À FA
1858 une lettre très-intéressante que nous voudrions pouvoir reproduire en entier : «Nos sœurs comptent déjà dans leurs classes soixante-cinq à soixante-dix élèves de toute nation, dont à peu près le tiers est catholique. Toutes les élèves sans exception apprennent le même catéchisme et les mêmes prières, suivent les mêmes instructions, et, autant que possible, assistent tous les jours à la messe.
« Entraïînés par l’exemple et par le désir d’un peu de science et d'instruction religieuse, les enfants du pays se présentent chaque jour à la porte de notre établissement. — Si la maison était assez grande, nous aurions, je crois, toutes les petites filles de Brousse. |
« Nos élèves ont déjà fait des progrès sensibles, surtout dans leur propre langue. Un jour on montrait à un prêtre arménien hérétique, qui était venu chez nos sœurs, le cahier des devoirs en turc d’une petite fille de sa nation. Le prêtre, après avoir bien examiné, tourné et retourné en tous sens : Ma foi, dit-il en poussant «un petit soupir admiratif, celle-là en sait plus que moi ; » ce qui ne donne pas une haute idée de la science du clergé schismatique. Quand ces enfants sortiront de nos écoles, après avoir bien appris leurs prières et leur catéchisme, elles pourront être en état d’enseigner la théologie à leurs confesseurs. Quelqu'un me disait hier qu'une des plus grandes qui a déjà quitté les classes, ayant été à confesse, s'accusait en détail des fautes qu’elle avait commises ; le confesseur, pressé sans doute par quelque affaire de trafic, car tous ces prêtres hérétiques font un petit commerce, voyant que la chose traiînait en longueur : « Tu crois donc, lui dit-il, que J'ai le « temps d'écouter toutes ces sornettes ! Allons, vaL’en, tu m'as en- « nuyé. » La pénitente ne répondit rien, bien entendu, elle se serait exposée à recevoir un soufflet ; mais elle n'en pensa pas moins, Avec le temps tout cela portera des fruits de salut. »
M. Bonnieu parle ensuite des égards des musulmans. « Toi les Turcs en général, non-seulement nous tolèrent, mais paraissent avoir pour nous de l'estime et une véritable affection. Nos Sœurs vont partout chez le Turc où la charité les appelle ; elles pénètrent dans toutes les demeures où il ÿ à un malade à consoler, un pauvre à secourir, et partout elles sont entourées de respect et de vénéralion, partout elles inspirent la confiance. Quelquefois les femmes turques, à la vue de tait de dévouement, restent tout étonnées et pleines d'admiration. « Que vous êtes bonnes, leur disent-elles, que vous « êtes charitables! C'est dommage que vous ne soyez pas de notre religion... » Ainsi donc les Turcs ne nous en veulent pas trop. Ils
ne sont pas non plus nos plus grands ennemis. Ce sont les protestants qui nous poursuivent nuit et jour à outrance. Ils ne nous font pas une guerre ouverte; mais c’est en dessous qu'ils agissent, c’est de loin, à l'écart, qu’ils mordent comme le serpent. »
Rassurons-nous; l’année suivante, nous apprenons par le même missionnaire que ces serpents sont devenus plus bénins; plusieurs sont allés mordre ailleurs.
Quelques-uns probablement ont regagné Constantinople, pour se livrer à la confection des correspondances qu’ils envoient en Amérique au journal le Messenç ger, et qui amusent beaucoup les Tures lorsqu'elles reviennent imprimées. Celle-ci par exemple extraite textuellement : « Le sultan Abdul-Azis vient d’être pris tout à coup du désir de s’instruire de la religion réformée. Il lit continuellement la Bible..." Quelque prédilection qu’il conserve encore pour le Coran, il en a une plus forte pou. la Bible, dont il ne peut plus se passer et pour laquelle il a fait faire un pupitre exprès. Pendant qu'il se livre à cette lecture, il est défendu de l’en distraire, même pour lui parler des affaires de l'État, etc., etc. » Preuve évidente que les ministres protestants jouissent en Turquie d’une influence immense, et que les milliers de dollars sont fructueusement employés !.
« Les ministres américains, continue la lettre, ont ici pour émissaire en chef ou adjudant-major, un médecin, nommé Corfiote, fils aîné d’une mère grecque et d’un père luthérien. Comme son art lui donne accès dans les familles, 1l pénètre partout et profite de toutes les occasions pour nous déchirer.
« L'autre jour, une petite hérétique qui fréquente nos classes, en arrivant à l'école, montre à la maitresse son catéchisme tout lacéré : « C’est le docteur qui l'a fait, dit-elle en pleurant, parce qu'il y a «trouvé, à ce qu'il prétend, des erreurs, des mensonges et des « superstitions. »
« Une élève de nos sœurs est-elle indisposée, aussitôt le docteur arrive : «Oh ! mon enfant, en quel état vous vois-je! Cessez, cessez, vous dis-je, d'aller chez les Sœurs, ou vous êtes perdue. On ne respire dans ces classes qu'un air pestilentiel. J'aperçois déjà sur votre figure des symptômes d’une maladie qui pourrait avoir des “attes funestes. Et vous, mère, si vous aimez votre fille, gardez- -la près de vous, ou je ne réponds de rien. La petite cesse de venir à l’école, quelquefois pour toujours. Ce qui nous console un peu, c’est que tous les protestants ne sont pas de cette trempe. Le doc-
! Écoles d'Orien, n° 21, p. 205.
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teur, dont la fille vient chez les Sœurs, est plus modeste et plus modéré, parce qu’il est pauvre ! Pendant l'hiver dernier, qui a été ici très-rigoureux, un beau matin, ce docteur envoya son domestique chez nos Sœurs pour les prier, de sa part, de lui prêter quelques oques de charbon. Nos Sœurs furent heureuses de lui rendre ce petit service dont il fut très-reconnaissant. Mais pourquoi ne s'adressait-il pas à ses ministres, à son consul, ou à queique né- … gociant de sa secte ? C’est parce que la charité qui couvre la honte » et jette un voile sur toutes les misères humaines ne se trouve que chez les catholiques. Les dissidents, nos chers frères séparés, ont © bean faire, ont beau dire, ils sont forcés dans mille occasions, directement ou indirectement, de rendre hommage à la vraie vertu et à la vieille foi de Rome. »
On ne s’apercevrait certainement pas à la lecture de ces intéressants récits que l'auteur, M. Bonnieu, est en Turquie … depuis trente ans plus occupé des langues du pays que: de la - sienne, : Le même missionnaire, que nous aimons à citer, écrivait en- … core en juillet 1858. « L’ignorance religieuse règne dans tout le pays; mais elle d°.nine parmi les Arméniens hérétiques dont … beaucoup d'enfants fréquentent nos écoles, C'est sans doute cette
+ crasse ignorance des vérités de la foi qui les tient dans l'erreur et les … empêche de rentrer dans le sein de l'£glise. ve clergé schismatiq'e … n'a aucune idée des grands mystères de notre sainte religion ; &t * quand un prêtre ou un évêque arménien veut se convertir, nous sommes obligés de leur enseigner le catéchisme, comme on fait chez nous aux enfants qui se préparent à la première communion. »
Un peu plus loin, M. Bonnieu nous dit : « Cette ignorance religieuse disparaît de jour en jour, grâcé à l'instruction que les 4 enfants de toute croyance reçoivent dans nos écoles ; et le clergé Phétérodoxe sera bien obligé, bon gré mal gré, de se mettre au !moins au niveau des connaissances que possède le peuple, s’il ne . veut être honni et méprisé de sa nation. Selon nos faibles idées, une « ère nouvelle commence pour quelques fractions de l'Église orien- * tale et d'autres tribus qui sont encore dans les ténèbres, assises à | l'ombre de la mort.
«La maison que j'habite, et dans laquelle nous faisons l’école aux garçons, nous coûte huit mille francs de loyer ; c’est l’ancien palais ù d'Abd-el-Kader. misérable demeure en bois vermoulu, ravagée 7 par les derniers tremblements de terre qui ont fait de Brousse
Æ tn tas de ruines et de décombres... Quand il pleut, chaque
enfant se réfugie sous son ombrelle et y reste tapi jusqu'au retour du beau temps. »
Le mois de Marie, prêché en turc et accompagné de gracieux cantiques, produisit le meilleur effet. On put même cette année faire à Brousse une procession du saint sacrement. « Tous les représentants des puissances étrangères, dont deux sont protestants, l'ont honorée de leur présence ; trois consuls portaient le dais, celui de France, de Sardaigne, et le chargé d’affaires des sujets latins-ottomans!, »