‹ Les missions chrétiennes [microforme]Chapitre 33 sur 226 · SECTES GRÉCO-RUSSES · texte numérisé non relu

SECTES GRÉCO-RUSSES

Malgré les tentatives incessantes pour obtenir une apparence d'uniformité religieuse, avant les trente dernières années, il y avait déjà « seize millions de sujets russes qui ne professaient pas la religion grecque. » Quant à ceux qui la suivent, les classes letirées ne s'occupent guère de la religion de l'Etat. « Chez beaucoup de marchands, d'employés, et chez le plus grand nombre des propriétaires, la foi et la confiance dans leur religion se sont évanouies depuis longtemps*. » Les paysans sont divisés en sectes innombrables; déjà au commencement de ce siècle on en comptait plus de cent trenteÿ.« La haine et le mépris de ces sectes les unes pour les autres, ainsi que l'opposition de chacune d'elles à l'égard de l'Église orthodoxe, sont excessives ©. »

Depuis 1840, au rapport de Golowine. le nombre des Raskolniks ou dissidents est monté de «neuf à treize millions; » ce qui fait, en vingt ans, une augmentation de quatre millions parmi les membres séparés de l'Église nationale, ou de deux cent mille par an”! Il n'est pas inutile de considérer ces dissidents de plus près. Nous le pouvons au moyen d'auteurs russes dont M. Déliére a recueilli en partie les témoignagesf. Il nous permettra de lui faire quelques emprunts.

1 Léonard Choderko, eité par le colonel Chesney, {he Russo-Turkish Campaigns, app. p. 402,

U le altic, the Black: Sea, and the Crimea, par Charles Henry Scott, ch, xv, p. 240, 2e édition.

Russian Shores of the Black Sea, par Laurence: Oliphant, ch, xxvin, p. 575

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* Revelations of Russia, eh. x1, 0.55% AR, * L'Interlocuteur orthodoxe, journal russe, 1856, p. 159, 6 Russia, par. G. Kohl, p. 272 (1849),

© Cité par Düllinger, the Church and the Churches, p. Vel; édition Mac-Cabe,

re d'une Eglise nationale d'après un pope russe, par M. l'abbé Delière,

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Le mot raskol est d'origine slavone, il veut dire dans le sens littéral une fente; dans le sens usuel, il répond au mot schisme. Raskolnik veut donc dire schismatique. Il y a en Russie un grand nombre de gens qui, sans être catholiques, protestants, Juifs, musulmans ou païens, vivent complétement séparés de l'Église soidisant orthodoxe. On attribue généralement l’origine de cette séparation à une révision des livres liturgiques par le patriarche Nikon, dans le dix-septième siècle. La violence dont on usa à l'égard de ces sectaires, la suppression du patriarchat par Pierre leGrand, les désordres du clergé orthodoxe, et des raisons politiques augmentèrent d’une manière considérable les rangs des raskolniks.

Ils se subdivisent en plusieurs sectes, dont quelques-unes sont immorales et n’ont plus rien de chrétien. Les plus nombreuses sont comprises sous le nom de starowiertzi ou vieux croyants; les unes ont des prêtres; les autres n'en ont pas. Ces dissidents sont répandus sur toute la surface de la Russie et de la Sibérie. Depuis deux siècles qu’its résistent au pouvoir, ils forment une vaste société secrète, dont l'hostilité au gouvernement est telle que pour eux le czar est l'Antechrist !.

Les maisons des riches sectaires sont bâties sur un plan particulier ; elles ont des réduits secrets, des souterrains habitables donnant issue dans la campagne de manière à permettre à leurs émissaires d'échapper aux investigations de la police. Comme la vénalité est le ver rongeur de toute l’administration russe, et surlout du clergé, il en résulte que les raskolniks achètent les employés civils et les popes; les premiers déclarent qu'ils n'ont rien vu de suspect, les seconds délivrent des billets de confession, de communion et d’orthodoxie à tous ces sectaires, pour obtenir certains droits réservés aux orthodoxes. Les employés de la police se considèrent donc comme très-favorisés, quand ils ont dans l'étendue de leur juridiction beaucoup de raskolniks. « Un tel est-il heureux d’avoir chez lui tant de starowiertzi (vieux croyants), » disent les ofliciers de police. Le clergé est du même avis ; il trouve en eux un excellent moyen d'augmenter son traitement, On ne peut connaître exactement le nombre de ces sectaires, par la raison qu'ils considèrent le recensement comme immoral; on n'a jamais pu obtenir l'inscription de leurs naissances et de leurs décès. Les paysans qui jouissent d'une certaine liberté se font raskolniks, et dans les différentes corporations de marchands,

4 Jiaskot. p. 451 édition russe,

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« l’orthodoxie est l'exception et le schisme la règle. » Les calculs regardés comme les plus exacts font monter leur nombre à neuf millions, d'autres élèvent ce chiffre jusqu’à quinze et dix-huit millions.

Leur haine profonde à l’égard du gouvernement ct du czar est une menace permanente pour l'avenir de la Russie. Depuis leur existence, qui remonte à deux siècles, ils ont excité bien des révoltes. Les fameuses troupes connues sous le nom de strelitz, que Pierre le Grand extermina, parce qu’elles le faisaient trembler, étaient composées de raskolniks. Enfin, dans la dernière guerre de la Russie avec l'Occident, les sectaires, qui avaient leur poste à eux, savaient les nouvelles de Sébastopol avant tous les autres. «Pendant que les bons citoyens, dit l'auteur de l'ouvrage intitulé le Raskol, étaient dans les angoisses de l'attente, ces malheureux pouvaient déjà se réjouir à coup sûr des échecs de nos armées; car tel est l'excès de leur aberration morale!. »

Le raskolnisme ne diminue pas, il gagne chaque jour du terrain ; «nous l’aflirmons, dit le pope russe auteur de la Description du clergé de campagne, malgré le rapport annuel présenté par l'évêque au Synode. » Ce rapport est ordinairement conçu en ces termes : « Pour ce qui est de la foi, tout va bien; personne ne s’est laissé pervertir par les raskolniks ; au contraire, il y en a tant qui sont passés du sehisme à l’orthodoxie. » L'auteur explique ensuite ce que valent ces conversions, Un jeune homme veut se marier, € car une vie publiquement impure n'est permise qu'à un.seigneur où à un marchand millionnaire ; » il va trouver le prêtre orthodoxe et s'arrange avec lui ; celui-ci le marie ou ne le marie pas, mais il l'inserit comme étant marié et converti, Cependant ce converti ne met plus le pied dans l'église orthodoxe ; à Pâques, il ne va pas se confesser au pope, mais il lui donne de l'argent et il obtient un billet de confession ou bien un certificat d'absence au moment des pâques. Si le sectaire oublie de porter au pope son tribut annuel, celui-ci le dénonce comme étant retombé dans le sehisme ; alors il paye, et tout s'arrange. Aussi « les raskolniks sont pillés sans pitié ct d'une manière affreuse, par la police des villes et des campagnes, par les administrations provinciales, ete. Quant au prêtre, restera-t-1l en arrière? Il prend à proportion, cela se comprend. Le pope de village prendra une dizaine de roubles ; le pope de ville, quelques dizaines, et le proto-pope prendra des centaines de roubles, » L'auteur pose en fait que, dans ces derniers temps, ni évê-

! Le Raskol, p. 65, Paris, 4899,

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