LE PROTESTANTISME AU BRÉSIL
Les hugnenots de France, les calvinistes de Hollande et les épiscopaliens d'Angleterre firent tous de grands efforts pour acquérir de l'influence au Brésil. I serait difficile de dire lesquels échouèrent le plus complétement. On a souvent remarqué que lhérésie se présente sous deux aspects : quand elle n’exécute pas une tragédie, elle joue une comédie; quand elle n’est pas féroce, elle devient ridicule, Les Hollandais avaient fait gémir les Brésiliens, les Anglais se bornèrent à les faire sourire.
Nous avons déjà trop parlé des protestants hollandais, « dont l'histoire coloniale est une honte irréparable pour l'humanité. » Ils furent chassés et retournèrent dans leur pays pleurer leurs désastres. Les huguenots français n’eurent pas une destinée plus brillante, Voici leur histoire racontée par des écrivains protestants : a in the interior of Brazil, pur George Gardner, F, L. S., ch. m1, p. I
* Asiatic Journal, vol. IX. p. 3.
Ÿ Nine Months Residence tr New-Zealand. par ugustus Earle, p. 171,
« Rio-Janeiro, rous disent MM. Kidder et Fletcher dans le style fleuri qui leur est habituel, mérite l'intérêt de tout chrétien protestant, parce que ce fut sur ce point du Nouveau-Monde que la bannière protestante se déploya d'abord. » Ces messieurs ne sont guère prudents d'attirer l'attention publique sur cette malencontreuse bannière, car elle fut aussitôt déchirée que déployée.
En 1556, Villegagnon, lapostat, qui avait conduit Marie Stuart de Leith en France, abordait à Rio avec une avant-garde de quatorze calvinistes trop compromis dans leur patrie pour regretter l'émigration dans une autre. « Leur but était, dit avec sympathie le prince Adalbert, de fonder un tab lssement qui servit d'asile aux huguenots au-delà des mers.» « Ces intéressants colons, c'est ainsi que les nomme l'historien anglais de la Société des missionnaires de Londres, essayèrent d’établir le calvinisme parmi les «bons sauvages; » mais aucun d'entre eux, remarque M. Morrisson, «n'était profondément pénétré par la vérité,» D'après son aveu, ils étaient surtout préoccupés de trouver un asile; la conversion des païens n'était qu'un but secondaire. Les Portugais, sagement opposés à la présence de ces aventuriers séditieux, les attaquèrent : leur bannière fut promptement repliée. Villegagnon, abjurant ses erreurs, se réconeilia avec l’Église et abandonna ses compagnons à leur triste sort. Treize prédicateurs protestants ne pouvaient pas demeurer ensemble dans l'unité; cils s’affaiblirent par leurs divisions intestines, » raconte le révérend docteur Walsh?, et devinrent une proie facile. « Leurs querelles et les amertumes d'esprit qui les accompagnèrent détruisirent tout, » selon M. Ewbank5. II firent une mauvaise fin; le protestantisme français disparut, et le Brésil se refusa obstinénent à devenir « un asile pour les huguenots au-delà des mers. »
Les Anglais n'eurent guère plus de succès. Le docteur Walsh, ministre de leur Église établie, personnage dont il est impossibie de ne pas admirer l'intégrité et le caractère bienveillant, fut honoré par l'amitié de l'évêque de Rio, « l'excellent José Gactano de Silva-Coutinho, l'homme le plus savant, je pense, et le plus aimable qui existe, » « Ce prélat, d'après le méme docteur, jeûne toutel'année en ne faisant qu'un seul repas par jour: » et, avec une exagération peut-être involontaire : «Il travaille pendant toute la nuit. » Cet excellent évêque fut consulté, en 1810, par les autorités civiles, sur la demande, adressée par les Anglais résidant à Rio, afin d'avoir
“The Fathers of the London Missionary a val, [ p. 60.
® Notices of 3razil, par le Rév. R. Walsh. L. L. D., vol. F, p.155 1850). 3 Life in Brasil, ch. vu, p. 85.
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1 Vol. I, p. 528.
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une chapelle publique dans la ville. I conséilla de la leur accorder, pour celle raison : « Les Anglais, en réalité, n’ont pas de religion, mais c’est un peuple fier et obstiné; si vous vous opposez à leur désir, ils persisteront et feront de ce refus une grosse affaire ; mais, si vous cédez, la chapelle sera bâtie et personne n’y entrera jamais. » @ Il avait raison, car l’événement justifia la prédiction, » raconte le docteur Walsh en 1850. La chapelle dont l’évêque avait deviné le sort est, au dire du ministre anglican, « dans un état de malpropreté et d'abandon tout à fait pénible à voir; la congrégation qui avait sollicité sa construction semblait ne plus y prendre intérêt depuis qu'elle était bâtie‘. » Pour conduire cette histc'r jusqu'à l'heure présente, écoutons M. Ewbank ; il nous api
que vingt-six ans après, en 1856, « cette chapelle anr recevait jamais un seul Rene converti, et que les me avaient enlevé ses fidèles ?.
Un dernier trait pour finir l'histoire de l’anglicanisme 4: à. Le docteur Walsh rernar qua, pendant son séjour, « une piété profonde et raisonnée, jointe à un grand attachement pour la religion, dans le peuple; » mais il avoue, avec une naïveté parfaite, le mépris profond dans lequel est tombé le protestantisme. Il en donne une preuve assez plaisante : Un marchand anglais et sa femme avaient excité la colère des Brésiliens, en se moquant des processions de la semaine de la Passion, que les fervents insulaires traitaient « d'idolâtrie papiste. » Le peuple de Rio leur répondit en joignant aux images de Pilate, de Judas Iscariote et autres malfaiteurs, « deux figures qui ressemblaient à s’y méprendre au marchand et à sa femme. »
En 1856, un protestant américain fort aimable, bien qu'il nomme saint François d'Assise « un dévot italien du douzième siècle, » et qu'il regarde la religion catholique comme un mystère incompréhensible qui défie analyse et échappe à la critique, formule ainsi son opinion sur l'avenir du protestantisme au Brésil : € Plus je vois ce peuple, — qu'il loue comme « bon, hospitalier, intelligent et ami du progrès, » — plus le succès de la propagande protestante me paraît éloigné... Le peuple évite le missionnaire comme un être avec lequel les relations sont suspectes ; il éprouve pour lui des sentiments voisins du mépris, parce qu'il le croit à la lois ignorant et présomptueux*. »
1 Vol. I, p. 928.
® Ch. xx, p. 958.
3 Vol Il, p. 398.
# Ewbank, ubi supra.