GUYANE ANGLAISE
La Guyane anglaise a trouvé un historien habile dans le docteur Dalton. Deux ou trois indications de cet écrivain sincère suffiront pour établir, dans cette obscure région, le contraste aussi éclatant que dans les plus vastes. Il dit, en parlant des nègres placés sous le patronage des sociétés de missionnaires anglais : « Puritains dans leur profession de foi, ils étaient libéraux dans la pratique, » c'est-à-dire, d’après son explication, «ils semblaient croire que la foi seule est nécessaire, et les bonnes œuvres superflues. » Ensuite il nous fournit un nouvel exemple de la seule influence réellement exercée par les Bibles protestantes, en remarquant que « les paresseux, les dissolus et les égoïstes répondaient aux remontrances et aux reproches par des phrases tirées des Ecritures ou du langage religieux. » Malgré des dépenses énormes et entièrement inutiles, « au fond, l'espoir de convertir les Indiens n’était qu'un médiocre encouragement pour ceux qui entreprenaient la tâche ardue de les christianiser", »
Les nègres ne semblent pas avoir profité davantage de la pré. sence des émissaires anglais, Aidés, pendant de longues années, par le pouvoir et l'or de l'Angleterre, ces apôtres ont produit bien peu de fruits; car un écrivain de cette nation, en 1860, après avoir déclaré que ces nègres sont « quelque peu supérieurs à leurs frères de la Jamaïque, » résume les effets de l'enseignement qu'ils ont reçu par ces mots : « Il me semble qu'ils ne rattachent jamais leur vie à leur foi, et ne comprennent pas que leur religion doit régler leur conduite. » M. Trollope assure tenir ce renseignement du clergé de l'Église d'Angleterre, dont la sincérité inaccoutumée
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est due peut-être à ce que ces singuliers convertis abandonnaient les monotones cérémonies du culte établi pour les harangues excitantes des prédicateurs anabaptistes ou weslevens, dont les sectes ont pénétré en Guyane à la suite de l’Église d'Angleterre : « Ils chantent, ils acclament, ils crient et font des réjouissances. Ils parlent de leurs chers frères et de leurs chères sœurs, et, par leurs hurlements extatiques, ils s'amusent pour leur argent!. » Voilà tout ce que l’Angleterre a fait en faveur de la Guyane.
« Les instruments de conversion, » selon l'expression de M. Southey, semblent avoir fait défaut, et le docteur Dalton ne dissimule pas que tous les efforts des Anglais n'ont abouti qu’à un coûteux échec. D'un autre côté, cet auteur protestant reconnaît que les missionnaires catholiques, dans la Guyane anglaise, sans aide ni protection, au moins de la part du gouvernement, « se font tous respecter par leur piété et leur zèle. Le nombre des catholiques dans la colonie est d'environ dix mille. »