‹ Les missions chrétiennes [microforme]Chapitre 126 sur 226 · ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ANGLETERRE

I serait difficile d'apprécier en quelques pages les phénomènes qut iralussent l'iifluence du protestantisme en Angleterre. Un de ses ministres, le docteur Pusey, il y a quelques années, appelait son peuple «une grande nation de paiens. » Peu après, un recensement officiel confirmait cette appréciation et révélait ec fait : que cinq millions d'hommes « ne professai: :t aucune religion quelconque. » Malgré l'Etablissement, qui compte au moins un représentant dans chaque village : à Leeds et à Liverpool, quarante sur cent ne professent aucune religion, à Manchester cinquante et un, à Birmingham cinquante-quatre, à Lambeth soivante et un, à Sheffield soixante-deux. De sorte que, généralement parlant, « le paganisme l’emportera bientôt sur le christianisme, » et comme s'exprime l’évêque d’Exeter dans une de ses allocutions, « une haine implacable contre la fci chrétienne sévit sur bien des pe'ats du pays. »

En Angleterre, :s populations sont lunbées dans des conditions d'existence tellement animales, que les récits officiels sont presque incroyables, comme aussi les observations des commissaires assistants, em loyés lors de la dernière enquête sur l'éducation, « Dans cette grar .e nation chrétienne, nous dit-on, le vice a pris une extension fout à fait inconnue dans les contrées paiennes *. » Les preuves de cette proposition se trouvent non-

4 Lettres sur la Hollande, par Frédéric Saivet, Cité dans le Monde, 18 octobre 1864, — Un sénateur protestant à la Haye fit remarquer à l'auteur que quinze eents ministres sur dix-huit cents avaient adhéré au livre de Renan, et lui dit: <Hnya d'avenir dans le monde que par vous, La tempête qui emporte les feuilles sèches consolide où enracine les vieux arbres, Nous sommes les feuilles sèches, et vous êtes le vieil arbre! »

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seulement dans les districts ruraux et miniers, mais aussi « dans les plus belles parties de cette grande capitale, » affirme un des plus éminents défenseurs de l'Église établie. Le recteur d’une des paroisses les plus importantes de Londres nous parle des ravages effrayants de l'incrédulité : « ils s'étendent sous toutes les formes, la négation de la révélation chrétienne en est la première ; le paganisme le plus grossier et le plus épais domine dans les basses classes, et fait des progrès parmi les plus hautes !, » « Nous pc urrions citer des quartiers entiers, voisins de Charing-Cross, dans lesquels il semble être en usage pour l’homme et pour la femme de vivre dans la promiscuité du concubinage ; dans ces parages, la plupart des maîtres de magasin font profession d’athéisme, et engagent leurs pauvres pratiques à les imiter. » « Dans les districts les plus obscurs, dans des rues entières, longues de plusieurs milles, le peuple vit littéralement sans Dieu en ce monde*. »

En 1856, un voyageur anglais distingué décrivait les civilisations comparées du peuple anglais, du noir africain et de l’Indien d'Amérique : « Après avoir bien étudié l’état physique, moral et intellectuel des basses classes en Angleterre, je suis obligé de conclure qu'elles sont au dernier degré des peuples objets de mes recherches... : peu près au niveau des sauvages, quelquefois plus bas encore”.

Un ministre dit. instruit aussi par ses voyages à l'étranger, nous dit : « Quelque mauvais que soient les effets moraux ‘des religions juive ou mahométane sur ceux qui les professent, le peuple dans les grandes villes de l'Angleterre ne retire pas même ces avantages de la sienne*. »

Quelle est, après trois cents ans de règne, la condition de cette Église prétendue nationale, dans un pays appelé autrefois « l'ile des saints”? » « La moitié des habitants de cette île sont dissidents, le reste, en majeure partie, accepte l'Église établie par pure indifférence, sans y être nullement attaché”, » Après avoir combattu si longtemps pour la suprématie, en refusant aux autres, tant qu'elle en eut le pouvoir, la plus petite liberté de conscience, «l'Église d'Angleterre accepte une servitude à laquelle les Sauteurs, la plus infûme des sectes, ne se soumettraient pas°, » La seule

1 Quarterly Review, avril 1861; p. #32-65.

® Jbid.

5 The United States, ete., par John Shaw, M. D. F,G, S., F. L. S.; ch. x, p. 244. 4 The Canary Isles, ete., par le rév. Thomas Debary, M, A5 eh. xx, p. Yo.

» The Times, 28 février 1862,

5 The Globe, cité par Pôllinger, p, 196.

liberté religieuse, survivant à tant de disputes, est « la liberté de ne pas appartenir à l’É glise établie! »

Quant aux sectes qui se sont séparées de sa communion, leurs membres se font captifs de leurs propres pensées ou se sont rendus esclaves de traditions tout humaines; ils se persuadent conserver encore leur liberté, parce qu’ils peuvent échanger une opinion vague contre nne autre, lorsqu'ils en ont la fantaisie. Mais l'Église, qu'ils ont quittée, a perdu même le droit de déterminer sa confession de foi; elle se contente de demander à un tribunal laïque la solution des questions les plus graves qui puissent agiler la conscience humaine. L'Église russe a un « synode; » elle ne peut pas en nommer le secrétaire et les officiers subalternes; ils sont tous désignés et révoqués par le czar; son président, luthérien et officier de cavalerie, « présente aux bénéfices, prononce sur la dégradation d'un membre du clergé ou propose à l'Empereur les sujets dignes de la canonisation ‘ ! » L'Église d'Angleterre, avec ses évêques choisis par le ministre du jour, a aussi une « convocation : » ses membres osent à peine ouvrir la bouche, pour ne pas faire savoir au monde que parmi eux il n'y en a pas deux pensant de même; ils s’assemblent lorsque l'autorité laïque le permet, et se retirent avec la même docilité, lorsqu'elle leur accorde l'autorisa- Lion de partir. Incapables de décider les points lesplus fondamentaux de la foi, ses membres, désireux de savoir en quoi consiste la doctrine du baptême, de l'inspiration des Livres saints ou du Sacrifice eucharistique, doivent maintenant adresser leurs demandes à un gentleman instruit, qui décide le lundi si un ministre anglican est hérétique, et le mardi si une patente a été enfreiate ou un contrat violé. L'Église établie a tellement perdu son caractère d'enseignante, que, d'après l'observation d’un organe du gouvernement, « les milliers de ses adhérents déclarés rient tout haut lorsque ses ministres dépassent leur humble sphère d'officiers d’une institution nationale?, » Le clergé anglican connait sa position et l'accepte.

L'Église officielle, il est vrai, contrairement à celle de Hollande ou de Prusse, a conservé nominalement ses formules primitives; mais elles ne sont un fardeau pour personne, l'expérience l'a montré. Son clergé a la liberté d'interpréter à son bon plaisir leurs phrases vagues et contradictoires ; ses membres laïques sont complétement libres de louer ou d’outrager, d'accepter ou de suppri-

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mer, au gré de leur humeur. « ILest à peine une forme d'imposture, affirme une des premières autorités reconnues par les Anglais, ou de combinaisons d'opinions religieuses ou irréligieuses qui ne compte parmi ses adhérents quelque ministre de l” Église d'Angleterre’. » Différant sous ce rapport de toute autre communion, la profession extérieure de membre de cette Église n'implique absolament rien quant à la croyance de ceux qui la composent.

Les noms de Wesleyen, d’Unitaire, de Baptiste, indique au moins quelque chose des théories religieuses de ceux qui les portent; il n'en est pas de même d'un ‘membre de l'Église établie, qui peut professer les idées de n'importe quels hommes : il peut adopter des systèmes contraires ou modifiés de n’importe quelle façon imaginable, sans faire nullement injure à sa profession d’anglican. Il y a, sans doute, moins de différence de sentiments entre deux membres d’une religion quelconque dans le monde, qu'il ne s'en trouve chaque jour, non pas seulement entre les laïques, mais entre les membres du clergé et les évèques du corps anglican. L'Église d'Angleterre, qui n'enseigne ni ne blâme, n’approuve ni ne condamne, ne canonise ni n’excommunie, el qui est représentée en même temps, avec une égale confiance, par des hommes dont les croyances respectives sont la négation formelle ies unes des autres, compte de son aveu, dans son sein, des partisans mal assurés de tous les dogmes religieux, de toutes les théories, de toutes les opinions opposées et contradictoires, que le protestantisme a en tout temps et par tous les moyens introduits dans le monde. L'histoire du christianisme ne mentionne nulle part un pareil mélange. « La religion de l'Église d'Angleterre, dit lord Macaulay dans un de ses essais, est en fait un ramassis sans nombre de systèmes religieux, mille sectes bataillant dans une Ë, glise. »

Il n'est pas sans intérêt de connaître avis du principal organe de publicité en Angleterre sur les résultats des missions protestantes : « Tous les missionnaires ensemble de l’Église établie et des sectes dissidentes n’ont pas acquis autant de disciples, nous assure-t-on, qu'il en reste à gagner dans la partie orientale de cette ville (Londres). On compte actuellement plusieurs milliers de issionnaires supposés très-zélés et enrichis de sommes énormes dues à la piété anglaise; leurs prosélytes de toute espèce ne sont pas plus nombreux que ceux qui manquent entièrement d’instruclion dans cette seule capitale. Les omnibus partant de la Banque,

1 The Times, 9 avril 1802.

d’après les autorités les plus graves, conduiraient nos missionnaires à une distance morale tout aussi grande, à une indigence spirituelle aussi complète, et assurément à une population aussi nombreuse, qu’on en saurait trouver dans la sphère d'action de toutes nos Sociétés de mission réunies !, »

Dernièrement les quatre archevèques protestants de la Grande- Bretagne (Cantorbéry, Yorck, Dublin et Armagh) faisaient un appel solennel aux membres de l'Église établie pour augmenter les contributions aux missions protestantes. Un ministre anglican, très-connu dans le pays, répondait ainsi dans le Times : « Je ne me suis pas encore aperçu que l'Église d'Angleterre ait travaillé avec assez de succès parmi nos pauvres dans les villes ou dans les villages, pour nous faire croire que sans elle nous serions une nation de paiens.. Oserais-je demander à nos archevêèques s'ils sont très-persuadés qu’une Église, dont les membres sont tellement pervers chez eux, soit précisément l'Église qu'il faut établir ailleurs*? » Les anglicans, paraît-il, ne se gênent guère entre eux pour reconnaitre la vérité, quel que soit leur ressentiment envers les catholiques qui se permettent de recueillir leurs paroles.

La foi de bien des ministres a été ébranlée, mais un plus grand nombre encore déclinent la responsabilité d'enseigner comme dogme ce dont les autres doutent. Si Rudelbach ose dire de PAllemagne protestante : « Les jours sont mürs pour la grande apostasie, » on dira bientôt de la protestante Angleterre : « Ges Jours sont arrivés. » L'Église peut encore la sauver, mais son peuple doit choisir et choisir vite. Pendant qu’il hésite, l'éternité l'attend.

Il y a cependant des hommes qui professent des idées plus hautes; leur attitude donne de l'espoir au milieu du découragement général. Pour reconnaître que Dieu a donné à ses créatures une religion meilleure que celle qu'ils professent, ils n'auraient qu’à s'entretenir dans des pensées plus dignes de sa suprême sagesse et de leur propre destinée, La véritable Église n'est pas seulement cette triste caricature qui parait les satisfaire. Il ya, dès ce monde, pour les enfants de Dieu un paradis dont ils pourraient aisément trouver l'entrée. Leur malheur consiste à accepter une contrefaçon après avoir entrevu un moment les caractères de la véritable Église, Ce doute suflit pour les condamner*.

1 The re 27 juillet 1861.

? Ibid , 15 septembre 1864.

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Le bien qu'ils rencontrent dans les communions dissidentes, et que l'ignorance d'un bien plus élevé les porte à exagérer, est le fruit de traditions catholiques apparaissant encore dans les pays protestants. Au milieu des sectes profondément entachées d'erreur, un faible reste de vie religieuse trouve sa source, non pas dans les traditions humaines, mais dans la puissance des doctrines que l’hérésie a obscurcies et altérées, sans les avoir entièrement effacées. S'ils « faussent les Écritures jusqu’à la ruine, » ils doivent cependant à l’Église et les Ecritures et la pieuse pensée qu’une bénédiction spéciale, pour ainsi dire sacramentelle, en accompagne l'étude pour ceux dont le cœur est pur, S'ils affectent, dans de rares occasions, d’imiter les rites de l’Église catholique, et si les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie sont représentés dans leur forme extérieure par des hommes dont les actes seraient des sacriléges s’ils n'étaient pas des illusions; ce jeu avec des ombres, quoiqu'il conduise trop souvent ses principaux acteurs à l’aveuglement spirituel et à la mort, engendre chez d’autres un désir insatiable de réalités, dont une grâce de conversion est quelquefois l’heureuse conséquence. [Il est donc vrai que tout le mal des communions hérétiques vient de leurs erreurs, tandis que le bien découle de la surabondance des bénédictions répandues avec une prodigalité divine par l'Église sur toute la terre. Elle sauve la vie même à ceux qui ne la connaissent pas. A la dernière heure de son agonie, dit une personne qui eut le privilège de connaître les plus douloureux détails de la passion, lorsque le sort des créatures appelées à l'existence était présent au regard de sa toutcscience, « Jésus pleura sur celles qui erraient, les yeux fermés, hors du jardin de l'Église, vivant seulement des parfums qui se répandaient à l'entour ‘, »

Leur Pusey el d'autres chefs de la même école, déclara qu'à moins d'aranlition de cette décision impie l'Église d'Angleterre perdrait tout droit à être considérée en nn sens quelconque comme partie de l'Eglise de Dieu. Des signataires de cette protestation la moitié se fit catholique, un est mort, les autres sont encore ministres de lPEglise établie! Lors du dernier jugement du même tribunal qui ajoutait l'énspiration des Ecritures et la damnation éternelle aux doctrines qui pouvaient être niées par un ministre anglican, les mêmes hommes se sont contentés de protester.

! La douloureuse Passion de N. S. Jésus-Christ, d'après les méditations d'Anne Ca1therine Emmerich; p.71, 5° édition, — Au nombre des faits qui pourraient présager les desseins de la miséricorde divine à l'égard de l'Angleterre, nous somines heureux de signaler la satisfaction, l'enthousiasme même, manifesté par les membres de lUniversité d'Oxford à là seule annonce que ses courageux enfants, qui ont sacrifié leur carrière et leur fortune pour embrasser la vraie foi, allaient se fiter parmi eux à la suite du rév, Père Newman, Le succès de l'ouvrage du célèbre Oratorien, Apologia pro vita méa, lui permet d'établit sa Congrégation à Oxford, (Le Monde, 25 no= vetilre 1864.)

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