‹ Les missions catholiques françaises [microforme]Chapitre 82 sur 105 · AMÉRIQUE CENTRALE · texte numérisé non relu

AMÉRIQUE CENTRALE

ARTICLE PREMIER

Antilles. — Notions générales.

Entre les deux Amériques, de la Floride à l'embouchure de l’Orénoque, s'étend une chaîne d'îles appelée les Antilles. Au xvrr siècle, on les nomma pendant quelque temps îles Barlevent. Elles limitent l’océan Atlantique de la mer à laquelle elles donnent leur nom et que ses ouragans ont rendue tristement célèbre. Les plus grandes sont au nord-ouest, les autres plus petites ont été nommées petites Antilles. C’est dans ce bassin que chauffe le Gulf-stream ; il en sort entre les îles Bahama et la Floride pour remonter vers Terre-Neuve, l'Islande, la Norwége et l'océan Glacial,

L'étendue des Antilles est égale à la moitié de la France, soit 20 millions d’hectares. Ce sont en général des pics sous-marins calcaires ou volcaniques dont les sept volcans en activité détruisent souvent en quelques-heures le travail élevé en plusieurs années par la main des hommes. Le climat des terres basses, voisines de la mer, est insalubre pour les Européens ; les nègres et les métis seuls peuvent y habiter impunément. Avec quelques précautions hygiéniques, l’'Européen peut se préserver des fièvres.

Les noirs, les métis et les mulâtres composent les trois quarts de la population des Antilles. Selon le degré de

mélange des différents sangs, on les appelle mamelouks, muldtres, quarterons, cabres, griffres et sacatras.

Les indiens fondus dans la population, détruits par le travail'et les mauvais traitements, y furent remplacés par les nègres. Ce sont ceux-ci qui ont défriché les terres de l'archipel depuis trois siècles.

Les Espagnols trouvèrent à Haïti un million de naturels, 25 ans après leur occupation, il en restait 150,000 au plus.

Dans les petites Antilles habitaient les Caraïbes venus des bords de l’Orénoque au’ delà de la Floride.

On divise ces îles en Antilles espagnoles, anglaises, hollandaises, danoises et françaises; puis vient l'ile d'Haïti. Les Antilles espagnoles sont: 4° Cuba où il se trouve une certaine quantité de Béarnais et de Gascons émigrés! Ils sont assez nombreux, surtout dans le district de Santiago, pour que le français et le créole y soient parlés presque autant que la langue espagnole ; 29 Puerto- Rico (port riche); elle contient aussi un assez grand nombre de Français.

Ces deux îles et la Jamaïque sont les grandes Antilles.

Antiiles anglaises : 4° la Jamaïque; 2° Antigoa ; 3e Saint-Christophe ou Saint-Kitts ; 4° Neris ; 5° Montserrat : 6° la Dominique, ancienne colonie française ; o Sainte-Lucie, ancienne colonie française qui à conservé notre langue; 8 Saint-Vincent; 9° La Barbade, très-salubre et très-peuplée; 10° Grenade, ancienne :colonie française ; 44° Tabago; 12° la Trinité, a été peuplée en partie à la fin du siècle dernier par les émigrants français d'Haïti. Notre langue y est encore parlée. Elle est près de la côte de l'Amérique méridinnale, non loin du delta de l’Orénoque ; 13° l'archipel des Bahamas ou Lucayes, au sud-est de la Floride. Ilse compose de plusieurs centaines d'îles ou îlots madréporiques.

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Antilles hollandaises: 4° Saba; 2 Saint-Eustache ; 30, le tiers de l’île Saint-Martin, les deux autres tiers appartiennent à la France ; 4° Curaçao près la côte de

Venezuela. Les habitants parlent un patois, le papa-

miento, composé de mots français, anglais, hollandais, espagnols, portugais et indiens goagire ; Bo Oruba ; 6° Bonuaire.

Antilles danoises : 4° Saint-Jean; 2 Saint-Thomas, point de relâche des paquebots anglais ; 3° Sainte- Croix.

Antilles suédoises : 4° Saint-Barthélemy ou Saint- Bart, ancienne colonie française.

Dédaignées par les Espagnols qui les avaient appelées isolas Antillas, elles furent occupées en partie par les Français. En effet, le navigateur normand, Pierre d'Esnambuc, aborda par hasard à celle que Colomb avait appelée Saint-Christophe : il s’y établit. Bientôt une Compagnie fut formée sous les auspices du cardinal Richelieu ; elle y envoya les religieux capucins pour y remplir le ministère paroissial.

En 1635 cette compagnie colonisa la Dominique, la Guadeloupe et la Martinique. Ces missions furent confiées aux dominicains connus sous le nom de Pères blancs. dans les Antilles, à cause de leur costume. Un établissement spécial de cet ordre avait été fondé à Paris en 1632 pour l’évangélisation des colonies françaises. Il fut confirmé par un bref en date du 12 juillet 4675 dérogeant à la célèbre bulle d'Alexandre VI de 1493 dans laquelle le Souverain-Pontife accordait aux rois catholiques d’Espagne, la propriété exclusive des terres et îles de l’'Amérique découvertes ou à découvrir par leurs navigateurs.

En 1641 les dominicains envoient des missionnaires à la Dominique et en 1648 dans les petites îles des Saints. Un grand nombre de ces missionnaires tombent victimes du climat.

En 1646 à Saint-Christophe les capucins sont emprisonnés et chassés pour avoir défendu l'autorité du roi de France. Ils y sont remplacés par les carmes francais. En, 1659, l’île Saint’ Croix recoit des missionnaires à poste fixe, et elle : t donnée avec Saint-Christophe à l'ordre de Malte; elles firent bientôt retour à la France.

Parmi les dominicains qui illustrèrent les Antilles, il nous faut citer le père Pierre Paul, qui devint préfet apostolique d'Haïti. A cette époque les colonies françaises de la Martinique, de la Guadeloupe et d'Haïti étaient divisées en 24 paroisses. Les capucins fondaient la mission du Cap haïîtien.

En 1730 le père dominicain Martel quittait la Martinique, et allait s'établir à la Dominique, il n’y trouva qu'une petite chapelle en roseaux, couverte de paille, ovverte à tous les vents, qu’il remplaça bientôt par une église assez grande et convenable. C’est en ce liéu que fut construite la ville de Roseau. Il revint à la Martinique en {760 où il mourut le 27 août de la même année.

Les jésuites et les dominicains évangélisèrent jusqu’à la révolution, les Antilles devenues toutes chrétiennes.

La Dominique évangélisée par les religieux ‘des mêmes ordres fut cédée en 1763 aux Anglais. Roseau, son chef-lieu, est un évêché titulaire depuis 1850. Elle a eu déjà quatre évêques. Mgr Poirier qui vient de mourir y a établi les sœurs de Notre-Dame de la Délivrande. Elles dirigent un pensionnat, un orphelinat, des écoles, une école normale d’institutrices où se trouvent au moins 300 jeunes filles. Les frères des écoles chrétiennes \ donnent l'instruction aux garçons. On trouve à la Dominique une paroisse de 300 Caraïbes, ou Galibis, Notre- Dame des Caraïbes, et quelques prêtres français.

Antigoa est anglaise depuis 1682 ; elle contient des colons portugais, comme Saint-Christophe. On voit à Saint- Jean, chef-lieu de l’île, un établissement de sœurs fran-

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Saint-Thomas, île danoise, évangélisée par sept rédemptoristes dont trois frères pour les écoles ; les sœurs de Saint-Joseph de Cluny dirigent de écoles et visitent les malades.

.La Trinité possède un collége et une mission dirigés par les missionnaires du Saint-Esprit et du Saint-Cœur de Marie,

Les Antilles forment donc trois provinces ecclésiastiques : celle de la Havane pour les îles espagnoles : celle de Port d'Espagne dans l'île de la Trinité dont fait partie le Fonduras anglais pour les îles anglaises ; celle d’Aaïii

vec deux suffragants,

Les siéges français de la Martinique et de la Guadeloupe relèvent de l’archevêché de Bordeaur. Jusqu'à l'érection de ces siéges, les Antilles anglaises étaient administrées par un vicaire apostolique et les Antilles française par un préfet apostolique. Dans toutes les Antilles étrangères, il

y a plusieurs prêtres français occupés au ministère paroissial,

ARTICLE II

Missions françaises des Antilles.

SI. Haiti.

Le 6 décembre 1492, Christophe Colomb aborde à l’île d'Haïti. Il la trouve peuplée de près de 3 miilions d’habitants, partagés en cinq royaumes, gouvernés par des caciques, les indiens doux et sociables étaient adonnés à l'idôlatrie, Colomb reconnut d'abord la pointe la plus occidentale de l’île, longea la côte septentrionale, remonta de l’ouest à l’est et vint débarquer sur l’emplacement de la ville de San-Domingo. Les Espagnols avaient

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vu des ornements d’or entre les mains des indiens des autres Îes, ils en trouvèrent une bien plus grande quantité à l’usage des Haïtiens. Cette vue enflamma leur conyoitise ; c’ost ce qui fut la cause des maux qui fondirent sur la nouvelle colonie. Le père Solorzano, religieux de la Merci, aumônier de l’escadre, fut le premier apôtre d'Heïti. D'autres missionnaires ne tardèrent pas à arriver. En revenant d’Espagne où il était allé rendre compte de sa mission, Colomb amena avec lui 12 missionnaires, dominicains, franciscains et prêtres séculiers. Le bénédictin catalan Bernard Buil, de l’abbaye du Mont-Serrat, fut le premier vicaire apostolique de la mission : ils arrivèrent à Haïti le 26novembre 4493. Colomb ne trouva plus les Espagnols qu’il y.avait laissés, ils avaient été victimes de leur cupidité. Malgré les instructions d'Isabelle ofdonnant aux chefs espagnols de traiter les indiens avec charité et douceur, ils avaient agi envers eux avec la

plus grande cruauté. En conséquence, les sauvages

s'étaient révoltés et les avaient massacrés. Il devait être en effet difficile de faire observer les lois de la morale à cette foule d’aventuriers qui avaient des raisons graves pour quitter la mère patrie. La mauvaise composition des premières expéditions à été et sera toujours la pierre d’achoppement des colonies. En cela, les autres nations ne firent pas mieux que les Espagnols.

Les missionnaires seuls purent arrêter la destruction dés pauvres indiens, Eu effet, à leur sollicitation, le roi Ferdinand, pour en arrêter l'extermination totale, créa des colléges et séminaires pour élever les jeunes gens des familles nobles, et pour fusionner les deux races ennemies. Il ordonna que tous les enfants de 43 ans, appartenant aux principales familles indiennes, y seraient instruits pendant 4 ans par les franciscains, Ce procédé fut employé dans les îles voisines. Une grande partie des indiens fut donc sauvée et fusionnée avec la race espa-

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gnole par les missionnaires. Le père franciscain Marchena construisit ure chapelle à /sabelle, première ville espagnole de l’île, une autre fut édifiée à Saint-Domingo lors de sa fondation. Colomb la remplaça par une vaste et riche église. Parmi les franciscains se trouvait un Fran- Gais, le père Jean de Bourgogne, qui évangélisa avec succès le royaume de la plaine (Magna), mais les mauvais procédés des aventuriers espagnols en firent chasser les missionnaires.

San-Dominge ne tarda pas à être érigée en évêché titulaire, plus tard elle devint l’archevêché et le siége primatial des Indes occidentales.

Bientôt il fut impossible de recourir au travail des Caraïbes disparus ou assimilés; on les remplaça par des noirs de la côte d’Afrique.

Haïti ne tarda pas à devenir tout entière cathclique. À la fin du xvi* siècle, les flibustiers français s’emparèrent de sa partie occidentale que le traité de Riswick (1697) nous conserva. Dès ce jour, Haïti forma deux colonies différentes,

Jusqu’au traité de Riswick el': dépendit de la juridiction de l’archevêque de San Domingo ; mais depuis, la partie française fut administrée par un préfet apostotique dominicain. En 1635, les Capucins vinrent seconder les premiers missionnaires; ils s’étahlirent au Cap haîtien où le climat est très-insalubre, La mort de presque ous leurs religieux les força d’abandonner la colonie, ils furent remplacés en 1704 par les jésuites. Des lettres patentes du roi chargeaient ceux-ci de la côte depuis Monte-Christo jusqu'au mont de Saint-Nicolas. Parmi eux citons les pères Osontin et le Pers.

Les dominicains furent désormais attachés au service de la côte sud et ouest. Les jésuites établirent un hôpital qu'ils confièrent aux frères de la charité ou de Saint-Jean de Dieu, et appelèrent les sœurs de Notre-Dame de Bordeaux

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