GÉORGIE,. PERSE
Au treizième siècle, en Géorgie, on ordonnait aux chrétiens de fouler aux pieds la croix, et des multitudes gagnèrent la couronne du martyre ?. Aujourd'hui, on trouve dans ce pays des missionnaires protestants, allemands, américains et écossais. Un voyageur anglais visita près de Tiflis la colonie allemande, dirigée par le minis‘e luthérien Dittrich. « J'appris avec chagrin de M. Dittrich, nous dit-il, que les colonies allemandes n'étaient pas florissantes.… Il régnait parmi les colons une grande désunion résultant surtout de la différence d'opinions religieuses”. »
Le docteur Bodenstedt s'exprime en ces termes au sujet des colons d'Abbas Tuman, qu'il trouva aussi dans une grande misère : « Le déplorable désaccord dans lequel ils vivent entre eux fait taire la compassion *. » Cependant ces hommes croyaient avoir qualité pour
1 Ces sectaires n'osent prononcer les mots qui commencent par la lettre 4, parce qu'elle est la première du mot haitan, d'où est venu notre mot Satan.
* Histoire de la Géorgie, par M. Brosset, tome 1, p. 504
* Wilbraham, Travels in the Trans-Caucasian Provinces, ch, xvu, p. 182.
The Caucasus, ete, vol. IE, p. 27.
convertir Les Arméniens à l’une ou à l’autre de leurs eroyaness incertaines, ou à toutes ces croyances à la fois.
Aux Américains de Shooshà, en Géorgie, l’empersur de Russie envoyait l'admonition suivante : « instruit par l'état réel des choses, que vous n’avez encore converti personne depuis le temps de votre établissement à Shooshà, et que, sortant des limites tracées pour la conversion des païens, vous avez dirigé vos vues sur la jeunesse arménienne, ce qui a soulevé, de la part du clergé arménien, des plaintes dont les conséquences pourraient être très-regreltables; les ministres de Sa Majesté ont résolu de vous interdire lous travaux apostoliques, vous laissant à l'avenir le choix de vous livrer à l'agriculture, à l'industrie où au commerce des produits manufacturés. a plu à Sa Majesté l’empereur de confirmer ce déeret!.
I est vrai que l'empereur essayait d'imposer également silence aux catholiques, non parce qu'ils n'avaient pas réussi comme les Américains à convertir les païens, mais parce qu'ils auraient converti toute la contrée si on n’y avait mis bon ordre. Cependant le docteur Wagner trouva huit mille catholiques à « Kutais ou dans les environs, » qui tous parlaient le dialecte imérien ; tandis que tous les éléves du couvent au nombre de trente où quarante « lisaient et écrivaient le géorgien, ct lisaient en outre l'italien avec assez de facilité, » Il constate également le respect et l'estime que le supérieur des Franciscains avait acquis dans la ville et dans le pays, et il ajoute : « J'ai souvent été témoin de la vénération filiale qu'avaient pour lui les enfants arméniens?. » Le baron Haxthausen parle aussi d'un missionnaire italien, mort depuis trente ans, et compté par les Géorgiens au nombre de leurs saints. Ces Religieux inquiélés par le czar, furent récemment bannis du territoire géorgien avec la brutalité moscovite.
Par une inconséquence qu'il est bon de signaler de la part de la Russie, si jalouse de la conservation des rites, les Géorgiens unis, qui célèbrent en cette langue , ont été obligés d'embrasser soit la langue et le rite des Arméniens, soit la langue el le rite latins, En 1855, il y avait encore à Ardakan, en Turquie, cent vingt familles qui conservaient les oflices en langue géor gienne et d’après le rite grec. Elles émigrèrent à Akaltzik, dns la Géorgie russe. Le chef des Géorgiens non unis de cette ville ayant
1 Cité par Perkins, p. 221.
2 Travels, vol, H, ch. nr, p. 202.
voulu les ranger sous sa juridiction, elles passèrent au rite armé-
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nien et en prirent la langue pour conserver l'union catholiqu ies Géorgiens catholiques sont depuis quelque temps sans évêque de leur nation. Ceux qui sont latins dépendent de l'évèque latin de Tiraspol, résidant à Saratof; il administre tous les c:tholiques du Caucase par le chanoine délégat de Tiflis. Les Géorgiens arménisés relèvent des supérieurs arméniens !,
Les missionnaires américains ne furent pas traités avec beaucoup d’indulgence, mais pour des raisons fort différentes.
Lorsque M. Perkins sollicita la sympathie du très-honorable Henri Ellis, ambassadeur d'Angleterre en Perse, en 1835, il reçut celte réponse : « Le projet d'introduire les pures doctrines de l'Église réformée, parmi les chrétiens nestoriens de cette contrée, ne peut manquer d'être un objet d'intérêt profond et sérieux pour le gouvernement de Sa Majesté*. » La Russie, avec plus de discernement, renvoya promptement les amis de M. Ellis comme devant devenir sans doute fort désagréables, et suggéra à leur activité un but plus conforme à leurs goûts : l'établissement de manufactures, ou le commerce de leurs produits. |
Sir Robert Porter parle ainsi des émissaires partis de l'Ecosse : « Une colonie écossaise de missionnaires s’est étabiie dans les environs de Constantinogorsk ; mais elle est plutôt une société agricole qu'un collège de théologiens. »
En Perse, où les Jésuites reçurent autrefois des honneurs jusque sous la tente de Nadir-Schah, comme leurs frères en reçurent dans celle d'Akbar*, Napoléon stipula par le traité de 1808 une clause protectrice en faveur de leurs successeurs que la France pourrait envoyer dans cette contrée. Les missionnaires, revêtus de l'honneur apostolique de la chasteté et de la sainte pauvreté, ont conquis le respect des disciples du faux prophète; tandis qu’une troupe de ministres américains distribuent de tous côtés les sommes énormes qu'on leur prodigue. L'argent qu'ils répandent, dit le préfet des missions en Perse, est une forte tentation pour certuns Arméniens qui les suivent quelque temps, afin de profiter de leurs largesses, mais ils restent invariablement attachés de cœur aux croyances de leur propre religion *. Le clergé arménien,
! Documents relatifs aux Églises de l'Orient, par Adolphe d'Avril. Paris, 1862 Residence in Persia, te, p. 219.
Travels in Georgia, vol. p. 47.
Crétineau-Joly, tome VE ch. 1, p, 1.
% Annals, vol, Ep. 9.
nous raconte la femme d’un ambassadeur anglais, « reçoit un salaire » de ces missionnaires, comme celui des environs d'Urmia. La même personne écrit des Lazaristes français : « Ces hommes sont remplis de zèle et d'activité, mais ils sont pauvres et tout à fait incapables de lutter avec les trésors de Boston‘. » Telle est partout l'influence des missionnaires protestants lorsqu'ils en ont une : engendrer la corruption et l’immoralité, sans produire même un semblant de conviction religieuse; détruire la foi, mais ne jamais l’inspirer ; et entraver ceux qui, malgré leur pauvreté, savent allumer le flambeau de la vérité et de la charité dans les cœurs.
lis n’essayent même pas, comme on peut le prévoir, de convertir les Persans, qui, à l'exemple de tous les Orientaux, les supposent athées. M. Perkins rapporte imprudemment un fait qui montre les Persans aussi capables de convertir les protestants que d’être convertis par eux : « De pieux parents anglais résidant en Perse furent un jour surpris et scandalisés de trouver leur petite fille, alors âgée de quatre ans, agenouillée la face tournée vers La Mecque, balbutiant des prières au faux prophète. »
Les Lazaristes, établis en Perse depuis l’année 1840, ont, dans la province de Selmas, des écoles à Chosrova, à Patavour, à Gulizan, à Eula, à Zévadgik et à Djarah. Ces établissements sont fréquentés par trois ou quatre cents enfants. Les sœurs de Saint- Vincent de Paul, au nombre de quite, tiennent des écoles pour les filles dans les principales de ces localités. « À Ourmiah, les Sœurs soignent beaucoup de malades parmi les musulmans. Elles sont en excellents rapports avec la haute noblesse de cette ville. Elles ont aussi commencé à recevoir des aumônes pour lenrs pauvres, à savoir, un so! impérial de la femme du prince gouverneur, et un second d’une autre princesse, trait que cite M. Cluzel, missionnaire lazariste, dans une de ses lettres, en 1860, comme un échantillon de la générosité persane. »
Un trait, d'un autre genre que celui raconté par M. Perkins, servira de conclusion à ce chapitre.
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[n’y a pas longtemps, un voyageur français, se rendant d’Ispahan à Bagdad, rencontra une petite colonie de catholiques vers la fin d'une journée brûlante. Ils étaient assemblés dans la maison de l’un d'eux. Après avoir récité les vèpres, ils étaient occupés, lorsque le voyageur arriva, non pas à demander à Dieu des bienfaits pour eux-mêmes, mais à prier pour la conversion de l'Angleterre.
1 Life and Manners in Persia, par lady Shiel, p. 556.
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Ils semblaient avoir compris, dans leur lointaine demeure au-delà du Tigre, que malgré le zèle de quelques-uns de ses enfants et les bonnes intentions d’un grand nombre, l’Angleterre, par la guerre sans relâche qu’elle fait à l'Unité, est toujours l’obstacle à la conversion des païens, et que le plus sûr moyen d’obtenir leur entrée dans la famille chrétienne était de solliciter pour cette nation la grâce de recouvrer la foi qu’elle a perdue. Ces chrétiens persans avaient raison. Si l'Angleterre était restée catholique, il n’y aurait proba-
blement plus aujourd'hui un seul autel païen dans le monde entier.