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CHAPITRE II

l'église en AFRIQUE — LA REPRISE DES MISSIONS AU XIX* SIECLE

Et cependant cette Afrique, qui semble aujourd'hui s'ouvrir à tous les efforts de nos convoitises, est le plus ancien berceau où s'éveilla la civilisation que nous voulons aujourd'hui lui reporter. A l'époque où le chef Menés constituait une nation par une même loi politique et fondait Memphis, dans la vallée du Nil, 3893 ans, dit-on, avant l'ère chrétienne, l'empire assyrien n'avait pas encore paru, l'histoire de la Chine n'avait pas commencé, les ancêtres des Aryas n'avaient pas dépassé l'Himalaya, Abraham n'était pas né, et l'Europe n'était parcourue que par de vagues chasseurs, dont on retrouve aujourd'hui les traces dans les cavernes 011 se sont accumulés les ossements de leurs victimes —

C'est donc de lu que, à travers les siècles, la civilisation a passé

dans la Palestine et la Syrie, dans Tlnde peut-être; c'est de là qu'elle est venue en Grèce par Alexandrie, de la Grèce à Rome, de Rome dans tout ce qui constitue l'empire latin, augmenté plus tard de l'empire grec.

Mais déjà le Christianisme avait pénétré l'Europe, et le Christianisme étant essentiellement catholique^ c'est-à-dire universel^ il devait tôt ou tard répandre l'Europe sur le monde, et, par l'Europe, la civilisation nouvelle que le Christ a apportée à la terre, avec les espérances qui l'accompagnent et qui ouvrent aux hommes de toute race, de toute couleur et de toute langue, les portes de l'Eternité.

Deux Evangélistes ont pénétré sur ce continent et y sont morts, saint Marc à Alexandrie, et saint Mathieu en Ethiopie. Des Pères de l'Eglise, comme Origène, TertuUien, saint Cyprien, saint Augustin, y ont exposé, propagé et défendu la Foi; des milliers de martyrs y ont versé leur sang pour Jésus-Christ. Un temps vint où 800 sièges épiscopaux étaient groupés autour de l'Eglise patriarcale d'Alexandrie, qui développa surtout son action en Egypte, en Lybie et en Ethiopie, et de la métropole de Carthage, qui rayonna dans la Numidie et la Maurétanie.

Puis vient le Bas-Empire dont les maîtres, plus occupés de leurs querelles religieuses que de leur organisation et de leur défense, ne purent résister aux invasions successives des peuples nouveaux, que, pour toute vengeance, ils se contentèrent d'appeler « Barbares ».

Au VII* siècle, l'Afrique était mûre pour l'Islam, qui venait de paraître en Arabie. L'Islam l'envahit, mais ce ne fut qu'au xi* siècle qu'il prit vraiment possession du sol, depuis l'Egypte jusqu'à l'Atlantique. Ce fut dès lors pour l'Europe un continent fermé.

Trois cents ans plus tard, au xiv* siècle, des marins de Dieppe descendirent le long des côtes de Guinée et y fondèrent un établissement en i3G4. Mais ce ne fut qu'au siècle suivant que l'énergie des navigateurs envoyés par le prince Henri de Portugal pour chercher la route des Indes, rendit aux Européens l'espoir de nouvelles con-

L'iaiLisi; KN ATRigrii - i-A iii:pRisE niîs missions as quêtes : le cap Bojador est découvert en i^'3^, le cap Blanc sept ans après, Fernando-Po en 1/171, le Congo en ii^H'i, le cap de Bonne- Kspérance en i497' et les points les ])lus connus de la cole orientale. Natal, Mozambique, Mombasa, Mélinde, en i-'ig8.

Des établissements permanents se fondèrent alors en Guinée, au Congo, dans l'Angola, au Mozambicjue. à Zanzibar, sur toute la côte orientale. Et comme, à cette époque, aucun jjcuple européen no roniprenait la conquête d'un pays sans sa conversion au Clirîstianisnie, des Missions furent ^^^

commencées jKirldul 011 llottnit la liannlére de Sa Majesté très Fidèle. Mallicureusemcnt, comme au xvi'" siècle le Protestanti-sme, en provoquant d'irrémédiables divisions dans la Chrétienté, avait arrêté Tévangélisation du monde, d'autres commotions sociales, politiques et religieuses devaient suspendre pour un lemps l'action civilisatrice des peuples européens sur les terres qu'ils venaient de découvrir: nulle ne devait être plus délaissée que la terre africaine.... La tourmente passée, l'Eglise s'occupa de reconnaître les ruines, de réparer les désastres, et de reprendre sa marche en avant pour la civilisation universelle. L'Ainéi-iqiic. l'Asie. l'Océanie même furent

Tobjet de ses préoccupations et reçurent ses apôtres ; mais TAfrique restait toujours à l'horizon comme la terre maudite, la terre de toutes les barbaries et de tous les esclavages.

Seuls, les rares points encore occupés par des comptoirs européens possédaient quelques prêtres d'occasion : Saint-Louis du Sénégal, Corée, les îles du Cap Vert, Loanda, le cap de Bonne-Espérance, Tîle de la Réunion, Maurice. En iSSg, M. de Jacobis, prêtre de la Mission, avec quelques Lazaristes, ses confrères, avait pu pénétrer en Abyssinie et reprendre avec mille précautions les anciennes missions des Jésuites portugais. Les fils de saint François gardaient en Egypte, en Tripolitaine, en Tunisie, au Maroc, ce qui pouvait être gardé, se succédant, comme autant de sentinelles indéfectibles, près des ruines accumulées. Le canon de la France, en i83o, brisa ce rempart qui, depuis si longtemps, fermait l'Afrique du Nord à toute tentative d'évangélisation et, malgré la mauvaise volonté des hommes, marqua une ère nouvelle dans la destinée religieuse du Continent noir. Ce n'était pas encore cependant la reprise de l'apostolat.

L'initiative de ce grand mouvement, qui a marqué la fin du MX"" siècle, vint, comme tous les événements nettement providentiels, du côté qu'on n'aurait jamais soupçonné et fut provoquée par des moyens singulièrement inférieurs au buta atteindre.

Il y avait alors (1827-1837) au séminaire de Saint-Sulpice à Paris, ou plutôt à celui d'Issy, un homme à qui son origine, sa condition et son éminente vertu contribuaient à la fois à donner une place à part parmi ses condisciples. Né à Saverne, d'un rabbin de cette ville, en i8o3, converti à la foi chrétienne à TAge de 23 ans, baptisé au collège Stanislas, et entré presque aussitôt au séminaire, Francois-Marie-Paul Libermann s'était vu subitement arrêté en face du sacerdoce par une maladie implacable, Tépilepsie. Et il était là, gardé contrairement à toutes les habitudes et à toutes les règles par ses maîtres, les généreux fils de M. Olier, qui, soupçonnant sans

doute que cet extraordinaire ce acolyte » ne devait point rester inutile dans le champ de TEglise, attendaient à son égard une réponse de la Providence. Ils attendirent dix ans.

Provoqué par deux jeunes gens que leur origine rattachait, Tun, Frédéric Le Vavasseur, à Tîle de la Réunion, et l'autre, Eugène Tisserand, à celle de Saint-Domingue, un mouvement se dessina à cette époque au séminaire en faveur de la race noire des colonies européennes, si abandonnée et si malheureuse. De là à la formation d'une société spécialement destinée à leur venir en aide, il n'y avait qu'un pas : un directeur de Saint-Sulpice, le vénérable M. Pinault, le fît franchir, et c'est ainsi que fut fondée la Congrégation des Missionnaires du Saint-Cœur de Marie (1842).

Les premiers apôtres furent envoyés à l'île Maurice, où le P. Laval fit des merveilles; à Bourbon, où les efforts des PP. Le Vavasseur, Blampin, Collin, etc. préparèrent sans secousse les Noirs à la liberté; en Haïti, où les dispositions favorables des présidents Boyer et Ilérard permirent d'espérer une rénovation religieuse de ce pays. On alla jusqu'en Australie. Mais, à un moment donné, tous ces champs d'apostolat semblèrent se fermer à la fois, et un jour de l'année i843, le vénéré Supérieur de la Société nouvelle confiait sa peine à l'un de ses amis, M. Desgenettes, curé de Notre-Dame des Victoires : ce Nous avons des missionnaires impatients de travailler et de mourir, lui disait-il, et la terre nous manque! » Or, le lendemain, le même M. Desgenettes recevait la visite de Mgr Edward Barron, nommé récemment, avec le titre, d'évêque de Constantine, Vicaire apostolique des Deux-Guinées, et qui venait demander au sanctuaire de Notre-Dame des Victoires des missionnaires pour l'immense continent dont il était chargé.

Qu'était-ce que Mgr Barron?

Dès 181 7, une association philanthropique s'était constituée aux Etats-Unis pour donner, en Afrique même, aux Noirs libérés de l'esclavage, un territoire neutre, où, sous la direction de missionnaires.

ils pourraient se refaire une patrie indépendante. Un premier essai fut fait dans Tile Sherbro, au sud de Sierra-Leone : il échoua. La tentative fut renouvelée en 1821, avec plus de succès, en un point du cap Mesurado, que, en l'honneur du Président Monroe, on appela Monrovia, et qui devint la capitale de la Libérie. En 1839, Mgr J. England, évêque de Charlestown, appela l'attention de la Propagande sur cette situation, et le synode provincial de Baltimore, qui devait se tenir peu après, reçut mission de traiter la question. Le synode fut d'avis qu'on s'adressât à la Compagnie de Jésus; mais les démarches n'aboutirent pas.

I^nftn, l'évéque de Philadelphie, Mgr Kenrick, prit TafTaire en main : son vicaire général, M. Edward Barron, fut envoyé, sur sa demande, au mois de décembre i8.'|i, avec le titre de Préfet apostolique de la Guinée supérieure, accompagné de MM. John Kelly, prêtre de New-York, et Denis Pindar, catéchiste laïque, tous d'origine irlandaise.

Les missionnaires arrivèrent à Monrovia après un heureux voyage de 34 jours, y trouvèrent peu de Catholiques parmi les émigrés, et se dirigèrent de là au cap Palmas, où se bâtissait une autre ville. Elle comptait environ 3ooo indigènes, 5oo émigrés, et, dans le nombre, 18 Catholiques.

Le Préfet apostolique commença donc la Mission; puis, ayant visité successivement le cap des Palmes, Elmina et Accra, où il trouva de consolants vestiges des anciennes Missions espagnoles et portugaises, il passa en Europe, pour y chercher des missionnaires et demander des ressources à l'œuvre de la Propagation de la Foi.

L'ÉGLISE EN AFRIQUE - LA REPRISE DES MISSIONS 2il

Rome le nomma a Vicaire apostolique des Deux-Guinées et Sierra-Leone a, le 22 janvier 1841; l'Œuvre de la Propagation de la Foi lui assigna des secours, et le Ministre général de l'Ordre des Capucins lui promit des Religieux de la Province d'Espagne. L'un d'eux fut même nommé Préfet apostolique, maïs des retards inattendus survinrent, et ce dernier arrangement n'aboutit pas....

C'est à ce moment que Mgr Barron fit son pèlerinage à Notre-

Dame des Victoires, à Paris, et que ne trouvant nulle part des missionnaires, il en demanda à M. Desgenettes, qui l'adressa aussitôt à M. Libermann. L'accord se fit rapidement, et, pendant que Mgr Barron réunissait lui-même à Londres quatre jeunes Irlandais et quittait Gi'avesend le i"' novembre, sept missionnaires du Saint-Cœur de Marie s'embarquaient à Bordeaux, le i3 septembre i843. Ils arrivèrent au cap Palmas le 29 novembre suivant.

Un mois après, le 29 décembre, l'un d'eux, le P. de Régnier mourait d'une insolation : « Si j'avais à refaire ce que j'ai fait.

avaît-il pu écrire au P. Lîbermann avant d'expirer, je le ferais encore mille fois pour l'amour de Jésus et de Marie! J'admire la miséricorde de Dieu à notre égard. Je ne changerais pas mon sort pour tous les biens du monde. Ne vous découragez pas, mon bien-aimé Père; quand tout sera perdu, Marie se montrera. »

Ce fut la première victime. Depuis ce 2C) décembre i843, jusqu'au i'' janvier 1900, plus de 600 enfants du Vénérable Lîbermann devaient tomber l'un après l'autre aux diverses étapes de cette longue route de l'apostolat, terrassés par la fièvre ou les maladies tropicales, disparus dans des naufrages ou des accidents, épuisés par

les privations, mangés par les fauves, massacrés par les hommes

Car cette Afrique est comme une citadelle : on ne s'en empare qu'en marchant sur les cadaves héroïques des frères aînés tombés aux pre-

miers rangs.

Mgr Barron, arrivé à Corée sur la fin de janvier, aborda au cap Palmas le mois suivant, et trouvant ses missionnaires morts, partis ou malades, il emmena tous ceux qui restaient à Assinîe, sauf MM. Bessieux et John Kelly, qui devaient le rejoindre, au bout de 3 mois, sur un navire de guerre; le navire les oublia.

Dans les lettres qui suivent, nous apprenons la mort du P. Roussel, au cap Palmas (23 janvier), celle du P. Fr. Bouchet, au cap Lahou (28 mai), celle du diacre irlandais John Kelly à bord de VEglantinc (11 juin), celle du P. Audebert à Grand-Bassani (iG juillet), celle du P. Laval à Assinie (17 juillet), le retour en Europe du Fr. Maurice et du Fr. André, suivis plus tard de MM. Egan et John Fabé, l'état désespéré du Fr. Grégoire

Et l'évéque, s'adressant au P. Libermann, ajoute avec une tristesse mêlée de cette amertume infinie que, parfois, le missionnaire surprend au fond de son ame blessée : « Si vous avez encore des martyrs, envoyez-les moi! »

.Les martyrs étaient prêts. Quand ces lettres arrivaient à La Neuville, près d'Amiens, 011 se trouvait le berceau de la Congrégation

naissante, tous les aspirants se levaient, demandant à aller prendre la place de leurs frères tombés.

Mais le 7 août de cette même année iS^'i, le malheureux Vicaire apostolique fjuittait lui-même le poste de combat, 011, seul à peu près, il restait encore. Très afieeté du départ de son Vicaire général, M. Kelly, voyant tous ses missionnaires succomber autour de lui, se croyant, à cause de sa nationalité étrangère, en relations délicates avec les autorités françaises dont les croisières parcouraient les côtes et gardaient les comptoirs du Sénégal, d'Assinie, de Grand-Bassam et du Gabon, se demandant enfin comment il pourrait faire face au travail d'évangélisation qui lui avait été confié, il offrit sa démission au Saint-Siège et alla mourir, simple missionnaire, k Savannah, aux États-Unis, victime de son dévouement dans une épidémie de fièvre jaune.

Que restait-il en Afrique? Deux missionnaires seulement, le Fr. Grégoire, dont les dernières nouvelles annonçaient la fin prochaine, et le P. Bessieux, dont on n'entendit plus parler, non plus que de son compagnon, pendant 18 mois, et que l'on inscrivit au nombre des morts.

Sublime dans sa foi, le P. Libermann, dans une lettre qu'il adressait à l'un des siens, le P. Schwindenhammer, alors à Home pour traiter les affaires relatives à la Mission d'Haïti (8 décembre i844)i se disait prêt à se charger de l'Afrique, au cas prévu on Mgr Barron, que l'on attendait à ce moment, donnerait suite à sa résolution. Mgr Barron maintint sa démission, et, le 16 janvier i845.

32 LKS MISSIONS CATHOLIQUES

le Cardinal Fransoni, Préfet de la Propagande, notifia au P. Libermann « que, toutes choses bien considérées, la Sainte Congrégation confiait la Mission des Guinées aux soins de sa Société, et que, en conséquence, on érigerait une Préfecture a|iosto]ique dans ce pays, h

Sur la proposition du P. Libermann, le P. E. Tisserand, son ancien condisciple de Saint-Sulpice, qui venait de rentrer d'Haïti, fut nommé Préfet apostolique et s'embarqua à Toulon, à bord du Papin (i84>)- Dans la nuit du j au 6 décembre, en vue de la côte de Mogador, une tempête s'éleva qui jeta le bateau sur un banc de sable. « Le vent, dit un témoin oculaire, poussait une mer en fureur sur le navire battu en liane; le pont, balayé et rasé par les vagues, devint un séjour dangereux : il était onze heures du soir.

Les i5o passagers se rencontrèrent dans l'intérieur, accablés de la pensée désespérante de périr dans les flots. Le P. Tisserand leur montre à tous l'Eternité ouverte devant eux, et sur leur demande, il leur donne l'absolution. Un Juif était là qui conjure le missionnaire d'avoir aussi pitié de lui. Celui-ci le baptise, et, à peine avait-il terminé, qu'une vague l'emporte, avec le néophyte et 7^ passagers, o

Cei)endant le missionnaire resté seul au cap Palnias — celui que devait prendre le navire de guerre — n'était pas mort, il n'était qu'oublié. A défaut de VÉglanline, le Zèbre, coniinandé par M. de Mauléon, parut, et le 2() juillet i8/||, le P. Bcssieux abondonnait ce coin de terre d'Afrique où il avait tant soufl'ert. Il espérait du moins

revoir à Grand-Bassam et à Assînie son évêque et ses confrères dont il n'avait plus de nouvelies : il ne trouva que dés tomhes. Seul le Fr. Grégoire avait survécu : revenu des portes de la mort, mais n'ayant rien, abandonné de tous, il s'était placé chez un traitant qui, pour deux mois de travail, lui donna la somme de i franc!

Le Zèbre se dirigeait vers l'ile du Prince, vieille possession portugaise, et de là au comptoir français du Gabon. M. Bessieux demanda qu'on l'y transportât avec son compagnon. A l'ile du Prince on trouva un prêtre portugais, le « Padre José n, vieillard de quatrevingts ans. Les voyageurs demandèrent à se confesser. Pareil ministère n'était pas échu souvent, sans doute, au vieux prêtre : tenant à faire les choses avec toute la solennité désirable, le P. Joseph s'assit dans un grand fauteuil au milieu du chœur de son église, fit agenouiller les missionnaires à ses pieds, ordonna de sonner les cloches, et quand toute la population fut rassemblée, la confession commença..,.

Enfin, le Zti/r atterrit au Gabon le 28 septembre, et le lendemain, fête de l'Archange saint Michel, le P. Bessieux pouvait célébrer sa première messe sur ce nouveau coin de terre. Reçu avec bonté par le commandant du poste, M. Brisset, dont il devint bientôt l'ami et le conseiller, il eut comme logement provisoire, au blockhaus ou Fort Joinville, un petit magasin de 3ou 4 mètres de longueur

OÙ son premier soin fut de dresser un autel. Il était bien pauvre, ce pauvre temple ouvert au vrai Dieu par son missionnaire abandonné, mais il ne se fermera plus, et c'est autour de cette Mission, reprise en des conditions si précaires, que se développera désormais l'action apostolique sur toute la côte occidentale.

Le i5 août 1846, les Deux-Guinées sont de nouveau érigées en Vicariat apostolique et confiées à la petite société du P. Libermann, laquelle devait bientôt se fondre dans Tancienne Congrégation du Saint-Esprit qu'elle allait rajeunir en lui donnant de nouveaux et héroïques éléments (i8/j8).

Le 22 septembre 1846, la Sénégambie est réunie aux Deux-Guinées, et Mgr Benoit Truffet, qui venait de se ranger parmi les disciples du « vénéré Père », est nommé évoque de Callipoli et Vicaire apostolique de la Sénégambie et de la Guinée. Le 25 janvier de Tannée suivante (1847), ^^^ sacre se faisait dans le sanctuaire de Notre- Dame des Victoires, et il s'embarquait à Bordeaux, le 25 avril, avec six missionnaires. Le nouvel évoque s'établit à Dakar, d'où sa juridiction s'étendait sur 1200 lieues de côtes, sans limites à l'intérieur. Sept mois après, Mgr Truffet mourait à son tour, victime de ses austérités; mais il était aussitôt remplacé par le P. Bessieux, qui resta au Gabon, et reçut en Mgr Kobès un coadjuteur pour la Sénégambie. Cependant, tant de sacrifices et tant d'inébranlable vaillance autour d'une terre maudite qui semblait vouloir obstinément repousser ses sauveurs, devaient finir par attirer sur elle la miséricorde divine. Fatiguée de dévorer ses victimes, l'Afrique se laissera désormais plus facilement aborder.

De nouvelles sociétés apostoliques naîtront, qui viendront porter secours aux fils du vénérable Libermann et prendre vaillamment leur place sur cet immense champ de bataille; le Saint-Siège donnera à chacun sa part, et en quelques années le Continent sera distribué. De leur côté, les peuples européens seront entraînés, sans qu'ils sachent pourquoi, vers ces terres qui restent, ils faciliteront les

LÉGLISE EN AFRIQUE - l.A REPRISE DES MISSIONS 55 communications, ils ouvriront des chemins, ils forceront à la paix les trihus trop belliqueuses, ils aboliront les coutumes les plus tU^graclantcs et les plus sanguinaires, et, maigre bien des di^ceptions, des retards, des contretemps, des conflits, des accidents, des fautes, malgré tout l'inévitable coricge de misères et d'imperfections que l'action de l'homme traîne a])rcs clic, k' Christianisme fera son entrée dans le Continent noir.

A ce moment, le Vicariat apostolique des Deux-Guinées s'étendait du Sénégal à l'Orange, à part l'enclave, à peine occupée d'ailleurs, du diocèse portugais de Saint-Paul de Loanda. Successivement cette immense contrée se sectionne, et nous voyons apparaître l'une après l'autre, avec leur administration distincte

et leur vie propre, tou- jn us i,k tmiise

tes les Missions, Préfectures et Vicariats apostoli(|ucs ([ui se pm-tagcnt au i" ja l'Afrique Occidentale.

A Loanda, l'évêchc porlugais d" n Angola é Congo ■> s'est tiuijours maintenu, mais les Missions portugaises proprement dites avaient totalement disparu quand l'initiative hardie du P. Duparquel, autre missionnaire du Saint-l-jSprit, tenta leur restauration. Eln 1872, il fondait à Landana un établissement permanent, qui est devenu le chef-lieu de la Mission du Has-Congo ou Ctmgo portugais; en 1881, s'établissait la Mission du Plateau du Ihiilbi. qui devait étendre son

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action jusqu'au delà du Counéné; en i884, la Préfecture apostolique delà Cimbébasie occupait Cassînga, puis Caconda, le Bihé, le Massaca, le Kouanyama, et rejoignait presque le bassin du Haut-Zambèze; enfin, en 1887, on s'établissait à Loanda même; on passait à Malange en i8go, et de là on vient de s'élancer sur le Koango, en plein pays de la Lounda.

Au Sud, la région du Cap, érigée en Vicariat dès 1837 pour les besoins de la colonie européenne, s'est également fractionnée, et nous y trouvons aujourd'hui établis : i® Les Vicariats apostoliques du Cap Occidental (1837), du Cap Central (187/1) ^^ du Cap Oriental (18.47), desservis par des prêtres anglais; — 2° La Préfecture du Fleuve Orange (1884), créée par les Pères du Saint-Esprit, puis cédée aux Oblats de Saint-François de Sales de Troyes et récemment érigée en Vicariat (1898); — 3"* Enfin les Préfectures du Basoutoland (1894) et du Transvaal (1886), les Vicariats de TÉtat libre d'Orange (1886) et du Natal (i85o), évangélisés par les Oblats de Marie.

A l'Est, le mouvement d'évangélisation partit de l'île de la Réunion. Successivement, deux saints missionnaires du Saint-Esprit, le P. Dalmond en 1848, et le P. Monnet en 1849, après avoir évangélisé les îles de Sainte-Marie et de Nossî-Bé, furent nommés Vicaires apostoliques de Madagascar ; mais la mort les empêcha l'un et l'autre de s'établir sur la Grande Terre. C'est alors (i85o) que la Mission fut remise aux Pères de la Compagnie de Jésus.

En i852, les Pères Capucins de la province de Savoie furent chargés des Seychelles, et cette Mission a été érigée en Vicariat en 1892. C'est de Bourbon aussi que partit le P. Fava, du clergé colonial, mort depuis évêque de Grenoble, pour Zanzibar (1860).

Peu après, les fils du P. Libermann prenaient possession de cette Côte Orientale, et, étendant leur juridiction depuis la Prélature portugaise de Mozambique jusqu'au cap Guardafui, rejoignaient vers l'intérieur mystérieux du Continent les vagues limites qui les séparaient de leurs confrères de la Côte Occidentale.

L'ÉGLISE EN AFRIQUE — LA REPRISE DES MISSIONS 37 L'assaut était donné, mais il fallait des troupes de renfort. Elles vinrent, plus nombreuses qu'on n'aurait osé l'espérer, aussi vaillantes que les premiers âges auraient pu les fournir. Avec les Oblats de Marie fondés à Marseille par Mgr de Mazenod, et qui, nous venons de le voir, avaient déjà fait leur entrée au Natal en i85o, citons les Prêtres des Missions Africaines de Lyon, établis sur le modèle des Missions Etrangères de Paris, par Mgr Marion de Brésilhac, en

i85(); les missionnaires de Notre-Dame d'Afrique, d'Alger, ou Pères Blancs, fondés, en 1868, par l'illustre cardinal Lavigerie et destinés à prendre très rapidement une part si brillante dans l'évangélisation du Continent ; les Oblats de Saint-François de Sales, de Troyes, dont il a déjà été fait mention; les Prêtres du Sacré-Cœur, de Saint-Quentin, qui viennent de s'établir au Congo belge. Bientôt, la Compagnie de Jésus, jamais vaincue, reprenait sa place au pays noir, dans ce même État indépendant, dans le bassin du Zambèzc, et en Egypte. Les Pères espagnols du Saint-Cœur de Marie évangélisaient déjà depuis longtemps {i855} Fernando-Po et ses dépendances; les missionnaires belges de Scheut-lez-Bruxellcs succédaient aux Pères du

Saint-Esprit dans les Missions inaugurées sur la rive gauche du Congo; des missionnaires allemands suivaient leurs compatriotes au Togo, au Cameroun, au pays Damara, dans l'Est-Africain, et, à coté de leurs frères français des Galla et des Lazaristes d'Abyssinie, les Capucins italiens eux-mêmes voulaient prendre leur part de labeur dans les récentes conquêtes du roi Humbert en Erythrée. — Ajoutons, pour être complet, que l'Institut de Vérone, reprenant ses tentatives antérieures, est chargé depuis 1872 du Soudan égyptien, et

que les missionnaires anglais de Saint-Joseph de Mill-Hill ont reçu des Pères Blancs le Vicariat du Haut-Nil, au nord de FOuganda,

Partout, en un mot, le mouvement apostolique, si pénible à ses débuts, s'est développé avec un magnifique élan, et ce n'est pas un des spectacles les moins réconfortants pour le Catholique que de voir, en cette seconde moitié du xix" siècle, l'héroïque entrain de ses missionnaires à l'assaut du Pays Noir.

C'est ce spectacle qu'il faudrait maintenant étudier en détail, en nous bornant aux points spécialement occupés par les missionnaires français ; ce sont les plus nombreux, et ils y font bonne figure.

Au reste, pour donner une idée d'ensemble de celte action religieuse qui s'est produite là-bas, humblement, simplement, dans l'élan d'une foi douce, constante et sublime, il sera insti-uctif de citer en un seul tableau la liste des diverses circonscriptions qui se partagent l'Afrique catholique, avec la date on elles ont été établies et la Société qui en,est chai-gée.

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