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CONTRASTE DANS LES RÉSULTATS SOCIAUX

En présence des faits, si le doute était encore possible sur l’action de Dieu par l’Église ou par les sectes, il y aurait une considération finale qui devrait être acceptée comme décisive.

Dans les premières luttes du christianisme, au milieu du déluge de sang dont fut inondé l’Asie occidentale et le sud de l’Europe, les victimes étaient toujours et partout d’un seul côté. Pas un paien, durant trois siècles, ne fut frappé par une main chrétienne. La foi nouvelle produisait des martyrs, mais pas un seul assassin. Lorsque ses prédicateurs purent rappeler aux consuls et aux sénateurs que leurs disciples formaient une importante multitude, lorsque l’armée romaine vit avec étonnement dans ses rangs une légion composée de chrétiens, pas une main ne s’éleva contre les persécuteurs, pas même pour sa propre défense. Partout le sang était répandu, mais c'était le sang des apôtres et des martyrs.

Dans les derniers temps, lorsque l'Église et le monde ne formaient plus deux camps distincts, excepté aux yeux des Anges ; lorsque la corruption se fut répandue comme une mer de fange qui déposa ses souillures jusque sur les marches du sanctuaire, les prédicateurs et les confesseurs étaient encore les mêmes, mais les idolâtres les virent accompagnés d'hommes qui se disant chrétiens

1 Saturday Review, 21 janvier 1860.

# Matth, xiv, 11.

3 « C'est une injure vulgaire, observe un voyageur presbytérien, de supposer le clergé catholique &e ce temps moins pur et moins chaste que les femmes non inariées parmi nous. Des ipfractions peuvent se présenter de différentes sortes, mais aussi rares que dans un nombre égal de nos femmes non mariées des classes les mieux élevées cn Angleterre. » Laing, Notes of a Traveller, ch. xx1, p. 452.

ÿ18 LES MISSIONS CHRÉTIENNES.

faisaient peu d'honneur à ce priviège. « Retirez vos soldats Espagnols, disait Las-Casas, autrement nous n'irons pas chez ce peuple; nous ne pourrions réussir à le persuader. » Malgré cette difficulté nouvelle, le monde païen fut converti; si le sang fut répanau, ce fut encore, comme autrefois, le sang des missionnaires et des confesseurs. Partout les naturels convertis croissaient et se multipliaient, comme maintenant encore, à l'ombre de la Croix. Les messagers de l’Église ne leur apportaient pas seulement une bénédiction spirituelle, mais aussi une bénédiction temporelle, Si l'âme du sauvage fut régénérée par la grâce, le pays de sa demeure parut rougir de sa stérilité, et « le désert fleurit comme un rosier. »

Lorsque les ouvriers apostoliques eurent été bannis, on vit « la nature reprendre son premier aspect. » La terre sembla pleurer leur absence, et se couvrit encore de ronces et d'épines. Dans les pays idolätres comme chez les tribus sauvages la présence des missionnaires catholiques a été la source de bienfaits. Partout ils augmentent en nombre, en intelligence, et en prospérité. Partout aussi ils se iMêlent à leurs chefs catholiques par les liens d’une foi commune, et même par les nœuds du mariage, par la communauté des habitudes et des intérêts sociaux.

D'autre part, d’après l'aveu des mêmes témoins, il n’y a pas un seul exemple d'une conquête protestante, accompagnée de ministres protestants, qui n'ait été fatale aux aborigènes. S'il y a une exception, qu’on la nomme. En Chine et dans l'Inde, ils ne peuvent pas, il est vrai, faire disparaître entièrement les naturels, parce qu’ils sont une poignée d'hommes contre des millions ; mais ils sont parvenus à leur inspirer un mélange d’aversion et de mépris ; chaque année lui ajoute une nouvelle intensité, Les Chinois choqués, comme leurs coreligionnaires européens, par leur mondanité, par leur cupidité et par le contraste trop évident entre leur profession d'ardente piété et leur genre de vie habituelle, les appellent enccre après une fréquentation de cinquante ans des « diables préche-mensonges. » Cette appréciation peu favorable de leurs maîtres s'applique également à leurs disciples. Le Chinois a vu l'influence temporaire des ministres exercée sur quelques individus tendre seulement à rabaisser leur caractère moral, et à les rendre « hypocrites ou escrocs, » Leurs disciples les plus distingués formés sous leurs yeux, dans leurs propres demeures, et longtemps employés par eux comme cathéchistes payés, ont garni les rangs des Tae-Pings et se sont acquis une ii. lün.e notoriété dans ce ramassis d’assassins et d’incendiaires.

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Combien est différente l'influence des missionnaires catholiques sur le même peuple, nous l’apprenons par les témoins de leurs vertus dignes souvent d’avoir attiré l'admiration des idolâtres, et par l’aveu de voyageurs anglais dont nous avons cité les noms.

Par leur influence, « les habitudes étrangères aux Chinois, » ont été implantées ; la femme a gagné cette digni'é dont les progrès du christianisme la revêtent toujours; les autres phénomènes sociaux qui accompagnent une vigoureuse civilisation se rencontrent maintenant dans plus d’une famille chinoise. Nous pouvons présager par les triomphes pacifiques déjà obtenus dans plusieurs provinces de l'empire, les destinées de la religion catholique en ce pays; les récits les plus récents nous apprennent des conversions beaucoup plus nombreuses et plus importantes que jamais. Il n’est pas nécessaire d’insister sur ce genre de contraste ; si les témoignages faisaient défaut, ils seraient rernplacés par les appréciations des païens eux-mêmes.

Dans l’Inde, d’après les plaintes des missionnaires, « beaucoup de leurs disciples sont plus dépravés que les païens, l'instruction paraît leur avoir donné deux fois la mort. » « Ils ne sont pas seulement paresseux ei débauchés, mais ils déshonorent les vérités chrétiennes. » Il a fallu « suspendre » pour cause de concussion et d'immoralité, la maison d'éducation de Santipore ; et les collèges maintenus font des athées, qui perdent même les notions de la religion naturelle. « Si nous étions chassés de l’Inde, disait Edmond Burke, rien ne resterait pour dire qu’elle eut des maîtres préférables aux orangs-outangs ou aux tigres. » « Peu de vestig ” attesteraient qu'elle ait jamais été sous un gouvernement chrétien, , assurait en 1860 un protestant zélé. Les naturels « n’ont ressenti aucune bonne influence de la puissance et des lumières de l’Europe, » affirme Gibson; « au lieu d'élever le niveau de la moralité, nous l’avons abaissé, » reconnaît un autre. « Loin d’avoir transformé les mœurs et les coutumes des Indiens orientaux, nous avons plutôt adopté les leurs. Si la domination anglaise aux Indes disparaissait après une seule génération, le souvenir de notre empire des Indes ne semblerait plus qu'un songe!. »

À Ceylan, l'esprit d'industrie et d'entreprise de l'Angleterre a

1 The Conquest «f Canada, par T. Warburton; introd., p. 17. — Depuis la domination anglaise aux Indes, les fêtes en l'honneur de Juggernaut n'ont pas été interrompues, «Le suprême bonheur pendant ces hideuses saturnales consiste à se donner la mort en se précipitant sous les roues du char de cette infâme divinité, La police ferme les yeux. » Extrait d’une correspondance détaillée, adressée au Times en date de Calcutta, le 8 juillet 1864,

pu être matériellement utile aux colons, mais n'a « produit que de minces résultats comme élément civilisateur. » En Australie, les indigènes « ont toujours repoussé les essais de civilisation, » el ont presque entièrement disparu. Un comité du conseil colonial a demandé « l'abolition du protectorat » comme ayant amené un insuccès notoire; et a conseillé de promptes mesures « pour répandre la religion et l'éducation dans la population blanche, » afin d'empêcher son retour à la barbarie ; « elle vit et meurt sans l'ombre d'éducation ni d'instruction religieuse. » Les neuf dixièmes des indigènes de la colonie anglaise de Victoria, ont péri en vingt ans, À Van Diemen, pendant le même temps, toute une nation d’indigènes fut littéralement anéantie par les soldats et les colons anglais, qui les traquaient comme des bêtes tauves. D’après le dernier compte-rendu de la Nouvelle-Zélande ; « le christianisme nominal » qui avait dominé jusqu'alors, est en décadence; « beaucoup d’indigènes retournent à leurs anciens usages, » après le contact habituel durant cinquante années avec les missionnaires anglais dirigés par cinq évêques et une foule d’archidiacres. Malgré le bienfait de lat domination anglaise, rien ne peut sauver les « tristes restes d’une population dans un pareil état de décrépitude. » Bientôt la Nouvelle-Zélande sera « une solitude souillée 2 sang. »

Dans les îles du Pacifique qui ont les protestants pour maitres, la même ruine et la même immoralité ont envahi les naturels. La dépopulation, dans les divers groupes de l'Océanie orientale et occidentale, est « aussi menaçante qu'inexplicable, » Aux îles de la Société, en trente ans les deux tiers de la population disparurent ; tandis que leurs prédicants anglais les dépouillaient de leurs terres et de leur commerce, « pour s’en emparer. » Aux îles Sandwich, les naturels ont péri si rapidement que « les Anglo-saxons en feront d'autres Indes occidentales ; » « Pextinction complète de la nation est inévitable. 5 Les races aborigènes, jadis modèles de beauté athlétique, disparaissent comme frappés par un ange exterminateur, sous les yeux des « missionnaires » qui leur enseignent des vices nouveaux. Après leur avoir enlevé tout ce qu'ils possédaient, ces ministres, dans leurs sermons, leur annoncent que « le ciel offensé va les retrancher du nombre des vivants. » Les témoins protestants sont tous d'accord pour nous dire que, dans peu d'années, les naturels des îles placées sous la domination anglaise ou américaine auront disparu, après avoir traversé tous les degrés de la dégradation.

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matériels et moraux ont marché de concert. Sir Henry Ellis et d’autres nous ont appris qu'aux Philippines la conversion à la foi sirétienne de milliers de barbares et de mahométans a été accompagnée « d'un progrès immense dans leur condition sociale. » « Jusqu’à ce jour ils sont joyeux et libres sous le joug de la loi qu’ils professent, » monuments vivants du pouvoir civilisateur de la religion véritable. « Les naturels des Philippines, convertis au catholicisme, donneni à l'Espagne des soldats dévoués; les Hindous encore païens ou musulmans se révoltent au nom de leur religion, et déclaren: à ; Angleterre une guerre d'extermination!, »

Dans l’erchipel Gambier et les îles Marquises, convertis par les missionnaires catholiques, « ils ont acquis une telle influence, qu’il faut l'avoir vu pour le croire. » nous a dit un écrivain protestant, Aux îles Lobos, M. Bennett, qui avait signalé l'immoralité prodigieuse et l’avarice sordide des indigènes dans les îles protestantes, a trouvé les indigènes catholiques « contents, heureux, polis, hospitaliers, laborieux et modestes. » À Wallis, à Futuna, à la Nouv:""falédonie, célèbres pour la barbarie de leurs habitants,

les pu -ui avaient massacré leurs premiers apôtres, ont accepté le ch: ‘. .1sme et la civilisation ; leur prospérité matérielle suit

les progrès de leur ferveur religieuse. Aux îles Sandwich, une foule de témoins protestants ont proclamé le même contraste invariable. Pendant le règne des ministres protestants, Taiti était connu sous le nom hideux de « lupanar du Pacifique ; » mais, en peu d'années, l'influence du catholicisme a été si féconde que beaucoup de femmes, au dire d'un écrivain anglais, sont devenues « de véritables modèles » de leur sexe ; et l'ile, d'après un autre écrivain, «est maintenant une communauté civilisée et prospère ?. » En 1862, le capitaine Napier Hewett a fait, sur l'Afrique occidentale, un rapport qui se résume ainsi : « Les travaux des missionnaires aux colonies ont-ils produit quelque bien ? — Aucun. » « Beaucoup des soi-disant convertis sont retombés dans la barbarie. » « Le pays a beau présenter une fertilité admirable que rien au monde n'égale, la plus grande partie n’est qu'un désert inculte ; les terres qu’on labourait sont abandonnées, et les mai-

1 La Cochinchine et le Tongquin, par E. Veuillot, préface, p. 14 :1859).

3 Parmi les nouvelles venues de Honolulu, à la date du 27 août 1864 nous trouvons dans le Mémorial diplomatique (novembre de la même année) les indications suivantes : @« La mission catholique française a déj établi aux iles Sandwich trente églises et un grand nombre d'écoles fréquentées par 3,000 élèves environ. Sur 70,000 hahilants, elle compte de 20,000 à 25,000 catholiques, Le reste de la population est calviniste américain, où saus aucune religion, livrée à des superslitions grossières où à de ridicules pratiques de sorcellerie, » (Le Monde, 30 nov. 1864).

sons tombent en ruine, excepté celles des missionnaires. Il semble qu'un air pestilentiel s’y soit abattu, comme sur quelques îles des Indes occidentales. »

Dans l'Afrique du Sud, où une autre race idolâtre a joui, pen-

rt près d'un siècle, des avantages de ia domination anglaise, les

turels se sont de plus en plus dépravés ; les crimes les plus

lieux sont commis par ceux qui furent en contact plus intime avec les ministres, assure le docteur Livingston. « Les stations des missions, d’apves ce voyageur, sont de vrais dépôts de mendicité. » Enfin le trop fameux M. Ellis en est venu à cette conclusion : « À moins d’un changement radical, ils deviendront les bücherons ou les porteurs d’eau des autres, ou, comme race, ils disparaîtront graduellement. » M. Ellis est allé chercher des succès plus faciles ailleurs ; mais, pour les assurer, il a fait disparaître un roi, l’infortuné Rhadama, qui lui paraissait trop sensible à Madagascar au dévouement et au désintéressement des missionnaires catholiques. M. Ellis ne se contente pas de ces mesures expéditives, il joint à ses immenses ressources les effets de son éloquence. Dans ses discours, on lui prête ce passage : « Lorsque Jésus-Christ vint sanctifier la terre par sa présence, c'est en Angleterre qu’il descendit, c’est à nous qu’il confia sa doctrine : mais jamais il ne mit les pieds en France ; à cette préférence jugez de la vérité des deux religions !! »

En Syrie et en Arménie, le protestantisme n'eut d’autre effet que de créer quelques pensionnés inutiles et sans mœurs, « inlidèles et révolutionnaires, » « les pires des Orientaux. » Tous nos témoins sont unanimes ; ils avouent la « supériorité incontestable » de tous ceux qui se sont réconciliés avec l'Église, quelle que fût leur secte ; « on ne peut le nier, leurs rapports avec l'Église cathulique romaine tendent à les élever dans l’échelle de la civilisation. » Si « les chrétiens de Turquie sont en général ignorants, grossiers et sauvages comme des buffles, partout où les missionnaires catholiques ont pénétré, ils ont porté avec eux la lumière de la civilisalion. »

En Russie, où l'Église gréco-moscovite, cet instrument aveugle, emprunte à la police le concours que le Ciel lui ; .fuse, « les nobles

! Le Pays, 15 octobre 1864, cité d’après le Tour du monde, même année. — De son côté, le journal La Malle de la Réunion nous apprend la mort récente du R, P. Weber, vice-préfet apostolique de Madagascar, décédé le 2 août 1864 à Tananarive (la capitale . « L'enterrement de ce 2616 missionnaire, qui avait consacré vingt-cinq années de sa vie aux Malgaches, a été vn vrai triomphe pour la Religion. Païens, protestants, catholiques, tous étaient unanimes danx leurs regrets, »

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(membres du Tschin avec ses quatorze classes), ont perdu toute croyance positive au christianisme orthodoxe ; » et maigré léur influence laïque, que les prélats déchus n’osent pas contester, ils sont complétement indifférents à cette religion dont ils regardent les ministres comme des employés subalternes. L'empereur se reconnaît chef de toutes les religions de son empire, le catholicisme compris, qu’il veut gouverner par un synode; en outre, la plupart de ses ministres, de ses généraux, de ses courtisans, professent le luthéranisme.

Si l’on surpose que le pouvoir peut s'appuyer sur les tribus idulâtres, on les condamne à un paganisme perpétuel, on “éfend de rien tenter pour les convertir, même à la religion d’État, Aussi des provinces entières, en Europe, uuies depuis des siècles à l’'empire sont encore remplies de païens. En Russie, un homme peui être mahomèétan, adorateur du grand Lama, luthérien, païen, tout, excepté cathoïque, sans donner ombrage aux autorités civiles el religieuses. Le peuple, profondément imbu de l'esprit sectaire, s'attache avec fanatisme à quelques pratiques extérieures. Dans ses rapports avec les païens, il éprouve une tendance marquée, non pas à les convertir, mais à se faire lui-même païen en adoptant le chamanisme, ce culte idolätrique de la nature.

Les soi-disant missionnaires de l’Église orthodoxe entreprennent les voyages qu’on leur inflige sans autre mobile que les soldats qui les accompagnent. Les idoltres à qui ils ont imposé le baptème « sont aussi complétement païens que jamais, et n'ont pas la plus légère idée des doctrines et de l'esprit du christianisme. » Au milieu de tout ce mélange, le docteur Wolff qui voulait faire des protestants, reconnut au moins le succès des juifs caraïtes de Crimée : « Par l'honnéteté de leur conduite, ils sont pcrvenus à faire beaucoup de convertis. » Les musulmans eurent aussi l'avantage. Des tribus entières au Caucase ont abandonné Photius pour Mahomet en 1782, et même en 1810,

Le gouvernement russe, peu satisfait de pousser des races entières à l’apostasie en leur montrant l’immoralité, la cruauté ex perfidie de ses popes, a chassé les seuls missionnaires appartenant aux Ordres religieux qui auraient pu les gagner à la civilisation. Tout prêtre qui cherche à convertir un idolâtre au catholicisme encourt la transportation en Sibérie. De Humboldt préférait pour les peuples le bouddhisme, le chamanisme et le mahométisme « à l'influence ruineuse et démoralisante de l'Église russe. » Cette Ég' a tué la religion en rendant impossible le respect à son égard. Les mots de Russie sainte, orthodoxe, sont invoqués avec

hypocrisie par des hommes qui ont cessé de croire à la saintetc. L'empire moscovite dans son ensemble comme dans t äs ses détails est l'empire du mensone.

Enfin, en Amérique, les voyageurs et les touristes ont constaté, non sans surprise, que sous la domination catholique, pas une tr’ auvage n'avait péri; et que, sous la domination protestante, pa: e n’avait survécu. Dans les provinces catholiques, des hommes de sang indien, dont les ancêtres furent convertis il y a deux siècles, rivalisent avec la race européenne pour la culture intellec. tuelle ; quelquefois même, comme au Pérou et dans l'Amérique centrale, ils commandent les armées et gouvernent les États. Partout et toujours, lorsque l’Église avec ses Ordres religieux peut exercer librement son pouvoir, les naturels « prospèrent et progressent. » Aux États-Unis, comme le montre M. Schoolcraft, ils ont diminué de soixante-quatorze mille en sept ans, et marchent fatalement vers une extinction rapide. Sous le patronage protestant l’Indien est devenu un mendiant et une brute ; les habitants des « terres réservées, » qui ont quelque teinture de civilisation, sont dépeints comme ivrognes, sales et débauchés. Pour ceux qui résident dans les « missions, » M. Jameson les appelle des « objets de pitié; » M. Kingston et M. Kane, « une race très-inférieure, qui s’adonne à une hideuse ivrognerie. » Avec les missionnaires catholiques, d'après un rapport du Gouverneur Stephens au président des États-Unis « les résultats obtenus sont réelle. ment prodi gieux. » Entravés plutôt qu'aidés par les autorités civiles, et privés de ressources, les missionnaires ont subjugué, par leur charité patiente, les plus farouches tribus de l'Ouest. Les Tétes-Plates, jadis barbares et sanguinaires, « sont les meilleurs Indiens du territoire ; honnêtes, braves, dociles, et fortement attachés à leurs convictions religieuses. » Les Cœursd'Alène, plongés dans la polygamie et la barbarie, ont appris à cultiver la terre et à vivre de ses produits; « leurs mœurs sont devenues pures et leur conduite édifiante. » Les Potawattomies, voués sous d’autres maîtres à une destruction rapide, ont été st bien convertis ct civilisés, que maintenant «ils sont à peine Indiens, » On ne pourrait croire, à moins de le lire dans les rapports officiels, que ces tribus, aidées seulement par leurs guides spirituels, bâtissent, dans ces solitudes lointaines, des Églises « dont les ornements sont si bien exécutés qu’on est tenté de croire à leur importation. »

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