SUÈDE ET NORVÉGE
En Suède, dont l'histoire religieuse ressemble entièrement à celle de l'Angleterre, nous voyons encore les phénomènes des communions « réformées, » le servage du clergé, l'extinction de la foi, une immoralité prodigieuse. L'Église-État n’a pas d'existence en dehors du souverain. La « chambre du clergé, » qu'on suppose, par une fiction légale, régler elle-même ses affaires, a autant d'indépendance et de vitalité que le synode moscovite ou la convocation anglicane. « Le roi, un auteur protestant l’observe, à le pouvoir de veto absolu sur tous les projets qui tenteraient de changer ou de réformer les lois ecclésiastiques. » « La première idée de liberté religieuse entre à peine dans un esprit suédois !, »
Au sujet de la décadence de toute doctrine positive, qui a donné lieu à la froide indifférence, Liebetrut s'exprime en ces termes : « L'Église de Suède est une Église désolée, morte, gisante sous le coup do anathèmes de Dieu. L'unité de cette Église est l'unité et la paix d'un cimetière*.» QI est dans la nature des choses, remarque le docteur Dôllinger, qu'une Église-État, qui est un retour vers les idées paiennes d'unité nationale au lieu d'unité chrétienne, puisse plus désormais dans son isolement inspirer la piété ou atürer le respect. » «Je trouve, dans les classes moyennes et supé: rieures, une défiance et un mécontentement prononcé à l'égard des ministres, » observe M. Loring Brace en 1857. « L’ Église de Suède se pétrifie lentement par pure inertie*. »
On trouve encore quelques signes de vie dans une partie des paysans, auprès desquels , selon M. Brace, « le formalisme de l'Église a perdu son prestige ; » malgré desévères pénalités, 1ls com: mencent à substituer le Läsarne, espèce de méthodisme, à la religion d'État. Cette nouvelle « réforme a déjà produit de tristes résultats physiques, » y compris l'hystérie et la folie furieuse.
Quant à l'état moral de ce pays, où professer la foi de ses premicrs apôlres est encore puni par la confiscation et par l'exil,
Home Life in Norway and Sweden, par Charles Lorimg Brace, ch. xxm, p. 182 ch. xxxix, p. 511 (1857),
Ap. Düllinger, p. 259.
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nous avons les indications récentes d'écrivains protestants : « Dans aucune communion chrétienne, la religion n’a moins d'influence sur l’état moral du public, » écrit M. Laing. « Lorsqu'on est dans les rues de Stockholm, on peut faire cette réflexion : Sur trois personnes passant à vos côtés, il y en a une qui provient d’un commerce illicite, et sur quarante-neuf, une au moins s’est rendu coupable d'offenses criminelles !. »
Miss lredericka Bremer, Suédoise protestante, rapporte en confirmation de ces déplorables faits, « que souvent les émigrants scandinaves viennent en Amérique avec la croyance que l’Église- État et la religion sont une seule et même chose; lorsqu'ils laissent derrière eux la première, ils n’ont plus rien à déméler avec la seconde. Cette longue contrainte des intelligences, » dans un pays qui se vante de la liberté protestante, «a détruit leur force intellectuelle, et ils se trouvent très-fréquemment en Amérique au premier rang de ceux qui rejettent toute espèce d'Église et les lois les plus impérieuses ?, »
Rien d'étonnant si les auteurs protestants, Laing, Taylor ct Brace, familiers avec ce pays exclusivement protestant, résument, en ces termes, leurs impressions sur son état actuel : « La Réforme, en ce qui regarde la condition morale du peuple suédois, a fait plus de mal que de bien. » « La Réforme aurait besoin d’être réformée. » « Ce siècle-ci verra la rupture et le bouleversement de l'Église-État en Suède. »
Il paraîtrait impossible de faire une peinture plus sombre d’une communion « réformée ; » cependant, M. Inglis, autre voyageur protestant, ne craint pas d'avancer que « le degré de la moralité est, en Suède, beaucoup plus élevé qu'en Norvége ! » Dans cette dernière contrée, « l'indifférence à l’égard de la religion est générale, »
! Tour in Sweden, ch. 1v, p. 115, 125.
* Homes ofthe New World, vol. U, lettre xxiv, p. 219. Voir aussi Chronique reliyieuse, tome IE, p. 495 Mémorial cathylique, tome NI, p. 130; De l'Etat religieux de la Suède.
5 Norway, Sweden and Denmark, par IL. D. Inglis, part. IE, ch. 1, p. 142, 4° édit. — D'après un voyageur plus récent, il y aurait une amélioration sensible depuis la visite de M, Laing. Through Norway, par W. M. Williams, ch. vin, p. 138 (1863).— L'Osservatore cattolico de Milan a publié un intéressant article sur les missions des Barnabites en Suède et en Norvége, en voici quelques passages : « Deux Pères ilaliens, ærivés à Stockholm vers la fin de mai 1864, ont prêché en français les trois derniers jours du mois, On remarquait parmi les assistants la reine mère, veuve du roi Oscar, hquelle est catholique. Les Français et les Italiens établis dans la capitale de la Suède out accueilli les missionnaires avec la plus grande joie. Depuis lors, des prédications en français ont lieu tous les dimanches. En même temps, le Père Stub, qui est né en Nor-