MISSIONS DE LA CÔTE OCCIDENTALE D'AFRIQUE
Les missions de la côte occidentale d’Afrique ne datent pas seulement du xix° siècle ; les peuples noirs ont été depuis trois siècles l’objet de la sollicitude du Saint-Siége. En effet, depuis la découverte de ces contrées insalubres, un grand nombre d'établissements européens, ont été fondés sur le littoral africain, et les gouvernements catholiques y ont envoyé des religieux, chargés du ministère pastoral auprès de leurs compatriotes en même temps que de l’évangélisation des noirs.
Les Arabes, les marins catalans et espagnols y avaieni al ordé bien avant lés frères Vivaldi, Gênois qui mouillèrent dans la Gambie en 1228 ; mais il était réservé à la France de fonder les premiers établissements réguliers sur ces côtes. En 1364, sous Charles V, les hardis navigateurs a Dieppe vinrent faire ;a traite du poivre, ou malaguette, sur la côte de Guinée, et en 1383 ils jetaient ies fondements des postes d’e/ Mina (de la Mine), devenu nl:": le chef-l'eu des établissements hollandais, et du &rand Sestré sur'les côtes d’Or et d'Ivoire. Aux Français divisés par les guerres civiles succédèrent les Portugais: ils profitèrent habilement de : »s discordes pour s'emparer d’une grande partie du littoral africain, et surent persévérer dans leurs projets, Pendant trois cents ans ils en furent les maîtres. Les Hollandais, les
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En 1776, MM Bertout et Déglicourt, missionnaires du Saint-Esprit, embarqués pour la Guyane, firent naufrage au cap Blanc et tombèreut entre les mains des Maures qui les vendirent aux Anglais maîtres du Sénégel. Pendant quelque temps, is exercèrent leur zèle dans la colonie, Leur présence et leurs paroles réveil. lèrent le souvenir de Ja patrie endormi dans les cœurs des résidents, Bientôt de retour en France, ils fournirent à M. de Sartine, ministre de la marine, des renseignements précieux pour la reprise du Sénégal, \. de Vaudreuil en chassa les Anglais en 1777. Depuis lors la Société du Saint-Esprit a toujours été chargée de cette mission
établissement de la république noire de Liberia, fondée en 1833 par les États-Unis, sur la côte d'Ivoire, attira de nouveau l'attention des gouvernements européens vers l'Afrique occidentale. Alors, les évêques d'Amérique, se préoccupant de la situation des catholiques noirs émigrés à Liberia, sollicitèrent auprès du Saint-Siége l'érection de ces contrées en préfecture apostolique. En 1841, deux prêtres venus d'Amérique s'y installaient : mais pour la remettro bientôt entre les Mains des missionnaires de la congrégation française du Saint Cœur de Marie, en 1843. Le Saint-Siége venait d'ériger la côte occidentale d'Afrique en vica-. riat apostolique, et Mgr Barron, premier: vicaire apostolique de cette mission, conduisit sept missionnaires au Cap des Palmes, à Cape town, et revint en Europe. Un an après, cinq d'entre eux avaient succombé sous les étreintes de la fièvre: un autre était obligé de rentrer en France pour se rétablir, et le septième attendait au Gabon les ordres de ses supérieurs, C'était
M. Bessieux, futur vicaire apostolique de la mission. En ce moment, le gouverneraent de Juillet reprenait l’œuvre paralysée par la révolution de 1830. Il relevait les comptoirs français de la côte d'Afrique, et la colonie du Sénégal. Celle-ci servit de base aux nouvelles missinns. Le Saint-Siége donna pour successeur à Mgr Barron M. Truffet, en 1844. Après a mort de ce dernier, Mgr Bessienx lui succéda, en 4848, en qualité de vicaire apostolique, évêque in partibus deGallipoli MgrKohès, évêque in partibus de Modon, lui fut donné pour coadju‘eur. Le premier fixa sa résidence à Saint- Joseph de Benga, près le Gabon, et le second à Dakar; puis à Saint-Joseph de N'gazobil, dans la Sénégambie. Le vicariat apostolique s’étendait, il y a quelques années, depuis le 28° de latitude sud jusqu’au 17 de latitude nord, entre le 20° de longitude ouest et le 94® de longitude est de Paris, sur une longueur de 1,500 lieues de côtes. D’après les évaluations des missionnaires, ces contrées renferment cinquante millions d'habitants au moins. Cependant plusieurs parties en furent distraites depuis quelques années. La côte de Sierra-Leone et la république de Liberia furent érigées en vigariat apostolique confié, en 1858, à J° nouvelle congrégation française des missions africaines de Lyon.
Après la mort des premiers missionnaires de Sierra- | Leone, les prêtres de la -ongrégation du Saint-Esprit |
et du Saint Cœur de Marie la reprirent en 1865.
Ensuite, le Saint-Siége érigea en vicariat apostolique À tous les pays dela côte des Esclaves, comprenant le hi
Dañomey et le Benin: il en chargea la congrégation des missions africaines.
La congrégation du Saint-Esprit et du Gaint Cœur
de Marie occupe en outre la mission du Gongo qu’elle vient d'ouvrir récemment.
Les sœurs francaises de Saint-Joseph de Cluny, de
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congrégation de la Propagation de la foi, établie à Couzon, dans le département du Rhône, se son associées aux travaux des missionnaires.
Quelques paroisses portugaises, sur les rives de la Casamance, en Sénégambie, chezJes Bissagos, et dans le diocèse de Saint-Paul de Loanda, au Congo, sont les seuls points de ce vaste territoire qui ne sont pas compris dans la juridiction des vicariats apostoliques précités.
Le climat de la côte occidentale d'Afrique est trèsinsalubre ; aussi les étrangers paient-ils un large tribut aux fièvres. Ainsi, dans l’espace des onze premières années, sur 75 missionnaires envoyés dans ces missions, 42 sont morts dans la force de l’âgé, an commencement de leur apostolat ; les autres ont été obligés de revenir en France pour rétablir leur santé bien ébranlée. Aujourd’hui, le nombre de ceux qui ont succombé ne doit pas être éloigné de 80.
Les agents des gouvernements et les représentants des maisons de commerce, largement rétribués, bien logés, ont avec eux tout le confortable désirable pour contrebalancer ces causes pernicieuses. Mais le missionnaire ! il est pauvre, lui; il vit de la vie du nègre, il endure toutes les privations; il partage avec ses ouailles les quelques aumônes que lui envoie l’œuvre de la propagation de la foi; en outre, il a contre lui tous les soucis, toutes les inquiétudes, tous les dangers, toutes les tracasseries et toutes les persécutians auxquels il est livré sans défense. De plus, il
est exposé au poison des féticheurs, dont il ébranle
l'empire ét qui entre pour une bonne part dans les
Causes de ses maladies : c’est notre conviction. Cependant l'expérience acquise et do meilleures ins-
tallations les défendent mieux aujourd’hui contre l’in-
salubrité du climat. La mission des côtes occidentales d'Afrique se compose de la préfecture apostolique du
Sénégal, des vicariats apostoliques de la Sénégambie ] et des deux Guinées, de ceux de Sierra-Leone, de la ] côte de Benin, et de la mission du Congo. $ : f ARTICLE I.
Sénégambie ou Nigritie occidentale. — Saint-Esprit # f et Saint Cœur de Marie. [ La S4 mégambie est une vaste région ‘de la côte occi- d dentale de l'Afrique, comprenant les territoires arroëés par le Sénégal et la Gambie, entre le Sahara au nord, la Guinée, au sud, le Soudan à l’estet l'Océan à l’ouest : elle s'étend entre les 10° et 18° de latitude nord, et les 7°30/ et 19053’ de longitude ouest : de l’est à l’ouest, fl elle à 1,350 kilomètres de longueur et en mesure 900 sc du nord aù sud, où le rio Vumnez lui sert de limite, À et La Sénégambie est au nord de la montagne Kong. | 14 Gette chaîne traverse l'Afrique de l’est à l’ouest ; elle di s'incline fortement vers les contrées basses du nord et du sud et forme trois versants étagés de terrasses cou- À pi pées par d’autres petites chaînes. Le versant septen- +. de trional renferme des contrées fertiles ; c’est la patrie fo
des HMandingas (Mandingques) ; celui de l’ouest est ra- " tr fraichi par les brises de l’Océan: l’altitude de certains
plateaux y refroidit considérablement la température. SN tir Karl Ritter prétend que cette région est la vésitable SN fo patrie des Foulahs. Le versant méridional est terminé au par les pays plats qui s'étendent à ses pisse jusqu’à la ell côte. ch.
La Sénégambie se compose des États yolofs tels que Sa ceux d'Ouàlo, Kagor, Baol, Syn, YolofetSalum:desÉtats Br
peuls ou foulahs qui comprennent le Fouta-Toro, l'é
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le Bondu, le Fouta-Diallo, le Kasso et le Fouladu ; et des États mandingues où se trouvent le Kaarta, le Bambouk, le Teuda, le Oulli, le Yani, le Badibu, ie Fouini, le Galam et le Ghialton-kadou. Les côtes dela Sénégambie sont basses et insalubres ; l’intérieur renferme de vastes déserts de sable. Son climat est trèschatd, il n’a que deux Saisons : celle de la sécheresse et celle des pluies ; celle-ci commence en juillet et finit en octobre. La population de la Sénégambie est plus considérable qu’on ne l'avait cru: d’après les lettres des missionnaires, elle ne doit pas être moindre de douze millions d'habitants.
$ I: Préfecture apostolique du Sénégal.
La colonie française du Sénégal prend son nom du fleuve qui la traverse de l’est à l’ouest, 11 prend sa source dans le Fouta-Diallon, au nord-est de Timbo, et vient se jeter dans l'Océan, après un parcours de 1800 kilomètres à travers le Fouta-Diallon; le Fouladoughou, leKaarta, le Kasson, le Bambouck et le Galam,
À 200 lieues, le cours du Sénégal est interrompu par des cataractes de Felou, de 30 mètres de hauteur, dont les bancs de. grès rongés par les eaux ont des formes variées et curieuses : 20 lieues plus haut se trouvent celles de Gowina.
1° Le Sénégal est: une préfecture apostolique dislincte du vicariat de la Sénégambie. Cette mission fut fondée en 1765, à la demande de Louis XVI, et confiée aux Révérends Pères Récollets. Quelque temps.après, elle fut donnée à la Congrégation du Saint-Esprit, chargée des colonies, et devenue la congrégation du Saint-Esprit et de l’Immaculé Cœur du Marie par sa réunion avec l'institut établi par M. Libermam, pour l'évangélisation des noirs.
Là
122 LES MISSIONS CATHOLIQUES FRANÇAISES, Cette préfecture renferme trois établissements : celui
de Saint-Louis, capitale de la colonie ; celui de Gorée, |
dans l’île de ce nom, près le cap Vert, et Bakel, dans le haut Sénégal.
1° Saint-Louis. — La ville de Saint-Louis (N'dar) est assise sur une île de l'embouchure du Sénégal, Cette île mesure 2,400 mètres du nord au sud et 200 de’l’est à l’ouest: el!s renferme à peu près 10,000 habitants noirs et mulâtres. Les Français s’y établirent en 1640. La barre du fleuve est dangereuse ; sa lame courte, brusque et rapide est la cause de nombreux accidents. C'est pour cela que le gouvernement français a transporté à Dakar son principal établissement. Ses rives sont couvertes d’une végétation luxuriante de palmiers et des plus belles variétés de la flore intertropicale. De l'embouchure à Médine, dernier poste français du haut Sénégal, se trouvent des escales où les Maures viennent vendre, d'avril à juillet, aux commerçants francais, la gomme qu'ils tirent des belles forêts d’acacias verek, voisines du désert. Ses eaux renferment de nombreux crocodiles et des hippopotames ; ses bords sont fréquentés par les éléphants, les lions, les panthères et le boa python.
Saint-Louis possède une belle église, des écoles de filles, un ouvroir, un hôpital, une salle ‘ d'asile pour les petits enfants et un orphelinat, dirigés par les sœurs françaises de Saint-Joseph de Cluny que l'on retrouve dans toutes nos colonies, Ges établissements ont été fondés en 1822. En outre, les frères de la congrégation de Lamenais y dirigent une école de garçons. Gette ville est la résidence de cinq missionnaires. Aujourd’hui un pont unit Saint-Louis avec la terre ferme.
2e Gorée est un îlot de basalte de 3,000 mètres de circonférence, situé par 14040! de latitude et 4946/
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de longitude, allongé en face du cap Vert, non loin de l'embouchure de la Gambie : il est séparé du continent par un Canal de 3,000 mètres de largeur. Vue de la côte d'Afrique, la partie haute de la ville offre un coup d'œil très-pittoresque : elle est bâtie sur un petit pla- ‘eau de 100 mètres d’élévation, soutenu par, des colonnes de basalte, Gorée manque d’eau potable ; il est nécessaire d’aller s’en approvisionner à la presqu'île du cap Vert. Les maisons ont toutes des terrasses comme celles des villes orientales.
Elle fut découverte au xv° siècle par les Portugais, mais en 1670, elle appartenait déjà à la France, et en 1785, elle était le chef-lieu de nos établissements du Sénégal,
Sa population de 3,000 âmes est composée aussi de nègres et de mulâtres pour la plupart mahométans. Ils obéissent aveuglément à leurs marabouts. Les