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déplacé cet événement autant qu'il Ta fait en le mettant sous le règne de Justinien. Quoiqu'il en soit, la conversion du roi axoumite doit être arrivée vers la fin du V® siècle.

Les chroniques, synaxaires (senkessar) et vies des saints d'Ethiopie rapportent uniformément au règne d'Ela Amida la venue des neuf saints moines envoyés d'Egypte. L'histoire de Dhû- Nowas, quelles qu'en soient les sources, suppose toujours qu'un certain temps avant les années 520-523, une intervention éthiopienne s'était produite dans les affaires de l'Himyar, que le pouvoir avait été enlevé à l'ancienne dynastie et remis, de par les axoumites, à une autre famille princière.

Mais à quelle date au juste, ou même à peu près, se place la conversion officielle de l'Abyssinie, c'est ce qu'il n'est pas aisé de définir. On ne saurait prendre au sérieux l'assertion des synaxaires qui nous représentent les neuf saints comme ayant reçu l'habit religieux des mains de saint Pacôme (t 340). Une autre indication (1), de provenance légendaire aussi, mais plus conciliable avec les faits certains, c'est que le roi Kaleb, avant son départ pour son expédition transmarine (524) alla consulter un reclus qui menait cette vie depuis quarante-cinq ans; or la tradition hagiographique identifie ce reclus avec saint Panta- Icon, l'un des neuf moines. Ceci reporterait au-delà de l'année 480 l'arrivée de ceux-ci.

Des inscriptions axoumites il n'y a rien à tirer pour cette question, si ce n'est que toutes, aussi bien celles qui sont en ghéez que celles qui sont en sabéen ou en grec, elles supposent le paganisme officiel. M. Miiller l'a établi récemment, en

AIMHAN, de l'autro le roi homôrito A'MAVC (Revue numiif. \SC^^ pi. II, 1, 2; Académie de Vienne, comptes-rendus, t. XXXIX (1SG2) p. 051); il y aurait confusion, dans Malalas, entre le roi d'Axoum et celui d'Himyar.

(1) Martyrium Àrethae, Acfa SS. ocl. t. X, p. 748, 761»

se fondant sur les résultats épigraphiques du voyage de Monsieur Bent.

L'établissement chrétien de Nedjrân n'était pas le seul qui se rencontrât en Himyar. A Safar aussi, il y avait une église ; c'est là que résidait le vice-roi abyssin sous la protection d'une garnison éthiopienne. Au temps où nous sommes, et dans ces contrées, la propagation du christianisme allait de pair avec celle de l'alliance romaine; elle était sûrement favorisée par les représentants du négus. Aussi est-il naturel qu'elle eût contre elle, outre l'attachement aux religions antérieures, sabéisme et judaïsme, le sentiment de l'indépendance nationale et les sympathies pour l'empire perse, ennemi des Romains et des Ethiopiens.

Un prince de l'ancienne famille royale, évincée depuis quelque temps par l'administration abyssine, profita d'un moment favorable et leva le drapeau de l'indépendance homérite. Il s'appelait Dhû-Novras. Comme les rois ses ancêtres, il professait la religion juive. Le vice-roi éthiopien étant venu à mourir au commencement de l'hiver et la saison rendant difficiles les communications avec le littoral abyssinien, il parvint à s'emparer de Safar, massacra la garnison et le clergé et changea l'église en synagogue.

A cette nouvelle, comme on le pense bien, le négus songea aussitôt à la répression. Cosmas Indicopleustes se trouvait à Adoulis au commencement du règne de Justin; il fut alors témoin des préparatifs que faisait le roi d'Axoum pour venger son autorité méconnue. On ne sait combien durèrent ces préparatifs, ni à quelle année au juste il faut rapporter les débuts de l'insurrection homérite (1). Celle-ci dut être considérée par tous

(1) Cosmas écrivait vers 547; il parle de son séjour à Adulis comme d'un fait vieux d'environ 25 ans Trpô toutwv tmv sMtauxwv eTjcoat ttsvts ttXsTov 71 IXaTTOv, Iv TV) àpxfî "^^Ç Paatletaç 'IoucttEvou tsu 'Pwp.atwv êaaiXewç. 11 ne faut sans doute pas trop insister sur l'expression Iv t^ âp^^.

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les chrétiens du pays comme une menace pour leur sécurité. A Safar, Dhû-Nowas avait exterminé une colonie chrétienne qui représentait l'occupation axouraite. En d'autres endroits, notamment à Nedjrân, il y avait des chrétiens d'origine différente. On aurait pu distinguer leur cause d'avec celle de la mission éthiopienne. Il semble, en effet, qu'il y ait eu un intervalle d'incertitude, où les chrétiens de Nedjrûn n'ont eu à souffrir de mauvais traitements que de la part de leurs compatriotes infidèles, sans que le nouveau roi les menaçât directement. A cette phase, me semble-t-il, se rapporte la lettre (1) que leur écrivit Jacques, évêque de Sarug en Osroène ; il les plaint vivement d'avoir tant à souffrir de la part des juifs et les console de son mieux avec beaucoup de considérations thcologiques.

Mais la situation s'aggrava bientôt. En 523, Dhû-Nowas vint mettre le siège devant Nedjrân. Prévoyant une descente des axoumites, il devait éviter de laisser derrière lui une colonie chrétienne assez nombreuse, qui ne manquerait pas d'acclamer le négus et de combiner avec lui quelque opération militaire. Le siège traina en longueur. Pour en finir, le prince homérite eut recours à la ruse; il proposa une capitulation, qui fat acceptée; puis, aussitôt maître de la ville, il viola sa promesse et fit massacrer tous les chrétiens qui se refusèrent à l'apostasie. On doit citer, parmi ses victimes, le chef de la tribu des Harîth-ibn-Tvaab ; cet émir et ses gens, au nombre de r> 10, s'étaient renfermés dans la ville; ils avaient donné aux Xedjrànites d'énergiques conseils, qui ne furent pas acceptés, de sorte que ces braves nomades eurent le regret de mourir sans avoir combattu. Il est question aussi de deux femmes, l'une Dauiné, épouse du prince des Nedjrânites, qui fut égorgée avec ses deux filles ; on eut la barbarie de la faire assister au supplice de ses en- Ci) Zdtschrift der monjenl. arsellschaft, t. XXXI, p. t02.

fants et de lui verser leur sang dans la bouche. L'autre était mère d'un petit enfant de trois ans, que Dhû-Nowas fit épargner, comme d'ailleurs tous les enfants au-dessous de l'âge de raison. En vain essayait-il de le caresser; le petit garçon l'injuria cruellement; en mourant sa mère le recommandait à Jésus-Christ. Devenu grand, il vint en députation à Constantinople, où Jean d'Asie le connut; il s'appelait Baïsar. Du moins on disait que c'était lui, bien qu'il protestât du contraire.

Naturellement l'exécution avait commencé par le clergé. L'évêque Paul était mort depuis deux ans ; on déterra son cadavre et on le jeta au feu. C'est par le feu, dans une vaste fosse ardente, que périrent les prêtres, clercs, moines, vierges sacrées, en tout un groupe de 427 personnes. L'église fut brûlée aussi. Vint ensuite le massacre général; il y eut plus de 4000 victimes.

Ces atrocités commises, Dhû-Nowas s'empressa de faire connaître la prise de Nedjrân à ses amis politiques, le roi de Perse Kawad et l'émir de Hîra Al-Moundhir. Ses envoyés rencontrèrent Al-Moundhir à dix journées de marche au sud-est de Hîra. Cette distance conduit aux environs de Houfhouf (El-Hassa), pas très loin des régions maritimes par lesquelles le Nedjed confine au golfe Persique. L'émir se trouvait assez rapproché du théâtre des événements homérites. A ce moment arrivèrent près de lui des envoyés de l'empereur Justin, le prêtre Abramos (1) fils d'Euphrasios et l'évêque Serge de Rosapha, avec divers autres personnages ecclésiastiques et laïques, au nombre desquels était le chef des monophysites de l'empire perse, Siméon, évêque de Beth-Arsam.

C'est grâce à cette circonstance que les horreurs commises à Nedjrân furent connues dans l'empire romain, et cela tout aussitôt. L'ambassade de Dhû-Nowas parvint au camp d'Al-

(1) C'est le père de Nonnosus.

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Moundhir le 20 janvier 524. Cette année là-môme, ou l'année suivante, Jean le Psalmiste célébrait dans un hymne grec la ville de Nedjrân et ses martyrs, avec Harîth (1), leur chef (2), Jean était abbé de Beth-Aphtonius, un monastère des environs de Chalcis. On a vu, par la lettre de Jacques de Sarug, que la situation de Nedjrân et de sa colonie chrétienne éveillait vivement l'attention dans le monde syro-euphratésien. Du reste Jean Psaltès avait dû être renseigné par une lettre que Siméon de Beth Arsam écrivit aussitôt rentré à Hîra et qu'il adressa à son homonyme Siméon, abbé de Gabula, localité syrienne peu éloignée de Chalcis (3). L'évéque de Beth Arsam veut que ces événements soient portés à la connaissance du patriarche d'Alexandrie, afin que celui-ci presse le roi d'Abyssinie d'intervenir; qu'on les notifie aussi aux évéques d' Antioche, Tarse, Césarée de Cappadoce, Edesse, leur recommandant de commémorer les martyrs et de prier pour les survivants (4). Il veut aussi que l'on s'assure des chefs de la communauté juive de Tibériade et qu'on leur signifie qu'eux et leurs coreligionaires seront rendus responsables des persécutions qui seraient endurées par les chrétiens homérites.

La lettre de Siméon n'est pas le seul document que nous ayions sur ces événements. Un auteur anonyme, qui est probablement l'évoque de Rosapha, Serge, l'un des ambassadeurs do

(1) Ici, comme dans les antres documents do mcme origine, le nom de la tribu est attribué à son chef.

(2) L'hymne de Jean Psaltès l'ut traduit en syriaque par riiul, évoque d'Edesse (y 30 oct. 520). Publié par Schroter dans le Zeitschrift d. morg. Gesellschaft, t. XXXI, avec la lettre de Jacques de Samg.

(3) Le meilleur texte est celui que M. Ign. Guidi a publié dans les Mémoires de l'Acad. des Lincei, année 278 (lSSO-81), en syriaqu.» et en italien. La carrière de Siméon do Beth Arsam est connue par Jean d'Asie qui lui a consacré le c. 10 do ses Vitae Piitrum.

(4) M. I. Guidi (ad h. l.) montre que les titulaires de ces sièges étaient alors plus ou moins ouvertement monophysites. Pour Siméon, c'étaient dos amis.

Justin auprès d'Al-Moundhir, en fit un récit mieux ordonné, dans la forme usitée pour les histoires des martyrs. Ce document nous est parvenu en grec; c'est le Martyrium AretJiae publié par Boissonade et par les Bollandistes (1). Au lieu de la finale de Siméon, on y trouve actuellement: d'abord un récit des démarches faites par l'empereur Justin et le patriarche d'Alexandrie auprès d'Elesbaas, roi d'Ethiopie; la lettre de l'empereur au négus est même reproduite, sans doute, d'après l'imagination de l'hagiographe. Puis vient l'histoire de l'expédition d'Elesbaas avec des détails précis, d'une authenticité évidente (2). Enfin un dernier chapitre est consacré aux mesures réparatrices prises par Elesbaas, à l'investiture que reçoit de lui le vice-roi Abramos, enfin à la mort édifiante du pieux négus. Ce triple appendice manque à la traduction arménienne, faite sur le texte syriaque du martyrium. Il est bien à croire que nous avons ici des adjonctions postérieures, provenant de sources inégalement autorisées.

Le martyrium et la lettre de Siméon s'inspirent l'un comme l'autre de sentiments monophysites ; chose bien naturelle, car Siméon de Beth Arsam est connu comme un ardent monophysite et l'évêque de Rosapha ne pouvait guère être dans d'autres idées. Ceci mis à part, on reconnaît encore que, dans les deux documents, bien des choses ont été dramatisées par la rédaction. Siméon, par exemple, donne à toute une partie de son récit la forme d'une lettre adressée par Dhû-Nowas à Al-Moundhir. Il est vrai qu'il avoue avoir fort étendu le texte de cette lettre d'après les renseignements oraux apportés par les envoyés homérites. D'autres détails ont été fournis par des messagers envoyés exprès de Hîra à Nedjrân. L'ensemble ne peut être que

(1) Boissonade, Anecd. graeca, t. V, p. 1 ; Acta SS. oet. t. X, p. 721.

(2) Cela doit venir de quelque marchand ou marin grec d'AdoUlis, qui aura suivi l'expédition. Cf. Nôldeke, Tabari, p. 188.

vrai; ces atrocités n'ont que trop de ressemblance avec bien d'autres commises dans le même monde oriental, à cette époque. Pu reste, elles laissèrent, dans la tradition locale, une trace pro- ' onde. Mahomet, dans le Coran (1), parle de la fosse de feu où furent précipités les martyrs et voue les persécuteurs aux flammes de l'enfer. Au VHP siècle, Ibn-Ishâq parle de 20,000 victimes (2). La répression se produisit bientôt. On peut lire dans le Martyrium Arethae les détails de l'expédition du roi Elesbaas (Ela- Azbelia, Kaleb) (3). Procope, de son côté, raconte (4) qu' " î]llesthaeos, roi des Ethiopiens, très fervent chrétien, ayant appris que les Homérites de l'autre côté de la mer, qui étaient alors les uns juifs les autres attachés à leur ancienne religion, faisaient peser sur les chrétiens de ce pays une oppression sans mesure, réunit une flotte et une armée, marcha contre eux ,., les vainquit, tua leur roi de ses propres mains et lui substitua un autre roi, Immérité aussi, mais chrétien, appelé Esimphaeos, puis retourna dans son pays. Quelques temps après, les Homérites se révoltèrent contre Esimphaeos, sous la conduite d'un abyssin chrétien, Abramos, autrefois esclave chez un négociant romain d'Adoulis. Ellesthaeos envoya, pour réprimer l'insurrection, une armée dont le chef était un do ses parents (5); mais ce prince abyssin fut trahi et tué par ses soldats qui passèrent à Abra-

(1) Sourate 85.

(2) Tabari-Noldeke, p. 186.

(3) Ce roi est connu par los monnaies. Une piôco i\ son eftigio, avec la devise WAIFU UACIAtiVC VIOC (->e;/t:.NA a 6tô publiée par M. Ct. Schlumberger dans la lievue numismatique de 1886 (pi. XIX, n® 1; cf. Comptes-rendus de VAcad. des inscr., 16 avril 1886). Une autre: XAIIIU llACIAf.V loc; OlF.zeiMA avait déjà 6tt'' publiée, mais non iJontifiée, par M. Prideaux, dans le Numism. Chron. do 1884, pi. X. num. 12.

(4) Bell, Fers. I, 20.

(B) C'est celui que les auteurs arabes appellent Aryât, Théophane Aréthas. Théophano, dn reste, transporto révôuoniont du Yb£!;nc' do Justin 1 II celui de Justin II (a. 60G-4).

lOÔ LES MISSIONS CHRETIENNES

nios; une seconde armée envoyée pour le venger fut mise en pièces. C'est seulement après la mort d'EUesthaeos qu'Abramos consentit à reconnaître la suzeraineté des Ethiopiens.

L'empire byzantin chercha à profiter du nouvel état de choses. Divers ambassadeurs, Julien d'abord, puis Nonnosus, furent envoyés aux rois d'Axoum et d'Himyar. On aurait voulu détourner de ce côté le commerce de la soie qui, par Ormuz probablement, prenait toujours le chemin de la Perse. Il y avait aussi des projets militaires. Justinien avait jeté les yeux sur un certain Caïs, brouillé avec Esimphaeos, pour en faire un phylarque des Arabes de Kinda et Maad (Nedjed). Une fois installé, Caïs devait s'entendre avec les Homérites pour faire la guerre aux Perses.

Tout cela n'eut guère de résultat. L'Oman était trop loin pour les Homérites; la soie continua d'arriver aux Romains par la voie du commerce persan. Caïs fut, il est vrai, installé dans le Nedjed; il le quitta même pour devenir phylarque de Palestine (1). Quant aux expéditions contre les Perses, elles se bornèrent à un coup tenté contre la Mecque, au temps et sous la direction d'Abraha (Abramos), lequel fut sans doute aidé des gens de Kinda et de Maad. Sauf une allusion (2) de Procope, cette ex- ,pédition n'est connue que par les légendes arabes du YIIP et du IX^ siècle. Elles rapportent qu'Abraha ayant fait construire à Sana (3) une église magnifique, il voulut y attirer les pèlerins de l'Arabie entière. Un Koréïschite, froissé de cette tentative de con-

(1) Ceci semble indiquer que Caïs était chrétien. Sur Caïs v. Konnosus, Fragm. hist gr., t. IV, p. 179 (Photius, cod. 3).

(2) Je suis ici la conjecture de M. Nôldeke (Tabari, p. 206) qui rattache les légendes arabes sur l'expédition d'Abraha dans le Hedjaz au texte où Procope {Bell. pers. I, 20) rapporte que ce roi se mit une fois seulement en route contre l'empire perse, mais revint presque aussitôt après.

(3) Sana succéda vers ce temps-là à Safar dans la situation de capitale, qu'elle a conservée jusqu'à nos jours.

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currence à la Kaaba, alla faire ses nécessités dans l'église de Sana, pour la profaner. Abraha alors partit en guerre contre la Mecque. On ne lui opposa pas de résistance armée; mais la divinité défendit son sanctuaire par des prodiges et des fléaux qui ramenèrent le roi abyssin dans son pays (1).

Après Abraha, ses deux fils Yaksoum et Masrouq se succédèrent sur le trône homérite. Mais les * noirs „ abyssins opprimaient par trop leurs sujets. Ceux-ci provoquèrent et favorisèrent une expédition venue de la Perse, qui, vers l'année 570, mit fin à la dynastie éthiopienne (2). Un roi national, Saïf, fut établi, comme tributaire de l'empire sassanide. Quelques temps après, ce Saïf périt victime d'une réaction abyssinienne. Chosroès P"" envoya alors son général Wahriz, qui fit massacrer tous les abyssins et resta dans le pays comme gouverneur (3). Ces interventions persanes furent considérées à Constantinople comme attentatoires aux intérêts de l'empire (4) et alléguées parmi les motifs de la rupture qui se produisit entre les deux grands états sous le règne de Justin II (573).

11 est clair que ce changement ne pouvait manquer d'être très défavorable au christianisme. L'église d' Abraha, à Sana, se maintint peut-être (5); mais les gouverneurs persans ne purent

(1) Suivant la tradition arabe, lo fait se serait passt» raun«!>o même (670) où naquit Mahomet; mais c'est là un arrangement ingénieux. Du moment où l'on admet que Procope a parlé de l'expédition, il faut évidemment remonter au moins vingt ans plus tôt. Cf. Nuldeko, p. 205.

(2) Tabari-Noldeke, p. 220 ot suiv.; 2GI, 310-:î51.

(3) Successeurs do AValiriz: Zin, llincijàn, Cliore Clwsrau, ces doux derniers descendants de Wahriz; ijf?(//tr?», contemporain do Mahomet: il embrassa l'islamisme on G28.

(4) Théoph. Simoc. III, 9.

(5) On croit la retrouver dans la grande mosquée do Sana. Suivant M. Glasor {Sfrizz. der Ciesch. d. Arabicn, p. 75)), ce serait un ancien édifice sabéen changé en église. Sur la porto so lit une inscription sabéenno venue d'ailleurs et antérieure au christianisme (C l. S. u® 1).

s'intéresser au culte dont elle était le centre. La chrétienté de Nedjrân survécut ; elle résista même, soixante ans plus tard, à la propagande musulmane. Mahomet parle d'un évêque de cette église, Koss-ibn-Saïda, qu'il avait entendu prêcher. C'était un homme fort renommé pour son éloquence et son talent poétique (1).

Les chefs de l'islam ne tolérèrent pas longtemps ce centre chrétien. Le khalife Omar chassa du pays ceux des Nedjrânites qui refusèrent de se faire musulmans (2). Leur exode les conduisit vers le bas Euphrate, au voisinage de Koufa, où, vers la fin du VHP siècle, le catholicos Timothée P^* (778-820) leur donna un évêque. Dans la lettre (3) où Timothée parle de ce fait, les Nedjrânites sont présentés comme ayant été attachés jusqu'alors aux doctrines impies de Julien, c'est-à-dire de Julien d'Halicarnasse. Autrement dit c'étaient des monophysites de la nuance la plus avancée.

L'histoire d'Aréthas, d'Elesbaas et d'Abraha fut traitée plus d'une fois par les hagiographes byzantins. On a déjà vu que, dans l'un des appendices du Martyrmm, Elesbaas est dit avoir investi lui-même Abraha, avant de s'en retourner dans son royaume ; Jean d'Asie le rapporte également (4). Ceci est sûrement faux. Mais c'est à cette donnée que se rattache une autre pièce, que nous n'avons pas dans son entier, la vie de saint Gregentiiis^ archevêque de Safar (5). Ce saint est fêté le 19 décembre. D'après les synaxaires grecs, il aurait été originaire d'une ville quel-

(1) Caussin de Parceval, Histoire des Arabes avant r islamisme, t. I, p. 169.

(3) Publiée par Khayyât, Eléments de lecture, Mossoul, 4869, p. 152; Guidi, L c. p. 15.

(4) Assem. B. 0. t. I, p. 383.

(5) Jean d'Asie (l. c.) ne le nomme pas ; il dit seulement qu'Elesbaas demanda un évêque au patriarche d'Alexandrie, « avant que le

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quefois appelée Milan, quelquefois Lopliana in finihus Avariae et Asiae. Je reconnais ici Lipljan^ l'ancienne Ulpiana^ dans la province de Dardanie. Mais cela importe peu. Les parents de Gregentius s'appellent Agapius et Theotecna. Il va en Egypte, se fait solitaire, et, au bout de quelque temps, il est envoyé diriger l'église des Homérites.

Cette première partie de sa vie, résumée par les synaxaires, n'a encore été ni publiée, ni signalée. Quant au reste, il se compose essentiellement: 1° du récit de l'élection miraculeuse d'Abramos, opérée sous les auspices de saint Gregentius, en présence d'Elesbaas; 2^ de la législation délivrée par Abramos à ses sujets ; 3° d'une longue dispute entre Gregentius et le docteur juif Erban. A la suite de cette dispute, qui ne comprend pas moins de cinq séances, tous les juifs se convertissent. Le roi et l'archevêque coulent de saints et heureux jours ; Abramos règne 30 ans et laisse le trône à son fils Serdidus ; Gregentius le suit de près dans l'autre monde. La dispute, avec cette finale, était connue depuis longtemps; M. Boissonade (1) a publié ce qui précède, d'après un ms. Coislin (255) (2) ; il y a d'autres manuscrits, mais on n'en a pas encore tiré le début de l'histoire.

La législation est évidemment idéale, d'un idéal monacal; les fautes charnelles préoccupent le rédacteur à un degré extraordinaire; les pénalités qu'il assigne à ce genre do fiiutos ne sont pas moins singulières. Il est évident que nous sommes à Salente.

concile do Clialcôxloine eût envahi » cette métropole (538). Cet évoque siégea peu do temps et mourut. Alors le roi des Uom6rites ayant jippris lo changoinont arrivé à Alexandrie, ne voulut plus recevoir d'ôvèquo du nouveau patriarche.

(1) Anecd. gi\, t. V, p. <i:î.

(2) Répété dans Migne, V. (t. t. 8tî ', p. 508.— Voir sur divers mss. grecs et slaves, Martinov. Annus ceci., au 10 doc.

Nous sommes aussi dans le domaine du merveilleux le plus intense ; Abramos, au moment de l'élection, est enlevé dans l'air par la puissance du Seigneur et porté devant le roi Elesbaas. Quand on promulgue la législation, les exemplaires, déposés sur l'autel, vont d'eux-mêmes se placer entre les mains des fonctionnaires auxquels ils avaient été destinés. Le Christ apparaît, à la fin de la dispute, comme le deus ex machina^ pour confondre l'incrédulité des juifs. Je doute beaucoup, non seulement des faits et des lois, mais de l'existence même de saint Gregentius.

Les Arabes.

L'Arabie était limitée au nord par les provinces syriennes de l'empire romain et par les régions également syriennes ou araméennes de l'empire perse. Dans leurs incessantes migrations vers le nord, les tribus arabes se butaient partout à des populations araméennes, parlant le syriaque ou quelque dialecte apparenté très étroitement à celui-là. La ligne de contact ne coïncidait que rarement avec la frontière politique. Dès le premier siècle de notre ère, la Mésopotamie moyenne était remplie d'Arabes. En général nomades, ils avaient cependant un établissement stable dans la forteresse de Hatra, située à quelques lieues de la rive droite du Tigre, un peu au sud de Ninive (Mossoul). L'Euphrate, au moins depuis la frontière romaine {Circesium, Abou Séraï) coulait en pays arabe. Les chefs de ces tribus relevaient du roi de Perse. Ceux de Hatra jouirent sous la dynastie parthe d'une grande autonomie que les Sassanides ne crurent pas devoir respecter : un des premiers rois de cette famille, Ardaschir

ou Sapor I (1), s'empara de la forteresse contre laquelle avaient échoué les efforts de Trajan et de Sévère, et mit fin à cet état vassal.

Il s'en forma bientôt un autre, dont le centre fut h Hîra, au sud de Tancienne Babylone, non loin de Mesched-Ali, une des villes saintes des Chiites, à la lisière du grand désert pierreux. Cette localité devint le sièfçe d'une dynastie de princes arabes, vassaux de l'empire sassanide, qui se faisaient oljéir de toutes les tri])us éparses en Mésopotamie, le long de l'Euphrate et du golfe Persique jusque vers les îles Bahréïn. Hîra fut remplacée, au VIP siècle, par Koufa, fondée tout auprès par les premiers khalifes.

Sur la frontière romaine, la situation ethnique était à peu près la même, mais la situation politique était assez différente. L'ancien royaume nabathéen, annexé en 105, comprenait beaucoup de déserts: la péninsule sinaïtique, la côte au delà du golfe d'Akabah, jusqu'à Leuké-komé (El-Haoura) et, nominalement au moins, l'intérieur, entre Médine et Damas. De même, en arrière de la ligne Damas-Palmyre-Circesium, jusqu'aux abords d'Alep, s'étend une immense région où ne peuvent vivre que des nomades. On les laissait errer à leur aise; mais, quand ils approchaient du pays cultivé, ils se heurtaient à une ligne de forteresses qui les arrêtaient net. Avec les Romains, ces tribus n'avaient guère que des rapports commerciaux ; entre elles il n'existait pas de lien politique. On ne peut donc pas parler, sous le haut empire, d'états arabes vassaux des Roniiiius; il n'y a rien, de ce côté, qui se puisse comparer à l'établissenient d'Hatra dans le royaume parthe.

On y vint cependant, mais assez tard, seulement au temps de rJustinien. Eu ^IM ('J) un état ara))o-romain fut créé, ]H)ur

(1) Noldoko, Tabiiri, p. 3:?.

(2) Prooopo, Jief/. prrs. I. 17. li). C\\ \V;uiain.c:ton, ii'^' 2110 ot 2B(i2 r.

servir de contre-poids à l'état arabo-persan des rois de Hîra. Dès le troisième siècle, par suite d'une tolérance qu'imposaient peut-être les circonstances, on voit quelques tribus isolées s'établir en dedans de la ligne des postes, notamment dans la région de Bostra et dans celle de Damas. Ces tribus avaient à leur tête leurs cheïks nationaux, investis par Pautorité romaine, un peu comme les princes maures dans l'Afrique berbère; administrativement on leur donnait le titre de phylarques. Peu à peu ces enclaves arabes se multiplièrent. On les organisa militairement ; on les groupa par provinces: il y eut quelque temps des phylarques de Palestine, d'Arabie ; enfin, l'importance de ce moyen de défense se révélant de plus en plus, on en vint, en 531, à établir un phylarque général, le chef de la tribu des Ghassanides. Ce fut un véritable roi vassal, dont l'autorité s'exerça sur les Arabes de toutes les provinces orientales de l'ancienne Syrie, et rayonna vers le désert.

D'un côté, il faisait face aux gens de Hîra; de l'autre il ouvrait la frontière romaine à l'émigration du sud, et préparait ainsi l'invasion musulmane. Sur les sujets de l'empire, l'émir ghassanide n'avait, en théorie, aucune autorité ; les organisations municipales, les judicatures provinciales étaient conservées; en fait, il est clair que le chef militaire était le maître. On s'en aperçut bientôt, même dans les choses d'ordre religieux.

Ces Arabes de Syrie étaient chrétiens depuis longtemps. Ils avaient même, en certains endroits, des évêques à eux. Voici ce que l'on sait de plus sur sur l'origine de ces églises sarrasines.

Rufin (1) raconte l'histoire d'une reine des Sarrasins, appelée Maouvia, qui, après avoir beaucoup guerroyé contre les Romains, finit par accepter la paix, à condition qu'on donnât pour évêque à sa tribu un moine appelé Moïse, lequel vivait dans le

(1) Hist. eccl. II, 6.

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désert voisin (1), en grand renom de sainteté et de miracles. On était alors au temps de l'empereur Valens, qui favorisait les ariens et persécutait les orthodoxes. Il consentit à l'arrangement proposé par la reine des Bédouins, et l'on conduisit Moïse à Alexandrie pour le faire ordonner par rév(kiue arien Lucius. Mais le solitaire, qui était orthodoxe, ne voulut pas être consacré par un prélat hérétique. Il s'obstina si bien qu'il fallut chercher dans des lieux d'exil des évêques catholiques pour lui imposer les mains. Ceci se passait vers l'année 374.

C'est aussi au quatrième siècle que vivait le cheïk Zocoum. dont la conversion est marquée dans l'histoire de Sozomène (2). Ce cheïk était désolé de n'avoir pas d'enfants. Il s'adressa à un solitaire, qui pria pour lui et lui promit de la postérité s'il voulait se convertir au Christ. La promesse ayant été suivie d'effet, Zocoum et toute sa tribu demandèrent le baptême.

On voit par ces récits quelle était la considération des enfants du désert pour les anachorètes dont la sainteté éclatait au milieu de leurs solitudes. Saint Hilarion aussi, le grand moine de Gaza, dont la vie se prolongea jusqu'en 371, parait les avoir beaucoup impressionnés (3). Il en fut de même, au siècle suivant, de saint Siméon Stylite. Théodoret, témoin oculaire, nous a laissé de fort curieux détails (4) sur ses rapports avec les Arabes de la Syrie du nord et de la Mésopotamie. Peu à peu, grâce à l'influence exercée par les solitaires, le christianisme

(1) Ce doit rtre le inêino que le Moïse du monastère de Khaïton au mont Sinaï, <[\ù passe aussi ]>our avoir converti une tribu arabe (lu désert do Pharan, avec sou chef Obadien (Conibrlis, Ilhisfrinni m(irtyrum lecti triumphi, p. 99 etsuiv.). Le fait que l'ordination do Moïse fut célébrée en Ep:ypto favorise cette identification.

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