GUATEMALA
La première province que nous devons traverser dans notre voyage vers le nord, après l’isthme de Panama, est le Guatemala.
étant dans cette ville dépositaires d'une petite pièce de terre que le prélat désirait acheter, ils lui procurèrent toute facilité pour accomplir son dessein, qui comprenait cepe!i=
dant la transformation d'un temple protest nt en une église catholique. (Boston Pilot, october 25, 1862.)
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284 LES MISSIONS GHRÉTIENNES.
L'histoire des premières missions dans cette province, relativement obscure, a été récemment esquissée par un écrivain protestant anglais, avec une fidélité de recherches et une bienveillance de caractère tellement rares, qu’il serait impardonnable de négliger son intéressant souvenir. « Ce sera un vrai plaisir, dit-il, et ses lecteurs le partageront, de faire connaître les actes de ces moines Dominicains de Guatemala, animés de la sagesse du serpent jointe à l'innocence de la colombe. »
Pedro de Alvarado, un des plus fameux parmi les conquistadores du nouveau monde, unit cette province à la couronne d’Espagne en 1523. Rempli, comme tous les guerriers de son temps et de sa race, d'un zèle religieux ardent que leurs fautes nombreuses n'éteignirent jamais, il avait annoncé aux natifs de Guatemala qu'il « venait pour montrer aux Indiens le chemin de l’immortalité. » La promesse devait être largement tenue. En 1529, le célèbre Dominicain Domingo de Betanzos, sur la vie et le caractère duquel M. Ielps nous donne un récit aussi remarquable par l’élévation des sentiments que par la pureté du style, se rendit de Mexico sur le théâtre de la conquête d’Alvarado. Pénible voyage de quatre cents lieues; il le fit à pied, « vivant de quelques fruits sauvages et dormant en plein air. » Il avait à peine atteint la nouvelle ville de Santiago, qu'il était appelé à Mexico, pour assister à un conseil de son Ordre. Par obéissance, il reprit le même chemin, mais après avoir jeté les fondations d’un humble monastère, qui devait être gouverné plus tard par un de ses propres disciples, devenu plus illustre que son maître.
En 1552, Las Casas, dominicain, arriva dans le Nicaragua, à son retour du Pérou. Quatre ans après, il entra dans le Guatemala et « s'établit dans le couvent qu'avait fondé Domingo de Betanzos. » Avec lui vinrent Luis Cancér, Pedro de Angulo et Rodrigo de Ladrada « qui tous, remarque l'historien anglais, devinrent célèbres. » « On aurait trouvé, dans l’année 1537, à tous les moments du jour, ces graves et vénérables moines, assis dans une petite classe autour de l’évèque de Guatemala (Francisco de Marroquin), élégant érudit, mäs dont l’érudition était alors consacrée à exprimer la doctrine chrétienne dans le langage utlatecan, vulgairement appelé quichè. C'était une chose charmante, comme dit le chroniqueur, de voir l’évêque, en qualité de professeur de déclinaisons et de conjugaisons dans la langue indienne. Ce prélat publia plus tard un ouvrage en utlatecan, dans le préambule duquel il dit avec justesse : Cela paraîtra, peut-être, méprisable à certaines personnes, que des prélats s'occupent ainsi de
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choses frivoles, appropriées seulement à l'instruction des enfants ; mais si l’on veut bien approfondir la matière, c'est une chose plus méprisable encore de ne pas s'abaisser à ces apparentes frivolités, car un tel enseignement est la moelle de notre sainte foi. L’évéque avait raison. On verra bientôt à quel résultat conduisit cette étude de la langue ; et. je ne doute pas qu’il existe des territoires, voisins du Guatemala, qui auraient été déserts et stériles comme les sables de la mer, sans la connaissance acquise de la langue utlatecan par ces bons Pères, acquisition, nous devons aussi le rappeler, ni facile ni agréable pour des hommes d’un âge avancé et de leurs habitudes‘. »
Dans le voisinage du Guatemala, sur sa frontière nord-est, était située la province de Tuzulutlan, appelée par les Espagnols « le pays de la guerre, » parce que trois fois ils l’avaient envahi et que trois fois ils en avaient été chassés. Las Casas, dont la vie entière fut une lutte en faveur de l’Indien contre ses oppresseurs, vint en aide aux Pères Dominicains pour tenter la conversion de ce peuple redoutable, « qu'aucun Espagnol n’osait approcher, » mais à la seule condition que le combat serait engagé avec des armes spirituelles, et qu’il ne serait permis à aucun Espagnol de pénétrer dans la province pendant l’espace de cinq années. Le gouverneur de Guatemala accepta le « pacte », <! ils firent alors les prépr de leur mission, « employant, dit M. Htelps, tout le savoirfaire que les hommes d'état les plus accomplis ou des hommes du monde auraient pu mettre en œuvre. » Les Pères comptèrent plus, sans doute, à l'exemple de saint Paul, sur « les prières ferventes, les jeûnes sévères et sur les autres mortifications » qui précédèrent leur périlleuse tentative.
Nous aimerions à transcrire le récit entier de M. Helps. Avec une finesse bien rare de langage et de sentiment, il suit le progrès des Pères et leurs moyens de l'obtenir. Un des points sur lesquels «le prudent cacique de la province » dirigea la plus scrupuleuse attention, afin d'éprouver le caractère réel des nouveaux prédicateurs, fut « d'observer s'ils avaient de l'or et de l'argent comme les autres chrétiens, et s’il y avait des l'emmes dans leurs maisons. » Les Dominicains subirent avec succès une investigation qui aurait été fatale à certains « missionnaires ; » aussi, ce point suflisamment éclairci, le prudent cacique « fut le premier à renverser et à brûler ses idoles ; un grand nombre de ses chefs, par imilation de leur maître, devinrent iconoclastes ?. »
1 Helpi, livre XV, vol. HE, ch, v, p. 551. ? Ch. vu, p. 550,
« La mission réussit admirablement, » dit M. Helps, et Las Casas, qui avait toujours les regards dirigés en avant et qui ne négligeait rien afin de pourvoir aux dangers possibles, fut réjoui par l'arrivée d'un bref de Paul Il, prononçant « une sentence d’excommunication majeure contre tous ceux qui réduiraient les Indiens en esclavage, ou les dépouiileraient de leurs biens, » Alors
le grand protecteur des Indiens, » Las Casas, traversa le Tuaulutlan et pénétra jusqu’au Coban, Ayant reçu un bou accueil, il se hâta de prévenir les autres Pères, « et ils commencèrent tous avec courage à étudier la langue du Coban, Chaque succès nouveau chez ces excellents moines était un motif de plus pour contiuuer leurs efforts, »
Quelque temps après, le cacique converti de Tuzulutlan vint en visite au monastère de Santiago, et fut presenté par le savant évèque au gouverneur. «€ Alvarado, quoique d’une nature violente et cruelle, reconnut en lui un homme (ce qui semble avoir été un don des anciens jours). Lorsque le fier adelantado aborda le cacique, l'air et les manières du chef indien, son calme, la gravité et la modestie de sa contenance, son regard sévère et son langage sérieux gagnèrent ‘si instantanément l'Espagnol, que, n'ayant en ce moment rien d'autre sous la main, il prit sur sa tête son chapeau à plumes et le posa sur la tête du cacique. » Les soldats murmurèrent, en voyant le grand capitaine rendre houneur à un Indien; mais Alvarado était meilleur juge des qualités du nouveau chrétien, et continua à le traiter avec la même distinction pendant son séjour dans le Guatemala. Par ce spécimen, il comprit quelle sorte de convertis les Pères avaient gagnés dans ce « Pays de la Guerre, » où ses troupes n'osaient pénétrer autrefois, € mais qui maintenant mérilait ce nom moins qu'aucune autre partie des Indes!, »
En effet, la province redoutée avait déjà reçu de Charles-Quint le nom qu'elle a conservé jusqu’à ce jour, de Vera Paz : remarquable exemple « d’une tribu aborigène recevant de ses conquéants la civilisation et les lumières, au lieu de se voir décimée par eux ou restreinte dans son territoire. » Sa prospérité a duré pendant près de trois siècles; et l'historien anglais, faisant allucion au succès définitif de la grande entreprise de Las Casas, s’exprime dans des ternies dignes de Jui et du sujet : CI parait merveilleux qu'un projet formé par un homme réussisse de la manière qu'il espérait et au moment prévu. Les puissances
Helps, p. 569,
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Des quatre Dominicains qui accomplirent cette œuvre, et qui par leur sagesse et leur courage ajoutèrent des provinces au royaume du Christ, nous en retrouverons deux à Mexico : Luis Cancér et Pedro de Angulo. Le dernier fut désigné pour l'évêché de Vera Paz, mais «ne vécut pas assez pour prendre possession de son diocèse, » D'après M. Helps, qui a soigneusement étudié les souvenirs originaux et ne prend jamais la plume avant d'avoir vérifié ce qui se rapporte à son sujet, sa mémoire lui survécut longtemps ; les Indiens, quarante ans plus tard, avaient l'habitude de citer des paroles qu'ils lui avaient entendu dire en chaire. Il gagna leur affection de telle sorte qu’ils ne pouvaient se passer de lui. » L'un d’eux, «rendant compte de l'effet produit par sa prédication, se servait d'une métaphore, particulièrement expressive dans ce pays, comparant le mouvement produit dans les cœurs de son auditoire indien à celui que l'on excite parmi les fourmis, lorsque lon vient à bouleverser une fourmilière avec une baguette. »
Luis Cancér eut les honneurs de la couronne du martyre; il fut mis à mort par les Indiens de la Floride, qui ne savaient pas le distinguer des Espagnols violents et injustes. « Combien il est rare, observe M. Helps, faisant allusion à ce martyre, que les hommes reconnaissent leurs véritables amis! »
Trois provinces de plus avaient été conquises à la religion et à la civilisation par les Dominicains. Mais s'ils réussirent, et si les fruits de leurs travaux se sont perpétués jusqu'à ce jour, ce ne fut pas parce qu'ils étaient Dominicains, ni parce qu'ils étaient savants, patients et sages, mais parce qu'ils avaient été choisis de Dieu pour celle œuvre, et qu'ils avaient été envoyés par l’Église pour accomplir une tâche que l'élite seule de ses apôtres a pu entreprendre. C'est la seule réflexion dont nous remarquons l'absence ; nous ne pouvions guère espérer la rencontrer dans les excellentes et savantes pages de M. Helps.
{ Helps, ch. 1x, p. 398.
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