AMÉRIQUE CENTRALE
Les provinces de l'Amérique centrale nous occuperont un instant, pour rappeler l'expérience d'un missionnaire protestant anglais, qui n’était certes pas de l'écuie d’Angulo ou de Las Casas. Pour ce motif, on ne pourrait le passer sous silence ; il nous fera saisir un contraste. Ce personnage annonce, en 1850, après une carrière quelque peu désastreuse dans ces régions, et dans un langage auquel ses amis d'Angleterre applaudiraient, que « le romanisme est la plaie putrescente de l’Amérique centrale. }» Le reste de son livre est dans le même style. 11 observe avec déplaisir que même « les femmes Caribs » qui, socialement parlant, n’appartiennent pas à une classe éievée, « ont été vues réunies et prosternées en adoration devant une image de la Vierge», et que lui et ses compagnons tentèrent en vain « de les soustraire à cette calamité. »
D'après son récit} l'état de la mission protesunte n'était pas consolant. Tous ses membres se combattaient entre eux, à portée de l'oreille des « femmes Caribs » et avec une dépense prodigue, comme de coutume, de textes sacrés. L'un d’eux se retira, «parce qu'il n’y avait pas de congrégation, » épreuve supportée par les autres avec un plus grand courage. Le narrateur lui-même fut mis en prison, et semble y être resté un certain espace &e temps. Finalement, « la maison des missionnaires » fut vendue et convertie en un asile pour les aliénés, Telle fut l'issue des efforts des protestants dans cette région.
Ce personnage subit, comme nous l'avons vu plus haut, « une expulsion violente » du Guatemala ; elle explique son vif ressentiment. Le peuple du Brésil, M. Ewbank nous l'a dit, méprise un missionnaire protestant, « par une croyance enracinée de son ignorance et de sa présomption; » au Guatemala, M. Crowe le rapporte avec indignation : « un Juif est un peu parent du diable, un protestant est un peu au-dessous d'un Juif et plus dangereux que lui, » Il ajoute, cependant, comme pour exenser cette notion erronée de la part des Guatemaliens, que « la conduite générale des visiteurs anglo-saxons ou des résidents n’a pas été de nature à provoquer le respect des habitants pour le protestantisme qu'ils professent » et que ses propres tentatives pour appliquer un remède «ont échoué de la manière la plus complète. »
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Il retourna en Angleterre, et le peuple de l'Amérique centrale continua à le placer, avec ses coreligionnaires, au-dessous du Juif!.
Le souvenir de sa déconfiture inspira, parait-il, à M. Crowe son volume. D'autres voyageurs protestants, qui avaient une connaissance beaucoup plus étendue de l'Amérique centrale, corrigent son défavorable récit. M. Stephens, censurant sans en avoir conscience, comme tant de ses candides et intelligents compatriotes l'ont fait, l’ignoble méchanceté de missivnnaires mortifiés, rend, dans son ouvrage, un compte très-différent des indigènes de ces régions tropicales et de leurs pasteurs. Au sujet d’une tribu considérable d'Indiens Caribs, habitant le territoire anglais, sur le golfe de Honduras, il s'exprime en ces termes : « Quoique vivant à part, comme une tribu de Caribs, ils étaient complétement civilisés.… dans chaque maison il y avait une image de la Vierge, ou de quelque saint tutélaire; et nous fûmes extrêmement frappés des grands progrès qu'ont fait dans la civilisation ces descendants des cannibales, les plus féroces parmi les tribus indiennes rencontrés par les Espagnols. »
Un peu plus tard, il assiste, dans la même tribu, à un service religieux célébré par un prêtre étranger, un Irlandais, que son ignorance de leur langue « rendait confus ; mais ils étaient tous si dévots et si respectueux, que malgré ces tribulations, la cérémonie était imposante. »
« Dès mon arrivée, je fus frappé par le caractère de dévotion qu'offrait la ville de Guatemala, » dont M. Crowe conserva de si déplaisants souvenirs. « Chaque maison avait ses images de la Vierge, du Sauveur, ou de quelque saint tutélaire, et l’on voyait sur les portes des carrés de papier avec des prières. » Une de ces prières, que M. Crowe oublia peut-être de noter, était rédigée ainsi : « Que le vrai sang du Christ notre Rédempteur nous préserve de la peste, de la guerre et de mort subite, Amen. »
M. Stephens visita toutes les parties de l'Amérique centrale et fut constamment l'hôte du clergé dans chaque province. Parlant «de tout le clergé hispano-américain, » il assure, malgré ses sympathies protestantes, exactement ce que M. Temple et d’autres nous en ont déjà dit. « is étaient tous des hommes intelligents et bons, disposés plutôt à rendre des services qu'à faire tort à quelqu'un; dans les choses de la religion, ils se montraient très-respectueux, s'appliquaient avec diligence aux devoirs de leur vo-
‘ The Gospel in Central America, par le Rév. F, Crowe, ch. xu, p. 242; ch. iv, p. 204, 506, 457.
cation et vivaient sans reproche au milieu de leur peuple, » Il remarque qu’il « eut l'occasion de voir, d’un bout à l’autre de l'Amérique centrale, la vie de labeur et de solidarité menée par le curé dans un village indien; il est regardé par chaque Indien comme un conseiller, un ami et un père. » Après être sorti une fois d’une église dans laquelle tous les Indiens avaient assisté aux vêpres, « la seule pensée qui, par la suite, s’imprima de plus en plus en lui à chaque pas de son voyage dans ce pays, fut que le village avec un Padre était béni'. »,
Nous pouvons maintenant cesser de nous étonner si M. Crowe et ses pareils n’ont réussi qu’à se faire mettre en prison, et si leur mission-house fut convertie en un asile d’aliénés.
MEXIQUE
La conquête du Mexique par l’Espagne a été comparée par lord Macaulay à celle de lHindoustan par les Anglais. Un seul point de contraste entre les deux événements a été passé sous silence par le grand Essayiste, peut-être parce qu’il a échappé à son attention, Nulle part, il ne se rappelle ou ne rappelle à ses lecteurs que le Mexique devint une nation chrétienne, tandis que l'Inde fut maintenue dans son culte pour les démons : contraste entre les résultats d’une conquête catholique et ceux d'une conquête protestante.
Le Mexique est chrétien. Récapitulez tous les méfaits des hommes violents qui subjuguèrent la race aztèque; — exagérez, si cela est possible, toutes leurs fautes, et ajoutez une ombre plus obscure à leurs crimes : — lorsque tout aura été dit, il restera encore ce fait que vous ne pourrez jamais effacer : le paganisme est éteint au Mexique et triomphant dans l'Inde.
Comment cette conversion de tout un peuple, abandonné jusque-là à une sombre et sanglante superstition, a-t-elle eu un heureux tome”? comment cette œuvre puissante de rénovation a-t-elle été accomplie? œuvre dont la contemplation força un éminent écrivain américain de nos jours à s’écrier : « Comme au Mexique l'élément indien est facilement devenu un agent civilisé et productif®! » Par quel art mystérieux a donc été réalisé ce nouveau
! Incidents of Travel in Central America, par John Lloyd Stephens, ch. un, p. 15, 15: ch. vin, p. 104, 105; ch. xxv, p. 442 (1854', 3 Lexas, par F. Law Holmsted, p. 297,
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triomphe du christianisi. , ont un écrivain français résume Loute l'histoire, lorsqu'il dit : « Le progrès de la religion en Amérique, par la prédication d’un petit nombre de pauvres religieux, particulièrement de l’ordre de Saint-François, fut si général, que dans l'espace de quarante années six mille monastères et six cents évéchés furent fondés dans ce pays? »
Nous répondrons brièvement à cette question. Ce futsans aucun doute aux efforts d'hommes apostoliques, — tels que Betanzas et Motolinia ; Martin de Valencia et Pierre de Gand; Francisco de Soto, Las Casas et Zumarraga : ce fut, en un mot, à cette grande association d'hommes vaillants et bien doués qui, à la même heure, luttaient en tout pays pour la gloire de Dieu, depuis le lac Huron jusqu'au golfe de Siam, — que cette magnifique conquête est principalement due, Mais pour les guerriers de l'Espagne, qui combattirent sous leur armure, comme Cortez, l'épée dans une main et la croix dans l’autre, la justice réclame une part dans cette œuvre illustre à laquelle c'est leur gloire et leur justification d’avoir contribué, Ia été de mode, excepté chez un petit nombre d'historiens patients et circonspects, de blâmer aveuglément les h.mmes quirenversèrent, par un prodige de valeur et de politique, le trône de Montézuma. De tels guerriers aux mains sanglantes, impétueux vomme Jéhu, résolus comme Joab, ne peuvent être signalés comme les types du caractère chrétien. Et pourtant ces soldats impérieux, qui, depuis le matin jusqu'à la nuit, jetaient leur cri de guerre, « Santiago, » — Cortez, Alvarado, Sandoval et Pizarre, — seront jusqu'à la fin des temps les monuments de la puissance et de la majesté de cette foi, à laquelle, malgré leurs erreurs, ils empruntaient toute leur force et sans les inspirations de laquelle ls n'auraient ni tenté ni accompli leur immortelle entreprise.
Une justice tardive commence de nos jours à reconnaitre la vérité de cette assertion. Les écrivains protestants nous le diront : la soif de l'or n’était pas le seul mobile chez un homme aussi véritablement grand que Cortez. « Il y a beaucoup à blàmer, ditun des historiens les plus élégants et les plus judicieux de cette mémorable époque, dans la conduite de ceux qui ont fait les pre- “mières découvertes en Afrique et en Amérique ; il faut cepenéant le reconnaitre, l'amour de l'or ne fut en aucune manière Île seui motif qui les poussa ou qui aurait pu les pousser à de pareils efforts *, »
‘ Migne, Dictionnaire des Conversions. introd., p.18 1852). # Helpe, vol, FE, eh. 1, p, 48.
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« Ils étaient pénétrés, ajoute-t-il avec la plus grande conviction, des fatales conséquences réservées à ceux qui n'étaient pas dans la communion de l'Église. » Il ne partage pas, naturellement, leur croyance, mais il est assez pénétrant pour y voir la seule explication rationnelle de leur conduite.
Un écrivain français, également exempt de sympathies partiales, découvre aussi le même motif dans toutes leurs actions. « Ils rachetaient, dit M. de Brossard en termes que nous ne pouvons accepter sans modification, les désordres de leur vie privée par des actes de charité et par une foi ardente, » Ceci était partieulièrement vrai de Cortez. « I ne perdit jamais de vue la conversion des indigènes, » assure M. Helps. Cortez, le premier, réclama pour que des religieux lui fussent envoyés d'Espagne. Faisant allusion à la possibilité de convertir les natifs, il écrit dans une de ses lettres : « Je supplie votre Majesté impériale de vouloir bien désigner pour cette fin des personnes religieuses, de bonne et exemplaire vie. » Lorsque les Franciscains arrivèrent, il les présenta au peuple du Mexique dans les termes suivants: « Ces hommes sont envoÿés par Dieu et désirent ardemment le salut de vos âmes, Îls ne vous demandent ni votre or ni vos terres, car, méprisant. tous les biens de ce monde, ils n’aspirent qu'après ceux de la vie future’. »
Cortez, dont le cœur était rempli de pensées tendres et généreuses, ne fut pas cruel par nature; il avait plus de souci du sang des autres que du sien propre. Il ne tuait jamais pour le plaisir de tuer, et était aussi calme dans la victoire, que terrible dans le combat, Il déplorait, avecune parfaite sincérité, les actions mêmes auxquelles il prenait part, et n’infligeait la mort qu'à ceux qui refusaient leur grâce. Il était entré avec Montézuma dans ce sanctuaire infernal où des cœurs humains fumaient dans des plats d’or devant les idoles de la nation, il en sortit en frémissant d’indignation mélée d'une sainte horreur. À partir de ce moment il devint aussi vraiment le ministre du Très-Haut en châtiant le culte diabolique de cette race coupable, que le fut Josué lorsqu'il fit passer le Jourdain aux armées d'Israël. C’est à lui qu'est dû, au moins en partie, l'acte d'expiation par lequel le temple le plus imposant du Nouveau- Monde fut élevé sur l'emplacement même de cet antre vil dont Cortez chassa de sa main les prêtres souillés de sang et les idoles qui, sans lui, eussent été adorées jusqu’à l'heure présente *.
{ Henrion, tome LE, ch. xxxvt, p. 300.
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Les Mexicains, les prélats et les missionnaires, urs protecteurs les plus courageux et les plus dévoués, appréciaient autrement Cortez que la foule des critiques insouciants ou à demi informés, qui n’ont ni rendu justice aux mérites de cet homme illustre, ni su discerner équitablement ses fautes. Lorsqu'il revint de sa première visite à sa patrie, « il fut reçu avec de vives démonstrations de joie par une multitude de gens de la nouvelle Espagne, Espagnols et Indiens'. » Zumarraga, le premier évêque du Mexique, et Domingo de Betanzas, gens aussi vaillants que lui-même, mais pour une autre cause et toujours zélés protecteurs des Indiens, étaient ses amis personnels, les exécuteurs préférés de sa volonté ; tandis qu'un autre prélat du même ordre, Sébastien de Fuenleal, qui eût refusé de rendre hommage à un potentat mortel, s’il n'eût pu le faire avec une bonne conscience, le choisissait pour son conseiller. « Loin de voir en Cortez un ennemi, le sage évêque agissait entièrement de concert avec le capitaine général Don Sébastien ; il avait l’habitude de prendre conseil de beaucoup de personnes, mais du marquis seul, ou au moins d’un très-petit nombre de gens, quant au mode d'exécution ?, »
Cortez tenait de saint Louis et plus encore de Richard Cœur de Lion. Comme ce dernier, il ne se détournait ni à droite ni à gauche, mais il s'ouvrait un chemin droit au milieu des entraves; comme le premier, chaque coup porté était un défi au païen, un triomphe pour la croix. Il était inconséquent, comme le sont trop souvent les hommes de guerre; mais il ne combattait pas pour la fortune et les honneurs. Son grand cœur débordait de cette foi que des hommes d'une nature moins élevée appellen « fanatisme; » elledonnait de l'éclat à tous ses actes. Aussi aidatil à l’implanter si profondément dans le sol du Mexique, que plus tard elle couvrit tout le pays de son ombre.
Alvarado et Pizarre, bien inférieurs à Cortez, n'étaient pas de ces bandits dépravés tels que de modernes critiques, dépourvus de leur héroïque valeur et de leurs instincts religieux, voudraient nous le faire croire. Ce n’est pas un petit éloge pour le premier, d'avoir été, malgré toutes ses fautes, honoré de Parrilié du savant et saint évêque de Guatemala. Sa dernière volonté est une preuve
grand feocalli en une église chrétienne, s'élève maintenant une construction religieuse plus moderne, dédiée à Notre-Dame de los Remedios, dont le sanctuaire est gardé par un prêtre indien du sang des anciens Cholulans. (Prehistoric Man, vol. 1, ch. xiv, d. 455.)
1 Helps, vol. HE, ch. vi, p. 198.
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qu'il savait au moins déplorer son injustice et sa violence, et qu’il désirait les expier. Tandis qu'étendu sur son lit de mort et mutilé par ce rocher vengeur qui avait écrasé ses membres, on lui demandait où il souffrait le plus cruellement, il rendit l'esprit en poussant ce cri douloureux : « Mon âme! mon âme! »
Pizarre, coureur d'aventures et proscrit dès sa jeunesse, souffränt la faim, avec ses quatorze intrépides compagnons dans l’île de Gorgone, conduisant cette poignée de braves à des combats dans lesquels ils étaient un contre mille, ou de sa propre main arrachant l’Inca de sa litière sur la grande place de Cassamarca, était à sa manière, un soldat du Christ. « Au milieu de leurs maux, affirme un historien protestant, ils ne perdirent jamais leur piété. » Dans l'ile de Gorgone, où ils passèrent trois grands mois d’incertitude et de souffrance, « ayant pour subsister des coquillages et ce qu'ils recueillaient sur le rivage, chaque matin ils rendaient grâce à Dieu ; le soir ils disaient le Salve et les autres prières affectées aux différentes heures. Ils observaient les fêtes de l’Église, et tenaient compte des vendredis et des dimanches'. » Lorsque le moment décisif arriva et que Pizarre se trouva face à face avec Atahuallpa, le Père Vincent de Valverde, à la requête du conquérant, « s’avança vers l’Inca, tenant la croix d’une main et un bréviaire de Pautre. » Il expliqua au prince Péruvien, d’après le désir de Pizarre, les mystères de « la vraie foi catholique et l'histoire de Jésus-Christ, » Enfin, lorsque cet intrépide guerrier, l'homme violènt, tomba sous le glaive des assassins, il traça sur le plancher avec son sang le signe de la croix ; il baisa l'emblème du salut de seslèvres mourantes, etaprès cetacte suprême d'amour et de contrition, Pizarre alla rendre ses comptes à Dieu.
Comparez ces hommes qui gagnaient des royaumes pour leur divin Maître, qui chassaient le paganisme de tous les pays où ilspénétraient, comparez-les aux capitaines anglais dispersant les armées du Mogol ou du Mahratte. Peu leur importait la gloire de Dieu ou le progrès de la Foi. Le fanatisme, ainsi qu'ils auraient appelé l’enthousiasme sublime d'un saint Paul ou d'un Las Casas, n’était pas de leur sphère. Leurs langues ne prononçaient jamais une parole en l'honneur de la croix, jamais ils ne chantaient une hymne à la louange du Crucifié. « Les Anglais n’ont pas renversé un seul temple, et pas une seule divinité n'a été, par un édit, rayée du calendrier*, » Vivre, comme les païens rougissaient de vivre, et
4 Hlelps, vol. HT, p. 447.
% Mead, {he Sapoy Revolt, ch xx. p. 24.
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d’autr très-de quets pour r le cult la polit les mê grand | honteu mouru!
Ni eux Ils trou rent au Ils lui e gion do les pré types si que, bi queurs, Aussi ul nière do monde Il n'e hommes Mexique où ils r ou saint suscitait chouèrer échoué, contre | les préce dicants P Ils tro combattr l'esprit d
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mourir quelquefois, comme les païens eussent eu honte de mourir ; sourire avec complaisance à de honteuses superstitions qu’euxmêmes ne réprimaient pas et qu'ils n’eussent non plus permis à d’autres de réprimer ; « réprouver le christianisme comme une très-dangereuse innovation, » tandis qu’ils assistaient à des banquets en l'honneur de Ganesa, qu'ils tiraient des salves royales pour rendre hommage à Sivah, ou qu’ils battaient monnaie avec le culte de Juggernaut : telle était, leurs historiens nous l’ont dit, la politique des conquérants anglais de l'Hindoustan. Ils furent tous les mêmes, du premier jusqu’au dernier. Le héros de Plassy!, aussi grand guerrier peut-être que Cortes, sortit de cette vie par la porte honteuse du suicide; le vainqueur d'Assaye et de Seringapatam * mourut comme son cheval de bataille, sans plus penser à l'Invisible, Ni eux ni leurs pareils ne conquirent une seule province au Christ. Ils trouvèrent l'Inde païenne et la laissèrent païenne. Ils donnérent au mahométan ou à l'Hindou une seule leçon trop bien apprise. Ils lui enseignèrent, par leur exemple, à haïr et à mépriser la religion dont is faisaient profession, et à se rire d’une doctrine dont les prédicateurs, lorsqu'ils arrivèrent enfin dans l’Inde, étaient les types si manifestes de l'esprit mondain et d'amour d'eux-mêmes que, bien loin de produire quelque impression sur les païens moqueurs, ils se demandaient « s’ils croyaient à leurs Écritures. » Aussi un membre marquant de leur ordre fit cet aveu : « La manière dont vous pratiquez la religion est considérée d’un bout du monde à l’autre, comme une véritable moquerie. »
I n'est pas besoin de raconter les travaux par lesquels des hommes d'une autre croyance, et autrement doués, conquirent le Mexique à la foi au Christ. Là, cornme dans tous les autres pays où ils rencontrèrent des difficultés comme en eurent saint Paul ou saint Jacques, ils accomplirent l’œuvre pour laquelle Dieu les suscitait, et pour laquelle il les revêtait de ses dons. Ils n’échouèrent que là, où les premiers apôtres auraicnt peut-être échoué, dans les pays où les païens ont été fatalement prévenus contre le christianisme, par les divisions et les contradictions, les préceptes irrationnels ou les habitudes efféminées des prédicants protestants.
Ils trouvèrent au Mexique un terrain favorable; n'ayant à combattre que la corruption du cœur humain et les artifices de l'esprit du mal, ils en vinrent à bout. Toute l'Amérique du Sud
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avait été convertie par eux ; depuis l’isthme de Panama jusqu'aux frontières de la Patagonie, et depuis les vallées du Pérou jusqu'aux lieux où les eaux de l'Amazone et de lOrénoque se mêlent à celles de l'Atlantique; bientôt leurs conquêtes s'étendent jusqu'au nord, à travers le Guatemala, le Nicaragua, le Mexique, le Texas et la Californie, Le Canada et les Etats-Unis, qui auraient partagé le même privilége, leur furent enlevés; parce que là, cent formes viciées de christianisme, dépouillées de tout élément divin et se combattant entre elles, avaient inspiré au barbare le dédain, 1 appréciait si bien la doctrine et ses prédicants, que souvent il descendait dans sa tombe prématurée, en mêlant une malédiction à son dernier soupir.
Une épreuve particulière vint entraver les apôtres du Mexique; mais la lutte qu'ils soutinrent pour en triompher est vraiment admirable, Ce ne fut pas de Cortez ou de Pizarre qu'ils rencontrèrent jamais de l'opposition à leur œuvre sainte, mais d'une génération plus tardive, d'abjects aventuriers, soldats vulgaires ou légistes avides qui fourmillèrent bientôt dans les belles régions ajoutées par le grand marquis à la couronne d’Espagne, Las Casas, Zumarraga, tous leurs frères, combattirent ces hommes dont les crimes n'étaient rachetés par aucune vertu, avec un courage patient, mais inébranlable, célébré par les écrivains les plus prévenus, D'après l'incrédule Robertson, « le clergé catholique romain en Amérique exerçait son influence pour protéger les Indiens et modérer la férocité de ses compatriotes', » « Nous devonsexprimer notre admiration pour la piété élevée des missionnaires catholiques qui, dans ces régions habitées par des êtres plongés dans la plus profonde dégradation, supportaient la pauvreté et la misère sous toutes leurs formes, pour amener les Indiens à de meilleures habitudes et à une foi plus pure*, » « Les hommes instruits el réfléchis (car les moines et les prètres doivent être tenus pour tels), considérant le passé et l'avenir, connaissant plus d'une des conclusions de l'histoire et faisant souvent appel aux grands principes généraux, se liguèrent avec fermeté contre le soldat qui nest que conquérant; — le bon évêque Zumarraga et ses confrères se mirent en lutte contre Nuno de Guzman et ses associés”, »
Quelquefois les autorités civiles, qui songeuient seulement à faire de l'Indien une véritable bête de somme, affectaient, dans
{Charles V, notes, vol, X, p. #00,
+ Narrative of H. MS. Herald, par Borthold Sceman, naturaliste anglais, F. LS. vol. D che ax, p.153 RG",
S Helps, livre XIV, ch. v, p. 186.
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anglais, F. LS.
leurs appels à Espagne, de défendre « les prérogatives de l'État » contre « les empiétements de l'Église ; » mais Charles-Quint était un monarque trop sage pour se laisser émouvoir beaucoup par des arguments dont il appréciait le caractère, et dont les hommes poiitiques se servent de nos jours pour effrayer des potentats plus faibles.
D'un autre côté, on rencontre des exemples d'une coopération active et généreuse avec le clergé, de la part des auditeurs laïques du Mexique, En 15314, lorsqu'il ne se trouvait qu'iue centaine de Dominicains et de Franciscains dans tout le pays, les auditeurs «€ supplient l'Empereur de leur envoyer un plus grand nombre de religieux, d'accord avec un vice-roi postérieur, Comme il était question de construire des forts dans toute la contrée (idée que lui suggéraient les autorités de la mère patrie), celui-ci répondit que des tours avec des soldats étaient des cavernes de voleurs, mais que des couvents avec des moines valaient des murailles et des forteresses pour maintenir les Indiens soumis!, »
Lorsqu'une nouvelle génération d’auditeurs « fit le noble effort de procurer des foyers et l'instruction aux nombreux orphelins qui avaient perdu leurs parents victimes du cruel travail auquel ils étaient soumis dans les mines, » Quiroga, un d’entre eux, homme de loi et par cela même plus difficile à se laisser entrainer par l'amour des institutions monastiques, recommanda avec instance au conseil des Indes « de fonder un établissement de jeunes Indiens dans chaque district, à distance des autres pueblos, et d'établir dans chacun d'eux un monastère avec trois ou quatre religiosos, pouvant cultiver incessamment ces jeunes plantes pour le service de Dieu, » Ces hommes clairvoyants comprenaient que des monastères coûtent moins que des prisons on des maisons de travail (workhouses), et sont des institutions plus utiles, ce dont on affecte de douter aujourd'hui. Aussi Quiroga, rempli d'admiration pour l'œuvre des moines, s'écrie : « Je m'offre, avec l'aide de Dieu, pour faire des chrétiens semblables à ceux de l'Eglise primitive ;
ar Dieu est aussi puissant de nos jours qu'alors. Je désire vivement que cette pensée puisse recevoir un accueil favorable *?. »
Ce n'était pas là seulement le langage de l'enthousiasme. Les religieux avaient déjà prouvé ce qu'ils pouvaient faire dans plus d'une provinee d'Amérique ; le Mexique ne devait pas faire exeeption, Déjà l'Indien, ne voyant plus dans les Pères les émissaires
1 Helps, livre XEV, ch, vi, p. 200.
3 Jbid , p. 208.
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d’un pouvoir étranger, avait appris à les regarder, d’abord avec étonnement, puis avec vénération. « Leur pauvreté, leur tempérance, la simplicité de leur vie, les recommandaient à l'Indien!, » Lorsque plus tard, de nouvelles colonies de Dominicains et de Franciscains arrivèrent, toutes remplies de la même charité, et présentant la religion chrétienne sous ses formes les plus nobles et les plus attrayantés, le Mexicain comprit que ces hommes venaient à lui les mains pleines de bénédictions. Ces religieux obtinrent du Saint-Siège une menace d'excommunication contre ses égoistes oppresseurs, et de l'autorité royale, des décrets comme le suivant : « Aucun Indien payé ou non ne devra porter de fardeau contre sa volonté; » « ceux qui seront envoyés dans les mines devront y être accompagnés par des prêtres. » « Les protecteurs, » le noble et généreux Las Casas en était un, « veilleront à ce que les Indiens soient bien traités, enseignés dans les choses séculières ct instruits dans les articles de la sainte foi catholique*. »
Faut-il s'étonner si l’Indien s’abandonnait avec amour et confiance à de tels maîtres envoyés alors vers lui par une généreuse providence? Comment des hommes ainsi dépeints par les écrivains protestants pouvaient-ils manquer de gagner son cœur? Voici le portrait que M. Helps nous fait de don Sebastien Ramirez de Fuenleal, évêque président du Mexique, arrivé en 1531 : « Aucune question de gouvernement n’absorbait son attention à l'exclusion des autres. Il fonda des églises, divisa le Mexique en paroisses, établit un collège et fut le premier à proposer de donner une éducation scientifique aux Indiens. Ses efforts furent couronnés de succès ; il est curieux de voir qu’un des meilleurs chroniqueurs des actes de l’évêque (Torquemada) fut instruit dans la langue mexicaine par un Indien qui avait reçu une excellente éducation dans ce collège”. »
« Les membres du clergé, dit le même écrivain, enseignaient en même temps les choses spirituelles et temporelles. [ls convertissaient, civilisaient et gouvernaient ; ils étaient prêtres, missionnaires, maîtres d'écoles et rois. Une part considérable de cette œuvre doit être accordée aux travaux infatigables des moines Franciscains et Dominicains. Si l'esprit des missions a été dans ce siècle aussi puissant et aussi heureux, il faut l’attribuer, en quelque
€ Helps, ch. xv, p. 315.
3 Jbid., livre XUV, ch. xiv, p. 175, 177.
S Jbid.,p 219.
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Saint Paul semble avoir partagé « cette croyance, » si nous en jugeons par son exhortation à Tite, sur la manière dont on doit se conduire avec « les hérétiques‘, » ou d’après son avertissement également énergique aux habitants de Philippe : « Prenes garde aux chiens? ! » « La terre n’a pas de privilège égal à celui d’être un membre de l’Église du Christ; tel est en tout temps l’aveu de la foi aimante. Ceux qui atténuent les sombres horreurs de ces ténèbres extérieures dans lesquelles sont plongées les âmes éloignées de l’É glise, déshonorent à la fois et l'Église et le Christ. » Ceux-là seuls qui ont reçu « cette grâce royale » peuvent comprendre le malheur inexprimable de ceux qui ne la possèdent pas, ou les « effrayantes difficultés du salut en dehors de l'Église. Telle est la raison pour laquelle les saints, dans les instincts de leur sainteté, ont si souvent dépeint le déluge immense, qui couvre les ruines de la terre en dehors de l'arche. »
« Cette ardente conviction, observe M. Helps, de l'avantage de la communion » avec l’Église catholique, qui a seule inspiré toutes ces œuvres et que les premiers apôtres exprimaient dans des termes si saisissants, « n'aurait pu seule causer le progrès rapide de ces missionnaires s’il n’y avait eu pour la soutenir le dévouement volontaire le plus extrême, l'abnégation et aussi une grande habileté dans leur manière de procéder. » Cette suprême abnégation n'était-elle pas le résultat d’une « ferme croyance, » et toutes deux w’étaient-elles pas le fruit de la grâce divine qui pendant vingt siècles a prodigué ces dons à ses vrais disciples?