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LES DRUSES

Il est temps de quitter les montagnes et les vallées du Liban, où nous avons trouvé, au sein d’une terre abandonnée depuis longtemps à l’impiété et à l'erreur, un tableau qu'un chrétien peut contempler avec amour. Joint à une profonde conviction religieuse qne les siècles n’ont point ébranlée, et cette horreur instinctive de l'hérésie qui est une des marques les plus sûres d'élection, ils possèdent, comme l’accordent même leurs ennemis, valeur, dignité, paix, prospérité, industrie. Telle est, d’après les témoignages protestants, l'influence de la religion catholique sur des natures généreuses, que pénètre sa puissance ; tels en sont les effets chez un peuple d'origine arabe, entouré de races et de tribus pour lesquelles la foi est un songe, et la vertur jet de risée.

La seule réflexion qu’ait suggérée + . à ministre anglican du genre de M. Porter la singulière forme de religion des Druses, qui semblent préférer par instinct le crime et l'ignorance avec l’hérésie, à la vertu et à l'instruction en union avec l'Église, est celle-ci : « Combien il est triste, s’écrie le révérend George Fisk, que le papisme ait entaché les restes de la gloire du Liban ! » M. Fisk embrasserait avec ardeur les Grecs et les Arméniens, noyés dans la décrépitude intellectuelle et morale, parce que, d'après lui, ils tiennent « aux grandes vérités premières de l'Évangile ; » et quoique «sous bien des rapports superstitieux, et manifestement corrompus, » ils ont le mérite qui remplace tous les autres : « celui de ne s'être jamais plongés dans l’apostasie de Rome?, » M. Fisk n'a pas

! Turkey, üreece and Malta, vol. M, ch. xx, p. #25.

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lu, apparemment, peut-être a-t-il oublié, les témoignages d'écrivains protestants déclarant que les seuls Grecs et Arméniens dignes du nom de chrétiens sont ceux qui ont puisé une nouvelle vie dans leur réconciliation avec l’Église.

Nous parlerons brièvement des Druses, dans le bât unique de signaler les rapports intimes des ministres protestants avec eux. Chassés par les Maronites avec les marques évidentes de mépris et de dégoût, ces missionnaires se réfugièrent chez leurs hostiles voisins, et recherchèrent leur alliance. L'infamie de leurs mœurs et leur indifférence pour toutes formes religieuses, ne furent pas des obstacles aux négociations. Protestantiser les Druses et tourmenter les Maronites, ce serait un double triomphe; mais ils n’étaient pas destinés à le remporter. « Les Druses, disait avec conliance le docteur Yates, s’uniront avec les chrétiens protestants, et le pouvoir des Osmanlis tombera‘, » M. Fremantle, ministre anglican, pensait qu’ils deviendraient « épiscopaliens indépendants ; » et comme si ce n'était pas assez pour stimuler en Angletetre les espérances de ses coreligionnaires, il ajoutait gravement, dans un rapport publié par la « Société pour la diffusion de la connaissance du christianisme, » « qu'ils désiraient s’unir à l’Église anglicane*. » Nous ne demanderons pas si M. Fremantle le croyait réellement.

Les Druses, comme l'observait M. Chasseaud en 1855, sont des hypocrites sans conscience ; ils affecteront d’être de la religion de n'importe quel parti dans lequel ils se trouveront engagés®, Ils prétendent être mahométans quand cela leur convient, assure M. Paton'. Tous les écrivains s'accordent à les représenter comme impies, faux et altérés de sang. D’après le docteur Clarke, « quelques-uns parmi eux donnent certainement à un veau les plus grandes marques d'adoration*. » Risk Allah déclare, d’après ses propres observations, que tout en montrant du respect pour Île mahométisme, ils n'hésitent nullement à dénoncer Mahomet comme un faux prophète ; les Druses, de même que les Kurdes, se sont fait une telle idée de la croyance des protestants anglais, « qu’ils regardent leur religion comme une espèce de franc-maçonnerie, ressemblant bsaucoup à la leur propre ; » un de leurs chefs assura qu'un grand émir anglais » le lui avrit dit‘.

! Modern History of Egypt, vol. I, ch. 1v, p. 108. The Eastern Churches, p. 44, 49.

The Druses of the Lebanon, par George Washington Chasseaud, Modern Syrians, p. 309.

Clarke’s Travels, vol. 1V, p. 130, Vair l'ouvrage de Risk Allah cité plus haut, p. 292.

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Les commentaires des protestants anglais au sujet de l’insurrection Turco-Druse de 1860, apprennent avec quelle certitude les athées de Syrie comptaient sur leur sympathie, et combien ils avaient raison, Tous leurs éloges sont pour les Druses, tous leurs sarcasmes pdur les Maronites, « Les Maronites sont de purs sauvages, » dit un des organes les plus accrédités du protestantisme ; el, comme si ce n'était pas assez, il ajoute gravement que « jusqu’au moment de leur triomphe, la conduite des Druses n'avait mérité aucun blame ‘1 » Ce n’est qu'une version nouvelle de l’ancien cri : Non hunce, sed Barabbam. Les adorateurs d'un veau sont mis au-dessus des disciples de la Croix ; et les Maronites, dont les voyageurs de toutes les croyances reconnaissent le noble caractère et la vertu, sont représentés, sans hésiter, comme «de purs sauvages » par cet instinct de haine qui peut corrompre même le génie.

Une autorité également imposante, le Times, observe que « le grand chef Pruse, Mohamed En-Nasar, l'instigateur de ces boucheries, comptait sur le secours des Anglais, et en conséquence, nous n'avons pas besoin de le dire, sur une récompense anglaise ?, » Ses calculs ont été amplement justifiés. « Les Druses, remarque un voyageur qui a vécu parmi eux, cherchent un refuge dans les bras de l'Angleterre, parce qu'ils savent que toutes les nations de l'Europe les ont jugés et condamnés *, » Un autre voyageur entendit un Anglais assurer à un sheik maronite, que l'Angleterre avait donné son appui aux Druses uniquement pour contrebalancer l’influence de la France sur les chrétiens. « Alors vous admettez, répoudit le chef maronite, qu'aussitôt que la France commence à travailler pour Dieu, l'Angleterre prend les armes pour le démon,»

Le sheik maronite ne se trompait point. Les actions des Turco- Druses, en 1860, ne sont pas indignes des puissances de l'enfer. On se rappelle les massacres de Deir-el-Kamar où trois mille hommes furent égorgés par ces hordes sauvages que les muftis, du haut de leurs mosquées, avaient préparé au carnage. Comme les morts restaient sans sépulture et devenaient la proie des chiens, Druses et Turcs se réjouissaient et disaient : « Voilà ces chiens de chrétiens et leurs prêtres ; n'est-il pas naturel que les chiens leurs semblables les mangent et s'en engraissent, » Cependant, à la veille du massacre, le pacha avait réuni les chrétiens de Deir-el-Kamar,

{ Saturday Review, 20 avril 1861.

3? The Times, 1° septembre 1860,

* La Vérité sur la Syrie, par Baptistin Poujoulat, lettre XL, p. 489 4 Mislin, des Lieux saints. tome LE ch. vtr, p 156.

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Le gouverneur de Zahleh s'était engagé sur l'honneur à empècher la prise de cette ville ; il envoya des troupes pour intercepter l'arrivée des secours aux assiégés, qui bientôt sans munitions, furent à la merci des Druses.

Deux jours après la conclusion de la paix entre les Maronites et leurs ennemis, le soulèvement eut lieu à Damas. Le pacha de cette ville avait eu soin de publier le samedi 7 juillet, que personne n'avait rien à craindre, Le lendemain, des croix étaient étendues sur le sol dans toutes les rues par où les chrétiens devaient passer. Les musulmans, pour exciter le fanatisme, en avaient pendu au cou des animaux immondes. Ils promenèrent dans toute la ville trois chrétiens des plus notables, avec une grande croix de fer-blanc attachée; aussitôt ils commencèrent le pillage et l'incendie en vomissant contre Jésus-Christ et sa religion les plus affreux blasphèmes. Le 11 eut lieu le massacre qui dura quatre jours. Six mille chrétiens perdirent la vie, parmi lesquels quarante prêtres dont huit religieux l'ranciseains,

Sans redire toutes ces scènes hideuses dont le souvenir fait en-

. core frissonner, rappelons cette sombre statistique vérifiée exacte

dans toute son horreur :

lcoles détruites, vingt-huit.

Élèves de ces écoles massacrés, dit-huit cent trente.

Églises renversées, cinq cent soixante.

Couvents brûlés, quarante-deux.

Villages détruits, trois cent soixante.

Établissements religieux des Européens détruits, neuf.

Nombre total des victimes : quarante mille, en comprenant les morts par suite de la faim ou de la maladie.

Comme la plupart étaient des hommes valides, des pères de famille, on conçoit quelle quantité de femmes, d'enfants sans appui, d'orphelins ces événements ont fait, Ces derniers s’élevaient à plus de vingt mille. D'après les expressions du rapport général de M. l'abbé Lavigerte, délégué par la France pour porter des secours à ces populations en détresse, « ils étaient après les massacres, deux cent mille chrétiens mourant littéralement de faim. » Ce fut alors que les émissaires anglais entreprirent de s'emparer des enfants pour les conduire dans leurs orphelinats ; et profitant du désespoir où la misère avait réduit ces malheureux catholiques, ils vendirent leurs aumônes au prix de l’apostasie !

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Lord Carnarvon, qui représente l’esprit officiel en Angleterre, se permit de composer une apologie presque enthousiaste en faveur des Druses ; il insiste pour que « les puissants liens de gratitude d’une part, et les bons offices de l’autre qui ont attaché les Druses à l'Angleterre, ne soient pas légèrement rompus sous des prétextes moraux ou politiques. » En d’autres termes, il est digne de l'Angleterre de se faire la patronne du crime et l’adversaire de la religion chrétienne, si, en acceptant cette mission, elle peut contrebalancer l'influence française.

Il paraît, cependant, que malgré la sympathie et l'alliance avouées entre les Druses et les Anglais, les premiers ne faisaient que se jouer aux dépens de M. Fremantle quand ils l’encourageaient dans ses riantes espérances. M. Walpole nous dit, onze ans après la confiante prédiction de ce ministre : « Chez les Druses, les missionnaires protestants n’ont fait, je crois, aucun progrès. » Ïls ne sont point encore affiliés à «l’ Église d'Angleterre, » et il n'existe pas de promesse immédiate qu’ils le seront. « Beaucoup se disaient convertis, ajoute M. Walpole ; mais dès que le prédicant rejetait quelques-unes de leurs demandes, ils lui tournaient le dos et disaient : « Nous vous écouterons aussi longtemps que vous nous payerez?. » Telle était leur façon d'apprécier la valeur du protestantisme.

En 1862, la Société Church Missionary fait ce rapport sur les Druses : « Il ne paraît pas encore qu'il y ait d'ouverture pour la réception de l'Évangile parmi eux ; au contraire, leur haine pour les chrétiens et le christianisme semble augmenter s’il est possible; toute entreprise directe de mission les irrite profondément et alarme leur fanatisme. » M. Fremantle était apparemment trop ardent.

Ces opérations infructueuses des protestants dans le Liban ne sont pas les seules. Nous nous souvenons des deux « frères rusés » qui vinrent à Malte, et « qui consentirent à être baptisés, » à condition de recevoir quelques centaines de livres sterling. D'autres ont imité ces néophytes du Liban avec plus de succès encore. Le docteur Carne raconte l’histoire du « fameux Eusèbe évêque du mont Liban, » qui surpassa de beaucoup, comme il convenait à son rang élevé, les exploits de ses astucieux diocésains. Ce prélat grec « fut chaperonné dans plusieurs collèges à Oxford par un des

1 Recollections of the Druses, par le comte de Carnarvon, ch. vu, p.119, 2 The Ansayrüi, ch. xv1, p. 550.

3 Sixty-third Report. p. 66.

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maîtres ès-arts. » Ses intentions anti-romaines lui valurent un excellent accueil dans cette société ; mais l’adroit oriental ne faisait que spéculer sur l’inépuisable crédulité et la sympathie de ses hôtes, dont les gens de son espèce ont si souvent abusé. Le docteur Carne a soin de nous l’apprendre. « Eusèbe obtint une excellente presse à imprimer, et environ huit cent livres sterling. Quand nous étions à Sidon, nous trouvàmes que ce dignitaire oriental menait à quelques lieues de là une vie somptueusement confortable, ne se refusant aucune jouissance. Avec cet argent, qui était une fortune pour l'Orient, il avait acheté une bonne maison avec jardin ; pas une obole n’avait servi à améliorer la condition des chrétiens d'Orient; on sut que la presse, ou plutôt des fragments de cette presse, avaient pris le chemin d’Alexandrie‘. » Oxford

devrait apprendre à se défier des faux-convertis, surtout des convertis d'Orient.

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