‹ Les missions chrétiennes [microforme]Chapitre 14 sur 226 · D | [ED EN · texte numérisé non relu

D | [ED EN

MISSIONS DU :EVANT. 57

quarante missionnaires américains! Nous doutons fort que ces messieurs continuent leur œuvre à l'heure présente, ou même qu'ils se trouvent dans le pays. Si la guerre civile en Amérique a produit de grands désastres, elle a produit de grands déficits dans le budget des missionnaires. L'argent prodigué pour répandre l'erreur est employé maintenant pour acheter des armes. Or, nous savons que du moment qu’un missionnaire protestant trouve son bien-être compromis, il abandonnera ses ouailles et retournera chez lui. Nous ne renoncçons pas à fournir plus lard des détails curieux sur ces résultats de la guerre civile.

Une source précieuse et très-inattendue nous est ouverte par une main savante; nous sommes heureux et fier d'y puiser. Un journal russe, la Lecture chrétienne, publié par le séminaire des hautes études ecclésiastiques deSaint-Pétersbourg (novembre1865), va nous faire connaître le succès des missions catholiques dans Îles îles de l'archipel Grec. Nous citons la traduction textuelle :

« L'ile de Syra, dit ce journal, est la résidence de l'archevêque catholique, qui étend sa juridiction jusque sur le royaume de Grèce. Cette île était habitée, au commencement de ce siècle, uniquement par des Grecs catholiques du rite latin, au nombre d'environ cinq mille. Depuis 1821, ce nombre à augmenté de plus du double. L'ile’ entière leur appartient, quoiqu'il s'y trouvât près de vingt mille Grecs réfugiés lors de la révolution. Le clergé catholique fait preuve d'un zèle prodigieux. Les églises s'élèvent comme par enchantement. Ainsi, pour en donner un exemple, à peine les réfugiés grecs avaient-ils eu le temps de fonder une nouvelle ville sur les ruines de l'antique Hermopolis, qu'un des premiers et des plus beaux édifices fut une église catholique, et à l'heure présente le sommet de l’ancienne Acropole qui domine la ville entière, est couronné par une église catholique splendide. En outre, depuis 1821 jucqu’à l’année 1861, une dizaine de chapelles publiques furent bâties dans cette ville, tandis que les grecs orthodoxes, beaucoup plus nombreux, se contentent de deux églises fort modestes. Il y a un séminaire d'où sortent tous les ans bien des missionnaires qui se répandent partout.

Dans l'île de Tinos, où la population est moitié catholique, moitie orthodoxe, l'évêque catholique a fondé aussi un séminaire qui, en 1850, ne fournissait qu'un petit nombre de missionnaires ; mainteuant il en envoie de tous les côtés.

L'ile de Naxos compte environ huit mille catholiques, parmi lesquels beaucoup de familles francaises. Il y à un couvent de femmes et une école où les jeunes grecques orthodoxes reçoivent

une éducation toute catholique, et donnent de nombreuses recrues à cette communauté religieuse.

En général, le clergé catholique, avoue notre journal, est instruit. Tous ses membres parlent l'italien, le grec moderne et savent bien le latin. Mais leur immense avantage sur le clergé orthodoxe, c'est qu’ils deviennent tous, plus ou moins, de bons prédicateurs. Leur instruction théologique et leur activité devient pour eux une source d'innombrables avantages. Ils ont en main toute l'éducation religieuse de la contrée et ils paralysent l’inflüence morale du clergé grec, qui ne possède pas un seul établissement d'éducation cléricale dans les îles, et se trouve obligé d’aller recevoir l'instruction à Athènes. Mais l’éloignement et les frais de cc voyage coûteux empêchent la plupart des lévites de l’entreprendre, ce qui annule entièrement l'influence de la prédication orthodoxe. Les catholiques comptent leurs prédicateurs par centaines. On les trouve partout, dans les villes, comme dans les moindres villages, et d’après le témoignage de personnes dignes de foi, ils s’acquittent de leurs devoirs avec un zèle et un soin remarquable. Les orthodoxes, au contraire, à l'exception des grandes villes où l’on rencontre quelquefois des prédicateurs, n’entendent jamais de sermons dans leurs églises, et s’il leur arrive d'en avoir, cela se borne à la lecture d’une homélie ancienne dans une langue presque incompréhensible à la majorité de l'auditoire. Il en résulte que les prédicateurs catholiques font chaque année une abondante moisson dans le champ de l’Église orthodoxe. Ces ouvriers actifs et intelligents emploient dans leurs sermons le grec moderne ou V’italien, selon les besoins des auditeurs. C’est au nombre et au talent des prédicateurs, dit encore le journal russe, d'après les témoignages de voyageurs protestants, qu'il faut attribuer la supériorité que les populations grecques catholiques montrent sous le rapport des mœurs, sur ieurs concitoyens orthodoxes. Les catholiques parmi le peuple sont extrêmement laborieux, pleins d’honnêteté et de bonté; ce qui fait que les étrangers préfèrent de beaucoup avoir affaire avec eux qu'avec les orthodoxes, »

Page 1