‹ Les missions chrétiennes au sud de l'Empire RomainChapitre 3 sur 3 · VI, 3S · texte numérisé non relu

VI, 3S

(3) Saint Jérôme, Vie de sdinf Ifi/arion, 2.'%

(4) Ifisf. rcli<j. .-. XXVI.

conquit toutes les populations nomades qui vivaient à l'intérieur de la province romaine.

Les tribus du dehors, quand elles venaient à passer la frontière, ne tardaient pas à subir la même influence. Cyrille de Scythopolis (YP s.), dans la vie de saint Euthyme, solitaire de Pharan (1), entre Jérusalem et Jéricho, raconte l'histoire de la conversion d'une tribu qui, vers l'année 420, quitta les bords de l'Euphrate pour se transporter en Palestine. Le cheïk s'appelait Aspebaetos. Térébon, son fils, encore en bas âge, était atteint de paralysie. Aspebaetos le conduisit aux solitaires de Pharan et obtint d'Euthyme qu'il le guérît. A la suite de ce miracle, toute la tribu embrassa le christianisme. Euthyme lui donna pour évêque son propre chef, Aspebaetos, qui, baptisé sous le nom de Pierre, fut consacré par le patriarche de Jérusalem Juvénal.

De ces histoires nous pouvons déduire la fondation de deux sièges épiscopaux. Le premier, celui de Moïse, semble être identique à l'évêché de Pharan, qui subsista longtemps dans une des vallées du mont Sinaï et finit par être rattaché au célèbre couvent de Sainte-Catherine (2). Quant à celui qui eut pour premier évêque le cheïk converti par saint Euthyme, il portait le nom de Paremholae (llap£;x€oXat, castra). Son évêque, l'ancien cheïk en personne, assista au concile d'Ephèse (431). Un évêque de même titre, appelé Valens, se rencontre en 518 (3), au milieu des suffragants du siège patriarcal de Jérusalem. Les Sarrasins convertis par saint Euthyme avaient donc leurs tentes, non dans la province d'Arabie, mais dans celle de Palestine P'^

(1) Ne pas confondre ce Pharan avec celui du Sinaï.

(2) Le plus ancien évêque de Pharan que l'on connaisse par son nom est Nathyr, vers le commencement du V^ siècle. Cf. Tillemont, t. X, p. 454.

(3) Hardouin, Conc, t. II, p. 1341.

AtJ SUD DE l'empire ROMAIN. Il7

Un troisième établissement de ce genre se rencontre plus au nord, dans la province de Phénicie IP ou province de Damas. On en connaît un titulaire, Eustathe, qui assi.sta au concile de Chalcédoine et qui siégeait encore en 458 (1); il se qualifiait d'évêque "de la nation des Sarrasins „.

En même temps que lui siégeait à Chalcédoine un autre évoque sarrasin, Jean (2), qui portait exactement le même titre qu'Eustathe. C'était peut-être un évêque de Parembolae. Nous trouvons au concile d'Ephèse de 440, un Auxilaos, évêque ''des Sarrasins alliés ;, (3). Je ne sais auquel de ces deux sièges on doit le rapporter.

Il faut aussi mentionner l'évêque de l'île lotabé. Cette île, actuellement appelée Tiran, à l'entrée du golfe d'Akabah, était un centre important de transit commercial et de perception douanière. Un arabe appelé Amorkesos, désertant les régions soumises au roi de Perse, vint s'y établir, vers 470, après en avoir chassé les préposés romains. En 473 il envoya l'évêque de sa nation, appelé Pierre, à Tempereur Léon, pour lui obtenir la situation de phylarque des Sarrasins de l'Arabie Pétrée. Léon fit venir l'émir, le combla d'honneurs et lui accorda l'autorité, non seulement sur lotabé, mais encore sur d'autres localités (4). En 498 Tîle fut reprise par Roman us, général de l'empereur Anastase (5). Mais l'évêché se maintint. On trouve au concile de Jérusalem de 53() un Anastase, * évêque de l'île lotabé „. Peut-être ce siège n'était-il autre chose qu'une continuation passagère de celui do Pliaran, au Sinaï.

(1) Ilardouin, t. II, p. G(i, etc.; p. 7:20. Co siôge est marqué dans les notices du patriarcat d'Antiocho.

(2) Jbid., p. 69, 277.

(3) lapa/.Yinov Tf^>v ti;r:(j-2vo'.)v, llardouiii, t. II. p. 85, 227, 2GL

(4) i\ralchus, Fragm. hist (ji\ t. IV (Didot), p. 118.

(5) Tliéophano, a. ni. 50f)0.

Ces fondations demeurèrent isolées. Les évêchés sarrasins ne se groupèrent jamais en église nationale. Au contraire, ils entrèrent dans le système provincial de l'église grecque et relevèrent des métropoles de Pétra, de Jérusalem, de Damas. La constitution de l'état ghassanide, la fondation, sur cette frontière, d'un royaume arabe vassal des Romains, arriva trop tard pour briser les cadres ecclésiastiques. Elle eut pourtant son influence sur les affaires religieuses. Les monophysites, menés durement par les successeurs de Justinien, trouvèrent un protecteur énergique dans l'émir Al Moundhir.

Sur le plateau central de l'Arabie (Nedjed) et aux abords du golfe Persique, vivaient les tribus de Kinda et de Maad (1). Dès le temps de l'empereur Anastase on les trouve en rapports avec les Romains. Elles avaient alors à leur tête un émir Hareth ('ApsOa;) à qui Anastase députa un certain Euphrasios, chargé de nouer des relations amicales. Son fils Caïs (FCaïŒo;) fut eu relations avec Justinien, par l'intermédiaire du fils d'Euphrasios, Abramos, et de son petit-fils Nonnosos. Abramos obtint de lui qu'il envoyât son fils Mavia (Mauia;) à Constantinople comme otage. Nonnosos fut chargé d'amener Caïs lui-même, sur lequel l'empereur avait des desseins; mais il n'y réussit pas; ce succès était réservé à Abramos qui, pour la deuxième fois, fit le voyage du Nedjed (2). Dans l'intervalle, Caïs avait eu des difiicultés avec le roi homérite Esimphaeos, à propos d'une querelle de sang; il s'était même vu obligé de quitter son pays. Il accepta les offres d' Abramos, laissa ses tribus sous la direction de ses fils Amr (^Af^-êpo;) et Yézid (Is'Ci^oç), partit pour Constantinople et reçut le gouvernement (v^ys^aovtav) de la Palestine, où il amena nombre de ses congénères. Ce Caïs était chrétien. On l'identifie avec le

(1) Xtvor.vwv /cat MaaSÔY)vwv (Nonnosus).

(2) Nonnosus, Phot., c. 3; Procope, Bell. pers. Cf. ci-dessus, p. 108»

poète arabe Imrulcaïs, auteur de Tun des sept poèmes si célèbres parmi les Arabes sous le nom du moaJlaJcas.

Ce n'était pas seulement par ces relations byzantines que le christianisme atteignait le centre de l'Arabie. L'église perse avait de ce côté des avant-postes assez rapprochés. On ne trouve pas moins de quatre évéchés sur la côte du golfe persique, à Katar, à Hofhof (Hadjr), à ('hatt (Pasâ-Ardachir), dans l'île Bahréïn (Dârin). Ces évéchés apparaissent, vers la fin du VI*^ siècle (1), dans les conciles du catholicos de Séleucie. On les trouve encore une centaine d'années plus tard, ce qui prouve qu'ils résistèrent quelque temps à la propagande musulmane, ^laintenant tout établissement chrétien a disparu de ces contrées, où les Turcs eux-mêmes sont considérés comme infidèles par les indigènes, Wahabites fanatiques. Du reste, dès la fin du IX^ siècle, les évéchés arabes du golfe persique devaient avoir disparu, car ils ne sont plus mentionnés dans les listes d'Elie de Damas.

A Hîra aussi, dans la capitale de l'Arabie persane, il y avait des chrétiens ; ils y étaient même partagés en deux communions, dont chacune eut son évoque. On ne sait au juste quand fut fondée la première église ; dès l'origine elle releva du catholicos de Séleucie, chef de la hiérarchie régulière dans le royaume de Perse (2). Quand le schisme jacobite s'organisa dans l'empire (543) par l'ordination clandestine de Jacques Baradaï, il fut pourvu en même temps aux besoins religieux des monophysites de la Mésopotamie persane, qui eurent bientôt un anticatholicos ou map/irian. C'est à cette juridiction non con-

(1) Chatt, concile do 577 (Lliiidi, ZDMC, t. XLIII, p. 38S ot suiv.); Dârin, 688, 677; Hatljr et Katar, 677. Cf. pour ce deruier, la passion de saint Georges le Persan, HolVuiann, Auszt'iye ans si/riachen Akten persischcr Marti/rer, p. 114.

(2) On trouve des évoques de Hertha de 7'ayaj/t' (Hîra) aux conciles de UO, 130, 485, lUD, 588 ((Uiidi, Z. /;. ^f, (,'., t. XLIII, p. 410).

i2Ô LES MISSIONS CHRÉTIENNES

Ibrmiste que se rattache révôché des Arabes qui figure sous divers noms dans les cadres jacobites (1).

La lettre de Siméon de Betli Arsam, citée plus haut (p. 105) nous montre que, dès le temps de Justin I, ces conflits religieux s'agitaient autour du prince de Hîra. Celui-ci laissait en paix ses sujets chrétiens, mais, pour son compte personnel, il continuait d'adorer les anciennes divinités sémites, en particulier la déesse Ouzza, la Vénus arabe, à laquelle on le voit quelquefois offrir des sacrifices humains. C'est ainsi que Moundhir ibn Amraalqais, celui qui fut en rapports avec Dhû Nowas et Siméon de Beth Arsam, immola à cette déesse quatre cents vierges chrétiennes (2). Ayant un jour fait prisonnier le fils de son rival et confrère Harith le Ghassanide, il lui fit subir le même sort (3).

Cependant ce terrible prince avait une épouse chrétienne, qu'il devait précisément à la famille des Ghassanides, Hind, la propre sœur du jeune prince immolé à Ouzza. Cette princesse avait fondé à Hira un monastère, dont l'inscription dédicatoire nous a été conservée par le géographe Yakout (4) : " Cette église „ a été bâtie par Hind, fille de Hârith ibn Amr ibn Hodjr, la „ reine fille des rois et mère du roi Amr ibn Moundhir, la sery, vante du Christ, mère de son serviteur et fille de ses servi- „ teurs, sous le règne du roi des rois Chosroès Anouscharwân, „ au temps de l'évêque Mar Ephraïra. Que le Dieu pour lequel , elle a bâti ce monastère lui pardonne ses fautes, qu'il ait pitié j, d'elle et de son fils, qu'il l'accueille et la fasse résider dans

(1) Leqmen, Oriens christ., t. II, p. 1567, 1586, 1597, le disloque en trois sièges, ceux des Arabes, de Hirta et des Taalabenses.

(2) Noldeke, p. 171.

(3) Procope, BelL Fers., II, 28.

(4) II, 709. Je la cite d'après la traduction partielle de M. K"oldeke, p. 172, complétée pour moi par M. Barbier de Meynardi

„ son séjour de paix et de vérité, et que Dieu soit avec elle „ et avec son fils dans les siècles des siècles ! „ .

L'inscription a été gravée sous le règne d'Amr fils de Moundhir (1) (554-509); elle suppose que ce prince était chrétien. L'Evangile, toutefois, eut peine à s'enraciner dans cette famille impérieuse et sanguinaire. Après Anir elle revint au paganisme, sinon dans la personne de son frère Kabous (K'/of-Wr, ;), au moins par le successeur de celui-ci, qui était aussi son frère, Moundhir ibn Moundhir. Après Moundliir régna Naaman, qui pratiqua d'abord l'idolâtrie et les sacrifices humains, mais finit par se convertir, vers l'année 594 (2). La confession adoptée par les émirs de Hîra était la confession nestorienne. Le catholicos Jesujab I mourut en 594 ou 595 à Hîra et fut enterré précisément dans le monastère de la reine Hind (:»).

Naaman est le dernier de sa famille qui ait régné à Hîra. Un de ses fils, Moundhir ibn Naaman, se retrouve, aux premiers temps de l'islam, à la tète des Arabes chrétiens de Bahréïn, qui refusaient d'accepter Mahomet; il mourut, vers 633, en combattant les musulmans.

Quant au double évêché de Hîra, il se maintint; on le trouve mentionné dans les cadres des deux églises rivales (4).

(1) C'est le 'A'aSoo; ô 'AXa-y.cjvoâpvj de ^^ônand^o lo Protecteur.

(2) Evagrius, Hist. ceci., VI, 22.

(3) Cependant les monoph ysites ont rrclam/' ces illustres néophytes. Cf. Noldeko, \\ 317.

(4) Ilirta, dans la liste nestorienne d'Klie de Damas (.Vsseiuaui, JHbl. or., t. II, p. 469); dans le catalogue de Barhebraeus (ibid., p. 419), parmi les sièges relovant du maphrian, on en trouve deux. Akulae ou C(ij)hae et Arabum chrisfinnoritni Tualahenaium Scvniturum. C'est un démembromont do rrvOclu'' do llîra. LV'vrMiue Georges, qui illustra ce siège au commencement du VlLb" siècle (().S(î-724) s'intitulait encore «évoque des Tanuchites, dos Tuites ot des Akulitos» Ryssel, Georgs des Araberbisc/Ktfs (ivdîchlc und lirie/c, p. U). C'est donc seulement après lui que la juridiction fut repartie entre deux évoques.

Les fondations que nous avons étudiées dans ce mémoire ont abouti, tantôt à des églises nationales, tantôt à des sièges épiscopaux rattachés aux provinces ecclésiastiques de l'empire romain ou du royaume de Perse. Les églises nationales, celles de Nubie, d'Abyssinie et des Homérites, conciliaient leur autonomie avec une certaine dépendance à l'égard du patriarche d'Alexandrie, du patriarche monophysite, bien entendu, car aucune de ces églises ne remonte, pour son organisation définitive, au temps où le patriarcat alexandrin était encore catholique et indivis.

De tout ce rayonnement chrétien dans les pays chamitiques et arabes, que reste-t-il? Une seule église, celle d'Abyssinie, qui s'est maintenue, comme l'état abyssin lui-même, à travers bien des vicissitudes, et conserve encore son autonomie singulière, sa confession monophysite et son allégeance alexandrine.

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IHE INSmUTE OF WEDIAFVAl STUDIES

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