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En 1656, Osorio et Ripario, qui avaient fondé une nouvelle Réduction dans le pays des Ocloias, furent martyrisés par les Chiriguanes. Le premier semble avoir reçu une révélation de la mort par laquelle il devait glorifier Dieu, puisqu'il l'avait annoncée dans une lettre adressée au célèbre cardinal de Lugo!,
En 1639, Alfaro conquit à son tour la couronne du martyre. La mort de tant de victimes &vait déjà été si féconde en grâces pour les païens, selon la loi des missions chrétiennes, que, saème à cette date prématurée, 1 y avait déjà vingt-neuf Réductions séparées dans les deux provinces de Parana et d'Uruguay, dans lesquelles plus de trois cent mille !adiens avaient appris à pratiquer loutes les vertus de la vie chrétienne,
Si nous transportons notre récit à la fin du dix-septième siècle, nous trouvons, en 1685, Ruiz et Solinas, accompagnés par un prètre séeulier, don Ortiz de Zaralé, qui, aspirant à la couronne du martyre, pénétra dans la région montagneuse de Chaco. Sous l'invocation de saint Raphaël, ils avaient déjà fondé une nouvelle Réduction, où quatre cents familles se trouvaientréunies ; Ruiz cit parti pour Tucuman, lorsque Solinas et Zaraté furent attaqués par les Tobas et les Macobis. Le 17 mars 1686, ils tombaient sous leurs flèches et leurs massues.
En 1690, Mascardi et Quilelmo, qui avaient pénétré jusqu'à l'extrémité méridionale du continent, furent martyrisés par les Patagons, alin que le sang des apôtres püt ainsi sanctifier le pays dans toute sa longueur et dans toute sa largeur; tandis que le Père Joseph Cardiel & était réduit à une telle extrémité qu'il était forcé de se nourrir d'herbes, pour ne pas périr d’inanition?, »
En 1694, quelques-uns des meilleurs et des plus braves parmi celte compagnie de prédicateurs, — De Arce, Centeno, Hervas, de Zéa, d'Avila, et d’autres encore, — fondèrent de nouvelles Réductions de toutes parts, au milieu de périls sans terreurs pour de tels honimes, quoique la plupart d’entre eux fussent destinés à perdre la vie au milieu de leur œuvre. De Arce essaya en vain, à deux reprises, de subjuguer les farouches Chiriquanes, «une des nations les plus nombreuses et les plus redoulables de toute l'Amérique du Sud, » On suppose, rapporte M. Southey, qu'ils ont égorgé, dans l’espace de deux siècles,
! Charlevoix, livre IX, p. 377, # Dobrizhoffer, p, 190,
« plus de cent cinquante mille Indiens. » Lorsque le missionnaire chercha à fixer leur attention en les menaçant du feu de l'enfer, ils répondirent avec dédain « qu’ils trouveraient bien les moyens de l’éteindre. » Ses supérieurs l’éloignèrent alors pour un temps et l'envoyèrent chez les Chiquitos avec Ignatius Chomé, «un des plus intelligents comme des plus méritaats parmi les Jésuites. » Chomé avait composé une grammaire et un dictionnaire des deux langues zamuco et chiquito; il avait traduit Thomas à-Kempis dans cette dernière, et écrit une histoire de leur nation. Sur les sept Jésuites qui suivirent de Arce dans cette tentative, il n'en était pas deux du mème pays. [Il y avait un Sarde, un Napolitain, un Belge, un Autrichien, un Bohémien, un Piscayen et un Espagnol de la Manche. « Tant cette Société extraordinaire était singulièrement composée d'hommes de toutes les nations. Quelle connaissance remarquable du genre humain les Jésuites n'ont-ils pas dû à cette seule circonstance ; celle connaissance, la plus diflicile à acquérir, ils l'avaient ainsi par eux-mêmes comme une langue maternelle et ils se trouvaient, pour ainsi dire sans étude, aptes à être missionnaires et hommes d'État. » Cependant, M. Southey qui parle de la sorte, enivré d’amonr propre, pensait avoir qualité pour les | Juger tous en censurant leur « superstition » et leur « idolâtrie. » h De Arce était alors parmi les Chiquitos. Livrés aux Superstitions les plus extraordinaires et abrutis par un état d'ivresse habituel, ils avaient égorgé les premiers missionnaires venus au milieu d'eux, et se flattaient d’être délivrés pour toujours de leur présence ; mais ils furent sauvés par le sang même qu ils avaient versé. « À dater de leur premier établissement, assure 1 historien anglais, les missions chiquitos prospérèrent en Loutes choses : là, comme dans les autres parties de l'Amérique, les Jésuites furent occupés pieusement, utilement et d'une manière méritoire; prêts, à tout instant, à affronter les souffrances, les périls, la mort même, avec une force d'âme héroïque et chrétienne, » C'est ainsi aw’ils convertirent la nation entière, avec des résultats tellement durables, que les Chiquitos, « plus heureux que les autres tribus, ont tous vécu jusqu'à ce jour dans Îles missions, SOUS l'ancienne forme de gouvernement établie par les Pères Jésuites *. » Parmi eux M. d'Orbigny entendit de la musique d'église qui mérita SO admiration. De Arce, qui aspirait à de nouveaux dangers et à de plus rudes travaux, pénétra pour la troisième fois sur le territoire
1 D'Orbiguy, Voyage dans l'Amérique méridionale, tome LV, p. 260,
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des Chiriguanes. C'était courir à une mort certaine; mais la charité du Christ l’entrainait. Ses peines furent si fructueuses, que bientôt quarante mille Chiriguanes, chrétiens fervents et dociles, furent réunis dans une seule mission. De Arce mourut en 1717, martyrisé par les Payaguas, avec les missionnaires Maco, Sylva et de Blende. Lucas Cavallero, destiné aussi au martyre, était à l’œuvre en même temps chez les Puraxis. Incapables de résister à son intrépide charité et captivés par sa prédication et son exemple, ils furent aussi gagnés au christianisme et à la civilisation. Îl eût été bien juste qu'il se reposât parmi ces néophytes devenus paisibles; mais il ajournait les pensées de repos à une autre vie, et se jeta encore au fort de la mêlée. En vain les Puraxis le conjurent-ils de ne pas s’exposer à la furie des saavages; il leur: laisse sa bénédiction, et les confiant à d’autres pasteurs, il court chez les Manacicas. Ceux-là aussi sont subjugués par sa parole; bientôt il est parmi les Sibacas. Partout il triomphe; et comme les Quiriquicas sont devenus les ennemis les plus implacables de ses néophytes et ont soif de son sang, il se présente parmi eux. Telle était la tactique de ces soldats du Christ. Is demandent où se: louve le danger pour l’affronter. Quatre autres tribus sont successivement évangélisées par le même missionnaire ; mais une telle carrière ne pouvait se prolonger. Ses frères avaient coutume de dire de lui : « Saint François Xavier n’a pas de plus parfait imitateur. » Lucas Cavallero fut un jour assailli par une grèle de flèches; mais elles ne lui firent aucune blessure, quoiqu’elles tombassent sur lui de toutes parts. A la fin il trouva parmi les Puyzocas, en 1711, la couronne du martyre.
Faisons aussi connaître le père Falconer, jésuite anglais, « d'un grand talent en médecine. » Il réussit à fonder une mission dans les Pampas, et la nomma Notre-Dame del Pilar; son genre de vie est raconté par l'écrivain dont Marie-Thérèse d'Autriche se plaisait à entendre les récits. Après qu'il eut été banni de P'Amérique, « le père Falconer, voyageant avec ses Indiens à travers les plaines pour tuer des chevaux, n’avant de vaisselle ni d'étaim, ui de bois, y suppléait en se servant de son chapeau, qui fut à la lin tellement n iprégné de graisse que, pendant son sommeil, les chiens sauvages le ln! dévorèrent!, » « Cyprien Baraza fat peutêtre le Jésuite le plus éclairé qui eut jamais à lutter dans l'amérique du Sud?, » I était parti de Lima avec le martyr del Castillo,
! Dobrizhoffer, p. 145.
# Kouthey, vol, HE, ch. xxxiv, p 19N.
et remonta en canot la rivière Guapay. Pendant douze jours ils s'avancèrent avec leur fréle esquif jusqu’à la tribu qu'ils cherchaïent. Dans la contrée située au sud du territoire portugais de Mato-Grosso, Baraza fut destiné à travailler pendant vingt-sept aunées parmi les Moxos. Rappelé à Santa-Cruz à la suite d’une lièvre qui l'avait réduit à une débilité incurable, il passa les longs jours de sa convalescence à apprendre l'art de tisser, afin de pouvoir l'introduire parmi ses futurs disciples. IT put entin reprendre son apostolat parmi des êtres si ignorants et si barbares, qu'ils n'avaient pas même de chefs ; ils vivaient de rapine et de meurtres, et, au lieu d'animaux, chassaient leurs semblables pour se nourrir. Cet homme d'un profond «1voir et de goûts élégants consentit à vivre parmi ces SaUVages, partageant leur sale demeure, étudiant tous leurs caprices, imitant leurs coutumes et se valant: pour ainsi dire, à la condition de sauvage, afin de les élever à la dignité de chrétiens. Par amour de Dieu, il mena cette vie pendant plus d'un quart de siècle, jusqu'à ce que, le 16 septembre 1702, étant alors dans sa soixante et unième année, il fût martyrisé par les Baures, qu'il avait visités dans l'espoir de les convertir, et qui, par sa mort, furent gagnés à Jésus-Christ.
Comme tous ses frères, il avait semé el moissonné dans ce sol ingrat. Lorsqu'il mourut, quinze colonies de Moxos chrétiens avaient été fondées à la distance de vingt à trente milles l'une de l'autre. « I baptisa de sa propre main cent dix mille paiens. À son arrivée, les Moxos étaient un peuple ignorant, plus sauvage et plus cruel que les bêtes féroces; lorsqu'il les quitta, ils formaient une communauté civilisée élablie dans des villages et convertie au christianisme‘. » Les églises, dont il était souvent l'architecte, « étaient grandes, bien bâties, et richement ornées’, » Les Moxos, autrefois st barbares, étaient devenus, au rapport de M. Southey, no :-seulement d'excellents ouvriers, mais méme d'habiles artistes. « Le coton se cultivait dans tous les établissements; » un commerce actif était créé, et des habitudes d'indusirie intelligente se prenaient. «On trouvait plus de bien-être dans les missions des Moxos que dans la capitale espagnole de la Santa Cruz de la Sierra, » L'apôtre qui avait accompli cette œuvre et qui durant tant d'années n'avait voulu d'autre couche que la terre nue ou les marches de son église, fut regardé par tous ses
Markham, istrod., p, xur.
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3 Southey, vo!, Lil, ch. x2:1, p. 606.
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frères comme favorisé, parce que, dans sa vieillesse, il parvint au martyre, et qu'après avoir consacré toutes ses facultés pendant quarante ans au service de son Maitre, il succomba sous la massue es Indiens.
Un siècle après son martyre, c'était encore «un peuple prospère, industrieux etrenommé pour ses charpentiers, ses tisserands et ses agriculteurs! » Un écrivain anglo-indien faisant allusion, en 4857, à cette œuvre prodigieuse de ‘civilisation, accomplie d'un bout à l'autre du continent méridional, demande comment on pouvait expliquer que même « les esclaves et les mestijos de l'Amérique du Sud fussent en état d'acheter aux manufactures anglaises vingtquatre fois autant que les Hindous, libres, éclairés et habilement gouvernés ?? »
arlant de Dobrizhoffer, lapôtre des Abipones, M. Southey, bien qu'il détestät et insultàt les hommes mêmes qu’il était forcé d’ applaudir, dit qu'il était heureux « d' employer, en travaillant parmi ces sauvages, au milieu de toutes les circonstances imaymables de privations et de découragement, des talents qui l’auraient fait distinguer dans les régions les plus éclairées de l'Europe. » Hénart, autrefois page d'honneur à la cour de Henri IV, appartenait à la mème école et préférait « les richesses du Christ » à la faveur du plus populaire des rois de la terre; Herréra, dans lequel les hommes les plus instruits de l'Europe auraient reconnu un maître, fut massacré par les Abipones ; Hervas mourut de fatigue, après ses immenses travaux, sur les bords d’un obseur torrent; d’Aguilar gouverna les Réductions du Parana et, à la tête de sept mille Indiens chrétiens, conserva le Pérou à la couronne d'Espagne; Martin Xavier, parent de saint François, avec le père Balthazar Sena, fut cruellement condamné à mourir de faim; Sylva et Niebla, tous deux martyrisés par les Payaguas: Arias et de Arenas obtinrent la même couronne; Ugalde fut tué par les Mataguyos; les apôtres des Lulles Machoni et Montijo ne leur étaient pas inférieurs ; Julian de Lizardi, qui fut martyrisé par les Chiriguanes, et dont le corps fut trouvé percé de flèches, son bréviaire ouvert à ses côtés, comme s'il eût chanté son propre Requiem; et Castanarez, qui convertit les Zamucos après qu'ils eurent martyrisé Albert Romero, et fut égorgé lui-même, en 1744, par les | Mataguyos, après quarante ans de labeurs : ; Joseph de Quiroya, un des hommes de mer les plus célèbres de l'Espagne avant
{ Markham.
Sonnee TRE ain Send Léger de marm à
* Mead, the Sepoy Revolt, ch. xxvu, p. 917.
de revêtir lhahit de saint Ignace; Juan Pastor, à soixantetreize ans, se présenta seul dans le camp des Mataguyos; Juan Vaz, parent peut-être de cet autre Vaz dont il est question à Ceylan, mourut de maladie contagieuse dans un âge avancé, en assistant des malades ; Alvarez, demeura seul parmi les farouches Gadiquas, que les Espagnols ne purent jamais réduire, et qu'ils n'osaient, provoquer ; et Philippe Suarez, le martyr; et Barthélemy Diaz, et mille autres que nous ne pouvons nommer ni glorifier , ils accomplirent leurs œuvres pour Dieu seul, et trouvèrent en lui leur éternelle récompense. Nous avons encore à montrer par les témoignages de nos adversaires, qnels furent les résultats obtenus au Paraguay par les travaux que nous venons d'indiquer.