‹ Les missions chrétiennes [microforme]Chapitre 53 sur 226 · POMBAL ET LES JÉSUITES · texte numérisé non relu

POMBAL ET LES JÉSUITES

Saint Ignace n'avait pas craint de demander dans sa dernière prière que ses enfants « fussent toujours persécutés. » Cette prière, uous le savons, a été entendue. En 1755, le frère du marquis de Pombal était nommé capitaine général de Para et de Maranham ; à partir de ce moment, les destinées des Jésuites furent arrêtées. Ce fut lui qui composa ces réquisitoires accueillis avec empressement par les conspirateurs de Lisbonne, « malgré leur fausseté et leurs contradictions évidentes, » remarque M. Southey*. D'après lui, singulier témoin dans une telle œuvre, «un homme d’État véritable aurait certainement jugé les Jésuites d'Amérique dignes de sa faveur spéciale, de sa protection et de ses encouragements. » Mais Pombal, jaloux d'une grandeur qu'il ne pouvait partager, résolut de les écraser. Il savait, assure notre auteur, que les marchands brésiliens applaudiraient à ses desseins sur les Jésuites, «ordre impopulaire, parce qu'ils étaient les seuls inissionnaires qui se fussent constamment opposés à la tyrannie des Portugais. »

‘Life in Brasil, par Thomas Ewbank, ch. axxvnr, p. #92. 2 Vol. TE, ch, xt, p. 510,

Le même témoin peu suspect dit, en parlant des accusations que l'on alléguait contre eux : « Toutes celles qui n'étaient nas absolument fausses n'étaient que frivoles', » Mais Pombal comptait suborner de faux témoins, et dans le cas où il ne s’en présenterait pas, il était résolu à s’en passer. Bientôt, en effet, parut le décret qui bannissait les Jésuites.

Deux fois déjà ils avaient été chassés du Brésil, et deux fois ils y étaient rentrés aux acclamations du peuple. Ce dernier exil devait durer près d’un siècle. Cent cinquante Pères furent expuisés de Para, cent soixante-huit de Bahia, cent quarante-cinq de Rio- Jaueiro; en tout, cinq cent vingt-huit de cette seule province. « Le nombre de ceux qui furent déportés monta, dans les Indes espagnoles, à cinq mille six cent soixante-dix-sept*. » Nous verrons plus tard ce qui se passa dans les autres provinces. Voici comment on procéda à leur déportation : « Ils furent ent2ssès comme des esclaves nègres, relate M. Southey que nous citerons jusou’à la fin, et parqués sous les ponts pendant le voyage à Saint-Louis. Cependant, l'innocence et les vertus de ces hommes devaient certainement être connues. » Les meilleurs sentiments de notre auteur triomphent, cette fois, des instincts de l’hérésie et de l'incrédulité. « Is furent traités pendant le voyage avec une extrême barbarie. Lorsqu'ils souffraient les angoisses de la soif, le capitaine refusait d'accorder, même aux mourants, une goutte d'eau de plus que la ration, pour humecter leurs lèvres. Il ne voulut pas permettre qu'à la mort, ils eussent la consolation de recevoir les derniers sacrements. Sur un des vaisseaux, cinq d'entre eux succombèrent à ces traitements inhumains. »

Quand, accompagnés par les regrets et les larmes de tout un continent, ces religieux atteignirent l’Europe, ils languirent dixhuit années dans les fers, jusqu’à ce que M. de Pombal allât rendre compte à Dieu, avec cette horrible plaisanterie sur les lèvres : « Les Jésuites vivent plus longtemps que tous les autres hommes. » Ils le suivirent devant son Juge; car, nous dit l'historien, « au bout de peu d'années, ils furent presque tous étemts. »

Pombal avait disparu pour toujours; mais il ne devait pas en être ainsi de la Société de Jésus. En 1817, les colonies espagnoles de l'Amérique du Sud, voulan: justifier leur séparation, adressaient à la mère patrie ces sévères reproches : à Vois nous avez arbitrai-

rement privés des Jésuites, auxquels nous devons notre état social,

? Southey, vol. LE, ch. xuur, p. 614

notre civ nous ne blique Ar retour; e devenus Jésuites r sieurs d’e en silence leur étonn impérieux vert d'un 1782! Ce toure ses | l'épée ou pleurer su fautes !, Voyons ans seulem tugal ait ja lation, reco régnait du t prairies éta manufactur baient en ru « Pombal diens, éloigr qui eussent bonheur de ‘ussent dévo service de le le seul mobi désastreuses avaient obter abolissait l'es verneurs eux d'obtenir plu maitres avide un travail fo ils n'avaient

‘tr

"Un voyageur

Mas prononcé, PER

mémoire, » (L'Au

ons que as abso- ‘omplail enterail e décret

fois ils \ il devait usés de de Rionce. « Le des espa- $ verrons comment mme des Là la fin, s. Cepenent cerde uotre et de l'in- 1e extrême e capitaine d'eau de roulut pas cevoir les e eux suc-

e tout un irent dix- \làt rendre res : « Les mmes. »

« au bout

ait pas en spagnoles dressaient 4 arbitraistat social,

notre civilisalion, toutes nos connaissances, et des bienfaits que nous ne pourrons jamais assez reconnaître. » En 1834, la république Argentine les rappela ; en 1849, la Colombie sollicitait leur retour; en 1845, ils furent rétablis à Mexico; au Chili, ils sont devenus encore une fois les modèles de leurs frères. Quand les Jésuites rentrèrent dans la province de Coimbre, en 1852, plusieurs d’entre eux se rendirent dans la ville de Pombal, pour offrir en silence les prières de la charité sur la tombe du marquis. A leur étonnement, ils trouvèrent que cet homme d'État, autrefois si impérieux, avait été tellement oublié de tous, que son corps, couvert d'un drap en guenilles, était resté sans sépulture depuis 1782! Ce fait ne doit pas nous surprendre. Le monde, qui enloure ses héros d’applaudissements frivoles, les abandonne dès que l'épée ou le sceptre s’échappe de leurs mains; l'Église seule va pleurer sur la tombe de ses ennemis et implorer le pardon de leurs fautes‘.

Voyons quels furent les résultats de leur expulsion. Vingt-cinq ans seulement après leur départ, la plus belle colonie que le Portugal ait jamais possédée était ruinée. « La décadence et la désolation, reconnaît M. Southey, avaient succédé à la prospérité qui régnail du temps des missionnaires. Les maisons s’écroulaient, les prairies étaient envahies par les broussailles, les plantations, les manufactures de poteries et de calicot créées par les Jésuites tombaient en ruines. »

.Pombal, tout en affectant de ne chercher que le bien des Indiens, éloigna les seuls hommes capables d'y contribuer, les seuls qui eussent fait des efforts désintéressés pour l'amélioration et le bonheur de ces peuples, les seuls qui, pour l'amour de Dieu, se ‘ussent dévoués consciencieusement, joyeusement et avec zèle, au service de leurs semblables, et il mit à leur place des hommes dont le seul mobile était l'amour du gain; les conséquences les plus désastreuses se firent bientôt sentir. Les lois que les Jésuites avaient obtenues en faveur des Indiens, et notamment celle qui abolissait l'esclavage, furent audacieusement violées par les gouverneurs eux-mêmes; leur intérêt les rendit oppresseurs, afin d'obtenir plus de bénéfices en proportion du travail exigé. Ces maîtres avides pouvaient bien obliger les malheureux Indiens à un Travail forcé, mais ils ne se croyaient pas assez d'autorité, ils n'avaient ni l'influence nécessaire ni la volonté de réprimer

Un voyageur moderne dit de Joseph I, le Julien de l'Autriche : « Son rom n'est jamais prononcé, cornme S'il n'avait jamais existé, où qu'une malédiction pesât sur sa mémoire, » (L'Autriche, par 3. G. Kohl, p. 253 1843.)

des vices qui n'existaient certainement pas parmi eux sous la discipline morale des Aldeas, — Réductions des Jésuites. »

« Les progrès de la civilisation, qui avaient été si rapides et si efficaces, — M. Southey s'est moqué de cette civilisation dans un précédent volume, —. furent arrêtés tout à coup et pour toujours. La dépopulation devint rapide, parce qu’on laissa le champ libre à l’ivrognerie et à tous les autres vices, et aussi parce que beaucoup d'Indiens s’enfuirent dans le désert, quand ils s'aperçurent qu’ils avaient échangé leur état de soumission filiale pour une servitude que rien ne pouvait sanclilier ou adoucir'!, » Tel est le panégyrique involontaire écrit par un protestant en faveur des missionnaires catholiques !

Mais il n'est pas le seul qui fasse de semblables aveux. Le docteur Kidder et M. Fletelier, ces deux ministres dont les violents libelles contre la religion catholique exciteraient notre indignation si nous pouvions les prendre au sérieux, admettent que les vertus des Jésuites causérent leur ruine. « Leur bienveillance, leur dévouement philanthropique pour les Indiens attirèrent sur eux la haine de leurs compatriotes portugais*, » « Des siècles ne sufliront pas pour réparer le mal que produisit leur expulsion soudaine, assure un voyageur anglais sincère. Ils avaient été les protecteurs d'une race perséculée, les avocats de l'humanité, les fondateurs de la civilisation, et leur patience, au milieu de souffrances injustes, n'est pas le trait le moins honorable de leur caractère®. » Le prince Adalbert de Prusse, insensible en apparence aux vertus apostoliques qu'il regarde avec une froide apathie ou un dédain égoïste, avoue « que la décadence a commencé avec lexpulsion des Jésuites*. » Le prince Maximilien de Wied-Neuwied, autre voyageur moderne au Brésil, raconte qu’à Villa-Nova « les Jésuites avaient réuni six mille Indiens; » mais il ajoute : « Un grand nombre d'entre eux s'enfuirent, découragés par la dureté des travaux exigés de la couronne, et par les traitements d'esclaves qu'on leur infigeait®, » M. Gardner, qui, à l'exemple du prince allemand, parle d'après des observations récentes, s'exprime en ces termes : « Il est une tradition transmise de père en fils, surtout dans les classes moyennes et pauvres du Brésil, que la destruction du pouvoir des Jésuites a été très-préjudiciable à la prospérité de

3 Ch. xx, p. 968.

$ Journal of a Voyage to Brazil, par lady Caleott, p. 13 et 56 (1824).

* Travels in Braëil, cte., par le prince Adalbert de Prusse, vol. IE p. 199, édition

Schomburgh ® Travels in Brasil, par le prince Maximilien de New-Neuwied, eh, v1, p, 150 1820).

cette con ayant con Jésus; ma parler d’e Sans m Ma aulay, avec les n premiers 1 savanes de apostolique pas d’empl dans une 1 gènes et d ployèrent ont amené rique dans malgré le ; lants envor converti pa Sauveur, « Avant de tisme dans (

Les hugne scopaliens d’ de l'influenc le plus com présente sou elle joue un ridicule, Les glais se born

Nous avon l'histoire coll Us furent ch désastres, Le brillante. Voil

!Travels in 1)

Axiatie Jour Nine Months

s la disci-

ides et si \ dans un toujours.

mp libre à beaucoup rent qu'ils servitude e panégys mission-

Le docteur its libelles gnation si les vertus e, leur désur eux la 1e suffiront 1 soudaine, protecteurs ndateurs de es injustes, tères. » Le aux vertus un dédain ec l’expul- -Neuwied, -Nova « les bute : « Un ir la dureté s d'esclaves du prince rime en ces ils, surtout destruction ospérité de

199, édition

cette contrée. Il n'existe plus qu'un petit nombre de personnes ayant connu ces hommes excellents qui composaient la Société de Jésus; mais leur souvenir durera longtemps. J’ai toujours entendu parler d’eux avec respect et avec regret!. »

Sans multiplier les témoignages, qu'il nous suffise de citer lord Macaulay, dont l'ardeur va plus loin, en comparant les Jésuites avec les missionnaires mondains et avides de sa religion : « Les premiers missionnaires qui s'aventurèrent dans les prairies et les savanes de l'Amérique donnèrent beaucoup de preuves de l'esprit apostolique qui les animait... Pauvres eux-mêmes, ils n'avaient pas d'emplois lucratifs à donner, sous forme d’offices secondaires, dans une mission richement pourvue, capables de tenter les indigènes et de les enrôler dans la domesticité chrétienne. Ils n’employèrent pas la simonie pour acheter des conversions? » « Ils ont amené presque toute la population indienne du sud de l’Amérique dans le sein de leur Église, dit un autre voyageur anglais; malgré le grand nombre de temples et les missionnaires protestants envoyés d'Angleterre, je n'ai jamais rencontré un Indien converti par ces derniers®, » C'est ainsi que, selon la parole du Sauveur, « la sagesse de ses enfants sera justifiée. »

Avant de quitter le Brésil, voyons quel fut le sort du protestantisme dans cet empire.

Page 1