de TOukoutou et les montagnes de TOurougourou,sur une belle colline dominant le cours du Haut-Kingani. Elle fut entreprise, en i885, par le P. Augustin Daull, qui lui donna son nom et sa vie. C'est autour de son tombeau que s'est développée son œuvre, et aujourd'hui on peut dire que la sauvage population de rOurougourou est acquise à la Foi.

Mais que de combats il a fallu livrer pour triompher des sorciers d'alentour! Pour les motifs les plus fantaisistes, ils condamnaient à être brûlés vifs des esclaves, des vieilles femmes, des enfants. Le P. Mével obtint d'abord d'instruire et de baptiser ces malheureux condamnés sur leur bûcher de bois d'ébène. Puis, son influence augmentant, il fut autorisé à les racheter. Enfin, il se fit entendre au conseil des chefs, et ces pratiques ont cessé autour de la Mission.

Les Ma-viti sont une tribu de guerriers qui, au Sud, ne vit guère que de pillage. Toujours prête à répondre à l'appel d'un chef de village contre son ennemi, elle arrive, saccage les récoltes, met le feu aux cases, tue les hommes qui résistent, et vend les femmes et les enfants. Trouvant toujours devant elle la Station des missionnaires, constituée en vraie forteresse, avec ses Chrétiens armés de fusils, elle essaya maintes fois de s'en emparer et de tuer tous ceux qui la défendaient. La Station tint bon, repoussa l'ennemi, provoqua l'union entre tous les chefs d'alentour, et les Ma-viti ont fini par demander, eux aussi, des missionnaires !

Matoumbo, — A deux heures de Tounoungouo, en plein Ourougourou, sur un point central qui domine tout ce magnifique pays de montagnes granitiques, il a fallu ériger, en 1897, un nouveau centre de chrétienté, dont le P. Dieboldt, mort le 5 octobre 1899, a déjà soldé la mystérieuse rançon. Là, c'étaient des jeunes gens du pays qui, baptisés à Tounoungouo et rentrés chez eux, ont fait une telle propagande et ont eu un tel succès, qu'ils ont fini par attirer les missionnaires au milieu d'eux. La Station compte 4 catéchistes, 54 orphelins, 78 écoliers, 5^|0 Catholiques, et un grand nombre de catéchumènes.

Mrogoro. — La station de Mrogoro, à dix jours de marche de Bagamoyo, sur la route des caravanes qui rejoint la côte à Tobora et aux Lacs, occupe l'une des plus belles positions de cette partie de l'Afrique. Assise à 600 mètres sur les flancs d'une belle chaîne de montagnes hautes de 2000, arrosée par un ruisseau d'une limpidité merveilleuse, sur un terrain fertile et sain, elle domine, aussi loin que les regards peuvent s'étendre, une plaine immense, couverte d'arbres disposés par bouquets, comme dans un parc, et traversée par une belle rivière au cours ombragé de hautes futaies. Dans cette plaine, peu nombreux sont les villages; mais, en revanche, les troupeaux de bêtes, zèbres, girafes, buffles, antilopes de toutes espèces, la parcourent librement. Les habitants, pour assurer davantage leur sécurité contre les incursions des Ma-viti, des Massais et des Zigouas, se sont retirés vers la montagne, où ils vivent de leurs cultures, en de petits villages fermés et pittoresquement assis sous les bouquets d'arbres. En bas, sur le passage des caravanes, est la ce ville » de Mrogoro, bâtie par le conquérant de ce pays, Simba- Mwéné (le Lion souverain).

Lorsque les missionnaires parurent, — c'étaient les PP. Baur, Le Roy et Ch. Gommenginger, — ce « Lion » était une vieille reine, intelligente et madrée, qui, malgré son mari, les reçut bien. Le P. Ch. Gommenginger, chargé de la fondation, s'établit sur la mon-

tagne, et éleva en peu de temps les bâtiments nécessaires : maison d'habitation, magasins, écoles, chapelle, cases du village chrétien. Quand tout fut terminé, un incendie fit de la Mission un énorme tas de cendres.

Après une heure pour se résigner, le Père se remit à la besogne, et la Mission s'éleva plus belle qu'auparavant. En même temps, une prise d'eau venait apporter dans les jardins la vie et la fertilité, les jeunes Chrétiens cultivaient leurs champs, et les missionnaires euxmêmes essayaient une petite plantation de café a moka » qui a très bien réussi.

Le P. Le Roy vint alors remplacer son confrère, épuisé par le travail, et se mit en relations avec les indigènes, qui se trouvaient perpétuellement en guerre avec Simba-Mwéné et son frère Kingo. Tour ù tour conseiller, négociateur, médecin, et toujours catéchiste, il devint bientôt l'intermédiaire nécessaire entre tous ces chefs et toutes ces tribus. Un jour, treize villages et toute la population d'une vallée vinrent « se donner » à la Mission. Ce mouvement a continué. Aux écoles, les enfants ne sont pas moins de 2^0, les Catholiques figurent au nombre de 2000, et les catéchumènes sont partout.

Mandera, — Au nord du Rouvou-Ringani, se jette le Wamé. En remontant son cours, coupé de rapides qui n'en permettent pas la navigation, les PP. Baur et Machon trouvèrent, en 1889, ^ quatre jours de marche de Bagamoyo, un chef zigoua nommé Kingarou, qui les arrêta : « Votre visite, dit-il, m'a été annoncée cette nuit, pendant mon sommeil. Vous m'avez été présentés par un beau vieillard qui m'a dit de vous bien recevoir. Restez ici! » — On était à Mandera, on y resta, et tout de suite on baptisa le fils du chef sous le nom de Scfou ou Joseph.

Cette Station a surtout été l'œuvre du P. Cado Picarda, du P. Sacleux et du Fr. Alexandre. Plus clairsemée qu'ailleurs, la population s'y décime elle-même, victime des idées superstitieuses très enracinées qui lui imposent le sacrifice de tous les enfants nés dans

des conditions jugées pernicieuses pour la famille et pour la tribu; or, ces conditions sont ici multipliées au point que, vraisemblablement, huit enfants sur dix disparaissent entre les mains de vieilles sorcières, chargées de présider à leur naissance. Le saint et zélé P. Picarda, très populaire dans le pays, avait tout fait pour essayer d'enrayer ces atroces coutumes : il mourut à la tâche.

Depuis, est venue la guerre, et souvent la famine. Après l'insurrection de Boushiri, auquel s'était joint le chef de Saadani, le baron de Gravenreuth convoqua à Mandera les chefs zigouas et doès pour leur faire entendre l'édit de pacification : les guerres de village à village furentdéfendues; les accusations de sorcellerie furent déclarées non admissibles; enfin, l'infanticide fut prohibé et déclaré passible de la peine capitale.

Mandera a deux annexes et compte Goo Chrétiens, plus un grand nombre d'adhérents.

Mkonda. — Mhonda a été la première Station fondée dans

Tintérieur, en 1878. Située à sept jours de marche de Mandera, dans le même pays zîgoua, au milieu d'un groupe de montagnes fraîches, fertiles, pittoresques et peuplées, elle fait pendant à Mrogoro, qui se trouve à quatre jours par delà la grande plaine giboyeuse séparant le Ngourou de TOukami.

Pendant vingt ans, sauf à de rares intervalles, le P. Machon a présidé à la naissance et au développement de cette intéressante chrétienté. D'une douceur et d'une patience inaltérables, il siégeait des journées entières, entouré de ses montagnards qui venaient de 3o et 5o lieues à la ronde lui expliquer les procès les plus compliqués, le prendre comme arbitre, lui demander son appui dans leurs misères, leurs expéditions et leurs guerres.... Comme il concluait rarement, rarement aussi se terminaient les affaires; mais peu à peu le sens chrétien entrait dans les mœurs indigènes, le vol devenait plus rare, l'infanticide disparaissait, les sorciers perdaient de leur crédit. En même temps, l'action bienfaisante de la Mission se faisait sentir par ses travaux d'utilité publique : ponts sur les rivières, canalisations, plantations, chemins, etc. Par elle, les ravages de la petite vérole furent plus d'une fois arrêtés, et, grâce à son influence, pendant la guerre des Boushiri, les populations du Ngourou furent épargnées.

A Mhonda, deux grands centres sont entièrement chrétiens, et la Foi a rayonné tout autour sur i it\ villages.

Longa, — (( Ilonga » est le nom d'une intéressante rivière, qui sort des montagnes de l'Ousagara et se jette dans la Mkondogwa, affluent du Wamé. Sur une colline qui la domine, Mgr de Courmont fonda en 1886 une Station que Dieu a pareillement bénie. Commencée avec 23 jeunes ménages sortis de Bagamoyo, elle compte aujourd'hui 25o enfants. L'un de ses dévoués fondateurs, le P. Dardenne, y mourut de privations et de misère, à la suite de la guerre soualiili-allemande. L'an dernier, un autre de ses missionnaires, le P. Ledonné, y tombait aussi victime de son dévouement.

LE ZANGUEBAll 495

Mais à Torigine de ces Missions de TOusagara, nous trouvons un autre martyr. L'Association internationale africaine avait établi, près de là, à Kondoa, un poste qu'avait créé en 1879 et que dirigeait admirablement un Français, le capitaine Bloyet : sa femme l'avait rejoint en ce pays, qui était devenu le leur, et ils y reçurent les premiers explorateurs allemands, Peters, Pfeil et Otto, qui devaient amener peu à peu l'annexion de l'Est africain à l'Empire allemand. Cette Station fut cédée à la Mission en 1887, et le P. Riou fut désigné pour en prendre possession. Seul en ce pays perdu, il tomba malade et rendit saintement son dernier soupir entre les bras d'un Arabe, Séfou, établi près de là. Des esclaves creusèrent rapidement la tombe du missionnaire, et Séfou y déposa son corps sur un* lit d'herbes sèches. Quelques jours plus tard arrivait un confrère. On le conduisit à la tombe : « Tu la vois propre et fraîche, lui dit Séfou. C'est que, tous les soirs le lion vient s'y coucher, comme pour garder contre les hyènes le corps qui y repose, car c'est le corps d'un saint.... »

Depuis, un village chrétien s'est rassemblé là : puisse-t-il grandir et devenir une ville!

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